Militant Haut-Rhinois du MoDem

Blog qui souhaite diffuser les idées du Mouvement Démocrate dans le Haut-Rhin

31 mars 2009

Jean-François Kahn à Guebwiller

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30 mars 2009

Mayotte : "une grande victoire et "un grand travail qui commence" pour François Bayrou

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Le Président du Mouvement Démocrate a salué lundi 30 mars "le choix massif" en faveur de la départementalisation de Mayotte au référendum de dimanche, qu'il a qualifié de "grande victoire" tout en soulignant qu'"un grand travail commence" pour cette île de l'Océan Indien.

"Ce résultat arrive au terme d'un long combat mené depuis 50 ans par les Mahorais", a souligné François Bayrou.

"Notre famille politique a mené avec eux ce combat depuis la première heure", a-t-il ajouté en citant "le sénateur Marcel Henry, le père de ce combat, Henri Jean-Baptiste, député de Mayotte pendant 20 ans, le sénateur Adrien Giraud" et le député du Mouvement Démocrate Abdoulatifou Aly.

"C'est une grande victoire" pour les Mahorais et leurs élus, "et c'est aussi désormais un grand travail qui commence pour Mayotte et pour la République", a-t-il souligné.

"Il faut en effet doter Mayotte des institutions qui permettront son développement, depuis un état civil fiable jusqu'aux équipements scolaires et d'aménagement du territoire, il faut une gestion efficace des pressions migratoires et un développement économique, agricole et touristique de l'île", a-t-il énuméré.

"Mais ce travail et ces investissements seront utiles à l'ensemble de la collectivité nationale, dans le cadre si sensible et si prometteur de l'Océan Indien", a ajouté le député des Pyrénées-Atlantiques.

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28 mars 2009

François Bayrou : le capitalisme moral est "une vue de l'esprit"

Le Président du Mouvement Démocrate était l'invité du journal de 08h15 de Raphaëlle Duchemin sur France Info, mercredi 25 mars. François Bayrou a estimé mercredi qu'il n'y avait "rien de nouveau sous le soleil" dans le discours de Nicolas Sarkozy, lui reprochant d'avoir renvoyé aux "calendes grecques" toute législation sur la rémunération des patrons.

Raphaëlle Duchemin : « Bonjour François Bayrou »

François Bayrou : « Bonjour. »

R.D : « Merci d’être en direct avec nous sur France Info, Nicolas Sarkozy s’est donc exprimé hier soir pour dire qu’il n’avait pas commis d’erreur, « droit dans ses botes » comme dirait un ancien Premier ministre… »

F.B : « Bon franchement dans ce discours il n’y avait rien de nouveau, rien de nouveau sous le soleil, il y avait l’affirmation qu’il ne s’était trompé sur rien, qu’il était au fond extrêmement satisfait de la façon dont il avait mené les choses j’entendais sur votre antenne, dans la revue de presse, le fait que des journalistes notaient qu’il n’avait jamais autant dit « je », « je » première personne et en même temps jamais il n’avait distribué autant de compliments sur la manière dont il gouverne. Chacun jugera à sa manière ce qu’il en est. »

R.D : « Alors justement il a appelé les Français à de la patience, attendez, il faut laisser du temps au temps, c’était grosso modo le message de Nicolas Sarkozy hier soir pour dire qu’il faut justement que les mesures puissent se mettre en place, les mesures qu’il a mis en place avec son gouvernement, vous pensez que c’est effectivement encore possible que ces mesures portes leurs fruits encore aujourd’hui. »

F.B : « Vous savez je suis très sceptique je l’ai dit sur l’impact de ce qui était annoncé, ré-annoncé, annoncé une troisième fois et puis au bout du compte il se passe assez peu de choses dans la réalité.
Mais il y a quelque chose qui m'a frappé , vous parliez de l’urgence, on avait… On attendait la seule avancée possible c’était les engagements qui avaient été pris par le gouvernement sur la réglementation des stocks options, des parachutes dorés, des rémunérations qui sont extrêmement choquantes dans le monde des très hauts responsables d’entreprise aidés par l’Etat et puis de ce point de vue là, il n’y a rien eu, on a renvoyé à l’automne c'est-à-dire aux calendes grecques, et naturellement de tout cela il est prévisible qu’il ne sorte rien. »

R .D : « Ce qu’on a renvoyé à l’automne c’est effectivement la fameuse tractation qui est en cours entre les partenaires sociaux sur la règle des trois tiers. »

F.B : « Et donc sur la rémunération des patrons, rien de précis, des patrons aidés par l’Etat avec de l’argent public. »

R.D : « Mais est-ce qu’on peut aujourd’hui, François Bayrou, légiférer en la matière ? »

F.B : « Bien sûr, les stocks options dont tout le monde parle qu’est ce que c’est en réalité ? Stocks options ça signifie que la rémunération du dirigeant de l’entreprise est fixée sur un élément, un repère qui est le cours de la bourse. Que la seule variable comme on dit, le seul élément qu’on retiendra pour assurer des rémunérations mirobolantes aux responsables d’entreprise, c’est le cours de la bourse, cela signifie que la logique de l’entreprise sera boursière. Elle ne sera pas industrielle, elle ne sera pas du côté de l’emploi, elle sera boursière. Et de ce point de vue là, il est très facile… tout à fait loisible au gouvernement de dire tout cela en France, aujourd’hui nous allons le réglementer ou en tout cas nous n’acceptons pas que ce soit la seule logique qui soit prise en compte. »

R.D : « Alors il y a les stocks options, il y a aussi les parachutes dorés et là si mes souvenirs sont bons en campagnes Nicolas Sarkozy et même François Fillion à l’été 2007 avaient dit qu’ils allaient justement passer par la loi en la matière.»

F.B : « Oui, ils ont dit mais ils n'ont pas fait. Comme sur tous ces sujets depuis des mois, on nous annonce des choses importantes, conséquentes, on prévoit qu’on va agir pour la première fois puis on ne le fait pas. Il y a une frustration que les Français ressentent aujourd’hui c’est la différence, la distinction entre les discours qui paraissent vertueux, moraux on nous annonce que le capitalisme va être moral, il y a beaucoup de Français qui pensent comme moi que le capitalisme sera moral le jour où les poules auront des dents. Il y a quelque chose d'"annonce perpétuelles" jamais suivies d’action et d’acte »

R.D : « Est ce que cela veut dire, François Bayrou, que ce matin par exemple pour l’ancien patron de Valeo il faut aller au delà du sermon, il faut taper du point sur la table, qu’est ce qu’on peut faire véritablement ? C’est une entreprise… »

F.B : « Dans l’entreprise Valeo qui est une entreprise, l’Etat si je ne me trompe pas, a pris 8 pour cent, l’Etat doit donc être un actionnaire de premier rang, un actionnaire de référence, donc qui peut s’exprimer à l’intérieur du conseil d’administration de l’entreprise. Alors je ne sais pas quel est le contrat, quelle est la nature du contrat, quelles sont les contreparties que le président de l’entreprise s’est vu exigée en échange des indemnités qui sont les siennes, en tout cas l’Etat est actionnaire donc il peut s’exprimer à l’intérieur de l’entreprise, qu’il le fasse. Qu’on arrête de faire des discours et qu’on agisse, qu’on arrête de faire des promesses et qu’on face de ces promesses on mette enfin des actes. Et à ce moment là, on écoutera les discours d’une autre oreille. »

R.D : « Il faut peut-être aussi faire attention à ce qu’il n’y est pas d’amalgame, il y a les grands patrons, les grosses sommes dont on parle beaucoup et puis il y a, à côté de ça des mécanismes, on a parlé des stocks options, qui profitent aussi, qui sont utiles à certaines entreprises et qu’il ne faudrait peut-être pas supprimer pour tout le monde »

F.B : « Oui, en tout cas on peut réglementer, n’est-ce pas, ? Moi je ne crois pas une seconde que le capitalisme sera moral… Parce que ce n’est pas sa nature, la nature du capitalisme c’est de favoriser le capital, c'est-à-dire la loi du profit, c'est-à-dire le cours de bourse, et donc imaginer que le capitalisme puisse être moral, à mon avis, c’est une vue de l’esprit.
En revanche les pouvoirs publics, l’action publique, la loi peut mettre des bornes à ce qui n’est pas moral par nature mais que l’on peut au moins rendre prudent, qu’on peut au moins rendre respectueux d’un certain nombre de principe qu’il revient à la puissance publique de définir, vous comprenez chacun dans son rôle. C’est un mélange des genres d’expliquer au Français que le capitalisme va devenir moral. C’est, à mon sens, vraiment se tromper complètement de perspectives. En revanche, quand on est dirigeant politique, quand on est législateur, quand on est gouvernement alors il est tout à fait possible de dire en France nous allons fixer des bornes aux dérapages de ce système par nature voué au profit. »

R.D : « On a un exemple très concret ce matin, François Bayrou, qui est repris par libération, une filiale du crédit agricole, Chevreux, qui licencie 75 personnes et qui se verse en même temps 51 millions de bonus, c’est précisément le cas que cité Nicolas Sarkozy hier soir, on est dans l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. »

F.B : « Et bien que le gouvernement agisse, qu’on indique par la loi qu’il y a un certain nombre de choses que chez nous n’accepterons pas. Vous voyez c’est très intéressant l’exemple que vous citez de cette filiale du Crédit Agricole parce que ça signifie, là encore je reprends mon analyse, ça signifie que les rémunérations des dirigeants sont fixées en fonction d’un seul critère qui est l’aspect financier des choses et elles ne sont pas fixées en fonction d’autres critères, par exemple l’emploi puisque là on a des suppressions d’emplois importantes et des versements de bonus dans une entreprise qui a été comme les autres banques aidées par l’Etat. »

R.D : « Alors vous parliez de l’emploi justement, Nicolas Sarkozy à dit hier soir qu’il allait installer et c’est peut être une des annonces importantes, je sens que ça vous fait rire, des commissaires de réindustrialisation pour encadrer les choses. »

F.B : « J’ai eu, je vais vous dire, j’ai eu l’impression que l’on remontait le temps parce que de mémoire je me souviens de commissaires à l’industrialisation qui avaient été nommés à la fin des années 60 ou au début des années 70 pour la reconversion du bassin minier… »

R.D : « Oui mais là pour le coup on encadre… »

F.B : « ...Puis je me souviens de commissaires à la réindustrialisation qui avaient été nommés au début des années 80 par le gouvernement Mauroy, vous vous souvenez c’était le père de Monsieur Chérèque, vous voyez qu’on ne rajeunit pas on saute des générations en arrière, qui avait été nommé préfet chargé de la réindustrialisation en Lorraine. Bon bien tout cela c’est l’éternel recommencement des décisions politiques toujours présentées comme nouvelles, elles sont en réalité du recyclage.
Et il y a une réflexion que je me faisais et vous aussi peut-être, je croyais qu’il y avait un ministre chargé de la relance… »

R.D : « Il y en a un Patrick Devedjian… »

F.B : «…Que Monsieur Devedjian avait été chargé de la relance et on n’arrête pas de nommer des "Monsieur réindustrialisation", des Monsieur… Bref on a l’impression d’une organisation de l’Etat qui est constamment faite pour la communication et pas pour l’action parce que pour l’action au contraire, il faut rassembler les responsabilités entre les mêmes mains au lieu de les dissoudre perpétuellement. »

R .D : « Merci François Bayrou d’avoir été en direct avec nous sur France Info. »

F.B : « Merci à vous »

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15 mars 2009

« Campagnes de France : grande cause nationale »

« Campagnes de France : grande cause nationale »

APPEL

POUR DES ETATS GENERAUX

DES CAMPAGNES FRANCAISES

Députés de territoires de campagnes, nous avons décidé de porter publiquement à votre connaissance notre sentiment du mal profond qui ronge de plus en plus cruellement une grande partie de notre espace national et des habitants qui y vivent. Devant l'agonie de pans entiers de territoires de France, métropole et territoires d'outre-mer, nous ne pouvons en effet rester plus longtemps silencieux.

Depuis plus de trente ans, l’Etat, avec la dégradation de ses services publics (l'école, la poste, la maternité, les tribunaux, les transports...), abandonne les campagnes françaises. Aujourd'hui, certains penseurs naturalistes et les adeptes de la rentabilité les transforment en réserves d’indiens. L'Etat ne porte plus une véritable politique d'aménagement du territoire et des espaces ruraux. Les agriculteurs, ruinés par des prix agricoles qui n’ont jamais été aussi bas, partent en faillite sans repreneurs, suivis par les commerçants et artisans qui ne trouvent personne à qui transmettre leur fonds de commerce ou leur savoir-faire. Les entrepreneurs désertent faute de soutien bancaire et d’infrastructures de transport dignes de ce nom. Les élus assistent impuissants à l’empilement de normes et de lois qui les paralysent et souvent au surendettement de leur commune qui bloque toute vision d’avenir.

Devant une situation si dramatique, il est de notre responsabilité de participer à l'élaboration d'une nouvelle manière de penser, d'être et d'agir qui corresponde à la réalité de ces terres abandonnées et aux besoins de populations qui ont la volonté de se sentir utiles.

Mais qui dira à l'opinion française la vérité sur la situation des campagnes sinon celles et ceux qui vivent le drame actuel dans leur chair ? Il est urgent de briser la « loi du silence » et de donner la parole à ces centaines de milliers de nos concitoyens qui ne demandent qu'à croire en leur destin et en l'avenir des territoires qu'ils habitent.

C'est pourquoi, transcendant les sensibilités politiques, nous appelons les habitants et acteurs des campagnes à rédiger des « cahiers de doléances » qui préfigureront les « États Généraux des campagnes françaises ». Si vous vous saisissez de cette initiative, cette démarche peut prendre une envergure pacifique, intelligente et refondatrice d'une ampleur que personne d'entre nous ne peut imaginer.

De tels Etats Généraux pourraient déboucher sur une grande proposition de loi intitulée « Campagnes de France : grande cause nationale » portée par le peuple de France et qui aurait pour objectif de marquer l'arrêt du déclin de nos campagnes. Cette proposition de loi, le moment venu, pourrait être déposée à l'Assemblée nationale sous la signature de tous les parlementaires de notre pays.

C'est pourquoi, afin de faciliter l'engagement de tous nos concitoyens, nous voudrions adresser cet appel résolu :

  • A vous populations rurales qui vous mobilisez pour la sauvegarde des services publics, pour essayer de trouver un emploi, pour ne plus être considéré comme des citoyens en dehors de la « vraie société », de « celle qui prend les décisions », de « celle qui compte » parce qu'elle détiendrait toutes les richesses.

  • A vous agricultrices et agriculteurs, paysans de France, qui manifestez contre un pouvoir d'achat de plus en plus virtuel, contre l'effondrement des prix agricoles, contre la hausse des marges de la grande distribution,

  • A vous commerçants, artisans, médecins, pharmaciens, infirmiers et professionnels de santé qui maintenez au quotidien la flamme de vie et qui trop souvent êtes les derniers à fermer les portes de nos villages.

  • A vous ouvriers et ouvrières des industries rurales dont les salaires sont au plus bas.

  • A vous travailleurs du secteur privé comme du secteur public, fonctionnaires et employés du tertiaire, à vous instituteurs et formateurs qui donnez tant à notre pays dans une telle indifférence.

  • A vous, associations qui agissez dans nos campagnes, bien souvent dans l'incompréhension des pouvoirs publics, pour maintenir un dernier lien social et humain.

  • A vous maires et ensemble des élus locaux qui luttez jour après jour pour tenter de garder un souffle de vie dans nos villes et villages, attirer des emplois, des jeunes, construire des projets d'avenir.

  • A vous aussi, compagnons des banlieues françaises, qui savez par expérience ce que signifie le sentiment d'être inutile à la nation et laissé au ban de la société.

  • A vous, médias et organes de presse qui pourriez vous engager dans cette belle et grande cause,

  • A vous chercheurs, penseurs, intellectuels qui ne pourriez vous résigner à ce qu'un pan entier de notre civilisation ne s'éteigne dans les toutes prochaines années.

  • A vous enfin, chers collègues Députés et Sénateurs, parlementaires de France, qui vivez au quotidien cette réalité et qui pensez que cette situation n'est pas une fatalité.

  • Et plus largement encore à vous tous, citoyens de notre pays, qui refusez un désastre qui ne dit pas encore son nom !

Assignons une nouvelle mission historique à nos campagnes.

Avec cette grande cause nationale,

quelle belle perspective nous pouvons redessiner pour l'ensemble de notre pays !

Jean Lassalle, André Chassaigne

Député des Pyrénées-Atlantiques Député du Puy-de-Dôme

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02 mars 2009

Sarkosy "m' à tuer"

Il est certain que nous avons un président de la République. C'est le job de Nicolas Sarkozy. Moi je suis chercheur au CNRS, spécialiste de philosophie ancienne, je lis, j'enseigne, j'écris. C'est mon job. Je ne suis pas pour la langue de bois, ni pour le politiquement correct ni d'ailleurs pour le politiquement incorrect.

Je n'ai jamais eu l'agrégation, pas plus que notre président n'a eu son diplôme de l'Institut d'études politiques. Je n'ai pas été mariée trois fois, mais je suis plutôt fière comme citoyenne d'avoir un président qui l'a été et qui a divorcé comme on respire. Et qu'il soit à présent marié avec une étrangère, française pourtant comme lui et comme moi, c'est bon signe. Qu'il aille au turbin tous les matins et prenne à bras-le-corps les problèmes, c'est bon signe.

Pourquoi ai-je alors la sensation que quelque chose de grave est en train de se passer ? Non pas la crise ; la crise est très grave, elle crée et créera du malheur. Mais je ne vais pas manifester contre la crise, contrairement à ce que l'on entend dire avec mise en scène compassionnelle pour cette masse qu'il ne faudrait pas laisser au bord du chemin.

Je vais manifester contre les réformes que Nicolas Sarkozy veut imposer à la faveur de la crise, exactement comme certaines entreprises procèdent à des dégraissages extrêmes sous couvert de crise.

Mon désarroi est enraciné dans une certaine expérience de la langue et de la culture qui n'a rien de rétrograde - qui n'est pas plus rétrograde que la culture elle-même contre laquelle il est arrivé qu'on sorte le revolver. Ce sentiment est lié à l'idée que j'ai de l'idée que le président a de la culture.

Avec cette différence entre lui et moi que lui peut imposer son idée et le fera, à moins qu'on ne l'en empêche en criant très fort. "Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel", telle est la conclusion de toutes les lettres de mission, celle de Christine Albanel comme celle de Valérie Pécresse : à vos "indicateurs de résultats", en avant marche...

Quel est donc le projet présidentiel ? Il est exprimé par des discours et des actes, nombreux, très nombreux. D'ailleurs, chaque discours est une performance, qui agit autant qu'il exprime. Un premier acte, j'en reste durablement troublée, est la présence massive de fautes d'orthographe sur le site de la présidence de la République française.

Critique d'instit ("dans la transmission des valeurs (...), l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur", dira-t-il) ou, pis, de précieuse ridicule héritière de la grammaire ? L'orthographe française est d'autant plus difficile qu'on ne perçoit pas l'histoire de la langue : comme elle est apparemment arbitraire et tordue, on n'a même plus envie de la réformer, alors ignorons-la comme tout le monde, arrêtons d'embêter les enfants et de discriminer les demandeurs d'emploi !

Pourtant, Sarkozy m'a "tuer" : dans le discours prononcé devant les ouvriers de Daher tel qu'il figure sur le site de l'Elysée, je lis, entre autres, ces deux fautes qu'on ne tolère pas en classe parce qu'elles sont le signe que l'élève ne comprend pas le mécanisme de la langue : "Nous on fait confiance et vous adhérer à cette stratégie offensive", et "on apporte aux participations les participations qu'à la Caisse, les participations qu'à l'Etat". Le président ignore ou méprise la syntaxe, soit, mais il n'a pas pu "prononcer" ces fautes d'orthographe. Elles sont écrites cependant.

Quelqu'un a mal fait son boulot ? Un nègre qui n'aurait pas passé l'examen de langue exigé par l'identité nationale ? Ou l'indice que, sachez-le, on s'en fout. "Je" parle comme "eux", j'écris aussi mal qu'eux : ils croiront que je pense comme eux, ils penseront comme moi. Entre imitation et émotion, ça passe ou ça casse. Il s'agit de communiquer, pas de parler.

Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat "Casse-toi pauv' con". "Faire président" ne garantit plus la fonction présidentielle de règle et de régulation, de cohérence et de cohésion. L'adresse du même discours est sidérante : "Chère Christine Lagarde, (...) monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour".

De l'ironie, de la provocation, ou vraiment la volonté d'une nouvelle norme, hors langue, hors culture, hors civilité, au profit d'une efficacité supposée, avec pour indice le grand mépris ?

L'efficacité, parlons-en. Je suis pour, tout le monde est pour. Un peu de bon sens (lequel ?) indique qu'elle n'est pas la même dans tous les domaines et qu'on ne la mesure pas de la même manière. "Un chercheur français publie de 30 % à 50 % en moins qu'un chercheur britannique dans certains secteurs. Evidemment, si l'on ne veut pas voir cela, je vous remercie d'être venu, il y a de la lumière, c'est chauffé..." La contre-vérité n'est pas diminuée par le persiflage.

Si Nicolas Sarkozy ne le savait pas (quels mauvais conseillers !), il le sait à présent : les résultats sont faux et les indicateurs inadaptés.

Le CNRS est, chiffres à l'appui, au premier rang européen et au quatrième rang mondial. Dans les "mauvais" secteurs, en philosophie par exemple, le biais linguistique est évident : publions en anglais short and dirty des articles saucissonnés, et notre score va grimper aussitôt.

Mais, une fois pour toutes, en matière de culture et de recherche, la qualité n'est pas une propriété émergente de la quantité. Cette visibilité-là est même un si mauvais critère que les meilleurs Anglo-Saxons le dénoncent et y ont déjà renoncé.

Je pense qu'il pense que la culture ne sert à rien, sinon à l'export et à la visibilité. On la protège, avec l'exception française, comme une marchandise. La culture, c'est d'abord l'éducation. Evidemment, si "on naît pédophile", si "la part de l'inné est immense", l'éducation le cédera à la rétention de sûreté.

Qu'est-ce qui reste alors ? "L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle !"

Il y revient trois fois, heureux du coup de pied dans la fourmilière, de la désacralisation du beau et de l'oeuvre, d'une oeuvre énigmatique. Nous ne parlerons donc à la guichetière que de guichet, ou de choses qu'elle peut comprendre dans son sous-métier de sous-femme, selon une version plus banale de l'imbécillité ou du sadisme - c'est tout ce qu'elle a besoin de savoir.

Il ne reste plus alors à partager que l'émotion. "Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé. Je vais mourir !" : "Ma première décision de président de la République sera de demander au futur ministre de l'éducation nationale que cette lettre soit lue en début d'année à tous les lycéens de France."

Avant de lui demander de mettre en oeuvre la "proposition éducative" faite au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) : "Cette éducation doit être suffisamment précoce pour toucher aussi les coeurs. (...) C'est pourquoi j'ai demandé à Xavier Darcos de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah."

Cet immédiat-là, si bien intentionné soit-il, est au sens strict un danger public. La culture selon Sarkozy a le choix entre les chiffres indicateurs de performance et l'émotion-glu.

Pas de culture, pas de construction d'un "nous" démocratique, sans respect. De même, la langue supporte toutes les inventions mais pas la maltraitance. "Chaque fois qu'Obama ouvre la bouche, ses sujets et ses verbes s'accordent" : c'est la meilleure manière, la seule respectueuse, de ne pas exclure Joe le Guichetier.



Barbara Cassin est philologue et philosophe, directrice de recherches au CNRS et du Centre Léon-Robin sur la pensée antique. Ses travaux portent sur la sophistique et la rhétorique ainsi que sur les rapports qu'elles entretiennent avec la philosophie. Elle a notamment publié "Vocabulaire européen des philosophies" (Seuil, 2004) et "Google-moi : la deuxième mission de l'Amérique" (Albin Michel, 2007)

Barbara Cassin

Article paru dans l'édition du 01.03.09 du journal Le Monde.

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