Militant Haut-Rhinois du MoDem

26 janvier 2012

Allemagne : après le début de la fermeture progressive des réacteurs nucléaires

La moitié de l’hiver est passée, et l’Allemagne a réussi à la traverser sans trop de heurts, malgré l’arrêt, depuis la catastrophe de Fukushima en mars dernier, de huit réacteurs nucléaires, soit 40 % de nucléaire en moins. Mais le réseau reste fragile.

 La lumière ne s’est pas éteinte. Nulle part il n’a fallu volontairement couper le courant sur le réseau pour garantir l’approvisionnement en électricité de zones stratégiques, comme des centres urbains ou industriels. Certes, jusqu’ici, l’hiver fut plutôt doux ; certes les importations d’électricité augmentent et les exportations diminuent (pour un solde encore excédentaire cependant). Mais le mois de décembre achevé, période où l’on enregistre chaque année le pic de la demande en électricité, nos voisins respirent mieux. Le défi du premier hiver avec 40 % d’énergie nucléaire en moins sur le réseau, semble avoir été relevé avec brio.

Fermes solaires et éoliennes ont bien plus de succès que les lignes à haute tension, pourtant nécessaires…
Pourtant l’agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) se garde de tout triomphalisme. Dans une étude publiée fin décembre, elle indique que le réseau allemand est «à la limite de la saturation».

Raison de cette situation «stable mais tendue» : l’électricité qui circule sur les lignes provient de plus en plus des énergies vertes et est donc dorénavant soumise à de fortes variations. Quand le vent souffle fort sur le nord du pays, on frôle la saturation. Par mesure de précaution, il faut stopper les éoliennes. L’an dernier, on a ainsi perdu 600 millions de kilowatt/heure, qui auraient permis d’éclairer 160 000 foyers pendant un an !

Au-delà du gâchis, tout de même quatre fois plus important qu’en 2010, ces interventions sur le réseau sont facteur d’instabilité. Elles peuvent occasionner des microcoupures de courant. Selon Volker Schwich, président de la Fédération des industries fortement consommatrice d’électricité (VIK), «la révolution énergétique passe déjà par une baisse de qualité dans l’approvisionnement en électricité». Et la VIK de citer l’exemple du producteur d’aluminium Norsk Hydro qui a subi pas moins de cinq microcoupures l’an dernier pour un dommage de 500 000 euros. De leur côté, des groupes comme ThyssenKrupp, Trimet ou Salzgitter soulignent que «l’instabilité constatée depuis deux ou trois ans ne s’est pas accrue l’an dernier».

Les faiblesses du réseau allemand ne sont donc pas nouvelles. Avant la décision d’abandonner le nucléaire, 3 600 nouveaux kilomètres de lignes à haute tension étaient déjà en projet. Mais alors que les investisseurs se ruent sur les chantiers d’éoliennes ou de fermes solaires, ils traînent des pieds pour financer les infrastructures comme les lignes à haute tension, projets moins «populaires» dans l’opinion. Même pour le gigantesque parc à éoliennes off-shore installé en mer du Nord, chantier phare à 5 milliards d’euros, le groupe Tennet admet peiner à trouver «suffisamment de ressources financières et de personnel» pour achever la ligne jusqu’au continent.

Le renouvelable est en plein boom (+75 % d’énergie solaire l’an dernier, +20 % pour l’éolien), mais le réseau est sous tension. Autant dire que l’Allemagne investit dans le vide, estime Thomas Bareiss, le coordinateur de la politique énergétique de la CDU-CSU au Bundestag : «Nous devons ramener les objectifs d’installations énergétiques à un niveau plus sain, plus raisonnable.»

L’opposition de gauche pointe du doigt des lacunes dans la politique du gouvernement. Pour Matthias Miersch, responsable énergie du SPD, «il y a eu la mesure emblématique de l’abandon du nucléaire. Mais, depuis, aucune des étapes nécessaires n’a été décidée.» Notamment en ce qui concerne l’aménagement du réseau, où il manque cruellement d’une feuille de route.

Par Berlin.- Correpondance Dernières Nouvelles d' Alsace, publié le 22/01/2012.

 

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21 janvier 2012

"Changeons vraiment le cours des choses et ressaisissons le destin de la France"

bayrou-dialogue

François Bayrou a répondu aux questions des journalistes du Figaro Magazine, dans une grande interview publiée samedi 21 janvier.

Le Figaro Magazine - La France vient de se voir retirer son triple A par une agence de notation. Une autre le maintient. Finalement, est-ce si grave?

François Bayrou - On peut toujours se rassurer à bon compte. Mais bien sûr, c'est grave, dans l'ordre des symboles comme dans celui des réalités! Symboliquement, c'est une atteinte au statut de la France, en Europe et dans le monde. Nous nous étions institués - à mon sens imprudemment et souvent maladroitement - comme un des deux pays codirigeants de l'Europe, et voilà que l'attelage devient boiteux, et c'est nous qui boitons! Concrètement, ce déclassement ne sera pas sans conséquence sur les conditions du refinancement de notre dette publique mais aussi des institutions dépendantes de l'Etat. Au bout du compte, dans l'économie réelle, c'est toute la distribution de crédit aux entreprises et aux ménages, donc la croissance et l'emploi, qui risquent d'en être affectés.

Les réactions politiques vous semblent-elles à la hauteur?

Chacun joue son rôle: le gouvernement minimise, les socialistes crient haro sur Sarkozy! En vérité, l'UMP et le PS portent différemment mais conjointement la responsabilité de cette dégradation. Les années Sarkozy sont directement responsables, par leur imprudence et leur imprévoyance, mais le PS est mal placé pour condamner. Non seulement parce qu'ils étaient au pouvoir de 1997 à 2002, on a vu comment. Depuis dix ans, dans l'opposition, ils n'ont cessé de hurler et de manifester non pas pour que l'on dépense moins, mais pour que l'on dépense plus! Et le programme de François Hollande est insoutenable.

Il peut profiter de la situation pour l'amender...

C'est toute l'inspiration du projet socialiste qui est insoutenable. Et cette inspiration, évidemment, ne changera pas. Tout comme est invraisemblable l'idée que le pouvoir actuel pourrait faire en cinq semaines ce qu'il n'a pas fait en cinq ans. Faute d'avoir compris à temps que les déficits et la dette étaient pour la France un piège mortel, on a couru vers la dépense à crédit. Aujourd'hui, c'est le surendettement. De tout cela, j'ai averti les gouvernants et les Français à temps et à contretemps. Maintenant, il n'est plus temps de pleurer sur le lait renversé, il faut unir les forces du pays pour le redresser et le reconstruire.

La reconquête du triple A doit-elle être un objectif?

C'est un objectif sain, mais il ne faut pas tromper les Français: ce sera l'affaire de plusieurs années.

Retrouver l'équilibre des finances publiques dès 2015, comme vous le proposez, passe inévitablement par des sacrifices. Etes-vous prêt à l'assumer?

Le redressement du pays, ce n'est pas un projet de sacrifices! C'est le contraire. Je récuse l'expression «du sang et des larmes». C'est aujourd'hui que nous vivons dans l'angoisse perpétuelle, dans le chômage, dans la dépendance à nos financiers, à 70 % étrangers. Un pays endetté est un pays malheureux. Ce sont les familles qui trinquent. C'est aujourd'hui que nous sommes le pays le plus dépressif du monde! Je veux que nous retrouvions l'aisance, l'optimisme, la confiance en l'avenir. Mon projet suppose, certes, que nous fassions collectivement des efforts, mais je préfère des années d'efforts à des années de plaintes et de lamentations.

Ce projet, on l'attend toujours! Certains vous reprochent de rester volontairement dans le flou...

Eh bien, entrons dans le concret et le précis!

Concrètement, comment reviendrez-vous à l'équilibre budgétaire?

Notre déficit aujourd'hui est de 100 milliards par an. Je propose de le combler par 50 milliards d'économies sur les dépenses et 50 milliards de recettes nouvelles, en trois années budgétaires et demie. Les 50 milliards à économiser sont à mettre en rapport avec nos 1100 milliards de dépenses publiques chaque année. Et les 50 milliards de recettes avec presque 1000 milliards de recettes actuelles. Sur chacun des deux postes, je propose donc un effort d'à peine 5 %. Ce n'est pas rien, mais c'est faisable. Toutes les familles, toutes les entreprises qui ont eu à affronter des difficultés le comprendront. Cet effort, je propose de le faire en quatre étapes. Après la présidentielle de 2012, sur une demi-année, nous devrons réduire le déficit de 10 milliards; puis de 30 milliards chacune des années 2013, 2014 et 2015.

Quelles dépenses réduirez-vous?

Notre principe sera zéro progression de la dépense publique. Si nous gelons à son niveau actuel la somme des dépenses de l'Etat, de la Sécu, des collectivités locales, nous récupérerons mécaniquement, en raison de l'inflation, quelque 25 milliards par an. Cela ne veut pas dire bloquer tous les postes: les salaires ou les retraites doivent respirer. Mais pendant deux ou trois ans, chaque fois qu'il y aura une augmentation, il devra y avoir une réduction dans un autre chapitre pour que le total n'augmente pas.

Vous ne prévoyez pas de coupes particulières dans tel ou tel budget?

Bien sûr, il faudra des décisions. Mais les économies ne pourront provenir à terme que de réformes de structure. La règle du zéro progression pendant deux ou trois ans, si elle est respectée, nous rendra notre équilibre.

Poursuivrez-vous la politique du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite?

Cela ne peut pas se faire à l'aveugle. Il y a des secteurs qui doivent être protégés: par exemple, l'éducation. D'autres qui doivent être réorganisés. Cette politique du «un sur deux» n'a permis d'économiser que 0,5 milliard par an (0,5 % de notre déficit)! Il ne faut pas procéder de manière mécanique mais en posant les hiérarchies, en s'interrogeant sur les missions de l'Etat. Commençons symboliquement par le sommet. Par exemple, l'Elysée dépense 110 millions d'euros par an. Je suis persuadé qu'on peut faire 20 % d'économies.

Ce n'est pas avec ça que vous viendrez à bout du déficit!

S'il vous plaît, ne négligez pas les vertus de l'exemplarité.

Comment obtiendrez-vous des collectivités locales qu'elles réduisent leurs dépenses?

Tout le monde devra participer à l'effort. D'où la nécessité d'installer un climat d'union nationale. Un pacte entre l'Etat et les collectivités locales décidera des réformes de structure, de mettre fin aux empilements, aux doublons.

Et si les élus locaux, malgré tout, continuent de vouloir embaucher de nouveaux fonctionnaires?

Les collectivités tirent une part importante de leurs ressources des transferts financiers de l'État. La discussion ne peut donc pas être un dialogue de sourds. Et ne mésestimez pas l'exigence que représentera, pour tous, la décision dans les urnes du peuple français. Ce sera un vrai référendum impératif pour en finir avec les mauvaises habitudes.

Les dépenses de santé se gonflent «naturellement». Direz-vous aux Français que leur protection sociale doit être réduite?

Il s'agit de trouver 20 milliards sur un budget de 550 (quelque 3 %) en trois ans. Cela demandera des efforts, mais là encore, c'est faisable. La santé est une part essentielle du contrat social en France. Mais je ne doute pas que l'on puisse mieux équilibrer dépenses et recettes. Après tout, il est en France (par exemple en Alsace- Moselle) des caisses de Sécurité sociale équilibrées.

Et pour augmenter les recettes, quelles sont vos solutions?

Des niches fiscales sont injustes et ne servent à rien. Par exemple, les heures supplémentaires sont un élément de souplesse utile pour l'entreprise comme pour les salariés, mais rien ne saurait justifier que les revenus qui en proviennent ne soient pas soumis à l'impôt, comme tout autre revenu.

Cela ne suffira pas.

Presque 2 milliards, tout de même! C'est œuvre de justice. Ensuite, je suis favorable à une augmentation modérée de la TVA: 2 points, soit 20 milliards d'euros. Enfin, pour l'impôt sur le revenu, je propose de passer la tranche de 41 % à 45 % et de créer une tranche marginale nouvelle à 50 % pour les revenus supérieurs à 250 000 euros par an. Évidemment, je conserverai le quotient familial, parce que je considère que la naissance et l'éducation des enfants, dans tous les milieux sociaux, sont un enjeu crucial pour la France.

La France est déjà championne d'Europe des prélèvements. Vous ne craignez pas de décourager l'activité et l'emploi?

Nous sommes surtout champions du monde de la dépense publique. Réduire la dépense, équilibrer les recettes, voilà le seul chemin à suivre! Car le véritable ennemi de l'emploi, c'est le déficit! Il entraîne la défiance, l'explosion des taux d'intérêt! Il faut faire du déficit perpétuel l'ennemi public du pays.

Vous seriez prêt à voter la règle d'or maintenant?

Je ne change pas d'avis selon les circonstances. Je suis donc prêt à la voter. Il faut faire respecter ce principe élémentaire qui est qu'on ne peut pas financer le train de vie ordinaire de l'État, ses frais généraux quotidiens, par l'emprunt.

Baisse des dépenses, hausse des impôts: ne serait-il pas plus juste, et moins douloureux, de dire aux Français qu'ils devront travailler plus?

C'est vrai, le redressement n'est pas seulement une affaire de comptes publics. Quand bien même on couperait à la hache dans les dépenses - ce que je ne souhaite pas -, notre déficit extérieur serait toujours là! Pour vendre, il faut produire; c'est la clé de tout. Les 35 heures étaient fautives dans leur conception et leur application. Je sais aussi que beaucoup d'entreprises redoutent d'y toucher parce qu'elles ont appris à faire avec. Parlons-en! Mais il y a d'autres sujets. Notamment la question du contrat de travail. J'ai toujours été favorable à un contrat de travail unique, un CDI avec une possibilité de sortie sous conditions. Les partenaires sociaux en seront saisis. Il faut changer le climat social. Je suis pour que les salariés soient représentés au conseil d'administration des grandes entreprises avec droit de vote. C'est un pas vers la cogestion. Je l'assume.

Etes-vous prêt à aller vers plus de flexibilité sur le marché du travail?

Ne cherchons pas des mots compliqués. Le marché du travail a besoin de souplesse.

Vous n'êtes pas favorable à la TVA sociale...

Est-ce qu'on peut mettre un peu d'ordre dans les esprits? La TVA est un impôt. Dans l'état dramatique où sont nos finances publiques, j'estime qu'il faut affecter une augmentation modérée de cet impôt à la réduction de notre déficit. La question des charges des entreprises est judicieuse. Mais il existe d'autres voies. Par exemple, on nous annonce un prélèvement sur les transactions financières? Fort bien! Affectons son produit à la baisse des charges sur le travail (moins une part pour aider les pays pauvres).

«Produire en France», dites-vous. Mais ce n'est pas un label qui suffira...

Qu'en savez-vous? Quatre mois après la publication de mon livre, alors que ce sujet est devenu le thème central de la campagne, je constate que de plus en plus d'entreprises mettent en avant le fait qu'elles produisent en France. Si elles le font, c'est bien qu'elles perçoivent une attente des consommateurs. Comprenez-moi bien: j'en appelle à une révolution culturelle, la révolution de la production. A la fin des années 80 - et le paradoxe est que les socialistes étaient au pouvoir -, nous qui étions un pays d'ingénieurs, nous avons choisi, sans le dire, de devenir un pays de financiers. Nous avons abdiqué nos valeurs européennes «continentales» au profit du modèle financier anglo-saxon. Et la «rupture» de Nicolas Sarkozy en 2007 allait dans le même sens. Aujourd'hui, nous devons retrouver notre cap, tourner à nouveau le pays vers l'invention, la recherche, les méthodes de production. Reconquérir les produits pour reconquérir la production. Donner aux entreprises les marges pour investir. C'est au prochain président de créer un mouvement psychologique pour que les grandes entreprises, les entreprises moyennes, les chercheurs, les innovateurs, les commerciaux, les collectivités locales, les syndicats, les organisations professionnelles et l'État travaillent enfin vers ce but ensemble. C'est la raison pour laquelle j'ai proposé la création d'un Commissariat aux stratégies. Voyez la Chine! Dieu sait que je nourris d'immenses réserves sur son modèle politique, mais sa force est d'être gérée à trente ans, parfois à cinquante! En France, nous n'avons pas de vision à trente ans, ni à trois ans, pas même à trente jours ; parfois même pas à trente heures!

Pensez-vous que la Grèce puisse échapper à la faillite?

Dans cette affaire, on a accumulé les erreurs de stratégie. Accepter le défaut partiel d'un Etat de la zone euro, c'était fragiliser toute la zone. Dès l'origine, j'ai défendu l'idée qu'il fallait envisager que la BCE intervienne en assureur de dernier ressort. Ce n'était pas orthodoxe, peut-être, mais le chaos, nous risquons de le voir, est plus dangereux encore.

Sarkozy pense la même chose, mais comment pouvait-il en convaincre les Allemands?

Encore aurait-il fallu essayer! Imaginez ce qu'aurait fait le général de Gaulle: il aurait convoqué une conférence de presse, et il aurait annoncé aux Français et à l'Europe: «Voilà la position française!»... Il aurait pris à témoin l'opinion allemande et elle aurait peut-être évolué. Au bout du chemin, vous le verrez, il y aura une intervention de la BCE, parce que personne, et les Allemands pas plus que les autres, ne voudra laisser exploser le système. Mais à quel prix, et que de dégâts avant d'en arriver là!

Vous en appelez régulièrement à l'unité nationale. Si vous gagnez en mai, cela signifie-t-il la fin des partis actuels?

La conséquence, heureuse, sera à coup sûr qu'ils devront se reconstruire sur des bases nouvelles. Mais les grands courants du pays ne disparaîtront pas, et ce n'est pas souhaitable. Il y a des courants de pensée et il faut qu'ils s'organisent. Simplement les partis actuels sont plombés par leurs mauvaises habitudes, par les «affaires», par les réseaux qu'ils ont organisés. Cela aussi, les Français le sanctionneront. La reconstruction du pays sera aussi une reconstruction morale.

Mais qui imposera l'unité nationale?

Les Français, par leur vote. Personne ne peut résister à une telle injonction, assortie de l'imminence des législatives. Ceux qui diraient non seraient durement sanctionnés. Ne nous y trompons pas: le défi du redressement qui s'impose à nous est aussi difficile - et peut-être davantage - que celui que nous avons eu à relever en 1945 et en 1958. Par deux fois, nous y sommes parvenus parce que toutes les sensibilités politiques ont été mobilisées autour d'un objectif commun, et parce que tous les citoyens ont eu la certitude que, dans le redressement du pays, leurs convictions étaient prises en compte. Il faut au prochain gouvernement une assise large pour une action politique de long terme, avec des gens dont les Français soient certains qu'ils ne servent pas des intérêts catégoriels ou partisans.

Au nom de cette union nationale, seriez-vous prêt à rejoindre, après leur éventuelle élection, François Hollande ou Nicolas Sarkozy?

L'unité nationale peut-elle être pilotée par le principal responsable de l'UMP ou par celui qui a été pendant dix ans celui du PS? Bien sûr que non. Ce serait de nouveau la guerre de tranchées, un camp contre l'autre. Les Français ont droit à une démarche politique nouvelle.

Souhaitez-vous la création d'un «parti du Président»?

Pour moi, le Président ne peut être l'homme d'un parti. De son élection naîtra un rassemblement. On ne fait pas un gouvernement d'unité nationale tout seul. Le rassemblement, pour autant, ne sera pas une auberge espagnole: avant le premier tour de la présidentielle, je soumettrai une charte des principes, clairs et précis, intransigeants sur un certain nombre de valeurs, qui servira de ciment à la majorité nouvelle.

Acheter français, corruption des élites, systèmes UMP-PS, vous parlez comme Marine Le Pen. Ce n'est pas très centriste...

Moins que tout autre, le centre ne peut être mollesse! Quand il a glissé vers l'ambiguïté, il a failli disparaître. Je n'oublie jamais que je suis l'héritier, et je le revendique, d'un mouvement qui a dit non aux accords de Munich, qui a été une des formations principales du Conseil national de la Résistance. Plus on porte des convictions équilibrées, plus il faut faire preuve de tranchant, de courage et de détermination dans leur affirmation.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de chasser sur les terres du FN?

Qu'ils lisent la Constitution! Notre République, c'est «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». On m'accuse de populisme? J'aime le peuple, j'en viens. J'ai grandi dans un village d'ouvriers et de paysans. Ce devrait être une fierté de s'intéresser au peuple. Ceux qui disent «peuple» comme une injure ne comprennent rien à la France, et ne savent pas ce que peuple veut dire, quelle richesse et quelle force il y a en lui.

Que vous a-t-il manqué en 2007 pour être au second tour?

En 2007, ce qui l'a emporté au bout du compte, c'est le remords du 21 avril 2002. Peut-être aussi n'étais-je pas tout à fait prêt, et les Français non plus.

Et aujourd'hui?

Aujourd'hui, les Français le sont, et je le suis aussi. Notre pays est prêt à faire ce grand choix. Je le crois et je le sais. Les gens sont en colère, ils ont besoin de sanctionner les fautes. Je les comprends. En même temps, au fond d'eux-mêmes, ils savent que les «solutions» que portent les extrêmes, si elles étaient appliquées, seraient terribles pour la France. Dresser les Français les uns contre les autres en regardant leur origine, sortir de l'euro, si nous vivions cela, ce serait misère et violence. Voter extrême, c'est donc garantir la victoire de ceux que j'appelle PPP, «partis provisoirement principaux». Ma candidature, c'est au contraire une proposition républicaine pour changer vraiment le cours des choses et ressaisir le destin de la France.

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La folle facture de la sortie du nucléaire en Allemagne

Le groupe industriel Siemens en estime le coût total entre 1400 et 1700 milliards d'euros d'ici à 2030.
 
Le chiffre donne le vertige: 1700 milliards d'euros d'ici à 2030. C'est le haut de la fourchette - calculée par Siemens - des coûts pour l'Allemagne de sa sortie programmée du nucléaire. Le géant industriel, qui vient d'officialiser cette estimation, précise aussitôt que les investissements destinés à compenser l'abandon de l'atome seront à la charge «soit de la clientèle, soit du contribuable».

Le calcul de Siemens intervient presque un an après la catastrophe de Fukushima: cet accident est à l'origine de la décision, en mai, de la chancelière Angela Merkel d'un retrait progressif du nucléaire à l'horizon de 2022: 8 réacteurs sur 17 ont déjà été arrêtés. En septembre dernier, ­Siemens a en conséquence décidé de tourner la page du nucléaire, avec l'abandon de technologies spécifiques pour cette industrie.

Avant lui, l'électricien allemand RWE avait lui aussi chiffré le coût de la sortie de l'atome, à «seulement» 250 à 300 milliards d'euros. D'un industriel à l'autre, l'immense écart s'explique par la méthode. Siemens a pris en compte tous les éléments: remplacement des centrales nucléaires par d'autres moyens de production, aménagement des réseaux et surtout démantèlement des installations existantes…

Démantèlement des sites
Dans l'énergie, ce chiffre de 1700 milliards d'euros trouve peu d'équivalent. À titre de comparaison, l'Observatoire européen des marchés de l'énergie de Capgemini fixe à 1000 milliards d'euros environ le montant des investissements nécessaires au niveau européen d'ici à 2020 - dans les centrales de production, les réseaux électriques et les gazoducs - pour répondre à la hausse des besoins de consommation et au remplacement d'installations en fin de vie.

«D'une manière générale, il est très difficile de calculer exactement à une échéance précise le coût de la sortie du nucléaire, souligne Colette Lewiner, directrice internationale du secteur énergie et utilities chez Capgemini. Le poste très important que représente le démantèlement des réacteurs varie très sensiblement en fonction de la stratégie de démantèlement et de la durée des opérations, qui peuvent courir sur plusieurs dizaines d'années.»

Selon Colette Lewiner, il serait également très réducteur, sous prétexte que la part du nucléaire dans la production d'électricité est trois fois plus importante en France qu'en Allemagne, de tripler les estimations de Siemens pour évaluer le coût de sortie du nucléaire dans notre pays. «D'un pays à l'autre, chaque ­politique énergétique sera différente. Dans le cas de la France, il faudrait évaluer précisément le poids financier de l'investissement dans des énergies de sub­stitution et dans l'adaptation du réseau.»

Le débat chiffré est donc loin d'être clos. S'agissant de l'Allemagne, Bernard Laponche, de l'association antinucléaire Global Chance, explique que «ce pays, avec ses centrales nucléaires et à charbon vieillissantes, aurait de toute façon dû investir massivement dans l'énergie».

 Frédéric De Monicault

Le Figaro du 18 janvier 2012

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18 janvier 2012

"Optimisons notre système de santé, tout en garantissant l'accès à des soins de qualité

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François Bayrou était à Strasbourg mardi 17 janvier, afin d'étudier les spécificités du régime local d'assurance maladie.

Arrivés peu après 15h en gare de Strasbourg, François Bayrou et Yann Wehrling ont été accueillis par Nathalie Griesbeck, députée européenne du Grand-Est et vice-présidente du Conseil général. Ensemble, ils se sont dirigés en tram vers la Caisse régionale d'assurance maladie d'Alsace-Moselle (CRAM), pour dialoguer avec ses responsables et ses salariés.

Le système social en Alsace et en Moselle est soumis à un régime de droit local qui fait figure d'exception en France. Ce système a deux particularités notables : il est excédentaire et garantit un taux de remboursement plus important à ses bénéficiaires. "Ce modèle apporte des prestations beaucoup plus intéressantes que dans le reste du pays", a-t-il exprimé, en précisant qu'en 2011 "l'excédent était tel que cette année les cotisations salariales sont en baisse.

Pour le candidat à la présidence de la République, ardent défenseur de l'expérimentation et du recensement des meilleures pratiques, cette réussite régionale démontre que le système de santé dans le reste de la France peut être optimisé. "Ca veut dire qu'il y a des possibilités d'amélioration de la santé en France, alors que tout le monde croit que le trou de la sécu est invincible et qu'on devrait toujours payer plus et avoir moins", a-t-il pointé.


D'après lui, les cotisations un peu plus élevées en Alsace et en Moselle sont compensées par le caractère obligatoire de la mutuelle : "Ailleurs en France, vous prenez une complémentaire et cette complémentaire est très chère. Ici, cette cotisation est obligatoire, mais vient en déduction de ce que vous devez ensuite payer pour une complémentaire".

"Alors que l'Etat a jusqu'à lors semblé envisager l'alignement du régime social d'Alsace-Moselle sur le modèle dominant dans le reste de la France, peut-être devrions-nous plutôt envisager l'inverse au regard de ces résultats locaux très positifs", a souligné Yann Wehrling.

À l'issue de cette réunion de travail, le député des Pyrénées-Atlantiques s'est rendu dans une brasserie du vieux-centre de Strasbourg, pour débattre avec des acteurs économiques de la région. Le temps également d'une promenade décontractée dans les rues pavées qui bordent la cathédrale Notre-Dame, à la rencontre des habitants.

 

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15 janvier 2012

Perte du triple A

La dictature des agences de notation, l'inconscience des spéculateurs et plus généralement la crise financière me firent penser à cet extrait de L'insurgé de Jules Vallès : "Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme. Il faut, à ces bêtes de fonte et d'acier, le pansage et la poussée de l'ouvrier."

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07 janvier 2012

Allemagne Le processus d’abandon du nucléaire connaît des ratés

Appel à l’électricité autrichienne, plaintes d’industriels suite à des coupures de courant, éoliennes au chômage technique… l’abandon du nucléaire et le passage aux énergies vertes en Allemagne ne se font pas sans heurts.


L’hiver a beau être clément, il a fallu demander de l’aide. La première économie européenne, qui a décidé en mars d’arrêter immédiatement ses huit plus vieux réacteurs nucléaires et de condamner les neuf autres d’ici fin 2022, a eu besoin, les 8 et 9 décembre de solliciter en urgence les centrales de réserve, à gaz et à fioul, du voisin autrichien.

Selon le gestionnaire de lignes électriques Tennet, qui couvre une large bande de territoire traversant l’Allemagne du nord au sud, la mesure a été prise «par précaution». «Il s’agit de la première et seule fois», a assuré une porte-parole de l’entreprise, ajoutant qu’il n’y avait eu aucun «danger immédiat pour la sécurité énergétique».

Il fallait éviter un déséquilibre entre le nord du pays, où les éoliennes produisaient à plein régime pour cause de tempête, et le sud, où un pic de demande coïncidait avec un problème technique sur un réacteur nucléaire.

L’Agence des réseaux, qui a défini ces centrales «de secours» (1 gigawatt en Allemagne, autant en Autriche) à mobiliser en cas de risque de «black-out», juge «tendue mais stable» la situation du réseau électrique allemand. Selon l’Agence, le pays n’avait pas dû recourir aux mesures drastiques, comme couper autoritairement le courant à des industriels.

Mais depuis mars, l’Allemagne connaît des cahots sur son chemin entre le nucléaire, qui pesait en 2010 quelque 22 % de sa production d’électricité, et le tout renouvelable

Premier constat : elle dépend davantage de l’étranger. Sur les dix premiers mois de 2011, les importations d’électricité ont grimpé de 16,7 %, à un peu plus de 40 térawattheure, tandis que ses exportations ont reculé de 8,5 % à un peu plus de 42 TWh. Le solde est donc tout juste positif.

Moins que la quantité d’électricité, ce qui pose problème à l’Allemagne est sa répartition : les éoliennes sont concentrées dans le nord tandis que l’activité industrielle est dans le sud, tout comme les centrales nucléaires condamnées.

Le pays manque de lignes à haute tension pour corriger ce déséquilibre et doit souvent immobiliser ses éoliennes pour éviter que les plombs ne sautent. Le nombre d’arrêts forcés d’éoliennes en Allemagne a quasiment quadruplé en 2011 par rapport à 2010, rapportait récemment la fédération des énergies renouvelables BWE.

Des mini-coupures qui perturbent des usines gourmandes en énergie
Et le gestionnaire de réseau Tennet a dû prendre 990 fois des mesures exceptionnelles pour stabiliser le réseau en 2011, contre 290 fois en 2010.

Et les industriels se plaignent. La fédération des industries fortement consommatrices d’énergie (VIK) a interpellé l’Agence des réseaux à propos de la multiplication constatée des mini-coupures de courant, qui causeraient parfois d’importantes perturbations dans des usines. «La question est de savoir si cela a un rapport avec l’abandon accéléré du nucléaire», estime l’Agence, qui étudie encore le phénomène. Selon elle, il faudra attendre 2013, avec la construction de lignes à haute tension et de nouvelles centrales au gaz, pour que la situation se détende.

Dernières Nouvelles d'Alsace du 06 janvier 2012

 

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Jeanne d'Arc : Discours d'André Malraux 31 mai 1964

Vous avez bien voulu, Monsieur le Maire, me demander d’assurer ce que le plus grand poète de cette ville,[1] qui fut aussi l’un des plus grands poètes du monde, appelait un triste et fier honneur, celui de reprendre ce que j’ai dit, il y a quelques années, à Orléans, de Jeanne d’Arc victorieuse et de rendre hommage en ce lieu, illustre par le malheur, à Jeanne d’Arc vaincue, à la seule figure de notre histoire sur laquelle se soit faite l’unanimité du respect.

La résurrection de sa légende est antérieure à celle de sa personne, mais, aventure unique ! la tardive découverte de sa personne n’affaiblit pas sa légende, elle lui donne son suprême éclat. Pour la France et pour le monde, la petite sœur de saint Georges devint Jeanne vivante par les textes du procès de condamnation et du procès de réhabilitation : par les réponses qu’elle fit ici, par le rougeoiement sanglant du bûcher.

Nous savons aujourd’hui qu’à Chinon, à Orléans, à Reims, à la guerre et même ici, sauf peut-être pendant une seule et atroce journée, elle est une âme invulnérable. Ce qui vient d’abord de ce qu’elle ne se tient que pour la mandataire de ses voix :« Sans la grâce de Dieu je ne saurai que faire. » On connaît la sublime cantilène de ses témoignages de Rouen : « La première fois, j’eus grand-peur. La voix vint à midi ; c’était l’été, au fond du jardin de mon père… Après l’avoir entendue trois fois, je compris que c’était la voix d’un ange... Elle était belle, douce et humble ; et elle me racontait la grande pitié qui était au royaume de France… Je dis que j’étais une pauvre fille qui ne savait ni aller à cheval ni faire la guerre… Mais la voix disait : « Va, fille de Dieu… »

Certes Jeanne est fémininement humaine. Elle n’en montre pas moins, quand il le faut, une incomparable autorité. Les capitaines sont exaspérés par cette « péronnelle qui veut leur enseigner la guerre ». (La guerre ? les batailles qu’ils perdaient, et qu’elle gagne...) Qu’ils l’aiment, qu’ils la haïssent, ils retrouvent dans son langage le « Dieu le veut » des Croisades. Cette fille de dix-sept ans, comment la comprendrions-nous si nous n’entendions pas, sous sa merveilleuse simplicité, l’accent incorruptible avec lequel les prophètes tendaient vers les rois d’Orient leurs mains menaçantes, et leurs mains consolantes vers la grande pitié du royaume d’Israël ?

Avant le temps des combats, on lui demande « Si Dieu veut le départ des Anglais, qu’a-t-il besoin de vos soldats ? » _ Les gens de guerre combattront, et Dieu donnera la victoire. » Ni saint Bernard ni saint Louis n’eussent mieux répondu.

Mais ils portaient en eux la chrétienté, non la France.

Et à quelques pas d’ici, seule devant les deux questions meurtrières : « Jeanne êtes-vous en état de grâce ? » _Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir ! » ; et surtout la réponse illustre : « Jeanne, lorsque saint Michel vous apparut, était-il nu ? » _Croyez-vous Dieu si pauvre, qu’il ne puisse vêtir ses anges ? »

Lorsqu’on l’interroge sur sa soumission à l’Eglise militante, elle répond, troublée mais non hésitante : « Oui, mais Dieu premier servi !». Nulle phrase ne la peint davantage. En face du dauphin, des prélats ou des hommes d’armes, elle combat pour l’essentiel : depuis que le monde est monde, tel est le génie de l’action. Et sans doute lui doit-elle ses succès militaires. Dunois dit qu’elle disposait à merveille les troupes et surtout l’artillerie, ce qui semble surprenant. Mais les Anglais devaient moins leurs victoires à leur tactique qu’à l’absence de toute tactique française, à la seule comédie héritée de Crécy à laquelle Jeanne mit fin. Les batailles de ce temps étaient très lourdes pour les vaincus ; nous oublions trop que l’écrasement de l’armée anglaise à Patay fut de la même nature que celui de l’armée française à Azincourt. Et le témoignage du duc d’Alençon interdit que l’on retire à Jeanne d’Arc la victoire de Patay puisque, sans elle, l’armée française se fût divisée avant le combat, et puisqu’elle seule la rassembla...

C’était en 1429 -le 18 juin.

 Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France en notant seulement sur son journal l’achat d’une nouvelle volière, dans ce monde où le dauphin doutait d’être dauphin, la France d’être la France, l’armée d’être une armée, elle refit l’armée, le roi, la France.

Il y avait plus rien : soudain il y eut l’espoir –et par elle, les premières victoires qui rétablirent l’armée.

Puis -par elle contre presque tous les chefs militaires-, le sacre qui rétablit le roi. Parce que le sacre était pour elle la résurrection de la France, et qu’elle portait la France en elle de la même façon qu’elle portait sa foi.

Après le sacre, elle est écartée, et commande la série des vains combats qui la mèneraient à Compiègne pour rien, si ce n’était pour devenir la première martyre de la France.

Nous connaissons tous son supplice. Mais les mêmes textes qui peu à peu dégagent de la légende son image véritable, son rêve, ses pleurs, l’efficace et affectueuse autorité qu’elle partage avec les fondatrices d’ordres religieux, ces mêmes textes dégagent aussi, de son supplice, deux des moments les plus pathétiques de l’histoire universelle de la douleur.

Le premier est la signature de l’acte d’abjuration -qui reste d’ailleurs mystérieux. La comparaison du court texte français avec le très long texte latin qu’on lui faisait signer proclamait l’imposture. Elle signe d’une sorte de rond, bien qu’elle ait appris à signer Jeanne. « Signez d’une croix ! » lui ordonne-t-on. Or, il avait naguère été convenu entre elle et les capitaines du Dauphin, que tous les textes de mensonge, tous les textes imposés, auxquels leurs destinataires ne devaient pas ajouter foi, seraient marqués d’une croix. Alors, devant cet ordre qui semblait dicté par Dieu pour sauver sa mémoire, elle traça la croix de jadis, en éclatant d’un rire insensé...

Le second moment est sans doute celui de sa plus affreuse épreuve. Si, tout au long du procès, elle s’en remit à Dieu, elle semble avoir eu, à maintes reprises, la certitude qu’elle serait délivrée. Et peut-être, à la dernière minute, quand sonnaient des cloches comme celles qui sonnent maintenant, espéra-t-elle qu’elle le serait sur le bûcher. Car la victoire du feu pouvait être la preuve que ses voix l’avaient trompée. Elle attendait, un crucifix fait de deux bouts de bois par un soldat anglais posé sur sa poitrine, le crucifix de l’église voisine élevé en face de son visage au-dessus des premières fumées. (Car nul n’avait osé refuser la croix à cette hérétique et à cette relapse...) Et la première flamme vint, et avec elle le cri atroce qui allait faire écho, dans tous les peuples chrétiens, au cri de la Vierge lorsqu’elle vit monter la croix du Christ sur le ciel livide.

Alors, depuis ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu’au cimetière de Terre sainte, la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table Ronde et les compagnons de Saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit roi lépreux, toute l’assemblée des rêves de la chrétienté regardait, de ses yeux d’ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette forme enfin immobile, qui devenait le corps brûlé de la chevalerie.

 Il était plus facile de la brûler que de l’arracher de l’âme de la France. Au temps où le roi l’abandonnait, les villes qu’elle avait délivrées faisaient des processions pour sa délivrance. Puis le royaume, peu à peu, se rétablit. Rouen fut enfin reprise. Et Charles VII, qui ne se souciait pas d’avoir été sacré grâce à une sorcière, ordonna le procès de réhabilitation.

A Notre-Dame de Paris, la mère de Jeanne, petite forme de deuil terrifiée dans l’immense nef, vient présenter le rescrit par lequel le pape autorise la révision. Autour d’elle, ceux de Domrémy qui ont pu venir, et ceux de Vaucouleurs, de Chinon, d’Orléans, de Reims, de Compiègne… Tout le passé revient avec cette voix que le chroniqueur appelle une lugubre plainte : « Bien que ma fille n’ait pensé, ni ourdi, ni rien fait qui ne fût selon la foi, des gens qui lui voulaient du mal lui imputèrent mensongèrement nombre de crimes. Ils la condamnèrent iniquement et… » La voix désespérée se brise. Alors Paris qui ne se souvient plus d’avoir jamais été bourguignonne, Paris, redevenue soudain la ville de Saint Louis, pleure avec ceux de Domrémy et de Vaucouleurs, et le rappel du bûcher se perd dans l’immense rumeur de sanglots qui monte au-dessus de la pauvre forme noire.

L’enquête commence.

Oublions, ah, oublions ! le passage sinistre de ces juges comblés d’honneur, et qui ne se souviennent de rien. D’autres se souviennent. Long cortège, qui sort de la vieillesse comme on sort de la nuit. Un quart de siècle a passé. Les pages de Jeanne sont des hommes mûrs ; ses compagnons de guerre, son confesseur ont les cheveux blancs. Ici débute la mystérieuse justice que l’humanité porte au plus secret de son cœur.

Cette fille, tous l’avaient connue, ou rencontrée, pendant un an. Et ils ont eux aussi oublié beaucoup de choses, mais non la trace qu’elle a laissée en eux. Le duc d’Alençon l’a vue une nuit s’habiller quand, avec beaucoup d’autres, ils couchaient sur la paille : elle était belle, dit-il, mais nul n’eût osé la désirer. Devant le scribe attentif et respectueux, le chef de guerre tristement vainqueur se souvient de cette minute, il y a vingt-sept ans, dans la lumière lunaire... Il se souvient aussi de la première blessure de Jeanne. Elle avait dit : « Demain mon sang coulera, au-dessus du sein. » Il revoit la flèche transperçant l’épaule, sortant du dos, Jeanne continuant le combat jusqu’au soir, emportant enfin la bastille des Tourelles. Revoit-il le sacre ? Avait-elle cru faire sacrer Saint Louis ? Hélas ! Mais, pour tous les témoins, elle est la patronne du temps où les hommes ont vécu selon leurs rêves et selon leur cœur, et depuis le duc jusqu’au confesseur et à l’écuyer, tous parlent d’elle comme les rois mages, rentrés dans leurs royaumes, avaient parlé d’une étoile disparue…

De ces centaines de survivants interrogés, depuis Hauviette de Domrémy jusqu’à Dunois, se lève une présence familière et pourtant unique, joie et courage, Notre- Dame la France avec son clocher tout bruissant des oiseaux du surnaturel. Et lorsque le XIXe siècle retrouvera ce nostalgique reportage du temps disparu, commencera, des années avant la béatification, la surprenante aventure : bien qu’elle symbolise la patrie, Jeanne d’Arc, en devenant vivante, accède à l’universalité. Pour les protestants, elle est la plus célèbre figure de notre histoire avec Napoléon ; pour les catholiques, elle sera la plus célèbre sainte française.

Lors de l’inauguration de Brasilia, il y a quatre ans, les enfants représentèrent quelques scènes de l’Histoire de France. Apparut Jeanne d’Arc, une petite fille de quinze ans, sur un joli bûcher de feux de Bengale, avec sa bannière, un grand bouclier tricolore et un bonnet phrygien. J’imaginais devant cette petite République le sourire bouleversé de Michelet ou de Victor Hugo. Dans le grand bruit de forge où se forgeait la ville, Jeanne et la République étaient toutes deux la France, parce qu’elles étaient toutes deux l’incarnation de l’éternel appel à la Justice. Comme les déesses antiques, comme toutes les figures qui leur ont succédé, Jeanne incarne et magnifie désormais les grands rêves contradictoires des hommes. Sa touchante image tricolore au pied des gratte-ciel où venaient se percher les rapaces, c’était la sainte de bois dressée sur les routes où les tombes des chevaliers français voisinent avec celles des soldats de l’an II.

Le plus mort des parchemins nous transmet le frémissement stupéfait des juges de Rouen lorsque Jeanne leur répond : « Je n’ai jamais tué personne ». Ils se souviennent du sang ruisselant sur son armure : ils découvrent que c’était le sien. Il y a trois ans, à la reprise d’Antigone, la princesse thébaine avait coupé ses cheveux comme elle et disait avec le petit profil intrépide de Jeanne la phrase immortelle : « Je ne suis pas venue pour partager la haine, mais pour partager l’amour. » Le monde reconnaît la France lorsqu’elle redevient pour tous les hommes une figure secourable, et c’est pourquoi elle ne perd jamais toute confiance en elle. Mais dans la solitude des hauts plateaux brésiliens, Jeanne d’Arc apportait à la République de Fleurus une personne à défaut de visage, et la mystérieuse lumière du sacrifice, plus éclatante encore lorsqu’elle est celle de la bravoure. Ce corps rétracté devant les flammes avait affreusement choisi les flammes ; pour le brûler, le bûcher dut aussi brûler ses blessures. Et depuis que la terre est battue de la marée sans fin de la vie et de la mort, pour tout ceux qui savent qu’ils doivent mourir, seul le sacrifice est l’égal de la mort.

 « Comment vous parlaient vos voix ? » lui avait-on demandé quand elle était vivante. _Elles me disaient « Va fille de Dieu, va fille au grand cœur… » Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres, que le bourreau ne put ou n’osa ranimer. Et l’on décida de le jeter à la Seine, « afin que nul n’en fît des reliques ».

Elle avait passionnément demandé le cimetière chrétien.

Alors naquit la légende.

 Le cœur descend le fleuve. Voici le soir. Sur la mer, les saints et les fées de l’arbre-aux-fées de Domrémy l’attendent. Et à l’aube, toutes les fleurs marines remontent la Seine, dont les berges se couvrent de chardons bleus des sables, étoilés par les lys…

La légende n’est pas si fausse. Ce ne sont pas les fleurs marines que ces cendres ont ramenées vers nous, c’est l’image la plus pure et la plus émouvante de France. O Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu. Une fois de plus, les fleurs des siècles vont descendre. Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu’elles te saluent sur la mer, toi qui a donné au monde la seule figure de victoire qui soit aussi une figure de pitié !

André Malraux,

(Oraisons funèbres, in Le Miroir des Limbes,

Œuvres complètes III, Gallimard.)

 

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01 janvier 2012

Voeux de François Bayrou pour l'année 2012


Voeux de François Bayrou pour l'année 2012 par bayrou

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17 décembre 2011

Made in France : "Adoptons un équilibre qui sauvera beaucoup de nos emplois !"

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Invité de RTL, Robert Rochefort, député européen du Mouvement Démocrate et ancien directeur du Crédoc, a estimé qu'il devait y avoir un "changement de comportement" dans la production et la consommation des Français.

"Tout d'abord on ne sait pas ce qui est fabriqué en France ou non. Il est important de le dire, et surtout que les industriels communiquent dessus. Il est vrai qu'un produit fabriqué en France est plus cher, mais il faut bien voir que lorsqu'un produit coûte plus cher, bien souvent c'est parce qu'il est de meilleur qualité", a déclaré le responsable de l'économie au sein du Shadow Cabinet.

De plus, "Il faut savoir qu'acheter un produit qui vient par exemple de Chine et qui tombe en panne au bout de 6 mois n'est pas plus rentable qu'acheter un produit certes plus cher mais fabriqué en France et dont la durée d'utilisation serait nettement prolongée" a t-il expliqué.

"Tous les mois les français dépensent 36 milliards d'euros dans l'achat de produits industriels de consommation. Cela fait un peu plus de 400 milliards d'euros par an. Si l'on change uniquement 10 pour cent de notre consommation, c'est a dire 10 pour cent des produits que l'on achète qui viennent d'ailleurs que l'on transforme en produit que l'on achète en France, cela permettra de réduire de moitié le déficit de notre commerce extérieur, qui s'élèvera cette année à 75 milliards d'euros . Ces 40 milliards de plus vont permettre la relance pour l'activité économique de notre pays sans 1 euro d'impôt en plus", a pu analyser Robert Rochefort.

"Il s'agit donc de changer notre comportement de consommation. Nous sommes en déficit depuis tellement d'années, qu'il faut que nous adoptions, comme le font les Américains, fiers de consommer des produits de leur continent, un équilibre qui sauverait beaucoup de nos emplois" a t-il conclu.

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11 décembre 2011

"Seul le peuple français peut imposer un choc qui fera que demain ne sera pas comme hier!"

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François Bayrou a tenu son premier meeting de campagne, samedi à Pau, devant plus de 1.000 personnes.

C'est un lieu symbolique que François Bayrou a choisi pour lancer sa campagne. Le Stade du Hameau est le siège de la "Section Paloise", club de rugby emblématique de la région depuis 1905. Il représente son attachement à ses racines, à la culture du Sud-Ouest et aux valeurs qu'incarne ce sport : esprit d'équipe, détermination, force et courage.

Arrivé vers 12h30 dans le grand hall de réception, l'enfant du Béarn a traversé la foule au son des bandas, entouré de son épouse, Babeth, et de ses nombreux soutiens. Parmi eux, les sénateurs Jean-Jacques Lasserre et Jacqueline Gourault, les députés Jean Lassalle, Daniel Garrigue et Abdoulatifou Aly, les députés européens Robert Rochefort et Jean-Luc Bennahmias, ainsi que de nombreux élus locaux, Maires, conseillers généraux et régionaux. 

En Europe : "Rigueur, mais aussi solidarité"

Pédagogue, le candidat à l'élection présidentielle a ouvert son discours sur l'origine de la crise européenne. "Les Etats les plus solides de la planète sont devenus soupconnables. Or, quand le doute s'installe, les taux d'intérêt augmentent et nous ne pouvons plus supporter la charge de la dette". La France n'est pas épargnée, car "elle appartient elle aussi au club des pays qui ne peuvent pas payer leurs fonctionnaires, leurs feuilles de sécu, sans emprunter".

Cette situation impose davantage de rigueur budgétaire. Avant tout, en posant des règles justes. "J'ai été le premier défenseur de la règle d'or, elle était déjà dans mon programme de 2002", a rappelé François Bayrou. Mais pour autant "réduire les solutions à la crise à cette seule règle d'or est insuffisant", a-t-il pointé. A l'échelle de l'Europe, cette rigueur doit s'accompagner de "solidarité", "la zone euro doit aider les pays les plus en difficulté, non pas en leur donnant des subventions, mais en leur garantissant un taux d'emprunt acceptable, qui leur permette de se reconstruire", "malheureusement, cela ne figure pas dans l'accord qui vient d'être signé", a-t-il déploré. 

L'Europe doit aussi réformer ses institutions. "Elle est trop éloignée des peuples, trop incompréhensible pour les citoyens", a regretté le député des Pyrénées-Atlantiques, proposant notamment "qu'un président de l'Europe soit élu au suffrage universel pour porter la voix des Européens". Car l'Union européenne "doit être une démocratie, et non une oligarchie", a-t-il poursuivi.

"Il faut un élan du produire en France !"

A la crise européenne, vient s'ajouter une crise française. "Les problèmes ne viennent pas d'ailleurs, ils viennent de chez nous ! Je suis pour qu'on s'adresse aux citoyens avec clarté, qu'on leur explique les problèmes et que l'on propose des idées simples", a estimé François Bayrou. 

"Alors que je parle depuis plusieurs mois du Produire et de l'Instruire, je constate que ces deux thèmes rencontrent aujourd'hui dans la vie politique un succès presque inattendu", a-t-il ensuite remarqué, soulignant que "Nicolas Sarkozy est sur le point d'effectuer un déplacement sur le thème des labels et du produire en France". "Quel bonheur", s'est-il exclamé en souriant. 

"Il faut se mobiliser pour un élan du produire en France, avec tous les acteurs concernés". Ceci implique par exemple d'agir sur la fiscalité, car "il est insupportable que les PME paient 3 ou 4 fois plus d'impôts que les entreprises du CAC 40. Il faut aussi un droit du travail plus souple, "le code du travail en France fait 2.600 pages et on en a ajoutées 500 dans les 5 dernières années", a pointé François Bayrou. 

Surtout, "il faut relever l'image de marque des produits français, travailler sur leur durée de vie, sur leur garantie. Il faut reconquérir des pans abandonnés. On ne fabrique plus un écran plat dans toute l'Europe! Ce que les Coréens ont fait à niveau de vie égal, nous pouvons le faire en France et en Europe. Comme ils l'ont fait, nous pouvons notamment adosser entreprises et universités, pour la production. Nous devons également une stratégie du consommateur. Une étude récente montre que 63% des Français sont prêts à payer un peu plus cher un produit, si cela permet de conserver des emplois en France".

"Je déclare la guerre à cette bipolarisation absurde !"

"Vous ne pouvez pas résoudre un problème sans changer la manière de penser qui a créé ce problème", a poursuivi François Bayrou. Pour lui les institutions et la façon de faire de la politique en France doivent évoluer. "Ce dont on a besoin c'est d'une force qui impose le pluralisme en France. Cette force, c'est notre famille en voie de reconstitution, avec des gaullistes, avec des écologistes, avec des gens de centre gauche", a-t-il souligné avec conviction.

"Je déclare la guerre à la bipolarisation absurde qui nous a amené là où nous sommes. Ce n'est pas parce qu'on est différent qu'on ne peut pas travailler ensemble ! Je souhaite une démocratie qui permette et oblige les forces politiques d'accord sur l'essentiel à s'unir. Rien ne s'accomplira sans un changement culturel important qui est le rejet du sectarisme. La règle de l'Etat doit $etre la compétence, pas l'appartenance. Car nous ne sortitrons pas de la crise en donnant tous les pouvoirs au Parti socialiste, avec les mœurs qui sont les siennes. Car nous ne sortirons pas non plus de la crise en donnant quitus, en mai prochain, à ceux qui sont responsables de la situation depuis cinq ans. L'abolition des privilèges est le socle indispensable de l'Etat républicain", a-t-il défendu.

" Il faut mettre au pas les appareils mais respecter les hommes et les femmes et leurs sensibilités, leur enracinement. Depuis des années on parle au peuple comme à des gogos. Il est temps que les gouvernants respectent le peuple, le prenne au sérieux, lui parle comme à un adulte. Il est temps que les Francais imposent à cet univers partisan le changement dont eux ont besoin. Seul le peuple français peut imposer un choc qui fera que demain ne sera pas comme hier." 

En clôture de ce discours, les participants se sont retrouvés ensemble autour de la traditionnelle "garbure" béarnaise, dans une ambiance détendue et chaleureuse.

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