Militant Haut-Rhinois du MoDem

Blog qui souhaite diffuser les idées du Mouvement Démocrate dans le Haut-Rhin

21 novembre 2009

Rencontres de Dijon : intervention sur l'école et l'enseignement par Marielle de Sarnez


Discours de Marielle de Sarnez à Dijon
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Fiscalisation des indemnités journalières des accidents du travail

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Au moment où l'expression de la crise sociale se fait de plus en plus intense auprès des Français, le projet du gouvernement tendant à fiscaliser les indemnités journalières des accidents du travail de courtes durée est à l'évidence un nouveau coup dur porté au pouvoir d'achat des plus précaires.

Pour Jean-Luc Bennahmias, député européen et vice-président du Mouvement Démocrate, la majorité présidentielle marque une nouvelle fois l'absence manifeste de considération qu'elle porte aux victimes du monde du travail. Surtout, elle poursuit un dogme idéologique très dangereux pour notre modèle social, qui consiste à minimiser autant que possible la contribution des plus riches à l'effort de solidarité nationale (bouclier fiscal notamment), tout en maximisant à l'excès celles des plus faibles. (Lire la suite)

En définitive, la fiscalisation des indemnités journalières des accidents du travail n’est que le prolongement logique et cohérent d’autres mesures tout aussi indignes de la tradition sociale française : les franchises médicales, les déremboursements de médicaments, les fermetures d’infrastructures hospitalières publiques et territoriales…

Rien ne justifie un désengagement aussi brutal de l’Etat vis-à-vis de son devoir de solidarité nationale.

Le gouvernement serait mieux inspiré de consolider la position des acteurs de l’économie sociale sur les marchés de la prévoyance et de l’assurance. C’est en développant le tiers secteur (étranger aux logiques actionnariales et capitalistiques) que l’on pourra bâtir une protection sociale durable… pas en ponctionnant chaque jour davantage les victimes de la crise !

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14 novembre 2009

Marielle de Sarnez : "Tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir d'aujourd'hui ont le devoir de travailler ensemble"

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Marielle de Sarnez, députée européenne et première vice-présidente du Mouvement Démocrate, a accordé un entretien au quotidien "Les Echos", vendredi 13 novembre :

Les Echos : S'il a eu un retentissement médiatique, le mouvement initié cet été à Marseille n'a pas fait bouger les lignes jusqu'à présent. Pourquoi ?

Marielle de Sarnez : Les lignes ont commencé à bouger : la preuve en est notre rassemblement de Dijon. Le mouvement initié à Marseille est en marche. Il ne s'arrêtera pas. Bien sûr, il reste des conservatismes, des gens qui refusent de parler avec ceux qui sont différents d'eux. Mais je suis confiante : l'ouverture l'emportera sur la fermeture. (Lire la suite)

Ces réunions doivent permettre de jeter les bases d'un « contrat de gouvernement ». Est-ce l'ébauche d'une nouvelle « gauche plurielle » ?

S'il s'agissait de rebâtir la « gauche plurielle », je n'en serais pas. Au contraire, le mouvement auquel j'ai décidé de participer consiste à faire réfléchir ensemble des courants d'opinion différents, qui s'assument comme tels, et qui veulent trouver des solutions ensemble. Et si nous avons choisi de commencer par l'école, ce n'est pas un hasard : c'est le coeur même de notre identité républicaine.

Comment jugez-vous l'attitude de Martine Aubry, qui affirme « Si François Bayrou dit qu'il n'est plus de droite, je n'ai pas encore pu vérifier qu'il était à gauche », tout en étant elle-même alliée au Modem à Lille ?

Je dis à Martine Aubry quelque chose de très simple : François Bayrou est au centre par toute son histoire et par ses convictions. Un centre en opposition profonde sur les valeurs avec le pouvoir actuel, ses méthodes et son inspiration. Un centre ouvert, déterminé à tout faire pour que des rassemblements nouveaux voient le jour. Parce que, être capables de dépasser les clivages habituels, c'est la condition même pour qu'un projet d'alternance puisse voir le jour. Vous voyez bien ce qui est en jeu : la création d'un bloc central et progressiste le plus large possible, en capacité demain de représenter une alternative crédible.

La stratégie de la main tendue au PS et plus encore la présence de Robert Hue à vos côtés a fait grincer des dents au sein du Modem. Comment lever ces réticences ?

Pour construire des rassemblements, il faut avoir l'esprit large. Tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir d'aujourd’hui ont le devoir de travailler ensemble. Ils doivent le faire en refusant toute forme d'exclusive. La peur de l'autre est toujours mauvaise conseillère. Même si c'est difficile, il faut accepter de se confronter avec ceux qui viennent d'autres horizons. Robert Hue s'est séparé de la direction du PC parce qu'il ne se reconnaissait plus dans sa fermeture. J'accepte que les gens puissent changer.

Propos recueillis par Pierre-Alain Furbury

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11 novembre 2009

Ces villages morts pour la France

C'étaient, au début du XXe siècle, neuf villages français comme tant d'autres. Bâtis sur une côte, dans une gorge, au fond d'une vallée boisée, ils étaient traversés par un ruisseau et la grande rue que bordaient une église, une mairie-école et un lavoir. A l'époque, ils comptaient entre 130 et 718 habitants.

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Verdun en 1916 (AFP/OFF)

Aujourd'hui, ils ne diffèrent guère de milliers de communes rurales. Ils ont un code postal. Ils ont des édiles auxquels leurs voisins donnent du monsieur ou madame le maire, et qui siègent à la communauté de communes, votent le budget, reçoivent des subventions. Lors de cérémonies, ils portent écharpe tricolore. A l'occasion, ils célèbrent des mariages.

Rien de plus banal. Ces villages de la Meuse possèdent toutefois une particularité : ils n'ont plus d'habitants ni même d'habitations. Anéantis en février ou mars 1916, ils ont été, trois ans plus tard, déclarés "villages morts pour la France", martyrs récipiendaires de la croix de guerre. Pour administrer ces lopins de terre, entretenir monuments aux morts, plaques commémoratives et ce qu'ils appellent une "âme", des individus tiennent des registres d'état civil où il n'y a rien ou presque à signaler.

Cette exception juridique tire son origine de la loi du 18 octobre 1919. Elle prévoyait, afin de perpétuer le souvenir des morts, que, dans certaines communes, une commission de trois membres dont l'un exerçant les fonctions de président de la commission municipale, maire et disposant des mêmes attributions que les élus, hormis le vote aux sénatoriales, soit nommée par le préfet. Depuis quatre-vingt-dix ans, il a bien été question d'abroger cette loi et de rattacher ces villages fantômes à d'autres collectivités.

Tel fut le cas en 1950 de certains villages de la Marne, mais dans la Meuse, département qui a payé le plus lourd tribut pendant la première guerre mondiale, pays de sépultures, de mémoriaux et de tranchées, les oppositions à pareille initiative ont été fortes. Ne serait-ce qu'en raison de la dangerosité des sites situés au coeur de la "zone rouge", en référence au trait de couleur tracé par les cartographes chargés, après guerre, de délimiter le territoire impropre au retour de la population. Evacués en raison de l'imminence des combats, les villageois furent donc expropriés et les terres reboisées : 6 953 propriétaires reçurent des indemnités tandis que 13 404 hectares passèrent sous tutelle de l'Office national des forêts (ONF). Au fil du temps, seulement trois des neuf villages ont reçu l'autorisation de réinstaller quelques habitants, moins d'une vingtaine, dans des zones sécurisées.

Hormis des flancs de montagne dans les Vosges et les Alpes italiennes, ces champs de bataille, demeurés en l'état, où gisent encore des corps et des tonnes de munitions, constituent un cas unique. Les experts estiment qu'il faudra encore deux cents ans pour nettoyer le site. La mousse ou l'herbe ont juste verdi le sol violemment bosselé par les cratères et trous d'obus. Un paysage hérissé, çà et là, d'arbres ; des lieux doux et paisibles. Dans les années 1930, des chapelles-abris ont été érigées sur les vestiges des églises.

Jean Laparra, 87 ans, aime arpenter son territoire de Bezonvaux. Il observe le sol afin de repérer d'éventuels objets remontant à la surface. Depuis huit ans, il a collecté un petit butin. Dans le béton, il a fait sceller l'huisserie de volets et de portes, un bidon de lait percé par la mitraille, un compas de brancard, un caisson à munitions, une portion de voie ferrée et les a disposés à ciel ouvert. D'anciens détenus en chantier de réinsertion ont débroussaillé les lieux. "On a recréé la grand-rue, explique le maire, nommé en 2001. J'ai fait installer quatre bornes de renseignements relatant la vie de ce village vieux de cinq cents ans." En 1914 vivaient ici des aubergistes et des apiculteurs. Le buraliste côtoyait le charpentier. Les agriculteurs voisinaient avec les marchands de porcs et de vaches, les notables avec les rentiers, tandis qu'une châtelaine coulait des jours heureux.

Tous sont les "administrés" de Jean Laparra. Son credo : "Faire connaître le village et la guerre qui l'a détruit." A la fin du XIXe siècle, son grand-père, cadre dans la construction, a édifié les forts de Vaux et Douaumont et le réseau routier autour de Verdun. Avec sa femme, ils ont vécu à Fleury, au nord-est de Verdun. Un coin stratégique. Les Allemands conquirent le village le 23 juin 1916, les Français le reprirent puis, de nouveau, les Allemands. Cela, seize fois en deux mois. Le père et l'oncle de Jean Laparra se battirent dans les tranchées. Aujourd'hui, son fils, Jean-Pierre, administre Fleury, autre commune fantôme.

Histoires de filiation et de transmission. Marie-Claude Minmeister, 61 ans, a succédé à son père à la mairie de Douaumont, l'un des neuf villages détruits, ainsi qu'à la direction de l'ossuaire. Dans la petite chapelle de sa commune, elle a marié son fils. "Aux gens de passage, on explique le pourquoi, les ruines, les stigmates, cette forêt. Le Douaumont de mon enfance n'est plus le même qu'aujourd'hui. Le respect et la solennité n'existent plus."

Jean Laparra invite les visiteurs de Bezonvaux à laisser des mots sur le livre d'or. Ce retraité des télécoms mène un méticuleux travail d'historien, conduit, en partie, grâce aux témoignages de descendants, petits-fils d'habitants et de poilus passés par ici. "Mon souci est d'en retrouver le maximum, dit le vieil homme. Je les cherche par relations et par généalogie." Une cinquantaine a fait le déplacement le jour de la Saint-Gilles en octobre, date retenue chaque année pour un repas du souvenir, tandis que le rituel des retrouvailles a lieu à Haumont, le troisième dimanche de septembre.

Ici un concert, là un banquet. Chaque village a inventé sa propre animation, en dehors de l'entretien des monuments aux morts et des chapelles-abris. Autant de dépenses budgétaires payées par les contributions de l'ONF et les associations patriotiques tel le Comité national du souvenir de Verdun. Livres illustrés, sites Internet, future numérisation et mise en ligne des fiches des recensements communaux de 1911, tout est bon pour maintenir la flamme et veiller sur le legs des anciens. "Les touristes ne sont plus les pèlerins. Pour les jeunes, 14-18, c'est comme la guerre de Cent Ans", constate, sans amertume, François-Xavier Long.

Originaire de Provence, ce chirurgien de la face, réputé, s'est intéressé à la Grande Guerre par les gueules cassées. En 2003, il s'est porté, par lettre, candidat pour administrer Louvemont. Un jour, au cours d'une tournée d'inspection, il a croisé deux cyclistes égarés, leur a brossé l'histoire des lieux, montré l'emplacement d'une tranchée. Avant de les quitter, il a décliné son nom et sa fonction, à savoir qu'il gérait, en qualité de maire, ces 8,25 km2 de verdure."Ils ont pensé que je sortais de l'asile." En 2011, Louvemont, son village d'adoption, sera jumelé avec Grimaud, sa ville natale.

Depuis 2002, les villages disparus appartiennent à la communauté de communes (codecom) de Charny. Soit le mariage de la carpe et du lapin, l'étude du ramassage scolaire et du tri des ordures, mêlée aux soucis patrimoniaux. A écouter MM. Long et Laparra, ils ont peu de chose à partager avec les communes en bâti et des spécificités à faire valoir. Raison pour laquelle ils envisagent de se regrouper en association. Tous, bien entendu, sont sans étiquette et s'amusent d'avoir été sollicités pour apporter leur parrainage à un candidat potentiel à l'élection présidentielle. Sans façon. "La seule politique valable, c'est la mémoire", disent-ils en choeur.

Tel était l'objectif défendu mordicus par Léon Rodier. De 1972 à 2008, année de son décès, ce colonel à l'accent pied-noir et au caractère trempé a veillé sur les mânes tutélaires de Fleury et dirigé le Mémorial de Verdun. Cet ancien combattant - 1939-1945, Indochine, Algérie - fut un fervent artisan de la réconciliation franco-allemande. "Sa grande oeuvre demeure la sauvegarde et la valorisation des sites des champs de bataille, raconte Antoine Rodriguez, chef adjoint de la mission histoire au conseil général de la Meuse, y compris ceux perdus au plus profond de la forêt. Si le patrimoine de Verdun est aujourd'hui dans un état de conservation très satisfaisant, c'est en grande part grâce à lui."

Cet héritage pourrait s'avérer la grande chance d'un département sinistré, victime d'un important exode. Le conseil général a voté à l'unanimité, début juillet 2008, un rapport de Serge Barcellini, contrôleur général des armées et directeur de la mission histoire, afin de relever le "défi du centenaire de la Grande Guerre. 2014-2018". L'enjeu est mémoriel autant qu'économique. Faire inscrire au Patrimoine mondial de l'humanité les champs de bataille de Verdun, le Saillant de Saint-Mihiel, l'Argonne et l'arrière-front français, là où se sont affrontés par noria six millions d'hommes (deux millions de Français et de coloniaux, la même proportion d'Allemands, d'Autrichiens, de Polonais, autant d'Américains, et des milliers d'Italiens et d'Anglais), tel est l'objectif le plus audacieux.

Rénover, moderniser, baliser, animer ce vaste musée à ciel ouvert, où les institutions sont vieillottes, où les panneaux manquent de pédagogie, pour attirer touristes du monde entier et écoliers européens... Avec la mort, l'an passé, de Lazare Ponticelli, le dernier poilu, une page s'est tournée. Reste à trouver d'autres passeurs d'histoire. Les maires des villages détruits entendent être de ceux-là.

Macha Séry
Article paru dans l'édition du 11.11.09 du Monde

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31 octobre 2009

Robert Rochefort : "Non à la marchandisation des services publics"

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Dans une tribune publiée sur le site lesechos.fr, mardi 27 octobre, Robert Rochefort, député européen du Mouvement Démocrate, se prononce contre la privatisation des services publics en France.

"Suite à la mobilisation citoyenne massive qu'a suscité la possible privatisation de la Poste, il est nécessaire de revenir sur les enjeux d'un tel changement de statut. Les questions de gestion, d'usages, d'efficacité, d'impact économique des entreprises publiques méritent qu'on s'y attarde. Quel service public, quels services privés, pour quel modèle de société ? (Lire la suite)

Comme beaucoup, je me réjouis du succès rencontré par la consultation citoyenne sur l'avenir de la Poste. Peu de Français perçoivent les soi-disant avantages du changement de statut, alors que le risque de privatisation que cette évolution recèle est évident pour tous. Et la privatisation, ils n'en veulent pas! Quant aux garanties sous forme de promesse gouvernementale ? «Promis, juré, cela ne se fera jamais», elles ne sont pas crédibles compte tenu des précédents constitués par France Télécom et par Gaz de France. Pourtant, je crois aux avantages de l'économie de marché. Je pense qu'il n'y a pas de moins mauvais système que celui de l'entreprise privée pour créer de la valeur, pour s'adapter aux changements des préférences des clients et pour se moderniser continuellement. Alors pourquoi faut-il, au grand dam des adeptes du néolibéralisme, conserver un secteur public puissant et moderne, c'est-à-dire doté des moyens nécessaires à son efficacité? Il y a trois situations où cela est indispensable.

D'abord lorsque la sécurité collective est en jeu. Prenons par exemple le secteur de l'énergie; notre pays ayant privilégié l'électricité d'origine nucléaire, il serait irresponsable de confier une partie de la gestion du système qui la produit à des sociétés privées. Assurer à tout moment une sécurité maximale ne peut pas être en concurrence avec une augmentation des profits à court terme que réclameraient des fonds privés s'ils étaient actionnaires majoritaires. Ce serait une erreur, un grand risque à faire courir aux populations et plus largement à l'ensemble de la planète. Au nom du même principe de sécurité, les essais expérimentaux sur les OGM, la gestion des prisons ou bien encore la sécurité publique doivent strictement rester dans le secteur public ou y retourner.

Vient en deuxième position l'exigence d'un égal traitement de tous face au service rendu, ce que évidemment le marché, à lui seul, ne garantit pas. Dans un vaste pays comme la France, avec de nombreux territoires ruraux, la distribution du courrier ou les grandes infrastructures de transport en commun ne peuvent impunément être confiées à des opérateurs privés. C'est pourquoi la Poste, comme la SNCF, doivent rester de statut public. Si la Poste hollandaise a été privatisée, c'est parce que ce pays a un habitat très dense sur une surface peu étendue. A l'inverse, les Etats-Unis ont
conservé une administration pour assurer le service postal jusqu'au fin fond du middle-west. Quant à la privatisation thatcherienne des chemins de fer britanniques, elle constitue le plus efficace repoussoir tant le service s'y est rapidement dégradé. L'égalité de traitement entre les urbains et les ruraux, entre les plus aisés et les plus démunis doit rester un objectif absolu dans de nombreux domaines au premier rang desquels figurent l'accès aux systèmes de santé et d'éducation mais aussi le droit à la culture et aux pratiques sportives. Cela n'est malheureusement pas suffisamment le cas. La situation se dégrade dans tous ces secteurs par une marchandisation croissante que nous avons le devoir d'endiguer.

Enfin, troisième situation où le secteur public est nécessaire: lorsque le marché est embryonnaire ou bien incertain alors que l'intérêt général justifie un effort volontariste de la collectivité. Il en est ainsi pour la recherche scientifique appliquée. L'Etat doit garantir des programmes pluriannuels donnant le temps nécessaire aux équipes de chercheurs, en intégrant la possibilité de ne pas forcément déboucher sur des succès. Cela justifie la création, par les universités et les grands organismes de recherche, de sociétés filiales qui pourront ensuite s'autonomiser le cas échéant. En retour, quand cela est possible, l'Etat touchera directement les bénéfices de l'argent public préalablement investi, par exemple grâce à des dépôts de brevets.

La tendance consiste malheureusement aujourd'hui à concéder la gestion du service public à des entreprises privées. Cela ne devrait être fait qu'avec beaucoup de vigilance, dans des cas assez limités, lorsque la prestation est technique, que le cahier des charges est simple rendant quasi impossible la sélection de clientèle pour accroître la profitabilité et que le contrôle du prestataire par l'administration donneuse d?ordres est aisée à réaliser. Cela se fait couramment dans les communes pour la collecte des déchets ou encore la gestion des transports en commun. Mais cela n'a plus de sens lorsque le volume des prestations ou le territoire couvert sont trop importants.

Certains secteurs font coexister gestions publique et privée comme dans la santé avec les hôpitaux publics et les cliniques. Il est regrettable que ces situations historiques anciennes soient présentées comme un modèle que l'on tend aujourd'hui à dupliquer dans de nombreux domaines: transport, courrier, accompagnement des chômeurs? Le risque est grand de favoriser des bénéfices abusifs en faveur du privé en laissant au secteur public ce qui n'est pas rentable. Quant à l'idée d'encourager la concurrence entre les opérateurs publics et privés, elle souligne l'incapacité du gouvernement et des gestionnaires à inventer d'autres modèles dorganisation efficace que celui de l'entreprise privée.

Il est révélateur à cet égard que l'on utilise à tout va le vocable de «client» là où l'on disait avant: usager, passager, assuré-social? Ces mots n'ont-ils plus de sens? Le client est, dit-on, celui qui a tous les droits. Il a surtout ceux que lui confère sa capacité à payer. En revanche, il a peu de devoirs, ni à justifier de ses choix qui sont souvent très égoïstes. Veut-on que l'usager des services publics se comporte ainsi? Ce dernier est au contraire un citoyen, membre d'une collectivité, et cela lui intime des droits mais également des devoirs. On ne peut à la fois constater les incivilités croissantes à l'égard des services publics et promouvoir une conception consumériste et marchande de leur usage. C'est pour cela que nous devons renforcer l'éducation civique à l'égard de l'utilisation des services publics.

Contrairement aux idées néolibérales, les dépenses des services publics ne nuisent pas par principe à l'activité économique. Elles peuvent même la favoriser. Si la France s'avère être un pays attractif pour les investissements étrangers? Ce que confirment les données les plus récentes. Cela tient pour partie aux avantages dont notre pays dispose en matière d?infrastructures de transports et de couverture sociale des salariés. La défense des services publics se comprend par le modèle de société que l'on souhaite promouvoir, par le refus de voir l'argent être le moteur exclusif de toute activité, le seul langage entre les hommes.

Malheureusement, quotidiennement, d'une façon ou d'une autre, le service public est fragilisé. Cela se fait souvent d'une façon insidieuse comme ces derniers jours avec le renouvellement du conseil d'administration d'EDF. On prête à Monsieur Proglio la ferme volonté de cumuler la charge de président du conseil de surveillance de Véolia Environnement avec celle de patron d'EDF. S'il devait y avoir une seule justification industrielle à ce cumul, elle serait dans le rapprochement de ces deux grandes entreprises laissant planer un remake de ce que fut la fusion entre GDF et le groupe Suez désormais majoritairement privé. Veut-on faire pareil avec l'électricité? Qui a remarqué que le gouvernement n'a pas renouvelé le siège d'administrateur d'EDF précédemment occupé par un représentant d'une association de consommateurs? Cette présence était le signe que, dans un secteur si particulier, l'usager pouvait avoir son mot à dire sur la stratégie générale de l'entreprise publique. Pense-t-on que désormais, il n'a plus qu'à être banalement un simple client d'une entreprise condamnée peu à peu à se banaliser? En sera-t-il ainsi demain aussi pour La Poste? Rien ne l'impose. La société française ne le veut pas."

Robert Rochefort
Député européen
Ancien directeur du CREDOC

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24 octobre 2009

Réforme des collectivités locales : "une loi électorale purement scandaleuse", pour François Bayrou


François Bayrou, Président du MODEM, 21 10 2009
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17 octobre 2009

Paroles d'agriculteurs : "Ca ne peut plus durer, on est au bord de la falaise".

Agri

Les agriculteurs français ont manifesté dans tout le pays, vendredi 16 octobre. En manque de trésorerie, ils demandent au gouvernement une aide d'urgence pour les aider à sortir de la crise que leur secteur traverse. Selon le ministre de l'agriculture, leurs revenus auraient baissé de 10 % à 20 % en 2009. Déjà lourdement endettés, confrontés à la chute des cours, la plupart doivent en outre se mettre en conformité avec les normes européennes.


François Perrin, 42 ans, est père de trois enfants. Il est à la tête, avec deux associés, d'une exploitation de 230 hectares en Vendée qui compte 183 vaches allaitantes et 160 mères truies. Il travaille douze heures par jour, deux week-ends sur trois, et s'autorise deux semaines de vacances par an pour un salaire mensuel de 1 100 euros.

Malgré son rythme de travail, son entreprise est aujourd'hui endettée à hauteur de 48 %. Et depuis 2007, il travaille à perte en raison de la hausse des prix des aliments et de l'effondrement du cours du porc. "La production d'un kilo de porc me coûte 1,25 euro, mais je ne le vends que 1,01 euro. Je perds 24 centimes par kilo", résume-t-il. Depuis trois ans, François Perrin est obligé de décapitaliser peu à peu pour nourrir sa famille. "Je refuse que mes enfants souffrent de la situation. Je continue de prélever chaque mois 1 100 euros pour subvenir à nos besoins", admet-il, presque gêné. Face aux difficultés qui s'accumulent, les trois associés se sont résolus au printemps à profiter du plan Barnier : ils ont emprunté 60 000 euros. Mais François ignore comment il va pouvoir rembourser ses dettes et réclame l'aide de l'Etat.

Son fils aîné, aujourd'hui en bac pro, envisage de le rejoindre à la ferme. Et malgré la dureté de son métier, François n'a pas l'intention de l'en empêcher : "Je ferais tout pour que mon fils garde l'exploitation. Il ne faut pas décourager les jeunes. Je suis optimiste. On aura toujours besoin d'agriculteurs, mais nous avons besoin d'aide..."

Emmanuelle Rivière a 24 ans. Pour elle, "ça ne peut plus durer, on est au bord de la falaise". Elle a rejoint en 2007 l'exploitation familiale fondée par son grand-père en Vendée. Elle y produit des céréales, des produits laitiers et des lapins. Lors de son installation, elle a dû emprunter 110 000 euros à l'Etat pour mettre les bâtiments en conformité avec les normes européennes, "toutes ces petites choses qui s'accumulent et nous étouffent".

Deux ans plus tard, elle n'arrive déjà plus à faire face : "Les prix de vente ne couvrent pas les charges, explique-t-elle. Je rembourse mon emprunt à hauteur de 900 euros par mois. Et je sors la même chose pour vivre. Un smic pour la dette et un smic pour moi."

Emmanuelle travaille en moyenne 70 heures par semaine et peut prendre jusqu'à 15 jours de vacances par an, "parce qu'on est cinq" sur l'exploitation. "Mais je ne regrette rien, j'ai toujours voulu faire ce métier, j'en connaissais les contraintes. Je ne fais pas ça pour l'argent, c'est un projet de vie. Avant, on avait une certaine lisibilité, mais aujourd'hui, je ne suis pas certaine de pouvoir continuer jusqu'à la fin de ma carrière..."

Thomas Lapie a 37 ans. Il dirige avec son frère et un associé une exploitation de 150 mères truies et de grande culture dans la Marne. Il s'autorise une semaine de vacances par an et quelques week-ends. Depuis l'an dernier, lui aussi travaille à perte. Si les cours du porc ne remontent pas, il prévoit un déficit de 40 000 euros cette année. "Actuellement, je me rémunère au smic. Je prélève 1 000 euros sur les pertes de l'exploitation. Faut bien faire vivre sa famille", déplore-t-il.

Thomas et ses associés n'ont pas encore fini de rembourser un emprunt de 480 000 euros contracté en 2 000 pour la mise à neuf de leurs bâtiments. Il y a quelques semaines, ils ont pourtant dû se résoudre à emprunter de nouveau 60 000 euros à la banque, cette fois-ci pour renflouer leur trésorerie. "Si les banques ne suivent pas, c'est la clé sous la porte. On est à bout", souffle-t-il. Et ce n'est pas fini : en 2013, il devra se conformer aux nouvelles normes européennes. "Toutes ces normes nous étranglent. On n'a pas le choix. Ce n'est plus viable. On est en train de mourir, soupire-t-il, avant de dénoncer les marges des grandes surfaces, "qui décident seules des prix". "Ce soir, je me coucherai moins riche que ce matin. C'est sûr que toutes ces dettes m'angoissent, mais j'ai bon espoir de vivre un jour de mon métier. Mon fils de 7 ans m'accompagne déjà nourrir les cochons..."

Propos recueillis par Soren Seelow

LEMONDE.FR  16.10.09

 

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11 octobre 2009

François Bayrou : "Tous les piliers solides de la France s'effritent"

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Dans un entretien accordé au quotidien "Le Monde" daté du 11-12 octobre, François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, s'exprime sur l'état actuel de la France.

Prix Nobel à Barack Obama, gouvernance de Nicolas Sarkozy, affaire Mitterrand, dette et déficits, suppression de la taxe professionnelle, les perspectives relatives aux élections régionales de 2010.... François Bayrou revient sur tous ces sujets qui font l'actualité. (Lire la suite)

 

Le Monde : Barack Obama méritait-il le prix Nobel de la paix ?

François Bayrou : Cette récompense arrive tôt, très tôt. Disons qu'elle salue des intentions et un changement de cap plutôt que des résultats effectifs. En ce sens, c'est un grand défi que les Nobel lancent à Obama. Il faut qu'il obtienne des résultats. Mais au moins a-t-il en peu de mois changé l'image des Etats-Unis dans le monde, et donc un peu aussi l'équilibre du monde. Ce peut être un grand tournant.

L'affaire Mitterrand est-elle close ?

Qui peut savoir ? Lorsque M. Mitterrand a été nommé, ceux qui le nommaient savaient quels étaient ses écrits. Et certains sont violents, à la limite de l'insupportable, comme le genre de vie qu'ils décrivent. Pour moi, je crois et j'espère qu'un homme qui constate l'insupportable de sa vie peut changer. Mais sa fonction de ministre peut être rendue plus problématique...

Nicolas Sarkozy avait fait sa campagne contre Mai 68, faut-il faire l'inventaire de 1968 ?

Je n'ai jamais participé à la vindicte contre 68. Mai 68, ce n'est pas la cause de tous les maux, c'est la conséquence de mouvements très profonds de la société française, qui viennent de très loin. Dans l'héritage de 68, il y a des choses positives du point de vue des libertés, de la prise en main par chacun de son propre destin, d'un sentiment communautaire, et il y a des choses négatives, voire extrêmement négatives, la plus grave étant la dérive qu'on a tolérée et encouragée vis-à-vis de l'enfance et de l'adolescence. Une société qui expose les enfants est une société barbare. Sur ce point, il y aura un jour nécessairement interrogation.

L'ouverture participe-t-elle du brouillage idéologique ?

L'ouverture à la mode Sarkozy, ce n'est pas le dépassement des frontières que j'appelle de mes voeux, c'est la société de communication, du spectacle. On prend non pas des idées, des consciences, mais des figures médiatiques, pour abuser l'opinion publique. Mon idée de l'ouverture est exactement le contraire : la situation de la France est tellement grave qu'il sera impératif de traiter la crise sous forme d'une union nationale. Dans l'infinie dégradation qu'il connaît, depuis l'éducation jusqu'à la justice, ce pays exigera qu'on sorte de l'affrontement des camps et du simplisme pour choisir une voie nouvelle et reconstruire - car il s'agira bien de reconstruire - un pays équilibré.

Pourquoi un tel catastrophisme ?

Voyez ce qui vient de se passer en quelques jours. Dans la même semaine, le gouvernement propose de subventionner les élèves pour qu'ils viennent en classe. Il livre le pactole du marché des jeux sur Internet à des intérêts privés, bookmakers et autres, au mépris des principes que la France respectait depuis 150 ans : le jeu, parce qu'il est dangereux, est organisé par l'Etat. Il annonce que le déficit de l'Etat atteint 50 % de la dépense publique ! Et le fils du président de la République se voit installé (à 23 ans et sans aucune compétence particulière) à la tête de l'établissement public d'aménagement du quartier de La Défense, un des intervenants les plus puissants dans l'aménagement au niveau européen. Tous les piliers solides sur lesquels notre pays s'était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s'effritent. Cela rappelle l'Empire romain.

Quel est le principal défi de l'après-crise ?

La dette : chaque heure de la journée, quand on fait une dépense publique de 1 000 euros, il faut en emprunter 500 ! Ce déficit a augmenté de 350 % en deux ans ! Et contrairement à ce qu'on dit, les choses ne vont pas s'arranger. Comme Jean Peyrelevade l'a montré, la charge de la dette est devenue telle qu'il ne peut y avoir de rétablissement à politique constante. Pendant des années et des années, tout le travail des Français sera ponctionné pour rembourser, notamment à l'étranger, cette charge qui a été constituée à leur insu. Ce déficit, désormais, fait boule de neige : il semble hors de tout contrôle. Notamment si les taux d'intérêt augmentent. Pour inverser la tendance, il faudra un immense effort national, Etat, collectivités, citoyens. Cela ne se fera pas sans un changement profond, majeur, dans la politique du pays.

Faut-il poursuivre la réduction du nombre de fonctionnaires ?

On peut le faire, si cela n'est pas décidé à l'aveugle et si on sait réorganiser l'Etat. Mais il est illusoire de croire qu'on trouvera là les économies suffisantes.

Faut-il taxer les indemnités liées aux accidents du travail ?

Non, on ne peut pas les considérer comme un salaire normal. C'est la compensation par l'assurance d'un dommage subi. Et il y a souvent des pertes de revenus supplémentaires liées à cet arrêt de travail.

La réforme des collectivités va-t-elle dans le bon sens ?

L'idée principale, rapprochement des départements et des régions, je la défends depuis longtemps. Je suis donc disposé à la soutenir et à la voter, à une condition impérative : qu'il y ait une loi électorale juste, représentant équitablement les grandes sensibilités du pays, comme le fait la loi électorale allemande.

Comprenez-vous les réticences des élus ?

C'est normal, les élus ont envie de conserver leurs prérogatives. Mais le système actuel ne va pas. Il n'est plus possible de conserver deux institutions (départements et régions) avec des élus qui s'ignorent pour faire à peu près la même chose. Moi, je veux changer les choses. Le conservatisme n'est pas une solution.

Partagez-vous la colère d'Alain Juppé sur la réforme de la taxe professionnelle ?

Oui. Les collectivités ont reçu des assurances formelles et l'on découvre que ces assurances ne seront pas respectées. En vérité, quand un impôt est accepté, il faut y toucher avec prudence. Les intérêts qui pèsent sur la décision du gouvernement sont puissants. Mais les milliards qui seront rendus aux industriels les plus puissants, il faudra les prendre à de plus fragiles. Ce sont autant de décisions dont on n'a pas pesé les conséquences.

Après votre échec aux européennes, vous avez formulé une offre de dialogue publique à l'opposition. Avec qui allez-vous discuter ?

Ma démarche repose sur cette conviction : face à la dégradation du pays, au dévoiement de son projet national, il faut changer nos institutions, reconstruire complètement la pensée et cette révolution ne peut pas se faire camp contre camp, démagogie contre démagogie. Il faut donc que ceux qui cherchent l'alternance acceptent de se parler, de confronter leur point de vue, sans renoncer à rien de ce qu'ils sont, à leur histoire, à leurs idées. Cette idée avance, je le crois, et j'espère qu'elle se concrétisera dans les semaines qui viennent. J'essaie d'être l'accoucheur d'un espoir crédible pour le pays.

La percée des Verts ne contrarie-t-elle pas votre appel ?

Pourquoi donc ? Je les crois aussi attachés à sortir de l'impasse dans laquelle se trouve la France. Sur le fond j'ai une différence avec eux : l'environnement est un problème pour l'humanité mais je ne crois pas que les problèmes de la société française se résument à l'environnement. Les banlieues, les inégalités sociales, l'école, la santé, la situation des jeunes totalement abandonnés, celle des finances publiques ne se résument pas au problème de l'environnement.

Corinne Lepage et Jean-Luc Bennhamias vous poussent à un accord national avec les Verts. Y êtes-vous favorable ?

Le choix que j'ai fait depuis longtemps, c'est celui du rassemblement. Etre soi-même, et en même temps faire tomber les murs, dépasser les frontières. Avec les écologistes dans certaines régions ? J'y suis ouvert. Mais cela ne nous dispensera pas de construire nos propres forces.

 

Propos recueillis par Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier

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03 octobre 2009

Interview de la semaine : Jean Lassalle s'oppose au projet de privatisation de La Poste, et y voit une "atteinte à la République


INTERVIEW DE LA SEMAINE - JEAN LASSALLE
envoyé par mouvementdemocrate. - L'info internationale vidéo.

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29 septembre 2009

Accidentés du travail, le scandale à venir

Scandaleuse, la volonté d’imposer les indemnités d’accidents du travail pénalise les victimes pour protéger les grandes fortunes. François Fillon dans le JDD n’écarte toujours pas la mesure.
C’est injuste, disent deux Français sur trois, interrogés dans notre sondage.

L’éditorial de l’Humanité.

Par Patrick Apel-Muller

Le jugement est sans appel. Les deux tiers des Français jugent injustifiée, selon notre sondage, l’imposition des indemnités d’accidents du travail. Ils ont été interrogés après que Nicolas Sarkozy en eut fait l’article à la télévision. Il n’a pas convaincu parce que la mesure est injuste et même, notait Bernard Thibault pour la CGT, « dans l’indécence la plus totale ». Ce sont en effet des salariés déjà brisés par le travail, par les conditions auxquelles l’entreprise les a soumis, qui ont vu leurs revenus chuter de 40 % durant les 28 premiers jours puis de 20 % ensuite (auxquels il faut ajouter les primes perdues et les heures supplémentaires envolées), qui vont subir l’attachement si particulier que le président de la République porte aux ouvriers et à la justice. Ce ne sont pas en effet dans le cercle de ses amis fortunés qu’on risque la chute sur un chantier, les doigts sectionnés par les machines, l’acier qui brûle et mord les chairs… Quand parfois un banquier tombe, un parachute doré l’accompagne pour amortir le choc ! Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit. Le chef de l’État devrait méditer cet adage.

Pourquoi ne pas imposer les indemnités de licenciement ou les dommages et intérêts obtenus en justice tant qu’on y est ? Scandaleuse, cette disposition ne rétablira pas les comptes sociaux. Tout juste rapportera-t-elle 150 millions d’euros, alors que la taxation des stock-options au même niveau que les revenus du travail rapporterait 3,2 milliards et que celle des parachutes dorés en tous genres ajouterait 3 milliards supplémentaires. Mais la droite préfère maltraiter les salariés blessés plutôt que les membres bien installés des conseils d’administration de multinationales. Ces derniers sont déjà les bénéficiaires. Les revenus financiers sont d’ailleurs soigneusement épargnés et les spéculations en tous genres ne contribuent en rien à la santé du pays, auquel le pouvoir impose d’en éponger les pertes.

Toutes les dispositions envisagées par le gouvernement portent la même marque de fabrique. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera présenté jeudi prévoit ainsi la hausse du forfait hospitalier, la baisse du taux de remboursement de certains médicaments de 35 % à 15 %, la réduction de la durée de prise en charge à 100 % pour les affections graves, la suspicion généralisée à l’égard des arrêts maladie, la diminution du nombre des transports sanitaires… Roseline Bachelot porte peut-être des crocs roses mais c’est pour faire broyer du noir aux malades.

Quand le gouvernement ne prévoit pas explicitement ces mesures de régression, il compte sur la « coproduction parlementaire » chère à Jean-François Copé pour saler l’addition. Le pouvoir juge que les mois prochains sont propices pour imposer de nouvelles mesures inégalitaires et faire payer à la population la facture de la crise économique provoquée par les multinationales. L’opposition politique leur semble faible. mais le pari est risqué. L’enquête réalisée à la demande de la FSU, et dont l’Humanité publie lundi les résultats, montre que les salariés restent disposés à s’engager dans des mouvements sociaux. Si le Parti socialiste reste englué dans ses difficultés et paralysé par le mirage Modem, un travail s’engage du côté du Front de gauche pour dessiner les axes d’une politique différente. La gauche d’ailleurs se retrouve dans son éventail pour combattre des projets gouvernementaux. La partie n’est pas jouée…

Article publié dans l'Humanité du 29 septembre 2009

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