Militant Haut-Rhinois du MoDem

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11 août 2007

La démocratie chrétienne

PRÉSENTATION

Courant politique de droite modérée qui est apparu vers la fin du XIXe siècle en Europe. Les partis se réclamant du christianisme entendent alors fonder un régime où le pouvoir appartient au peuple, et s’inspire des principes empruntés à l’Évangile. Leur influence a été très grande dans l’histoire politique européenne surtout après 1945, notamment en Italie, en Belgique et en Allemagne.

CHRISTIANISER LA DÉMOCRATIE...

Les origines de la démocratie chrétienne remontent à la première moitié du XIXe siècle. À cette époque, en effet, le choc de la Révolution française et la question sociale naissante amènent certains penseurs catholiques à se faire les partisans d’idées progressistes, tout en insistant sur le rôle fondamental des valeurs traditionnelles comme la famille ou l’Église. Ce mouvement se développe en France à partir de la fin de la monarchie de Juillet, et surtout au moment de la Révolution de 1848 et sous la IIe République, avec Lamennais, Lacordaire et Philippe Buchez, s’appuyant sur des journaux tels l’Avenir, l’Atelier ou encore l’Ère nouvelle dirigée par Frédéric Ozanam et l’abbé Maret. Il s’agit, tout d’abord, de fournir aux catholiques, jusqu’alors cantonnés dans le domaine spirituel ou par trop liés au parti ultra qui prône un pur et simple retour à l’Ancien Régime, une doctrine politique qui tienne compte de l’évolution de la société depuis 1789, et notamment des idées démocratiques qui triomphent un peu partout en Europe à cette époque. Dans leur volonté de voir les catholiques jouer un rôle politique plus important, ces penseurs s’inspirent d’une vision de l’Évangile qui met l’accent sur sa dimension humaine et, plus encore, d’amour et de fraternité, permettant de résoudre les problèmes sociaux posés par le développement du capitalisme et la difficile condition du prolétariat.

Toutefois, leur pensée, mêlée par trop de romantisme et d’esprit prophétique, n’a que peu de prise sur la société, et les différentes tendances se réclamant de la démocratie chrétienne demeurent trop éparses, voire opposées, pour parvenir à jouer un véritable rôle politique. Il faut attendre, en fait, l’encyclique Rerum novarum (1891) de Léon XIII, sur la condition ouvrière, pour voir le mouvement réellement s’organiser et connaître un élan décisif. En Italie, une fraction importante des membres de l’Œuvre des Congrès, apparue à la fin du XIXe siècle, ainsi qu’en Belgique ceux du Parti catholique, se revendiquent démocrates chrétiens.

En France, où le « ralliement » des catholiques à la République est soutenu par le pape, un groupe d’« abbés démocrates », tels l’abbé Trochu qui crée l’Ouest-Éclair, l’abbé Dabry, fondateur de la Vie catholique, ou bien encore l’abbé Lemire, devenu député d’Hazebrouck, se lance activement dans la politique et fait de la démocratie une sorte d’aboutissement logique et, plus encore, nécessaire de l’enseignement du Christ. Mais ce faisant, il se heurte à la majorité des milieux catholiques profondément conservateurs, comme en témoigne leur soutien massif à la cause antidreyfusarde, hostile à la République comme à la démocratie.

L’intensité des polémiques entre le courant libéral et le courant conservateur, au sein des catholiques, incite le pape Léon XIII à intervenir dans le débat et à définir la position officielle de l’Église. L’encyclique Graves de Communi (1901) consacre certes l’expression « démocratie chrétienne » mais, comme l’explique le pape, « il ne faut l’employer qu’en lui ôtant tout sens politique et en ne lui attachant aucune autre signification que celle d’une bienfaisante action chrétienne à l’égard du peuple ». Léon XIII entend limiter la démocratie chrétienne au seul catholicisme social et condamne ainsi les tendances les plus progressistes qui pouvaient glisser vers un socialisme chrétien.

3 …ET DÉMOCRATISER L’ÉGLISE

En condamnant l’idée que l’instauration de la démocratie peut seule permettre l’accomplissement complet du message évangélique, en rejetant toute action qui soit à la fois catholique et politique, la papauté s’oppose ainsi à un mouvement, laïc pour l’essentiel, dont elle redoute qu’il ne transpose le principe démocratique à l’intérieur même de l’Église. En effet, dans leur volonté de rompre avec l’alliance traditionnelle du trône et de l’autel, comme c’était le cas sous l’Ancien Régime, et tout au long du XIXe siècle, les partisans de la démocratie chrétienne prônent une remise en cause de la structure hiérarchique telle qu’elle existe dans l’Église catholique. La réforme de l’institution qui s’accompagne d’une place plus grande accordée aux laïcs en son sein, revendication formulée notamment en Italie par le dirigeant de l’Œuvre des Congrès, Romolo Murri, est aux yeux des démocrates chrétiens l’une des conditions nécessaires pour permettre à l’Église de s’adapter à la modernité et de continuer à jouer un rôle dans la société au-delà de la seule dimension religieuse. En ce sens, la démocratie chrétienne semble rejoindre le courant moderniste, qui se développe au même moment parmi certains clercs, tel Alfred Loisy, en France et en Italie, réclamant une relecture du message évangélique adapté à la société et à la science modernes. Cependant, le successeur de Léon XIII, Pie X, rejette dans le même temps les modernistes et le courant démocrate chrétien en excommuniant Loisy en 1906, en prononçant la dissolution de l’Œuvre des Congrès en 1905, puis en condamnant les journaux démocrates chrétiens français en 1908 et surtout, en 1910, le mouvement du Sillon, fondé par Marc Sangnier, qui tente de lier République, aspirations sociales et catholicisme. Si la plupart d’entre eux se plient aux injonctions du pape, cette double condamnation entraîne, cependant, le départ de l’Église de certains abbés démocrates en France, ainsi que de Romolo Murri en Italie, et de modernistes tels Loisy ou Minocchi.

4 L’ESSOR DE LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE DURANT L’ENTRE-DEUX-GUERRES

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la chute des empires chrétiens en Autriche-Hongrie et en Russie, l’avènement de nouveaux États aux principes démocratiques, ainsi que la peur de l’essor du communisme incitent la papauté à changer de position et à encourager les catholiques à s’engager dans l’action politique et à s’organiser en partis. Dans l’esprit du Saint-Siège, il ne s’agit pas tant d’afficher une étiquette confessionnelle que de défendre les principes chrétiens dans le débat politique. Cette impulsion venue de Rome favorise alors le développement du mouvement démocrate chrétien.

En Italie, don Sturzo fonde le Parti populaire italien qui prône un programme social assez vaste, et rencontre un large écho dans la population obtenant, dès 1919, près de 100 députés à l’Assemblée. En Belgique, le Parti catholique belge se rallie aux thèses démocrates chrétiennes défendues notamment par Carton De Wiart et fait adopter au Parlement d’importantes lois sociales concernant le droit de grève ou la réduction du temps de travail. En Allemagne, le parti catholique, le Zentrum (« Centre catholique »), déjà puissant sous le règne de Guillaume II, devient l’une des principales formations de la République de Weimar et prend part à des gouvernements de coalition. Dans le même temps, des ecclésiastiques tels Mgr Seipel en Autriche, Mgr Nolens aux Pays-Bas, Mgr Sramek en Tchécoslovaquie prennent la tête de partis démocrates chrétiens appelés à jouer un rôle très important sur la scène politique de leurs pays. Ailleurs en Europe, ce sont des laïcs qui s’organisent, notamment en Suisse, en Roumanie, en Lituanie et en Pologne, tandis qu’un Secrétariat international des partis démocrates chrétiens voit le jour en 1928, afin de renforcer les liaisons au niveau européen.

En France, malgré la défiance d’une large partie de l’électorat envers les influences cléricales, un parti démocrate-populaire est fondé par Auguste Champetier de Ribes qui regroupe les membres de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et du Sillon notamment. Même si son nombre de députés demeure limité (une dizaine au maximum), il exerce cependant une influence certaine, à laquelle s’ajoute également celle du parti de Marc Sangnier, la Jeune République. Toutefois, la condamnation de l’Action française par la papauté en 1926, qui détache de l’extrême droite une partie importante des électeurs catholiques, et le ralliement des journaux tel la Croix, aux thèses démocrates chrétiennes, contribuent à renforcer l’audience de ce mouvement.

5  DU SUCCÈS À LA REMISE EN CAUSE

Ce n’est cependant qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les démocrates chrétiens acquièrent véritablement une assise politique très large auprès des masses catholiques. En Italie, le Partido della Democrazia cristiana (DC) fondé en 1944 a, jusqu’en 1993, assumé la direction du pouvoir ou participé à des gouvernements, sous l’impulsion de leaders tels qu’Alcide De Gasperi, Aldo Moro, Amintore Fanfani, Giulio Andreotti ou Ciriaco De Mita. En Allemagne, la Christlich-Demokratische Union (CDU), née en 1945, a gouverné sans interruption depuis 1949, à l’exception d’une courte période (1969-1982). De même en Belgique, le Parti social chrétien (PSC/CVP), héritier du Parti catholique belge, joue un rôle de tout premier plan dans la vie politique du pays, tandis qu’en France, le Mouvement républicain populaire (MRP) devient l’un des pivots de la IVe République, aussi bien lors du tripartisme (avec les socialistes et les communistes) que lors de la constitution de la Troisième Force (avec les socialistes, les radicaux et plusieurs partis de droite modérée).

Ce succès s’explique d’une part par le rôle joué par les démocrates chrétiens dans la résistance au nazisme et au fascisme et, d’autre part, par l’écroulement de la droite qui, bien souvent, avait collaboré durant la guerre avec l’occupant nazi. Ainsi, nombre d’électeurs de droite se reportent sur les partis démocrates chrétiens, notamment en France, afin de faire barrage aux socialistes et aux communistes. La peur du communisme, ainsi que le soutien électoral de la droite entraînent principalement deux conséquences :

— Sur le plan extérieur, cela permet aux démocrates chrétiens de jeter les bases de la construction européenne. Déjà durant l’entre-deux-guerres, ils avaient œuvré pour la réconciliation des peuples, soutenant notamment les initiatives d’Aristide Briand et d’Heinrich Brüning pour mettre un terme à l’hostilité franco-allemande. L’Italien Alcide De Gasperi, l’Allemand Konrad Adenauer et le Français Georges Bidault sont ainsi les grands artisans de l’unité économique et politique de l’Europe de l’Ouest, face à l’Europe de l’Est communiste, par l’intermédiaire notamment du plan Schuman et la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1952, puis par la signature du traité de Rome en 1957.

— Sur le plan intérieur, cela amène les démocrates chrétiens à modérer considérablement leur programme social, bien que celui du MRP, de la CDU et surtout de la DC soit assez important et ouvert, en particulier, à la planification et à l’idée d’une nécessaire intervention de l’État pour corriger les défauts de l’économie de marché. L’abandon par les démocrates chrétiens d’une grande partie de leur programme social leur aliène une partie de l’électorat catholique, tandis qu’en France le MRP décline, en raison de la reconstitution progressive de la droite. Le courant démocrate chrétien perdure, cependant, à travers le Centre des démocrates sociaux (CDS), sous l’impulsion de Jean Lecanuet, qui rejoint l’Union pour la démocratie française (UDF) à sa création en 1978, et se transforme en 1995 en Force démocrate, dirigée par François Bayrou.

En Italie comme en Allemagne, le parti démocrate chrétien s’ancre encore plus nettement à droite pour conserver sa prééminence électorale. Ainsi, la CDU et son aile bavaroise, la CSU, s’engagent dans un programme ouvertement néolibéral, offrant un mélange pragmatique de libéralisme démocratique et de conservatisme et prônant une économie de marché « sociale ». Cependant, avec le discrédit rapide de l’idéologie communiste et de ses formes de gouvernement dès la fin des années quatre-vingt, puis son brutal écroulement en 1990-1992, la démocratie chrétienne, en perdant son principal adversaire politique, voit également disparaître une de ses principales raisons d’être.

Ainsi en Italie, la fin de la menace communiste et le ralliement du Parti communiste italien (PCI) à la social-démocratie bouleversent la situation politique. Le lancement de l’opération « mains propres » et les nombreuses révélations sur les liens entre les partis politiques, les industries et la Mafia jettent le discrédit sur le système de partitocratie dont la DC était la principale bénéficiaire. Celle-ci connaît un déclin électoral aggravé par de nombreuses dissensions, tandis qu’à droite, de nouveaux partis se forment dont Forza Italia dirigée par Silvio Berlusconi et l’Alliance nationale de Gianfranco Fini. La DC finit par éclater en 1994 et les nombreuses formations issues de son éclatement ne parviennent plus à jouer un rôle important, coincées entre le pôle de l’Olivier à gauche, et le pôle des libertés à droite.

En Allemagne, la CDU enregistre un nouvel élan au lendemain de la chute du mur de Berlin, son dirigeant, Helmut Kohl, apparaissant comme le principal artisan de la réunification. Cependant, la profonde récession qui aboutit à la remise en cause du modèle d’économie de marché « sociale » affaiblit la CDU qui essuie, en 1998, plusieurs revers électoraux au cours de scrutins régionaux et doit faire face à la remontée de l’opposition social-démocrate.

Aux Pays-Bas également, l’influence des chrétiens démocrates s’érode et, pour la première fois en 1993, un gouvernement ne comprenant aucun de leurs membres a vu le jour.

Présente aussi en Amérique latine où de nombreux partis se réclamant de son idéologie sont au gouvernement, comme au Chili, la démocratie chrétienne connaît un déclin général en Europe dans la mesure où la démocratie n’est plus l’objet de débats au sein des catholiques et où la laïcisation des sociétés contribue à réduire l’influence de partis se réclamant d’une étiquette confessionnelle.

Source : Encyclopédie Microsoft Encarta 2004.

Posté par Landskron à 10:35 - Histoire et figures du centrisme - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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