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01 mars 2008

Jean Peyrelevade souligne "l'absence de principe directeur de la politique économique" du président de la République

Dans un entretien accordé au Nouvel Observateur, Jean Peyrelevade nous livre une analyse critique de la politique économique de Nicolas Sarkozy estimant "qu'un choc de confiance, ce n'est pas un axe." Pour l'économiste, candidat pour le Mouvement démocrate dans le XVIème arrondissement, le président de la République "a commis deux erreurs fondamentales La première : ne pas remettre de l'ordre rapidement dans les finances publiques. Un Etat endetté est un Etat impuissant. La seconde : distribuer en année pleine 14 milliards d'euros de cadeaux fiscaux aux ménages."

Entretien réalisé par Jean-Gabriel Fredet pour le Nouvel Observateur, numéro du 28 février-5 mars

Le Nouvel Observateur. - La détérioration de la situation économique vous étonne ?

Jean Peyrelevade. - J'ai été surpris par l'erreur de diagnostic. Quand les statistiques montrent depuis sept ans que la consommation excède l'offre, creusant le trou du commerce extérieur, donc que la production est incapable de suivre la consommation, le problème est un problème d'offre et non de demande. Sarkozy semble l'ignorer. Autre surprise, l'absence de principe directeur de sa politique économique. Quel est l'axe ? Certainement pas d'augmenter les marges des entreprises, qui dans l'état actuel ne permettent plus l'autofinancement, donc la marche en avant. Pas davantage la réduction des déficits. Un «choc de confiance», ce n'est pas un axe.

N. O. - Le choc de confiance n'est pas au rendez-vous. Mais pouvait-on anticiper les mauvaises surprises, comme la crise des sub- primes ?

J. Peyrelevade. - Personne ne peut reprocher à un homme politique de ne pas prévoir des chocs par nature imprévisibles. En revanche, un homme d'Etat ne doit jamais fonder son action sur des hypothèses d'optimisme extrême. Il doit prendre des décisions qui laissent une marge à l'occurrence de ce type d'événement. Ce que je reproche à Sarkozy, c'est d'avoir fondé ses prévisions sur des taux de croissance irréalistes en l'état actuel de notre économie.

N. O. -Il a trop négligé la dette, trop compté sur le choc de confiance...

J. Peyrelevade. - Il a commis deux erreurs fondamentales La première : ne pas remettre de l'ordre rapidement dans les finances publiques. Un Etat endetté est un Etat impuissant. La seconde : distribuer en année pleine 14 milliards d'euros de cadeaux fiscaux aux ménages. Je ne dis pas qu'ils profitent aux «riches», je dis que la partie de ce paquet qui va aux «riches» est plus importante que leur pourcentage dans la population. Sarkozy a cru qu'une relance de la demande permettrait de créer un «choc» qui déclencherait un surcroît de croissance. C'est une erreur fondamentale de diagnostic. Les déficits - budget et dette publique - vont continuer à croître ...

N. O.- ... Violant les normes de Maastricht et compromettant la présidence française de l'Union...

J. Peyrelevade. - Formellement la présidence française se déroulera de manière convenable. Mais l'influence réelle de la France sera affaiblie par son incapacité à respecter les disciplines communes.

N. O. - Le gouvernement prétend lutter contre la désindustrialisation...

J. Peyrelevade. - Ce combat est nécessaire, mais la méthode est inefficace : maintenir une base industrielle consiste d'abord à permettre aux entreprises de reconstituer leurs marges pour qu'elles puissent investir, fassent de la recherche, fabriquent de nouveaux produits. Notre politique économique fait les choses à l'envers. Je ne nie pas l'intérêt d interventions publiques ponctuelles. Elles ne fondent pas une doctrine. Il faut d'abord réunir en amont les conditions d'une bonne santé.


N. O. - Sarkozy avait promis d'augmenter le pouvoir d achat, mais les salariés sont à la peine alors que les salaires des patrons augmentent...

J. Peyrelevade. - Il condamne les excès de façon extraordinairement rigoureuse, mais le verbe qui n'est pas suivi d'action devient démagogique. Si son grand projet est de redonner des couleurs au pouvoir d'achat, à politique inchangée l'échec est garanti.

N. O. - Les choses risquent d'empirer ?

J. Peyrelevade. - Le Parti socialiste évoque un plan de rigueur. Je n'y crois pas. Je pense que la peur du changement l'emportera sur les nécessités de fond. En 1983, Mitterrand a changé de cap parce qu'il y était forcé. Aujourd'hui, avec l'euro, il n'y a pas de mur car il n'y a plus de problèmes de réserves de change. La dégradation risque d'être continue. Et silencieuse.



Jean-Gabriel Fredet
Le Nouvel Observateur, 28 février-5 mars 2008.

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