Militant Haut-Rhinois du MoDem

Blog qui souhaite diffuser les idées du Mouvement Démocrate dans le Haut-Rhin

02 juillet 2009

La taxe carbone, beaucoup de vent

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Pendant deux jours, à partir de jeudi, une "Conférence des experts" réunit à Paris économistes, industriels, syndicalistes et représentants du monde associatif pour dessiner les contours de cette "contribution climat-énergie" (CCE), suivant la terminologie retenue lors du Grenelle de l’environnement. Problème, selon UFC-Que choisir, la hausse des prix de l’énergie ne fait baisser que très marginalement la consommation.

L’UFC-Que choisir s’est livré hier à une démonstration convaincante sur l’impact prévisible de la création d’une taxe carbone sur le niveau de consommation d’énergie. Graphiques et tableaux à l’appui, l’association de consommateurs remet en question « l’évidence » d’un lien entre hausse des prix des carburants, du fuel et du gaz et baisse de la consommation. L’étude réalisée révèle par exemple que, pour les carburants, l’augmentation de 33 % de leur prix enregistrée entre 1995 et 2000 n’a pas empêché une hausse de la consommation de 10,5 %.

Seule la période 2003-2006 fait apparaître une coïncidence entre flambée des prix (+ 28 %) et recul de la consommation (- 2,8). Mais, relève l’association, le rapport entre baisse et hausse est de 1 à 10, c’est-à-dire que, pour obtenir une chute de 10 % de la demande, il faudrait une hausse de 100 %. UFC-Que choisir estime aussi que le recul de la consommation enregistré à l’été 2008 est sans doute plus imputable à l’amorce de la récession économique qu’au record de 150 dollars enregistré par le prix du baril de pétrole.

Pour Alain Bazot, le président de l’association, la hausse des prix de l’énergie ne peut avoir qu’un effet marginal sur la consommation. « Les consommateurs sont captifs. S’ils utilisent une voiture, c’est que, dans la très grande majorité des cas, aucun autre mode alternatif ne s’offre à eux », explique-t-il. Ainsi, la dépense moyenne annuelle et par ménage en carburants est de 1 243 euros pour les ruraux contre 924 euros pour les habitants des villes moyennes et 708 euros pour les résidents de l’agglomération parisienne.

Dans ce contexte, instaurer une taxe carbone reviendrait à « pénaliser » des consommateurs qui le sont déjà par l’insuffisance des infrastructures de transports collectifs ou la faible densité de l’habitat. UFC-Que choisir, qui jusqu’à hier était écarté de la réunion des experts sur la taxe carbone, entend se mobiliser contre ce qu’elle soupçonne être « un retour de la TVA sociale ».

Pierre-Henri Lab

L'Humanité du 02 juillet 2009

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25 juin 2009

Bioéthique : une réforme des lois a minima

Il ne devrait pas y avoir de big bang des lois de bioéthique. La ministre de la santé Roselyne Bachelot a tracé, mardi 23 juin, le cadre de la révision de la législation, qui devrait intervenir courant 2010. S'exprimant en clôture des états généraux de la bioéthique, Mme Bachelot a estimé que "l'architecture globale" des lois "ne saurait être bouleversée".

Ecartant, notamment, toute légalisation des mères porteuses, Mme Bachelot a dessiné le cadre d'une révision a minima des lois de 1994 et 2004. "Des évolutions peuvent toutefois être envisagées", a concédé la ministre, qui se prononce pour la "levée encadrée" de l'anonymat du don de gamètes (sperme et ovocytes).

Enjeu le plus polémique de la révision, la légalisation des mères porteuses, interdite par la loi depuis 1994, a fait l'objet de vifs débats. Pendant plusieurs mois, partisans et détracteurs de la gestation pour autrui (GPA) se sont affrontés, les premiers pour défendre le droit des femmes privées d'utérus à avoir un enfant, les seconds pour stigmatiser une pratique contraire à la dignité des femmes porteuses. Mme Bachelot a clairement donné raison à ces derniers : selon elle, "le respect des principes de non-marchandisation et de protection des plus vulnérables apparaît comme strictement incompatible avec toute libéralisation" de la GPA.

La ministre de la santé jouait sur du velours : l'un des trois jurys citoyens constitués dans le cadre des états généraux a condamné à l'unanimité le recours aux mères porteuses. Appelé à réfléchir aux contours d'une mise en place de l'assistance médicale à la procréation (fécondation in vitro, insémination artificielle), ce jury s'est par ailleurs prononcé contre une extension de l'aide à la procréation aux femmes célibataires et aux couples d'homosexuelles. "Les citoyens ont souhaité que l'aide à la procréation reste une réponse médicale à un problème médical d'infertilité", a précisé Jean Léonetti, député (UMP) et président du comité de pilotage, en levant le voile sur un avis qui ne sera rendu public que dans quelques jours.

Si son cadre reste inchangé - l'assistance médicale à la procréation (AMP) serait toujours réservée aux seuls couples hétérosexuels infertiles -, les conditions de remboursement par l'assurance-maladie pourraient évoluer : Mme Bachelot s'est prononcée pour un recul de l'âge des femmes (42 ans aujourd'hui) ouvrant le droit au remboursement. La ministre s'est également déclarée favorable à "la levée encadrée" de l'anonymat des donneurs de sperme et d'ovocytes. Sur ce point, elle rejoint le Conseil d'Etat, qui avait estimé, le 6 mai, que le principe de l'anonymat du don de gamètes "comporte à long terme des effets préjudiciables à l'enfant (issu de ce don), essentiellement parce que ce dernier est privé d'une dimension de son histoire".

En revanche, Mme Bachelot ne s'est pas prononcée sur la question de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Mais la France pourrait se diriger vers un régime d'autorisation très encadré, comme l'a préconisé le Conseil d'Etat et comme le suggère l'un des jurys citoyens. L'ensemble de la réforme ne sera de toute façon dévoilé que début 2010. Ce devrait être la dernière révision globale des lois de bioéthique. Mme Bachelot a en effet indiqué que la législation "ne sera plus examinée à date fixe, tous les cinq ans, mais à la demande, selon des modalités innovantes qu'il reste à définir".

Cécile Prieur

Article paru dans l'édition du 25.06.09 du Monde

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23 juin 2009

Bioéthique, les Français donnent leur avis

Après six mois de débats, les états généraux de la bioéthique s’achèvent ce mardi 23 juin au matin à Paris. Les avis des jurys citoyens, censés exprimer la position des Français, seront dévoilés

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Les jurés ont pu mesurer la complexité de certaines questions bioéthiques (photo Barda/Ciric).

Ce n’est pas un secret classé défense mais presque. « Désolé, mais on ne peut rien révéler… ». S’ils acceptent volontiers de raconter leur expérience, les « jurés citoyens » de la bioéthique ne veulent rien dévoiler, en revanche, de leurs conclusions finales. Il faudra donc attendre ce mardi 23 juin au matin et le forum national organisé à Paris pour savoir comment ces citoyens, censés exprimer l’avis des Français, se sont prononcés sur les grands sujets dont débattront l’an prochain les parlementaires chargés de la révision des lois de bioéthique.

Ces questions sont d’importance : faut-il sortir du régime dérogatoire actuel et autoriser la recherche sur l’embryon ? L’assistance à la procréation doit-elle rester une réponse médicale à l’infertilité ou devenir un mode alternatif de procréation et être proposée aux mères célibataires ou aux couples homosexuels ? Faut-il autoriser la gestation pour autrui, c’est-à-dire les mères porteuses ? Ne faudrait-il pas créer un registre du « oui » sur lequel pourraient s’inscrire toutes les personnes favorables à ce qu’on prélève leurs organes à leur décès ?

Ces questions ont été au cœur des états généraux de la bioéthique lancés en janvier dernier et conclus ce matin avec ce forum national, en présence de Roselyne Bachelot (lire les Repères ci-contre). Il y a six mois, en lançant ces états généraux, la ministre de la santé avait évoqué un « événement démocratique sans précédent » qui permettrait de donner la parole aux Français pour que ce débat sur la bioéthique ne soit pas « confisqué » par les experts. Au final, il est difficile de savoir si le pari a vraiment été tenu.
1 643 contributions

En six mois, le site des états généraux aura recueilli 1 643 contributions. Un chiffre « très satisfaisant » pour les organisateurs, mais que d’autres jugeront peu élevé pour un débat qui engage « l’avenir des générations futures ». Par ailleurs, 226 réunions ont aussi été organisées dans toute la France, dont 40 par les espaces éthiques des CHU. Mais, de l’avis de plusieurs participants, elles ont surtout attiré un public d’initiés, en général des professionnels de santé, des responsables religieux ou des citoyens déjà très avertis des questions de bioéthique.

Au-delà, il semble qu’une très grande partie de la population soit restée dans l’ignorance de ce grand débat national. De nombreux jurés citoyens avouent ainsi volontiers qu’ils n’avaient « jamais entendu parler de ces états généraux » avant d’avoir été contactés pour vivre cette expérience. « C’est vrai que dans les réunions, il y a surtout des gens déjà très éveillés à ces questions, admet le député UMP Jean Leonetti, président du comité de pilotage des états généraux. Mais c’est justement pour aller plus loin que nous avons créé ces jurys citoyens », souligne-t-il.

« Notre volonté était de nous dégager d’une logique sondagière dans laquelle on demande à des gens de répondre par oui ou par non, blanc ou noir. Là, l’objectif était de délivrer une réflexion collective et argumentée, avec toutes les nuances nécessaires », explique pour sa part Damien Philippot, directeur d’études à l’Ifop, institut chargé de la constitution des trois panels citoyens de Marseille, Rennes et Strasbourg.

Avis et recommandations

Dans ces trois villes, une quinzaine de personnes, profanes en matière de bioéthique, ont été recrutées puis formées durant deux week-ends entiers. Avant de poser à des experts toutes les questions qu’elles jugeaient importantes lors de trois réunions publiques : aussi bien sur la recherche sur l’embryon ou le diagnostic préimplantatoire (Marseille), l’assistance à la procréation et la gestation pour autrui (Rennes) ou le prélèvement d’organes et à la médecine prédictive (Strasbourg).

Après ces réunions, chaque jury citoyen s’est enfermé le soir même, puis durant toute la journée du lendemain, pour rédiger des avis et des recommandations. « Cela a été très intense et très riche, une expérience formidable », s’enthousiasme Alexandra Devic, 35 ans, guide dans le domaine culturel et membre du jury de Rennes.

Ces jurés reconnaissent qu’avant de s’engager dans cette aventure, leurs connaissances en matière de bioéthique étaient très lacunaires. « Je suivais cela de très loin, sans connaître les grands enjeux », explique Hicham El Ansari, 30 ans, ingénieur et membre du jury de Strasbourg.
Des milliers d’embryons surnuméraires congelés

Au fil des formations, ils ont fait des découvertes qui, disent-ils, les ont profondément interpellés. « Au sein du groupe, plusieurs d’entre nous ont été stupéfaits d’apprendre qu’il y a dans notre pays des milliers d’embryons surnuméraires congelés (NDLR : conçus en vue d’une fécondation in vitro) qui ne font plus l’objet d’un projet parental et dont personne ne sait quoi faire ! La loi dit qu’au bout de cinq ans, ces embryons doivent être détruits. Mais dans beaucoup de cas, la loi n’est pas appliquée », constate, à Marseille, Johanne Riera, 25 ans, titulaire d’une licence en sciences de l’éducation.

À Strasbourg, Didier Bodelet, 58 ans, ancien vendeur de machines-outils, a lui découvert que le don d’organes en France reposait sur le principe du consentement présumé, avec un registre du « non » où peuvent s’inscrire les personnes opposées à tout prélèvement. « J’ai appris que la carte de donneur n’avait aucune valeur juridique. Je pensais que les possesseurs de cette carte étaient automatiquement prélevés alors qu’en fait, les médecins demandent toujours l’avis de la famille », explique Didier Bodelet, désormais conscient de l’importance d’évoquer ce sujet avec ses proches pour que sa volonté soit « bien respectée, si cela doit se produire ».

Surtout, ces jurés ont mesuré la complexité de certaines questions. « Sur l’ouverture de l’assistance à la procréation aux couples homosexuels, on a un peu l’impression qu’il y a autant d’avis que de psychanalystes ! », confie Philippe Derouin, 45 ans, cadre dans la communication et le marketing à Rennes.

Discussions parfois animées

Au final, la rédaction des avis a donné lieu à des discussions parfois animées mais sans qu’au final les différents groupes ne se déchirent. « À une exception près, nos positions ont été adoptées à l’unanimité », confie Johanne Riera. « Franchement, au départ, je ne pensais pas qu’on arriverait à se mettre d’accord, confie pour sa part Alexandra Devic. Lors de notre premier week-end de formation, on sentait dans le groupe des positions très éloignées les unes des autres, poursuit-elle.

Pour faire simple, les plus âgés étaient opposés à toute évolution de la loi alors que les plus jeunes plaidaient fortement dans l’autre sens. Puis, au fil de la réflexion, on s’est tous rendu compte que ces positions initiales étaient très caricaturales dans un sens comme dans l’autre. Quand on se plonge dans ces sujets, on découvre de nouveaux arguments, des nuances qui sont fondamentales. »

Reste une question que se posent les jurés : à quoi vont servir ces avis citoyens ? Seront-ils véritablement pris en compte ? « Nous sommes bien conscients que nos avis n’auront pas force de loi, mais nous serons attentifs à ce qu’ils vont devenir », prévient Philippe Derouin. Un avertissement entendu par Jean Leonetti. « Nous tiendrons compte de ces avis, c’est une certitude. Et pour moi, le pari est gagné. Avant ces états généraux, on me disait qu’en donnant la parole à monsieur-tout-le-monde, on allait entendre n’importe quoi, que les positions les plus extrêmes allaient prévaloir. Cela n’a pas été le cas. Les jurés ont posé des questions pertinentes, pointues, nuancées. Ce qui prouve que sur ces sujets délicats, on peut consulter les Français en faisant le pari de l’intelligence. » 

Pierre BIENVAULT

La Croix du 22 juin 2009.

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Congrès à Versailles : François Bayrou dénonce "un manquement incroyable à des principes"

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Le Président du Mouvement Démocrate, qui a décidé d'écouter le discours du chef de l'Etat lundi devant le Congrès à Versailles, a annoncé qu'il quitterait l'hémicycle au moment du débat parlementaire après le départ de Nicolas Sarkozy.

"Un Parlement qui représente le peuple ne devrait pas accepter qu'on s'adresse à lui sans qu'il puisse répondre", a déclaré François Bayrou à la presse.

"C'est un manquement incroyable à des principes. Et que cela se passe à Versailles, cela donne un arrière-plan symbolique : si quelqu'un peut s'adresser au Parlement sans qu'il réponde, c'est un souverain", a ajouté le député des Pyrénées-Atlantiques.

"Pour la République, cela n'aurait pas dû être accepté. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas voté la réforme constitutionnelle et que je ne prendrai pas la parole dans ce débat", a-t-il conclu.

François Bayrou ne partage pas non plus l'idée des élus socialistes de demander au Premier ministre d'engager sa confiance devant le Parlement après le remaniement avec un discours de politique générale. "Cela n'a pas de sens, le discours de politique générale, c'est ici que nous allons l'avoir", a-t-il rappelé.

François Bayrou a aussi qualifié "d'incroyable catalogue de campagne électorale" le discours du chef de l'Etat devant le Congrès, dénonçant l'annonce d'un nouvel emprunt.

"L'annonce d'un nouvel emprunt a quelque chose de surréaliste, parce que de l'emprunt on en fait tous les jours", a-t-il estimé, alors qu'il a écouté sans applaudir le discours du chef de l'Etat dans l'hémicycle.

"On en est à 140 milliards de déficit annuel annoncés par le ministre des Finances. Où sont les limites dans cette dérive qui semble ne plus avoir de frein ?", s'est-il interrogé.

"Quand on parle déficit il n'y a pas tant de différences entre les bons, les moyens et les mauvais déficits. Au bout du compte c'est toujours de la dette qu'il faudra qu'on paye", a jugé le Président du Mouvement Démocrate.

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20 juin 2009

Lepage intéressée, sous condition, par un retour au gouvernement

Par Reuters, publié le 19/06/2009 à 09:59

PARIS - L'ancienne ministre Corinne Lepage se déclare intéressée par une éventuelle entrée au gouvernement, à condition de ne pas faire partie d'un "casting".

Ministre de l'Ecologie dans le gouvernement d'Alain Juppé de 1995 à 1997, Corinne Lepage a rejoint le Mouvement démocrate (MoDem), sous la bannière duquel elle a été élue députée européenne le 7 juin.

"Je ne suis pas pour un casting, je ne suis pas une prise de guerre, autrement dit je ne vais pas dans un gouvernement pour faire bien", a-t-elle déclaré sur i-Télé.

"Si c'est un changement de politique, si le président de la République veut changer de cap, changer de manière de faire, oui pourquoi pas. Si c'est pour dire 'comme on a pris M. Kouchner, on a pris Mme Lepage', non ça ne m'intéresse pas", a-t-elle expliqué, se présentant comme une "femme de conviction".

"Pour l'instant on ne m'a rien proposé du tout donc tout cela est tout à fait aléatoire", a-t-elle souligné.

Un autre membre du MoDem, l'ancien Vert Jean-Luc Bennahmias, a balayé les rumeurs le présentant comme un possible futur membre du gouvernement de François Fillon qui doit être remanié dans les jours qui viennent.

Le député européen a expliqué sur France Info avoir rejoint le Mouvement démocrate il y a deux ans "pour construire une alternative politique au gouvernement de M. Fillon et à la politique de l'UMP et de M. Sarkozy".

"Donc tout cela ne tient pas la route. Si je rentrais dans un gouvernement, je ne serais pas crédible", a-t-il ajouté.

L'Express

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Henri Lacordaire

Jean-Baptiste Henri Lacordaire, en religion le père Henri-Dominique Lacordaire, né le 12 mai 1802 à Recey-sur-Ource (Côte-d'Or), mort le 21 novembre 1861 à Sorèze (Tarn), est un religieux, prédicateur, journaliste et homme politique français. Restaurateur en France de l'Ordre des Prêcheurs (dominicains), il est considéré aujourd'hui comme l'un des précurseurs du catholicisme moderne.

Jeunesse et formation

Fils de Nicolas Lacordaire, ancien médecin de la marine française pendant la Guerre d'indépendance aux Etats-Unis, Henri Lacordaire fut élevé à Dijon par sa mère, Anne Dugied, fille d'un avocat au parlement de Bourgogne, précocement veuve - son mari décède en 1806. Il avait trois frères, dont l'un fut l'entomologiste Théodore Lacordaire. Bien qu'élevé dans la foi catholique, il s'en éloigna pendant ses études au lycée de Dijon. Il étudia ensuite le droit, se destinant à la carrière d'avocat, et se signala par ses qualités d'orateur au sein de la Société d'études de Dijon, un cercle politique et littéraire réunissant la jeunesse royaliste de la ville, où il découvrit les théories ultramontaines de Bonald, de Maistre, Félicité de Lamennais. Sous leur influence, Lacordaire renonça peu à peu aux idées des encyclopédistes et au rousseauisme, conservant cependant un amour profond et sincère de la liberté et des idéaux révolutionnaires de 1789.

En 1822, il partit pour Paris afin d'effectuer son stage d'avocat. Grâce à l'appui du président Riambourg, un ami de sa famille, il entra chez M. Mourre, procureur général. Bien que trop jeune selon la loi pour plaider, il passa outre, et plaida avec succès à plusieurs reprises en cour d'assises, suscitant l'intérêt du grand avocat libéral Berryer.

Cependant, malgré les perspectives d'une carrière brillante, il s'ennuyait et se sentait isolé à Paris, dont les distractions ne le séduisaient guère. À l'issue d'une longue période de doutes et d'interrogations, il se convertit au printemps 1824, et décida aussitôt d'être prêtre.

Grâce au soutien de Monseigneur de Quélen, l'archevêque de Paris, qui lui accorda une bourse, et malgré les fortes réticences de sa mère et de ses amis, il entra le 12 mai 1824 au séminaire Saint-Sulpice, à Issy, puis, à partir de 1826, à Paris, où l'enseignement, d'une qualité généralement médiocre, ne convenait guère à sa formation antérieure, à son caractère et à ses idées libérales. Il écrivit même plus tard que : « Ceux qui se souviennent de m'avoir observé au séminaire, savent qu'ils ont eu plusieurs fois la tentation de me prendre pour un fou. » Son expérience de séminariste inspira Sainte-Beuve, pour son roman Volupté. À Saint-Sulpice, il se lia avec le duc de Rohan-Chabot, futur cardinal-archevêque de Besançon, qui lui conseilla d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Finalement, grâce à son insistance, et après de longues hésitations de ses supérieurs, il fut ordonné prêtre le 22 septembre 1827 par Monseigneur de Quélen. Celui-ci, après avoir songé à le nommer à la Madeleine ou à Saint-Sulpice, lui confia finalement la modeste tâche de chapelain d'un couvent de visitandines, et, l'année suivante, la charge de second aumônier du lycée Henri-IV. Cette expérience confirma à ses yeux l'inéluctable déchristianisation de la jeunesse française confiée à l'enseignement public, dont lui-même avait fait partie.

Lamennais, Montalembert, l'Avenir et le catholicisme libéral

En mai 1830, il fut invité par l'abbé Félicité de Lamennais, alors l'un des maîtres à penser de la jeunesse catholique française, dans sa propriété bretonne de la Chênaie. Longtemps réticent à l'égard de l'intransigeance de Lamennais, Henri Lacordaire fut finalement séduit par son enthousiasme et ses idées ultramontaines et libérales. À cette époque, il songea à partir aux États-Unis, comme missionnaire. Les événements de 1830 le retinrent en France. Avec Lamennais, l'abbé Gerbet, et le jeune vicomte Charles de Montalembert, qui devint l'un de ses plus proches amis, ils choisirent de se rallier à la révolution de Juillet, en exigeant l'application intégrale de la Charte de 1830, de soutenir les révolutions étrangères (en Pologne, en Belgique, en Italie), et lancèrent, le 16 octobre 1830, le journal l'Avenir, dont la devise était « Dieu et la liberté ! ». Dans un contexte révolutionnaire majoritairement anticlérical, le journal mariait audacieusement ultramontanisme (défense de la souveraineté absolue du pape en matière religieuse) et libéralisme, aspirations démocratiques et catholicisme.

Le 7 décembre 1830, les rédacteurs de l'Avenir résumaient ainsi leurs revendications :

« Nous demandons premièrement la liberté de conscience ou la liberté de religion, pleine, universelle, sans distinction comme sans privilège ; et par conséquent, en ce qui nous touche, nous catholiques, la totale séparation de l'Église et de l'État […] Cette séparation nécessaire, et sans laquelle il n'existerait pour les catholiques nulle liberté religieuse, implique, d'une part, la suppression du budget ecclésiastique, et nous l'avons hautement reconnu ; d'une autre part, l'indépendance absolue du clergé dans l'ordre spirituel […] De même qu'il ne peut y avoir aujourd'hui rien de religieux dans la politique, il ne doit y avoir rien de politique dans la religion. »

« Nous demandons, en second lieu, la liberté d'enseignement, parce qu'elle est de droit naturel et, pour ainsi dire, la première liberté de la famille ; parce qu’il n'existe sans elle ni de liberté religieuse, ni de liberté d'opinions… »

Parmi les autres revendications figuraient la liberté de la presse, la liberté d'association, la généralisation du principe électif.

Lacordaire se signala en particulier par des articles demandant la liberté d'expression et la liberté de la presse, la liberté de l'enseignement, contre le monopole de l'Université, s'opposant à Montalivet, le ministre de l'Instruction publique et des cultes. Mais il fut surtout véhément pour exiger la séparation de l'Église et de l'État. Ainsi, il appela les prêtres français à refuser le salaire qui leur était versé par le gouvernement, et exalta la pauvreté du clergé. Le 15 novembre 1830, il s'exclamait : « Nous sommes payés par nos ennemis, par ceux qui nous regardent comme des hypocrites ou des imbéciles, et qui sont persuadés que notre vie tient à leur argent […] La liberté ne se donne pas, elle se prend. » Ces revendications, les nombreuses attaques contre les évêques nommés par le nouveau gouvernement, qualifiés d'« ambitieux et serviles », la virulence des auteurs, particulièrement Lamennais et Lacordaire, provoquèrent le scandale auprès de l'épiscopat français, majoritairement gallican et conservateur, et les évêques français intentèrent un procès aux rédacteurs de l'Avenir. En janvier 1831, Lamennais et Lacordaire durent se défendre devant la justice et obtinrent un acquittement triomphal.

Afin de défendre la liberté de l'enseignement, en-dehors du contrôle de l'Université, conformément à leur interprétation de la Charte de 1830, les rédacteurs de l’Avenir fondèrent en décembre 1830 l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse, et, le 9 mai 1831, Lacordaire, Montalembert et de Coux ouvrirent une école libre, rue des Beaux-Arts, qui fut fermée par la police deux jours plus tard. Après un procès retentissant devant la Chambre des pairs, où Lacordaire se défendit lui-même, qui s'acheva par la condamnation de cette initiative et la fermeture définitive de l'école, l'Avenir fut suspendu par ses fondateurs le 15 novembre 1831. Le 30 décembre, Lacordaire, Lamennais et Montalembert, les « pèlerins de la liberté », se rendirent à Rome, afin d'en appeler au jugement du pape Grégoire XVI, auquel ils présentèrent un Mémoire rédigé par Lacordaire. D'abord confiants, ils déchantèrent vite face à l'accueil réservé qui leur fut accordé. Le 15 août 1832, le pape, sans les nommer, condamna leurs idées par l'encyclique Mirari Vos, notamment les revendications portant sur la liberté de conscience et la liberté de la presse. Avant même cette condamnation, Lacordaire se sépara de ses compagnons, et retourna à Paris où il reprit ses fonctions d'aumônier des visitandines.

Le 11 septembre, il publia une lettre de soumission au jugement du pape. Il usa de toute sa force de persuasion pour convaincre Montalembert, d'abord rétif, de le suivre dans sa soumission. En 1834, il acheva de désavouer Lamennais, condamné après la publication des Paroles d'un Croyant (encyclique Singulari Nos), par ses Considérations sur le système philosophique de M. de La Mennais, ouvrage dans lequel Lacordaire évoquait sa déception face aux conséquences de la révolution de 1830, et proclamait sa fidélité à l'Église de Rome. Il y condamnait l’« orgueil » de Lamennais, et le taxait de « protestantisme », l'accusant d'avoir voulu placer l'autorité du genre humain au-dessus de celle de l’Église.

En janvier 1833, il rencontra pour la première fois Madame Swetchine, femme de lettres russe convertie au catholicisme, tenant un salon célèbre à Paris, que fréquentaient aussi Montalembert, le comte de Falloux, ou l'abbé Félix Dupanloup. Il développa avec Madame Swetchine une relation à la fois filiale et amicale, à travers une correspondance considérable.

Un prédicateur talentueux

En janvier 1834, sur la proposition du jeune Frédéric Ozanam, le fondateur de l'œuvre charitable de la Société de Saint Vincent de Paul, qu'il connaissait depuis peu, l'abbé Lacordaire commença une série de conférences au collège Stanislas, qui rencontrèrent un très grand succès, au-delà même des étudiants. Mais l'omniprésence dans ces discours du thème de la liberté, qu'on soupçonna de pervertir la jeunesse, déclencha des critiques. Les conférences furent donc suspendues.

Cependant, Monseigneur de Quélen, l'archevêque de Paris, affirma son soutien à Lacordaire, et lui demanda de prêcher en 1835 pour le Carême à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dans le cadre des Conférences de Notre-Dame, spécialement destinées à l'initiation de la jeunesse au christianisme, elles aussi fondées à la demande d'Ozanam. La première conférence de Lacordaire eut lieu le 8 mars 1835. En raison du succès immédiat rencontré par ses prédications, il poursuivit l'expérience l'année suivante. De fait, les Conférences de Notre-Dame de Lacordaire, où celui-ci mêlait avec exaltation religion, philosophie, poésie, représentaient un renouvellement original de l'éloquence sacrée traditionnelle.

Mais en 1836, face tant au succès considérable qu'aux attaques violentes dont il était l'objet, notamment sur ses faiblesses théologiques, et après le décès de sa mère, Lacordaire, conscient de la nécessité pour lui d'acquérir des connaissances plus solides, ainsi que des soutiens plus fermes, se retira à Rome, où il étudia alors chez les jésuites. Il y publia sa Lettre sur le Saint-Siège, où il réaffirmait avec force ses positions ultramontaines, insistant sur la primauté du pape, pontife romain, « dépositaire un et permanent, […] organe suprême de la parole évangélique et source inviolable de la communion universelle » sur les évêques. Ce texte le brouilla avec Monseigneur de Quélen, gallican sincère.

Le rétablissement de l'Ordre des Prêcheurs en France

En 1837, conforté par l'exemple de dom Guéranger et de la restauration des bénédictins, Lacordaire surmonta ses réticences initiales, la peur d'aliéner sa liberté sous la règle d'un ordre religieux, et résolut d'entrer chez les dominicains, dont il décida de rétablir l'ordre en France. En effet, l'Ordre des Prêcheurs, créé en 1215 par Dominique de Guzmán, avait été supprimé en France en 1790. Henri Lacordaire choisit cet ordre médiéval en raison de la vocation de l'ordre dominicain, qui est d'enseigner et de prêcher, afin de renouveler de l'intérieur et de rechristianiser la société de son temps. La souplesse des constitutions de l'Ordre, son organisation interne démocratique et élective, sa « flexibilité incroyable »[1], l'avaient également séduit. Enfin, pour lui, l'appartenance à un tel ordre offrait une grande liberté à l'égard de l'épiscopat français, de ses querelles et prises de positions politiques.

Dans cette entreprise de restauration, Lacordaire fut soutenu par le pape Grégoire XVI, et par le maître général des dominicains, le père Ancarani, qui lui offrit l'usage du couvent romain de Sainte-Sabine, pour établir le premier noviciat des dominicains français. En septembre 1838, Lacordaire retourna en France, afin de trouver des candidats au noviciat, et des soutiens dans sa démarche. Il passa à cet effet une annonce dans le journal l'Univers, et, dans son Mémoire pour le rétablissement en France des Frères Prêcheurs (1839), largement diffusé, en appela avec éloquence, et d'une manière extrêmement moderne, à l'opinion publique, au peuple français, et à son respect des droits de l'homme, pour soutenir la liberté religieuse et la liberté d'association.

Le Mémoire commençait ainsi :

« Mon pays,

Pendant que vous poursuivez avec joie et douleur la formation de la société moderne, un de vos enfants nouveaux, chrétien par la foi, prêtre par l'onction traditionnelle de l'Église catholique, vient réclamer de vous sa part dans les libertés que vous avez conquises, et que lui-même a payées […] Je m'adresse à une autorité qui est la reine du monde, qui de temps immémorial, a proscrit les lois, en a fait d'autres, de qui les chartes elles-mêmes dépendent, et dont les arrêts, méconnus un jour, finissent tôt ou tard par s'exécuter. C'est à l'opinion publique que je demande protection et je la demande contre elle-même, s'il en est besoin. »

Pour démontrer l'inutilité de la législation anti-religieuse mise en place par les révolutionnaires français, Lacordaire y soulignait les évolutions de la vie religieuse, montrant qu'au XIXe siècle, il était désormais inconcevable d'entrer dans les ordres sous la contrainte, contrairement aux pratiques qui avaient eu cours avant la Révolution française. D'autre part, selon lui, les vœux religieux ne s'opposaient pas aux principes fondateurs de la Révolution : d'abord, le vœu d'obéissance n'était que la plus haute expression de la liberté, en tant qu'il s'agissait de l'obéissance consentie à des supérieurs librement élus, dont les décisions étaient strictement bornées par les statuts de l'Ordre, évitant ainsi tout abus de pouvoir. Quant au vœu de pauvreté, il rejoignait selon lui les idéaux révolutionnaires d'égalité et de fraternité.

Le 9 avril 1839, Henri Lacordaire prit l'habit dominicain au couvent de la Minerve, à Rome, et reçut alors le nom de Dominique. Un an plus tard, le 12 avril 1840, après une année de noviciat à La Quercia, près de Viterbe, durant laquelle il écrivit sa Vie de saint Dominique, il prononça ses vœux à la Minerve. Il poursuivit ensuite ses études de théologie à Sainte-Sabine, où son portrait fut peint par Théodore Chassériau, portrait parfois considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de son auteur. À propos de cette œuvre, Lacordaire écrivit alors à Madame Swetchine que : « M. Chassériau, jeune peintre de talent, m'a demandé avec instance de faire mon portrait. Il m'a peint en dominicain, sous le cloître de Sainte-Sabine ; on est généralement satisfait de cette peinture, quoiqu'elle me donne un aspect un peu austère. »[2]

En 1841, il retourna en France, portant l'habit dominicain, théoriquement illégal selon les lois révolutionnaires, et, le 14 février 1841, prêcha avec succès à Notre-Dame. Continuant ses prédications à Paris, et à travers toute la France, Lacordaire entreprit la fondation de plusieurs couvents : la première maison de la restauration de l'Ordre en France fut établie à Nancy en 1843, suivie du noviciat à Chalais (Isère) en 1844, et, en 1849, d'une maison à Paris, dans l'ancien couvent des Carmes. À cette époque, Lacordaire exerça également une influence importante sur Jean-Charles Prince et Joseph-Sabin Raymond, deux religieux canadiens qui sont à l'origine de l'arrivée des dominicains au Canada.

En 1850, la province dominicaine de France fut officiellement rétablie, sous la direction du Père Henri-Dominique Lacordaire, élu supérieur provincial. Il se heurta rapidement au père Alexandre Vincent Jandel, l'un de ses premiers compagnons. En effet, en 1850, Alexandre Jandel fut nommé vicaire général de l'Ordre par le pape Pie IX, admiratif du dynamisme et de la rigueur des dominicains français. Jandel était favorable à une interprétation sévère des constitutions dominicaines médiévales et s'opposa à la vision plus libérale de Lacordaire. Le conflit éclata en 1852, à propos de l'horaire des matines, l'office de nuit, dans les couvents, et d'une manière générale, sur le confort et les dispenses à accorder aux frères. En effet, selon Lacordaire, qui s'appliquait par ailleurs à lui-même une discipline extrêmement sévère, la vie monastique devait être subordonnée au devoir de prédication et d'enseignement, et ne devait pas contraindre la liberté des frères dominicains. En 1855, le pape affirma publiquement son soutien à Jandel en le nommant maître général de l'ordre dominicain, tandis que Lacordaire, retiré alors de l'administration de la province de France, fut réélu à sa tête en 1858.

Les dernières années

La fin de la vie du père Lacordaire fut assombrie par ces controverses, et par les déceptions de la vie politique. En effet, depuis longtemps hostile à la monarchie de Juillet, il soutint avec enthousiasme la révolution française de 1848, se rallia au régime républicain, et lança avec Frédéric Ozanam et l'abbé Maret un nouveau journal, l'Ère nouvelle, dont les objectifs étaient « de rassurer les catholiques et de les aider à l'acceptation du régime nouveau […], d'obtenir pour l'Église des libertés nécessaires qui lui étaient obstinément refusées depuis cinquante ans, enfin un acheminement à une meilleure distribution des éléments sociaux, en arrachant à une classe trop prépondérante la domination exclusive des intérêts, des idées et des mœurs. »[3]. Ce programme mêlait le catholicisme libéral traditionnel (défense de la liberté de conscience et d'enseignement), et le catholicisme social défendu par Frédéric Ozanam.

Après une campagne électorale tumultueuse, Lacordaire fut élu député de l'Assemblée nationale constituante par l'électorat de Marseille. Favorable à la République, il siégea à l'extrême gauche de l'Assemblée, mais démissionna très vite - le 17 mai 1848 - suite aux émeutes ouvrières, à l'invasion de l'Assemblée nationale par les manifestants, le 15 mai, et à la répression qui suivit. Il expliqua ainsi son comportement :

« J'estimai dans la révolution de 1848 un acte de haute justice. […] Je pensai que l'essai de la forme républicaine était possible en France dans des conditions meilleures qu'en 1792. J'acceptai sincèrement cet essai. […] Ce fut dans cette même pensée que j'entrai à l'Assemblée nationale, et que je m'assis à l'extrême gauche, afin de donner immédiatement un signe de mon adhésion au genre de gouvernement que la force des choses venait d'imposer à la France. […] Le 15 mai ébranla jusqu'au fond mes espérances. Il m'a révélé des projets et des passions qui devaient infailliblement aboutir à la guerre civile, à une lutte profonde, inévitable, acharnée, où l'extrême gauche jouerait un rôle dont je ne voulais pour rien au monde prendre la responsabilité. […] Les partis monarchiques relevaient la tête ; je ne voulais pas les servir, je ne le pouvais pas sans compromettre la religion. J'aimai mieux me retirer. »[4]

Déçu par le régime républicain, et en désaccord avec les options de plus en plus sociales choisies par l'Ère Nouvelle, il quitta la direction du journal le 2 septembre, tout en continuant à le soutenir.

Lacordaire se montra plutôt favorable à la révolution italienne de 1848, au prix même de l'invasion des États pontificaux, (« Nous ne devons point trop nous alarmer de la chute possible de Pie IX »[5], écrit-il alors à Montalembert). Il montra peu d'enthousiasme à l'égard de la loi Falloux, votée le 15 mars 1850, œuvre de son ami Montalembert, qui établissait la liberté de l'enseignement secondaire, qu'il jugeait insuffisante, et qui avait été soutenue par l'évêque d'Orléans, Félix Dupanloup, à qui l'opposait une longue inimitié.

Opposé à l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte, Lacordaire condamna sans réserve le coup d'État du 2 décembre 1851, qui lui semblait une atteinte insupportable à la liberté, et à toutes les valeurs qu'il défendait, au nom de l'ordre. Il choisit alors de se retirer de la vie publique, comme il l'expliqua en 1861 :

« Je compris que dans ma pensée, dans mon langage, dans mon passé, dans ce qu'il me restait d'avenir, j'étais aussi une liberté et que mon heure était venue de disparaître avec les autres. Beaucoup de catholiques suivirent une autre ligne et, se séparant de tout ce qu'ils avaient dit et fait, se jetèrent avec ardeur au-devant du pouvoir absolu. Ce schisme que je ne veux point appeler ici une apostasie a toujours été pour moi un grand mystère et une grande douleur. »[6]

Il se consacra jusqu'à sa mort à l'éducation de la jeunesse, dans le cadre nouveau offert par la loi Falloux, acceptant en juillet 1852 la direction d'un collège à Oullins, près de Lyon, puis celle de l'école de Sorèze, dans le Tarn, dont l'assemblée générale des actionnaires décide le 27 juin 1854 de transmettre l'Ecole au père Lacordaire

Enfin, le 2 février 1860, il fut élu par 21 voix membre de l'Académie française, au fauteuil 18, en remplacement du comte Alexis de Tocqueville, dont il prononça l'éloge. Encouragé par les opposants au régime impérial, parrainé par Montalembert et Berryer, reçu par Guizot, il accepta alors de ne pas évoquer la politique italienne controversée de Napoléon III. La réception de Lacordaire à l'Académie fut un véritable événement politique et mondain. Malgré les opinions politiques du nouvel académicien, elle eut lieu en la présence de l'impératrice Eugénie et de la princesse Mathilde. Lacordaire ne siégea qu'une fois à l'Académie, et mourut le 21 novembre 1861 à Sorèze, où il fut inhumé.

Henri Lacordaire, « religieux pénitent et libéral impénitent »

Un orateur romantique

Au XIXe siècle, Lacordaire fut surtout apprécié de ses contemporains pour ses qualités de prédicateur. En effet, à travers ses conférences à Stanislas puis à Notre-Dame de Paris et à Toulouse, ses éloges funèbres de Daniel O'Connell ou du général Drouot, il se livra à un profond renouvellement du genre sclérosé de l'éloquence sacrée, dans la lignée du romantisme catholique de Chateaubriand ou de Lamennais.

Dans les Conférences, le but d'Henri Lacordaire était avant tout de faire une apologie du christianisme, « une apparition de la vérité dans les âmes tourmentées », et pas un exposé théologique abstrait. À propos des Conférences de Notre-Dame, il déclara ainsi : « Il me sembla qu'il ne fallait partir ni de la métaphysique, ni de l'histoire, mais prendre pied sur le sol même de la réalité vivante et y chercher les traces de Dieu. »[7] Pour démontrer la crédibilité des doctrines catholiques, Lacordaire avait donc recours à de nombreuses références extérieures au dogme, tirées de l'histoire, de la psychologie, de la philosophie, de la poésie et la littérature, reprenant ainsi les références idéologiques et intellectuelles de son auditoire, la jeunesse catholique romantique.

En outre, il prononçait ses discours avec expressivité et un enthousiasme communicatif (voire avec exaltation), insistant sur les notions qui le passionnaient ainsi que son public, celles de liberté, de patriotisme, de don de soi et de sens du sacrifice. À la lecture, le style d'Henri Lacordaire, destiné à une expression orale dans un contexte bien particulier peut donc aujourd'hui sembler confus, plein d'emphase, et le contenu manquer de fond théologique. C'est pourquoi, plus que ses qualités d'orateur, ce sont ses intuitions sur la compatibilité entre catholicisme, libéralisme et démocratie, qui rendent cet homme et son parcours intellectuel et politique particulièrement remarquables.

Révolution, catholicisme et libéralisme

Selon son ami l'abbé Henri Perreyve, « passionné de la justice, de la liberté, du progrès des hommes et ne séparant pas de ces grandes causes la cause de Dieu et de son Église »[8], Henri Lacordaire ne dissociait pas une foi catholique profonde et la croyance dans le progrès et la liberté humaine (selon lui, « c’est l’Évangile qui a fondé la liberté dans le monde, qui a déclaré les hommes égaux devant Dieu, qui a prêché les idées et les œuvres de fraternité. »). Cet amour de la liberté, antérieur chez lui à sa foi catholique, allait de pair avec une grande tendresse pour les hommes de son temps, du XIXe siècle : proclamant « la nécessité d'estimer son siècle »[9], il se distinguait donc de nombreux auteurs catholiques romantiques qui le rejetaient pour exalter avec nostalgie un passé mythique.

Issu de la bourgeoisie révolutionnaire (fils d'un médecin militaire, petit-fils d'un avocat), il en partageait en effet de nombreux idéaux, et notamment la foi dans la modernité et le progrès, ainsi qu'une vision globalement positive de la geste révolutionnaire. Contrairement aux notables de son siècle, Henri Lacordaire considérait, sous certaines conditions et tout en réprouvant la violence physique, que de l'insurrection populaire pouvait sortir l'amélioration de la condition humaine. Face au comte de Montalembert, aristocrate libéral, son ami, Lacordaire, sans être pour autant républicain de conviction, montrait des idées politiques avancées, très choquantes pour la grande bourgeoisie catholique française qu'il côtoyait.

Ces convictions expliquent pour une large part son attitude controversée pendant la révolution de 1848. Elle provoqua, de manière temporaire, l'incompréhension et le rejet de Lacordaire par ses amis les plus proches eux-mêmes (Montalembert, Madame Swetchine), et l'embarras de la plupart de ses biographes jusqu'au milieu du XXe siècle. Face à cette réprobation générale, il affirma alors « croire que l'avènement de la société moderne était voulu de Dieu » et justifia les aspirations démocratiques de ses contemporains : « Quel danger y a-t-il à ce que quelques catholiques penchent un peu vivement vers la forme démocratique ? Qui sait si ce n'est pas là l'avenir de l'Europe ? »[10]

Paradoxalement, la réputation sulfureuse d'Henri Lacordaire lui ouvrit finalement les portes de l'Académie française. Sa candidature fut en effet soutenue par les opposants au régime impérial, tant les libéraux (Montalembert, Berryer, Barante, Guizot, Falloux, Lamartine…) que les cléricaux, comme Thiers ou Dupanloup, qui lui reprochaient cependant pour certains des idées trop « piémontistes ».

Pour un renouvellement de l'art chrétien

L'année 1839 aura été décisive dans la vie de Lacordaire, car parallèlement à son Mémoire pour le rétablissement en France de l'Ordre des Frères Prêcheurs et à sa prise d'habit chez les Dominicains (9 avril), il fonde, le 21 juillet au Couvent de La Quercia avec des pensionnaires de la Villa Médicis "Prix de Rome" dont le musicien Charles Gounod, la Confrérie de Saint-Jean. Ainsi commence-t-il la rédaction de sa déclaration : « Des artistes français, touchés du spectacle que présente le monde, ont désiré contribuer à sa régénération par l'emploi chrétien de l'art. »[11], C'est en l'église Notre-Dame des Victoires à Paris, que Henri Lacordaire présidera la messe d'action de grâce pour le premier anniversaire de la Confrérie, le 27 décembre 1840.

La Confrérie devient le lundi 15 avril 1872 la Société de Saint-Jean pour l'encouragement de l'art chrétien bientôt reconnue d'Utilité Publique.

La Société de Saint-Jean pour le développement de l'art chrétien marquera l'histoire de l'art dans l'entre-deux-guerres avec les Ateliers d'Art Sacré, fondés et dirigés par Maurice Denis et George Desvallières, dont Henri de Maistre prendra la succession, avec pour aumônier Jacques Debout, écrivain et lui-même engagé pour le renouvellement de l'art chrétien dans sa Revue "Les Cahiers catholiques".

Citations

  • « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit », 52e Conférence de Notre-Dame, 1848.

  • « La liberté n'est possible que dans un pays où le droit l'emporte sur les passions. »

  • « Être libre, c'est se posséder soi-même. »

  • « Joindre ses mains, c'est bien mais les ouvrir, c'est mieux. »

  • « Partout où l'homme veut se vendre, il trouve des acheteurs. »

  • « Tout ce qui s'est fait de grand dans le monde, s'est fait au cri du devoir ; tout ce qui s'y est fait de misérable s'est fait au nom de l'intérêt. »

  • « L'histoire, ce riche trésor des déshonneurs de l'homme. »

  • « Le peuple juif a été l'historien, le jurisconsulte, le sage, le poète de l'humanité », 41e Conférence de Notre-Dame, 1846.

  • « Il faut savoir beaucoup pardonner quand on gouverne les hommes. »

  • « L'égoïsme consiste à faire son bonheur du malheur de tous », 50e Conférence de Notre-Dame, 1848.

  • « L'injustice appelle l'injustice ; la violence engendre la violence. »

  • « Le bonheur est la vocation de l'homme », 50e Conférence de Notre-Dame, 1848.

Œuvres d'Henri Lacordaire

Correspondance

Pour l'étude de la correspondance de Lacordaire avant 1840, l'outil de base est :

  • Correspondance : répertoire. Tome I, 1816-1839 ; établi par Guy Bedouelle et Christoph-Alois Martin, éd. du Cerf, Paris ; éd. universitaires, Fribourg, 2001. (ISBN 2-204-06926-4) ; (ISBN 2-8271-0835-6)

Les références suivantes permettent d'avoir accès en partie à la correspondance de Lacordaire postérieure à 1840 :

  • Correspondance du R. P. Lacordaire et de Mme Swetchine, publiée par le Cte de Falloux, Didier, Paris, 1864.

  • Lacordaire, Montalembert : Correspondance inédite : 1830-1861 ; textes réunis, classés et annotés par Louis Le Guillou ; révision du texte et des notes par André Duval ; préf. de José Cabanis, éd. du Cerf, Paris, 1989 (ISBN 2-204-02899-1)

Conférences, écrits religieux et polémiques

La plupart des écrits de Lacordaire sont présents dans ses œuvres complètes, éditées en 1872, consultables en ligne sur Gallica.

  • Sainte Marie-Madeleine, éd. du Cerf, Paris, 2005. (ISBN 2-204-07894-8)

  • Le Testament du P. Lacordaire publié par le comte de Montalembert, C. Douniol, Paris, 1870.

  • Œuvres du R. P. Henri-Dominique Lacordaire, Poussielgue frères, Paris, 1872. - 9 vol.

Comprend : Vie de saint Dominique. ; II. Conférences de Notre-Dame de Paris. T. I. Années 1835, 1836, 1843 ; III. Conférences de Notre-Dame de Paris. T. II. Années 1844, 1845 ; IV. Conférences de Notre-Dame de Paris. T. III. Années 1846, 1848 ; V. Conférences de Notre-Dame de Paris. T. IV. Années 1849, 1850 ; VI. Conférences de Notre-Dame de Paris et Conférences de Toulouse. T. V. Années 1851, 1854 ; VII. Œuvres philosophiques et politiques ; VIII. Notices et panégyriques ; IX. Mélanges

Bibliographie indicative

  • (en) Peter M. Batts, Henri-Dominique Lacordaire's re-establishment of the Dominican Order in nineteenth-century

    France

    , E. Mellen, 2004 (ISBN 0-7734-6393-3) ;

  • (en) Peter M. Batts, "Jean-Baptiste Henri Lacordaire." in New Catholic Encyclopedia, 2003.

  • Guy Bedouelle (dir.), Lacordaire, son pays, ses amis et la liberté des ordres religieux, éd. du Cerf, Paris, 1991 (ISBN 2-204-04259-5) ;

  • Bernard Bonvin, Lacordaire-Jandel : la restauration de l'Ordre dominicain en France après la Révolution, écartelée entre deux visions du monde, éd. du Cerf, Paris, 1989 (ISBN 2-204-04042-8) ;

  • Marie-Odile Munier (dir.), Lacordaire et quelques autres, religion et politique, Presses de l'Université des sciences sociales de Toulouse, Toulouse, 2003 (ISBN 2-909628-88-4).

  • Bernard Cattanéo, "Petite vie de Lacordaire" Editions Desclée de Brouwer, 1991.

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18 juin 2009

Congrès du 22 juin : un débat "qui n'en sera pas un" pour François Bayrou

Le Président du Mouvement Démocrate, député des Pyrénées-Atlantiques, a annoncé, mercredi 17 juin, qu'il sera présent, mais qu'il ne s'exprimera pas lors du Congrès de Versailles le 22 juin, après l'allocution de Nicolas Sarkozy devant les parlementaires.

"J'avais cru comprendre, dans l'entretien que j'ai eu avec Nicolas Sarkozy (NdM : le 11 juin dans le cadre des consultations avec les chefs de toutes les formations politiques représentées au Parlement européen), que le débat aurait lieu en sa présence. Il m'a même dit +sinon, c'est une adresse+", a déclaré François Bayrou.

"J'ai compris après que tel n'était pas le cas. On me dit que c'est constitutionnel, c'est possible, mais ça change toute ma perspective", a-t-il ajouté. (Lire la suite)

"J'ai donc appelé le président de l'Assemblée Nationale pour lui dire que je n'étais plus candidat à ce temps de parole, que ça n'avait plus de sens", a-t-il précisé.

"J'irai écouter le discours de Nicolas Sarkozy, mais je ne veux pas participer à un débat qui n'en serait pas un", a conclu François Bayrou.

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13 juin 2009

Halte à l'écolomania !

La victoire d'Europe-Ecologie, c'est le triomphe de l'opportunisme politique. Une idéologie néolibérale qui prospère sur l'image du «people» Cohn-Bendit.

(Capture d'écran - site d'Europe Ecologie)

Depuis Dimanche soir et l’extraordinaire succès des listes d’Europe Ecologie, le système politico médiatique semble avoir échappé à toute rationalité. On entend des commentateurs nous dire très sérieusement, qu’une nouvelle ère s’ouvre, que l’écologie politique a enfin atteint le stade de sa maturité. Les Verts se sentent pousser des ailes et prétendent négocier d’égal à égal avec le PS dans la perspective des régionales. Bientôt, on nous annoncera même un candidat écolo face à Nicolas Sarkozy en 2012 ! Arrêtons le délire ! La percée des écologistes se s’est pas construite sur une adhésion à des thèses nouvelles ou en phase avec les problèmes de l’époque. Ils ont prospéré sur la défaillance de leurs concurrents, l’absence de tout débat de fond et surtout à un leader hors normes. 

L’Ecologie politique est bien sympathique, mais dans le contexte actuel, l’engouement unanime qu’elle suscite est plus que suspect. Comment ne pas y voir un nouvel avatar de l’idéologie libérale-mondialiste, un moyen bien pratique pour des élites impuissantes pour détourner l’attention des populations de la crise, voire pour faire accepter la régression formidable des niveaux de vie et des systèmes sociaux qu’elle va entraîner.

Cohn-Bendit, champion de la politic-academy !

Le principal enseignement de ces élections – et je m’étonne que nul ne l’aie souligné jusqu'ici – est que lorsqu’il n’y a pas de campagne, pas de débat de fond, quand les positions ne sont pas cristallisées autour d’enjeux clairement identifiés, les électeurs votent n’importe comment, de manière aléatoire ou irréfléchie, en se décidant à la dernière minute sur la dernière impression laissée par la dernière apparition médiatique des candidats. Dans ces cas là, le vote se fait sur un mouvement de sympathie ou une volonté de d’envoyer tout balader. 

La campagne européenne n’a duré que quelques jours. Elle n’a connu que deux évènements marquant : le débat chez Arlette Chabot et le film Home diffusé le lendemain. Le débat-pugilat de France 2 fût un grand moment de télévision, un monument de spectacle politique. Le choix du téléspectateur s’imposait de lui même tant Dany Cohn-Bendit crevait l’écran. Il était le seul parlementaire européen, le seul qui parlait d’un point de vue européen, au centre du jeu, volubile, sympa, brillant, sincère, drôle, décontracté, nature, amical avec tous, y compris avec ceux du camp d’en face qu’il tutoyait avec une évidente complicité. Pas sectaire, le Dany ! Après s’être fait insulter et calomnier de la manière la plus honteuse qui soit par Bayrou, il s’est offert le luxe de lui tendre la main pour la constitution de sa future coalition anti-Barroso. Comment ne pas craquer ?

Le vote Cohn-Bendit ne serait-il pas qu’une nouvelle expression de la staracadémisation, celle qui avait déjà conduit les socialistes à préférer Ségolène Royal pour sa fraicheur virginale et sa féminité lumineuse ou qui avait conduit les électeurs français, quelques mois plus tard, a lui préférer Sarkozy, parce qu’il faisait plus homme d’Etat. Dimanche, les électeurs ont voté Cohn-Bendit parce qu’ils aimeraient que tous les hommes politiques lui ressemblent et parce qu’il faisait parlementaire européen quand les autres ne faisaient que chefs de leur boutique partisane.

Que les socialistes se rassurent : on verra le vote écolo retomber comme un soufflé, lorsqu’une fois Dany retourné en Allemagne, les verts ressortiront leur logo au tournesol, leurs pisse-froid psychorigides et leurs ayatollahs anti-tout.

Une idéologie pour enfant de huit ans

Il n’y a pas message plus simple à faire passer, d’idée plus facile à comprendre et plus consensuelle que de vouloir « sauver la planète » Tout le monde n’est pas nécessairement d’accord pour vouloir libéraliser et flexibiliser, accorder davantage d’aides aux plus fragiles, pour quitter l’Union Européenne ou au contraire « faire l’Europe », reconstruire une économie à l’intérieur de frontières commerciales ou au contraire renforcer notre compétitivité dans la mondialisation. Mais pour protéger la nature, éviter les dérèglements climatiques, ou pourquoi pas l’apocalypse, puisque le film Home laissait entendre, avec le ton tragique du commentaire et ses musiques de science fiction, ni plus ni moins que la prochaine disparition de toute vie sur terre... ça tout le monde est pour ! Même les enfants de 8 ans.

Pourtant, un programme réellement écologiste n’aurait pas grand chose de consensuel. Le traitement pour lutter contre la consommation des ressources, freiner les émissions de gaz à effet de serre et anticiper sur la fin des hydrocarbures, serait même plutôt douloureux. La véritable doctrine de ce courant de pensée, c’est la décroissance, c'est-à-dire, consommer moins, produire moins, gagner moins, être moins nombreux, quand ce n’est pas, pour les plus radicaux, de vivre dans une yourte au fin fond de la Corrèze, se nourrir avec les produits troqués contre quelque productions artisanales à un producteur bio du village, s’éclairer à la bougie, ne pas se chauffer en hiver et chier dans un compost au fond du jardin ! La littérature des penseurs de la décroissance ne fait pas vraiment envie. Pour ceux qui s’y intéressent vraiment, je ne peux que conseiller la lecture de Jean Marc Jancovici. Personnellement, son « économie de guerre » et projet ruraliste m’a plutôt fait froid dans le dos, mais il y en a qui aiment.

Rien de tel dans le programme d’Europe Ecologie. Pas une mesure impopulaire ! Les dépenses nouvelles jaillissent à chaque page du programme, mais aucune hausse de la pression fiscale nulle part. Les taxes nouvelles seront bien évidemment compensées pour les plus fragiles. Vous travaillerez moins mais, vous verrez, vous gagnerez autant … L’élevage produit autant de gaz à effet de serre que les transports. Pourtant les écolos se sont bien gardé d'annoncer que la viande (re)deviendrait un produit de luxe pour jour de fête. On parle de véhicules propres, mais on se fait discret sur le doublement du prix de l’essence que préconisait pourtant Cohn-Bendit il y a 10 ans…! Même du point de vue qui est le sien, on cherche désespérément dans le programme d’Europe Ecologie, ce qui pourrait réellement constituer une rupture pour éviter la catastrophe annoncée. Marianne2 n’a pas tort de qualifier le programme d’Europe Ecologie de programme Bisounours

La politique c’est l’art d’arbitrer entre des intérêts divergents. Un programme qui ne comporte aucune mesure susceptible d’être impopulaire, qui ne s’en prend à aucune position acquise, qui ne crée aucun clivage idéologique, n’est pas une doctrine politique. C’est un prêche, une profession de foi, un mensonge, une tromperie, une escroquerie intellectuelle, une manipulation démocratique, un discours pour les enfants ou les débiles, tout ce qu’on veut, mais ce n’est pas une offre politique !

Une idéologie qui tombe à pic

Malakine

La simultanéité de la crise avec la prise de conscience écologiste est troublante. En 2007, la campagne avait d’abord été marquée par le pacte de Nicolas Hulot, puis une fois que tous l’ont signé, plus rien… Très peu d’engouement populaire autour du grenelle de l’environnement. Quasiment rien lorsque le pétrole, les matières premières et les prix agricoles se sont mis à flamber. A l’époque, on était sur la question du pouvoir d’achat, on se moquait de Christine Lagarde qui conseillait aux Français (non sans raison) de prendre l’habitude de se déplacer en vélo. Mais depuis la crise, tout le monde ne parle plus que de plan de croissance verte, de changement de modèle et de mutation écologique. Curieux non ? 

A l’origine de cet engouement, il y a peut-être une intuition selon laquelle la mutation écologique ouvre la voie à la sortie de crise. L’industrie automobile licencie ? Pas grave, on va construire des panneaux solaires ! A mon sens cette thèse est erronée, car elle fait l’impasse sur la question de la solvabilité de la demande qui est à la racine de la crise. (j’y reviendrais bientôt)

On est donc très tenté de voir dans cette mode une idéologie opportuniste destinée à détourner l’attention des licenciements et des plans sociaux pour lequel les pouvoirs publics sont impuissants. Cette petite manipulation n’est pas sans rappeler la montée de l’antiracisme dans les années 80, organisée par l’Elysée après le tournant de la rigueur de 1983. Le gouvernement ayant fait le choix du chômage au nom de l’Europe et de l’orthodoxie, il avait besoin d’un nouvel ennemi contre lequel s’exciter. C’est ainsi qu’il a fait croire à une menace fasciste et s’est refait une virginité à bon compte. Aujourd’hui, le « changement climatique » est dans le rôle de la peste brune d’hier, un ennemi providentiel qui fait tout passer au second plan tant il est effrayant.

L’écologisme contemporain va plus loin encore. Il ne se limite pas à détourner l’attention de la crise ; il la justifie, il l’explique, il la légitime à gros coups de storytelling : l’industrie automobile va mal parce que les voitures émettent trop de CO2. Les usines ferment parce qu’elles sont polluantes !  Tout cela est explicitement dans le programme d’Europe Ecologique « Mettre des milliards pour sauver des industries obsolètes, polluantes ou délocalisables ne sert à rien, sinon à prolonger les causes de la crise. La transformation est nécessaire. Elle passe par la conversion écologique de l'économie, seule réponse responsable et globale à la crise du système »

Ce n’est pas que les consommateurs n’ont plus les moyens d’acheter des voitures. C’est qu’ils ne veulent plus ! Ils attendent qu’elles soient enfin propres pour retourner dans les concessions. Et voilà comment d’un coup, on évacue le problème de la compression de la demande par écrasement des salaires. Voilà comment on arrive à se réjouir de l’annonce des plans sociaux. Voilà comment on se rassure en inventant un scénario de sortie de crise qui ne correspond à rien.

L’écologie est une idéologie anxiogène mais c’est paradoxalement le meilleur des anxiolytiques par temps de crise. 

Un autre avatar du libéralisme

Les rapports entre qu’entretient l’écologie avec l’idéologie de la mondialisation et le libéralisme sont d’ailleurs particulièrement troubles, suffisamment pour y voir un allié objectif des forces du marché qui sont à la recherche de rendements toujours plus haut et de salaires toujours plus faibles. 

L’écologie est peut-être même un autre avatar de l’individualisme libéral. Il ne s’agit pas bien sûr de l’individualisme libéral dans sa forme virile, l’exaltation de la compétition et le culte de la réussite individuelle. Plutôt au contraire un individualisme paresseux et jouisseur, celui qui veut la réduction du temps de travail sans perte de salaire, des villes sans voitures et des campagnes sans usines. Observons bien le discours des verts : les industries sont délocalisables, donc obsolètes. Il ne s’agit même plus de lutter contre les délocalisations mais de faire une croix au plus vite sur tout ce qui est susceptible de partir pour accélérer la mutation. Exactement ce que disent les économistes libéraux !

Et par quoi on remplace ces emplois ? Par des emplois socialement utiles, des emplois publics, associatifs, le tiers secteur, l’économie sociale et solidaire. C’est très exactement le modèle bipolaire décrit par Patrick Artus dans son portrait sombre de l’Amérique d’aujourd’hui. Ce modèle défendu par les partisans de la mondialisation, dont Artus lui-même dit qu’il ne peut que conduire à la ruine : Des emplois hautement qualifiés (donc propres) et des emplois bas de gamme dans l’économie domestique (mais socialement utiles) Entre les deux plus rien. Plus d’industrie, plus de classe moyenne, plus d’emplois à forte productivité.

Les verts partagent d’autres points communs avec les libéraux, comme leur méfiance à l’égard de l’Etat et la politique. Tous deux préfèrent miser sur la somme de comportements individuels éclairés pour changer la société. Quand le libéral veut construire sa cité idéale en faisant de l’individu un consommateur avide et un compétiteur forcené ; le vert rêve d’en faire un consom’acteur responsable qui pratique le commerce équitable, achète bio et se déplace en vélo.

Même rapport au peuple. Le libéral ne croit pas à l’égalité entre les hommes et cherche à se distinguer de la masse par sa réussite et son fortune qu’il aime à exhiber. L’écolo lui appartenir à une avant-garde de l’humanité. Il ne rejette pas la croyance en l’égalité entre les hommes, mais il se sent néanmoins supérieurement évolué. Avec sa conscience planétaire hautement avancée, il est parvenu à élever ses désirs pour les rendre « durables ». Les siens sont sobres, éthiques, responsables ; ceux du peuple sont vulgaires, bassement matérialistes et pulsionnels.

Qu’on ne se méprenne pas. Je n’entends pas faire du négationnisme écologique. J'invite juste à relativiser ce qui s’est passé sur le plan politique dimanche dernier. Les verts ont toujours été un mélange de doux rêveurs et de militants monomaniaques. Ils ne changeront pas. Cette campagne fût une anomalie dans leur histoire et s’est conclue par un accident électoral. Néanmoins, la mutation verte est nécessaire. Elle appelle des décisions lourdes, des ruptures profondes et peut-être douloureuses. Ce point suffit d’ailleurs à infirmer la thèse de l’évènement politique. On ne réunira jamais 20 % des voix sur un programme de purge, ni pour se passer du pétrole, ni pour ramener les finances publiques à l’équilibre, ni pour augmenter le prix des produits importés. 

La révolution verte est nécessaire, mais il y a encore plus urgent. Le préalable est de s’atteler de remettre notre économie sur pied. Sans réforme du capitalisme, il n’y aura pas de révolution écologique possible. Ce ne sera pas la décroissance, seulement la dépression. Pour paraphraser la formule de Chirac au sommet de la terre en 2002 « Notre économie brûle mais nous regardons ailleurs »

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Mercredi 10 Juin 2009

Malakine - Blogueur associé

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Censure de la loi HADOPI : "le Conseil Constitutionnel confirme le vote du Parlement européen" pour Marielle de Sarnez et Jean-L

Le Conseil Constitutionnel a donné raison mercredi 10 juin aux opposants à la loi "Création et Internet" (dite Hadopi) en censurant le dispositif de riposte graduée.

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Marielle de Sarnez, députée européenne (Ile-de-France), vice-présidente du Mouvement Démocrate, s'est déclarée "très heureuse de la décision du Conseil Constitutionnel, que les sages du Palais-Royal considèrent que le droit à internet est un droit fondamental et que ce droit ne puisse être restreint qu'après autorisation préalable des autorités judiciaires". Les Sages "rejoignent ainsi la position exprimée par le Parlement européen", a-t-elle souligné. (Lire la suite)

Pour Jean-Luc Bennahmias, député européen (Sud-Est) et vice-président du Mouvement Démocrate, "la décision du Conseil Constitutionnel confirme en grande partie le vote du Parlement européen du 6 mai. Celui-ci demandait à ce que la justice soit saisie et rappelait de ce fait que le droit à internet est une liberté fondamentale. Sur la question de la charge de la preuve, cette décision est pleine de bon sens et en toute correspondance avec le droit français. Il n'empêche que le droit d'auteurs est totalement reconnu par le Mouvement Démocrate. Il faut donc trouver des nouvelles dispositions pour que les artistes et les auteurs puissent vivre de leur création."

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09 juin 2009

François Bayrou "regrette l'affrontement" avec Cohn-Bendit

François Bayrou "regrette l'affrontement" avec Cohn-Bendit
Vidéo envoyée par Europe1fr

Le président du MoDem a reconnu mardi sur Europe 1 avoir commis des erreurs dans la campagne des européennes. Plus d'informations : http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Politique/Bayrou-regrette-l-affrontement-avec-Cohn-Bendit/(gid)/227805

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