26 mai 2009
François Bayrou : le télétravail en congé maladie, une "régression" de la protection sociale
Le Président du Mouvement Démocrate a considéré l'amendement du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre, qui permettrait à un salarié de travailler de chez lui pendant un congé maladie, comme une "régression" de la protection sociale.
"On a l'impression que le gouvernement, certains membres de la majorité, n'ont qu'une idée, c'est faire chaque jour davantage régresser les protections dont bénéficient les Français", a-t-il dit au cours d'une conférence de presse mardi à Toulouse. (Lire la suite)
"Si cet amendement était adopté, (...) cela voudrait dire que la pression devient forte, y compris sur les malades et les congés de maternité", a-t-il ajouté, dénonçant "une démarche générale et préoccupante".
"On pourrait au moins imaginer que les gens en congé de maladie seraient à l'abri du "travailler plus pour gagner plus"", a estimé François Bayrou.
22 mai 2009
Le Nouveau Centre "se mouille" pour les élections européennes du 7 juin
Le 16 mai 2009 Hervé Morin et les militants du Nouveau Centre ont plongé dans le lac d'Annecy pour lancer la campagne de ce parti aux élections européennes. "On est profondément européen, donc on se mouille" déclara fièrement notre téméraire ministre de la défense.
L'affirmation illustre de manière édifiante le courage politique de cette formation aux ordres de l'UMP. En effet, le courage aurait consisté à présenter des listes indépendantes aux élections du 7 juin. Au lieu de quoi, les dirigeants du Nouveau Centre ont préféré faire des listes communes avec le parti présidentiel. Pour prix de leur allégeance, ils ont obtenu trois candidats en position éligible.
Pitoyable....
21 mai 2009
Démocrates pour l’Europe : notre programme pour la législature 2009-2014
Le destin de la France et de l'Europe sont aujourd'hui indissociables. L'Europe est notre seule chance pour lutter contre les crises et surmonter les défis immenses auxquels nous avons à faire face. L'Europe est notre seule chance pour défendre un modèle de société original qui place l'Homme au centre de toutes les politiques. Nous proposons un plan d'action pour que l'Europe réponde à la crise, s'oriente vers un développement durable, garantisse notre modèle social et change les fondements de la mondialisation. Et nous ne pourrons gagner ces combats que si les citoyens européens y sont associés. Nous voulons les informer de ces enjeux, construire une Europe plus transparente et plus proche de leurs préoccupations.
Pour toutes ces raisons, nous nous opposons à la réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Au cours de son mandat, il a manqué à son devoir d'initiative, alors que la crise appelait une réponse commune. Il est resté dans l'ombre des gouvernements alors que les citoyens attendaient de l'Europe des propositions audacieuses. Il s'est aligné sur des principes ultralibéraux et inégalitaires au lieu de défendre l'originalité d'un modèle européen plus solidaire.
Nous sommes prêts à former une majorité alternative autour de notre vision de l'Europe : un projet de société qui concilie l'exigence sociale, l'impératif démocratique et l'urgence écologique.
Pour une réponse européenne à l’urgence de la crise
Dans la crise, seule une réponse européenne peut être efficace. Les efforts dispersés sont vains. Nous devons agir en commun pour que notre réponse à la crise soit forte et cohérente. Entre Européens, nous devons savoir faire preuve de solidarité. Solidarité entre pays, notamment vis-à-vis de ceux qui sont le plus affectés par la crise économique et
financière. Solidarité entre citoyens européens également, pour aider les plus défavorisés frappés par le chômage ou touchés par l’exclusion.
Nous proposons de :
- Mettre en oeuvre un plan de relance européen si la crise s’aggrave encore. Ce plan de relance doit comporter des dépenses d’avenir pour aider les PME et des mesures de solidarité envers les plus démunis et les classes moyennes touchées par le chômage. Ce plan s’orientera vers une croissance verte, grâce notamment à la mise aux normes durables des bâtiments et au développement des transports propres.
- Financer ce plan de relance par un emprunt européen, qui pourra atteindre selon l’évolution de la crise jusqu’à 3% du PIB. Cet emprunt européen permettra de relancer nos économies autour de projets d’avenir.
- Amplifier le montant des fonds sociaux européens (fonds social européen, fonds d’ajustement à la mondialisation) et en faciliter l’accès pour aider les salariés européens à faire face aux restructurations dues à la crise.
- Mener une politique européenne de l’emploi pour sécuriser les parcours des salariés.
Pour une solidarité économique européenne
L’Europe a besoin de renforcer la coordination de ses politiques économiques. L’euro nous a protégés pendant la crise. Mais nous ne sommes pas encore capables d’organiser une véritable politique économique. Nous n’avons pas non plus de moyens suffisants pour conduire cette politique tant que le budget européen ne s’élèvera qu’à 1% du produit intérieur brut (PIB).
Nous proposons de :
- Créer un Conseil de la politique économique de la zone euro, qui se réunira au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, assurera le dialogue avec la Banque centrale européenne (BCE), coordonnera les politiques budgétaires et
mettra en oeuvre les initiatives communes de soutien à l’économie.
- Harmoniser la fiscalité de l’épargne et celle des sociétés.
- Augmenter et consolider le budget européen en y affectant une taxe carbone ou une contribution prélevée sur les mouvements spéculatifs sans hausse des pressions fiscales nationales.
- Mener une véritable politique de recherche européenne en doublant le budget européen de la recherche et en instaurant une aide pratique au dépôt des brevets.
- Instaurer une politique industrielle européenne grâce à la mise en place d’un fonds stratégique d’investissement au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI). Il financera des projets stratégiques, les nouvelles technologies de l’environnement et les PME innovantes.
- Renforcer les dispositions anti-trust européennes.
Pour une régulation de la mondialisation
La crise actuelle trouve son origine dans les dérives de la mondialisation financière. La dictature des taux de rentabilité à court terme détruit l’équilibre social et environnemental de nos pays. L’Europe doit s’unir pour proposer un autre modèle économique. L’Europe a ainsi un rôle fondamental à jouer pour rééquilibrer les rapports de force dans la mondialisation et changer les principes du commerce mondial.
Nous proposons de :
- Elaborer une charte européenne des principes fondamentaux en matière bancaire et financière, qui appellera notamment à un encadrement des rémunérations excessives et à la suppression des stock-options (sauf pour les start-up).
- Prendre les décisions nécessaires, avec un calendrier contraignant, pour bannir la pratique des paradis fiscaux.
- Créer un régulateur financier européen unique, qui, outre ses activités de contrôle, défendra le modèle financier européen vis-à-vis des autres régulateurs mondiaux.
- Supprimer le G8 et transformer le G20 en un Conseil de sécurité économique, où toutes les régions, y compris l’Afrique, seront équitablement entendues.
- Réformer en profondeur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour intégrer davantage les exigences sociales et environnementales. Les produits qui entrent en Europe devront progressivement être soumis aux mêmes normes que ceux que nous fabriquons chez nous.
- Créer une monnaie de réserve internationale autre que le dollar pour ne pas dépendre de la politique économique menée par les Etats-Unis.
Pour promouvoir le modèle social européen
Il existe effectivement un modèle social européen, fondé sur la lutte contre les inégalités, un niveau élevé de protection sociale et un maillage de services publics sur tout le territoire pour assurer l’égalité des chances. Ce modèle, non seulement nous devons le défendre face aux partisans d’un accroissement continu des inégalités, mais nous devons
aussi le consolider pour qu’il puisse répondre au défi du vieillissement démographique.
Nous proposons de :
- Mettre en place un plan de convergence sociale afin d’harmoniser progressivement nos niveaux de protection sociale en Europe.
- Financer l’éducation, la santé et la formation tout au long de la vie des citoyens européens car ces biens supérieurs ne peuvent dépendre exclusivement de la loi du marché.
- Défendre les services publics en élaborant une directive-cadre européenne.
- Développer la notation sociale et environnementale des entreprises.
- Limiter les effets du vieillissement démographique en mettant en oeuvre une politique familiale européenne.
- Lutter contre toutes les discriminations grâce à l’adoption d’une directive globale.
- Instaurer “la clause de l’Européenne la plus favorisée” qui permettra d’étendre partout en Europe les législations les plus favorables aux droits des femmes déjà en vigueur dans certains pays européens.
- Mettre en place un plan européen pour le handicap en établissant notamment une définition européenne du handicap et des normes de construction conçues pour l’accueil des personnes handicapées.
- Développer l’action de l’Union en matière de santé publique et de sécurité sanitaire.
Pour une Europe à l’avant-garde du développement durable
La crise financière se double d’une crise écologique dont l’enjeu est considérable : l’avenir de nos enfants en dépend. C’est une question de solidarité entre générations. L’eau, l’air, le climat, la biodiversité sont des biens communs dont nous ne sommes pas propriétaires mais seulement dépositaires pour les générations à venir. C’est pourquoi l’urgence écologique nous impose une nouvelle vision du développement, qui nous amène à repenser l’ensemble de notre système économique et social. De nouveaux emplois naîtront de ce mode de croissance plus durable.
Nous proposons de :
- Repenser nos modes de transports, de production et de logement. La mise aux normes durables des bâtiments et le développement des transports propres permettra d’importantes économies d’énergie.
- Recourir massivement aux énergies renouvelables pour diversifier nos ressources énergétiques.
- Mener un grand programme de recherche européen pour développer les énergies du futur.
- Développer les activités économiques issues du végétal (agro-industries).
- Orienter les financements des fonds sociaux européens vers la formation aux nouveaux métier s du développement durable.
- Imposer une notation sociale et environnementale européenne aux grandes entreprises et renforcer leurs obligations en termes de responsabilité sociale et environnementale.
- Instaurer une taxe carbone européenne qui pénalisera les énergies fossiles les plus polluantes.
- Taxer les pollueurs pour qu’ils soient incités à modifier leur comportement.
- Instaurer un moratoire sur les OGM tant qu’un organisme de recherche indépendant n’aura pas évalué tous leurs effets.
- Créer un corps de garde-côtes européen pour lutter contre les pollutions maritimes.
- Construire une solidarité énergétique européenne en coordonnant la gestion de nos stocks et en créant des infrastructures d’acheminement vers les pays menacés de pénurie.
Pour une approche humaine et durable de l’agriculture et de la pêche
L’Europe ne peut pas rester sourde au malaise des agriculteurs et des pêcheurs. Le maintien de ces activités est essentiel pour faire vivre nos campagnes et nos littoraux. Les producteurs doivent être davantage impliqués pour organiser les marchés agricoles et pour définir une politique durable de gestion des ressources naturelles.
Nous proposons de :
- Promouvoir une agriculture européenne de qualité qui vise la sécurité alimentaire, qui protège l’environnement et qui maintient un tissu d’exploitations à taille humaine.
- Défendre le principe d’organisation des marchés agricoles, et notamment les quotas laitiers, car les producteurs ont besoin de prix rémunérateurs pour produire et investir. Les marchés à terme de matières premières agricoles doivent être régulés par une autorité internationale.
- Cesser d’exporter nos excédents agricoles à prix bradés pour ne pas détruire l’agriculture des pays pauvres.
- Permettre aux producteur s de s’organiser au niveau européen pour rétablir l’équilibre dans les rapports de force économiques.
- Encourager et aider les agriculteurs à mettre en place de nouveaux modes de production plus respectueux de l’environnement.
- Promouvoir les modes de production les plus protecteurs pour la santé et une gestion durable des sols sur le long terme.
- Mettre en place une gestion durable et partagée de la ressource à travers l’instauration d’une co-expertise entre pêcheurs et scientifiques. Des plans pluriannuels de gestion seront instaurés pour que les pêcheurs puissent prévoir leur activité.
Pour une Europe des citoyens
Les choix européens sont préparés dans le secret, entre gouvernements, alors que les citoyens devraient être pleinement associés aux décisions européennes. Nous devons rapprocher l’Europe des citoyens en construisant une Europe plus concrète, plus transparente, plus accessible. L’Europe doit être faite pour eux.
Nous proposons de :
- Organiser des débats publics préalables aux décisions (3 mois avant), de telle sorte que les citoyens européens puissent donner leur avis et saisir leurs députés européens.
- Rendre publiques les délibérations des gouvernements au sein du Conseil en les diffusant par Internet et à la télévision.
- Simplifier l’accès aux aides européennes et aider ceux qui souhaitent en bénéficier à monter leurs dossiers.
- Créer dans chaque administration un représentant identifié en charge des politiques européennes.
- Instaurer un référendum d’initiative populaire européen.
- Initier un service civique pour les jeunes Européens.
- Honorer notre mandat par une présence assidue et une participation active aux travaux du Parlement.
- Informer les citoyens par un compte-rendu de mandat annuel.
Pour une Europe protectrice des droits
L’Europe ne connaît plus de frontières intérieures. Cette liberté de circulation a permis de faire de l’Europe un espace de droits. Mais elle a aussi fait naître de nouvelles menaces pour la sécurité de l’Union (terrorisme, criminalité organisée). Nous devons définir ensemble quelle protection nous voulons assurer à nos citoyens.
Nous proposons de :
- Assurer les droits et libertés de tous les citoyens, en particulier le droit à la vie privée, la protection des données personnelles, le droit d’asile, les droits des mineurs et garantir l’indépendance de la justice.
- Confirmer au plan européen le droit fondamental d’accès à Internet et de protection des données.
- Créer un procureur de l’Union avec autorité de poursuites dans toute l’Europe afin de lutter contre la criminalité organisée.
- Etablir un code de procédure civile européenne pour mieux définir l’application effective des droits des citoyens dans d’autres pays européens.
- Mettre en place une politique migratoire humaine et raisonnable qui garantira un droit d’asile identique dans toute l’Union et régulera les flux migratoires.
Pour une Europe protectrice des identités
La construction européenne n’a jamais eu pour objet de faire disparaître les Etats-nations ni les cultures régionales. Au contraire, l’Europe reconnaît le pluralisme des identités et des cultures, à travers par exemple la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Cette diversité incroyable de notre continent est une richesse à entretenir.
Nous proposons de :
- Garantir les cultures, les modes de vie et les identités en Europe.
- Renforcer l’Europe de la culture par la défense du pluralisme culturel et le soutien à la création européenne.
- Assurer l’apprentissage de deux langues vivantes européennes et de l’histoire de l’Europe dans les programmes scolaires.
- Développer les échanges pour les étudiants et pour les apprentis en fondant un nouveau programme Erasmus accessible à tous et soutenu par un système de bourses plus étendu.
Pour porter la voix européenne dans le monde
Un pays isolé ne peut rien dans la mondialisation. Pour être entendus, l’Europe est notre seule chance. Car l’Europe porte une voix originale et indépendante. Nous Européens qui nous sommes unis dans le droit, nous sommes en mesure de proposer une vision nouvelle et plus équilibrée du monde, notamment en faveur des pays pauvres.
Nous proposons de :
- Coordonner nos diplomaties nationales pour faire entendre la voix européenne.
- Parler d’une seule voix dans les grands organismes internationaux : Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation internationale du travail (OIT),..
- Instaurer une défense européenne indépendante, même si cela est plus difficile depuis que la France a réintégré le commandement intégré de l’OTAN.
- Délimiter les frontières de l’Europe. Si nous voulons une Europe politique forte, il ne faut pas diluer le projet européen dans un grand marché. Nous proposerons aux pays voisins de l’Union, comme la Turquie, des partenariats approfondis.
Pour donner la priorité au développement des pays pauvres
L’Europe finance déjà près de 60% de l’aide publique au développement. Elle doit maintenant s’engager pour permettre à ces pays d’accéder à un développement autonome. Pour cela, il est essentiel de changer les règles du commerce mondial au sein des institutions internationales.
Nous proposons de :
- Mettre fin aux politiques de libéralisation des marchés agricoles qui ont ruiné leurs agricultures locales.
- Permettre aux pays pauvres de protéger leur s marchés agricoles et leurs industries pour qu’ils puissent produire ce qu’ils mangent et fabriquer ce qu’ils consomment. Ils doivent pouvoir accéder à l’autosuffisance alimentaire.
- Agir pour que l’exploitation et la valorisation des matières premières bénéficient d’abord aux populations de ces pays.
- Poursuivre l’engagement de l’Union en faveur de l’aide publique au développement.
- Mettre en place un mécanisme de soutien aux pays pauvres pour financer des mesures sociales dans les pays les plus touchés par la crise.
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Jamais dans l’histoire des hommes, des peuples libres n’ont choisi de s’associer pour bâtir ensemble une volonté politique capable de changer la planète sur laquelle ils vivaient. Nous l’Europe, nous l’avons fait.
Nous pensons que le plus important pour l’Europe, ce qui justifie son existence, c’est qu’elle ait quelque chose à dire sur la manière dont le monde évolue. Nous pensons que l’Europe n’est pas seulement une Europe entre nous, c’est une Europe volonté.
Pour mettre en oeuvre cette volonté, nous défendons l’idée d’une avant-garde européenne formée à partir des pays de la zone euro et ouverte à tous ceux qui veulent la rejoindre. Nous voulons sortir l’Europe de l’immobilisme. Cette avant-garde nous permettra enfin de coopérer pour avancer.
Nous l’Europe
* *
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Ce programme a été élaboré grâce aux contributions fournies par les seize groupes de projet Europe mis en place à la mi-octobre, auxquels ont participé plus de 3 500 adhérents. Adopté lors du Conseil national du 24 mars, il a, par la suite, été enrichi.
Téléchargez le programme en cliquant ici
19 mai 2009
Après la Dadvsi et Hadopi, bientôt la Loppsi 2
Article publié dans LEMONDE.FR du 18.05.09
La loi Hadopi est donc - avec quelques houleux retards à l'allumage - finalement votée. Avec la loi Dadvsi de 2006 sur le droit d'auteur, qui avait également provoqué un tollé, voici que se profile Loppsi, élargissant encore le champ sécuritaire lié aux nouvelles technologies. Mis bout à bout, ces trois éléments forment le véritable arsenal de la "cybersécurité", promue priorité par Nicolas Sarkozy.
Dadvsi et Hadopi, censées lutter contre le téléchargement illégal grâce à des mesures techniques, devraient donc être complétées après l'automne 2009 par un dispositif bien plus ambitieux, axé sur l'ensemble de la cybercriminalité. Loppsi 2 (loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, 2e du nom après la Lopsi de 2002), voulue par Nicolas Sarkozy, serait dotée d'une enveloppe d'un milliard d'euros sur cinq ans (2010-2015).
La clef de Loppsi 2, ce sont les mouchards électroniques. La loi Hadopi prévoit déjà la "Simplification des procédures de contrôle par les services de l'Etat des logiciels intégrant des mesures techniques permettant le contrôle à distance de fonctionnalités ou l'accès à des données personnelles". La Dadvsi évoque également les mouchards électroniques : l'article additionnel 10bis C de la loi Hadopi à l'article 15 de la Dadvsi permet notamment à la direction centrale de la sécurité des systèmes d'information (DCSSI) de s'affranchir du contrôle des logiciels mouchards susceptibles d'être installés par les administrations de l'Etat, les collectivités territoriales et les opérateurs publics ou privés.
L'ACCÈS AUX DONNÉES INFORMATIQUES SIMPLIFIÉ
En d'autres termes, l'Etat ne serait donc plus obligé de vérifier la "légalité" des mouchards utilisés par ses services sur le Réseau. Dès lors, c'est la porte ouverte à toutes les "captations" informatiques et sonores, de quelque nature qu'elles soient. Le projet de loi Loppsi 2 reprend ce principe en le perfectionnant, puisqu'il permettrait "sans le consentement des intéressés, d'accéder à des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu'elles s'affichent pour l'utilisateur ou telles qu'il les y introduit par saisie de caractère". C'est la légalisation des "chevaux de Troie" (logiciels espions) chez l'internaute, pendant une durée de quatre mois, renouvelable une fois sur accord du juge.
Techniquement, le dispositif pourra être mis en place à toute heure, soit en s'introduisant dans tout lieu physique (avec mise en place d'une "clé de connexion" dans l'ordinateur à surveiller), soit par "transmission par un réseau de communications électroniques", en s'infiltrant à distance dans la machine à surveiller.
PÉRICLÈS SAURA TOUT DE VOUS
Loppsi 2 prévoit également la création d'un fichier informatique appelé Périclès. Ce système "d'analyse sérielle" permettra d'effectuer des rapprochements entre les différents fichiers judiciaires (Stic, Judex, etc.) et de croiser tous les renseignements disponibles pour lutter au mieux contre tous les types de délinquance, et notamment la pédo-pornographie. Mais pour ce faire, ce "super-fichier" contiendra de nombreuses données liées à la vie du citoyen avec tous les dangers de dérives possibles : numéros de cartes grises, de permis de conduire, de puces de téléphones portables (IMEI), factures diverses, etc.
Car selon les informations du Monde, la collecte de ces données proviendrait entre autres de "traitements automatisés de données à caractère personnel concernant toute infraction commise contre les personnes". Ces données ne seraient donc plus uniquement "collectées au cours de procédures judiciaires pénales" comme il était prévu dans le projet de loi originel.
LES FOURNISSEURS D'ACCÈS EN PREMIÈRE LIGNE DU DISPOSITIF
Michèle Alliot-Marie a d'ailleurs précisé en janvier que 555 millions d'euros seraient affectés à la lecture automatisée des plaques d'immatriculation par vidéosurveillance, à la modernisation des fichiers d'empreintes génétiques et digitales, mais aussi à l'enregistrement vidéo des gardes à vue. Cette loi permettrait en outre, selon elle, de créer un délit d'usurpation d'identité sur Internet, mais aussi de pouvoir géolocaliser des internautes, ou de bloquer les sites (dont la liste serait fournie par le ministère) ne respectant pas la législation directement chez les fournisseurs d'accès. Pour ce faire, des "crawlers" (logiciels de recherche spécialisés), seraient mis en place par différents services du ministère, notamment l'OCLCTIC (Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication).
Mais les fournisseurs d'accès ne seraient qu'un des maillons de la chaîne, au même titre que les constructeurs d'appareils connectés par exemple. Ils pourraient donc se retrouver contraints de filtrer une partie du Web sur demande du gouvernement, comme l'explique Jean-Michel Planche, président d'honneur du Club français des entrepreneurs des télécommunications, et récemment consulté par la CCRSCE (Commission consultative des réseaux et services de communications électroniques) sur le sujet.
Toutes ces dispositions d'exception, accolées à des technologies de plus en plus perfectionnées, pourraient doter l'Etat de moyens de contrôles très importants. Mais tout comme de nombreux experts ont dénoncé, lors du débat sur Hadopi, le manque d'efficacité des solutions techniques dans la lutte contre le piratage, rien ne dit que les "mouchards" électroniques ne souffrent pas du même défaut. En attendant, des opposants au projet de loi se manifestent déjà. Le débat ne fait que commencer.
Olivier Dumons
Une plate-forme de lutte contre la cybercriminalité
Parmi les autres propositions contenues dans cette loi, la création d'une nouvelle plate-forme de lutte contre tout type de cybercriminalité dépendant de l'OCLCTIC, ou encore l'apparition d'un délit d'"usurpation d'identité sur Internet". Dans d'autres domaines, Lopsi 2 prévoit également un autre article (28) censé protéger les agents de renseignement, leurs sources et leurs collaborateurs ("indics"), ou encore un projet rendant obligatoire l'annonce par les juges d'instruction de perquisitions dans des lieux protégés comme les ministères : "L'Etat se met donc ainsi à l'abri des juges" comme le déclarait il y a quelques mois Bruno Thouzelier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM).
La loi Dadvsi n'a toujours pas été évaluée
La loi Dadvsi adoptée durant l'été 2006 aurait dû, comme le vote en Assemblée nationale l'avait prévu, être évaluée dix-huit mois après sa mise en application. Il n'en a rien été, ce qui aurait pu être utile à l'élaboration du projet de loi Hadopi. Depuis, les DRM (Digital Rights Management) tendent à disparaitre des plates-formes légales de téléchargement, rendant de fait obsolète cette loi controversée.
Université, recherche : pourquoi nous ne cèderons pas, par des enseignants de l'Université de Strasbourg
Article publié dans LEMONDE.FR du 18.05.09
Après quinze semaines de lutte, de grève et de manifestations diverses sur l'ensemble du territoire, le gouvernement reste obstinément campé sur ses positions initiales. S'il est encore trop tôt pour dresser un bilan du plus long mouvement universitaire de l'histoire récente, nous constatons que nos autorités de tutelle ont choisi l'épreuve de force plutôt que le compromis, la démagogie plutôt que la démocratie et une campagne de désinformation injurieuse plutôt que l'apaisement souhaité par tous les acteurs du conflit. Ce style de gouvernement, hélas, se généralise. Il ne manquera pas de susciter dans l'ensemble de la fonction publique et de la société des résistances à la mesure de l'incompréhensible gâchis du "modèle français" qu'il cherche à provoquer.
Le décret sur le statut des enseignants-chercheurs a été modifié à la marge, sans l'accord des représentants réels de notre communauté : coordination nationale des universités, associations et sociétés savantes, syndicats majoritaires. Le contrat doctoral impose désormais le financement privé des thèses, au détriment des étudiants sans moyens propres, de la qualité d'un travail souvent long et pénible – et plus généralement des sciences humaines, rarement sponsorisées par les entreprises. Les accords passés avec le Vatican dans le cadre supposé de l'uniformisation européenne (processus de Bologne) mettent en danger le monopole de l'Etat républicain et laïque pour la délivrance des diplômes, ouvrant la voie aux revendications d'autres institutions religieuses et communautaires. La mastérisation de la formation des instituteurs et des enseignants du secondaire sera très probablement votée en catimini cet été et donnée pour acquise à la rentrée. L'autonomie des universités, dont personne ne conteste le bien-fondé en théorie, a été accordée sans moyens supplémentaires et surtout sans aucune garantie de séparation des pouvoirs, donc d'équité.
Prétendre que l'on ne peut réformer un pays crispé sur ses supposés "avantages sociaux" relève du mensonge ou d'un mépris volontaire de ce qui a été engagé par les gouvernements précédents – fussent-ils de droite – ceci, au nom d'une "rupture" moins "tranquille" que contradictoire et idéologique. Ce qui a provoqué le soulèvement des universitaires, ce n'est pas une opposition a priori aux réformes, mais la méthode brutale, les objectifs dissimulés de démantèlement du système éducatif, la remise en cause des compétences, le dénigrement systématique d'un métier en pleine mutation, le refus de revaloriser des carrières difficiles. Nous voulons que les parents aient confiance en l'école publique, que les vocations d'enseignant naissent, que la recherche fleurisse dans notre pays. Les réformes mises en oeuvre nous apparaissent au mieux comme une régression, au pire comme une volonté délibérée de ruiner toute possibilité d'accès au savoir, toute gratuité de la connaissance et au final, toute liberté de penser et de s'exprimer.
Ces derniers jours, on annonce urbi et orbi le retour à la normale tout en stigmatisant les résistants actifs, soi-disant noyautés par des extrémistes et des gauchistes. Certaines facultés refusent les examens, d'autres engagent un blocage administratif multiforme : moins visible dans l'immédiat, il empêchera à terme le fonctionnement des établissements, à commencer par la rentrée universitaire 2009. Toutes ces initiatives, adaptées aux circonstances particulières de chaque université, sont légitimes. Si les examens ont lieu aujourd'hui à Strasbourg, ce n'est ni sur ordre de ministres ayant perdu toute crédibilité et abdiqué toute dignité, ni parce que nous avons renoncé à notre combat. Cette décision a été prise par notre communauté universitaire – enseignants, chercheurs, personnels administratifs et techniques, étudiants – pour ne pas faire le jeu du gouvernement en sacrifiant ce pour quoi nous nous battons. Nous continuons à exiger le retrait des textes incriminés et demandons une vraie concertation. Nous en avons assez de subir des attaques insensées, nous voulons réfléchir sereinement, collectivement, efficacement à l'avenir de l'université française.
Signataires :
Anne-Marie Adam, professeur des Universités, antiquités nationales, Université de Strasbourg
Laetitia Bernadet, Ater, histoire romaine, Université de Strasbourg
Loup Bernard, maître de conférences, antiquités nationales, Université de Strasbourg
Georges Bischoff, professeur des Universités, histoire médiévale, Université de Strasbourg
Sandra Boehringer, maîtresse de conférences, histoire grecque, Université de Strasbourg
Nicolas Bourguinat, maître de conférences, histoire contemporaine, Université de Strasbourg
Cédric Brélaz, maître de conférences, histoire grecque, Université de Strasbourg
Thomas Brunner, professeur agrégé, histoire médiévale, Université de Strasbourg
Laurence Buchholzer, maître de conférences, histoire médiévale, Université de Strasbourg
Frédéric Colin, professeur des Universités, directeur de l'Institut d'égyptologie, Université de Strasbourg
Damien Coulon, maître de conférences, histoire médiévale, Université de Strasbourg
Valérie Da Costa, maître de conférences, histoire de l'art contemporain, Université de Strasbourg
Dominique Dinet, professeur des Universités, histoire moderne, Université de Strasbourg
Sylvie Donnat, maître de conférences, égyptologie, Université de Strasbourg
Jean-Pascal Gay, maître de conférences, histoire moderne, Université de Strasbourg
Michel Humm, professeur des Universités, histoire ancienne, Université de Strasbourg
Jean-Marie Husser, professeur des Universités, histoire des religions, Université de Strasbourg, doyen de l'UFR des Sciences Historiques
Isabelle Laboulais, maître de conférences, histoire moderne, Université de Strasbourg
Dominique Lenfant, Professeur des Universités, histoire grecque, Université de Strasbourg
Thomas Loué, maître de conférences, histoire économique et sociale, Université de Strasbourg
Jean-Yves Marc, professeur des Universités, archéologie romaine, Université de Strasbourg
Catherine Otten, maître de conférences, histoire médiévale, Université de Strasbourg
Philippe Quenet, maître de conférences, antiquités orientales, Université de Strasbourg
Jean-Jacques Schwien, maître de conférences, archéologie médiévale, Université de Strasbourg
Alexandre Sumpf, maître de conférences, histoire contemporaine, Université de Strasbourg
Eckhard Wirbelauer, professeur des Universités, histoire ancienne, Université de Strasbourg
16 mai 2009
L'Europe, si vous saviez comme Sarkozy s'en fout…
Sylvain Lapoix - Marianne | Jeudi 14 Mai 2009
Le Parisien du 14 mai offre à cinq eurodéputés l'occasion de vanter leur fonction... parmi eux, Jacques Toubon qui avait déclaré dans le même journal lundi que son parti l'avait «oublié». Une démonstration (involontaire) du désintérêt de l'UMP pour l'Europe.

Extrait du Parisien / Aujourd'hui en France du 14 mai 2009, p.10
«Quand l'Europe veut, l'Europe peut», clame Nicolas Sarkozy sur les tracts de l'UMP pour les élections du 7 juin. Peut-être, mais quand Sarkozy ne veut pas, personne n'y peut rien ! Pas même Jacques Toubon ! Dans Le Parisien/Aujourd'hui en France du 14 mai, l'eurodéputé UMP de l'Île-de-France livre les raisons pour lesquelles il se sent «utile» au Parlement : travail de compromis permanent du fait des majorités changeantes, rôle individuel, etc. Seulement voilà : l'ancien ministre de la Culture ne reviendra pas à Strasbourg car il n'a pas été reconduit sur la liste, comme il le regrettait lundi 11 mai... dans le même journal !
Promouvoir les compétences, et puis quoi encore ?
Dans le panel réuni pour prouver «l'utilité» des eurodéputés, on notera également la présence d'Alain Lamassoure, eurodéputé UMP émérite, blackboulé en troisième position de la liste Sud-Ouest. De l'avis d'opposants parlementaires, comme Catherine Trautmann au PS ou Marielle de Sarnez au Modem, les deux hommes étaient de ceux qui donnaient, par leur travail et leur implication, la crédibilité que la France perdait au Parlement européen par les absences répétées des autres.

Extrait du Parisien / Aujourd'hui en France du 11 mai 2009, p.10
Et alors ? Demande-t-on à Sarkozy de récompenser le travail des membres de son parti en leur donnant des postes de responsabilités ? Ce serait sortir de son rôle : ce que Sarkozy aime, c'est promouvoir François Pérol à la tête de Natixis, au mépris de la déontologie et pour un résultat cataclysmique de 1,8 milliard de perte en un trimestre de présidence de la banque !
Quand l'Europe veut pas, elle ferme sa gueule !
Du début à la fin du processus, tous les arbitrages liés aux européennes se sont faits à l'Elysée : de la composition des listes à la couleur des tracts. Le tout dans le mépris le plus total des institutions européennes : quand on voit que Lamassoure, trois fois eurodéputé, a été remplacé par Rachida Dati pour traiter des questions européennes à l'UMP, on devine l'importance que le chef de l'Etat accorde à Bruxelles.
Au siège de l'UMP, rue de la Boétie, une pile de tracts officiels. (photo : SL)
«On s'en fout du Parlement européen !», lâchait le député UMP Franck Gilard le 7 mai dernier, après qu'un amendement voté à Strasbourg eût rendu illégale la Hadopi. Les priorités présidentielles sont ailleurs : les européennes ne se présentent pour lui que comme une plate-forme de promotion de son bilan. Sinon pourquoi attendre jusqu'au 7 mai, un mois avant le scrutin, pour rendre les listes complètes pour le vote ? Pour ménager une place au Nouveau centre ? Si vous saviez ce qu'il en a à faire du Nouveau centre...
François Bayrou à Mulhouse
« Strasbourg, capitale européenne à 100% »

François Bayrou, hier soir à Mulhouse. Il veut éviter aux parlementaires européens « d'être pris dans la technocratie et le chaudron bruxellois ». (Photo DNA - Sébastien Bozon)
François Bayrou a lancé hier soir depuis Mulhouse la campagne du MoDem haut-rhinois pour les élections européennes. Se positionnant en alternative à l'UMP et au PS, il a plaidé pour que Strasbourg redevienne « la capitale institutionnelle européenne à 100% ».
« L'Europe, c'est pas ailleurs, c'est chez nous », a d'emblée lancé le président du Mouvement Démocrate devant plus de 200 militants centristes réunis à Mulhouse pour le lancement de la campagne des européennes dans le Haut-Rhin. Entourés de Jean-François Kahn, tête de la liste du Grand Est et de ses colistiers dont Nathalie Griesbeck, Yann Wehrling, Odile Uhlrich-Mallet et Danielle Meyer, François Bayrou a plaidé pour une Europe de la proximité. « Il faut qu'elle redevienne l'affaire des citoyens », aime-t-il répéter.
Pour ce faire, celui qui fut le conseiller du président du Parlement européen Pierre Pflimlin dès 1984, revendique la « restitution » à Strasbourg de son rôle de capitale institutionnelle pleine et entière, avec déménagement des services afférents. C'est le meilleur moyen selon lui de rendre la voix des parlementaires « distincte » des autres institutions et d'« éviter aux représentants des citoyens d'être pris dans la technocratie et le chaudron bruxellois ». « Il faut accepter d'être tout seul avant d'être précurseur », a-t-il souligné en regrettant la position de Daniel Cohn-Bendit qui voit le Parlement seulement à Bruxelles.
« Les deux puissances établies
sont à côté de la plaque »
« Je vois bien que je pose problème. Ça tombe bien, car ils me posent aussi problème », a répliqué François Bayrou à François Fillon qui, jeudi soir à Nancy a estimé que « son appétit présidentiel a définitivement écarté son zèle européen » (DNA d'hier). « En deux ans, que de dégâts ! », a poursuivi l'ancien candidat à la présidentielle de 2008 en relevant les secteurs en crise : « l'hôpital en charpie, la justice démoralisée, les agriculteurs assommés… »
« Les européennes, ce sont des élections, pas des sondages », a enchaîné le président du MoDem qui refuse de séparer le débat national de l'enjeu européen. Et de se poser une fois encore en alternative à l'UMP et à un PS « en crise profonde ». « Quand on est une force de renouvellement, on perturbe les forces en place. Nous préférons que ça ne reste pas comme avant. Les deux puissances établies sont à côté de la plaque, elles ont besoin d'être secouées. Il est très important qu'arrivent d'autres démarches, d'autres styles, d'autres personnalités », a conclut François Bayrou qui observe avec « tristesse » le parcours politique du Mulhousien Jean-Marie Bockel.
Franck Buchy
© Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 16 Mai 2009
12 mai 2009
François Bayrou et Jean-François Kahn à Mulhouse
Sarkozy: encore (au moins) trois ans!
Article publié dans Marianne
Juan - Blogueur associé | Dimanche 10 Mai 2009
105ème semaine de Sarkofrance pour Juan. Sarkozy l'a dit et répété : c'est seulement au bout de ses cinq années de mandat qu'on pourra faire un bilan de son action. Bref, les trois ans à venir risquent d'être pires que les deux ans écoulés. Ça promet !
La Une de Gala cette semaine
Qui a pu fêter les 2 ans à l'Elysée de Nicolas Sarkozy ? Certainement pas les Français interrogés dans les différents sondages de ces dernières semaines. Faute d'opposition unie, le chef de l'Etat serait réélu par défaut si une élection présidentielle se tenait ces jours-ci.
Mais 65% des sondés jugent décevant son bilan d'hyperprésident. Autant d'agitation maquillée en volontarisme pour si peu de résultats, n'est-ce-pas «décevant» ? Le président a voulu prendre de la hauteur, et contre-carrer les inévitables bilans de ses 2 ans de présidence : un discours sur l'Europe, un rapport sur la diversité, une célébration du 8 mai 1945, le planning du Monarque ne voulait pas laisser de place aux grincheux et aux critiques.
Promesses européennes
Mardi 5 mai, Nicolas Sarkozy a tenu un meeting électoral devant 4 000 militants UMP. Il a expliqué à son assistance qu'il fallait attendre les 5 ans de mandat pour dresser le bilan de son action. Quelques instants plus tard, il s'auto-congratulait lui-même sur ces deux premières années de présidence, et notamment en matière européenne. Pourtant, sa posture attentiste, parfois paralysée, souvent superficielle et nationale dans sa gestion de la crise pendant la crise financière de l'automne a été maintes fois critiquée. Sarkozy n'en a cure. La politique est avant tout un exercice de propagande individuelle et collective. A Bruxelles ou à Strasbourg, on mesure combien les prises de positions nationales sont parfois hypocrites. Prenez l'environnement. En décembre dernier, Sarkozy se gargarisait de l'adoption du plan «énergie-climat». En mars, le conseil européen, France en tête, refusait de statuer de statuer sur l’aide financière que l’UE proposera à ses partenaires dans le cadre des négociations internationales sur le climat à Copenhague. Le bilan européen de Nicolas Sarkozy ressemble à un compte à la Madoff : on se sert d'un mensonge pour en fabriquer un autre.
Beaux discours
Jeudi, le président a pu montrer qu'il était attentif à la cause de la diversité : Yazig Sabeg, son nouveau Haut Commissaire à la Diversité et l'Egalité des Chances, lui a remis un rapport très attendu, avec une cinquantaine de recommandations, comme la refonte de la filière professionnelle, la spécialisation des collèges (6èmes et 5èmes d'un côté; 3ème et 4ème de l'autre), la valorisation des expériences, ou le développement de l'alternance. Mais le Commissaire tâtonne, par prudence, sur le vrai sujet qui fâche, les statistiques ethniques. Il évite de proposer, comme en mars dernier, un projet de loi sur le sujet, et préfère encourager le «recueil d'informations», sur «une base anonyme et volontaire», de «son sentiment d'appartenance à une minorité». Cette méthode, un recensement d'impressions subjectives sur la base du volontariat, est simplement inefficace et hypocrite.
Avant de rejoindre le gouvernement, Yazig Sabeg était déjà l'auteur d'un «Manifeste pour l'égalité réelle », publié par le Journal du Dimanche le 9 novembre et publiquement soutenu par Carla Bruni. Il déclarait notamment qu'il fallait instaurer une vraie discrimination positive en France. Quelques jours après l'élection de Barack Obama, la démarche était on ne peut plus opportuniste. On comprend volontiers les enjeux. Mais Yazig Sabeg saura-t-il montrer qu'il est davantage qu'un gadget émlectoral au sein du gouvernement ? On attend avec impatience, et intérêt, sa position sur le traitement réservé aux immigrés clandestins.
Lundi, Yazig Sabeg aurait pu aller écouter les débats au tribunal administratif de Paris, dans l'affaire opposant la Cimade au ministère de l'identité nationale. Depuis août dernier, l'association humanitaire conteste la décision de Brice Hortefeux, assumée par Eric Besson, d'avoir fragmenté en 8 zones l'assistance aux clandestins détenus dans les Centres de Rétention, puis attribuer certains de ces lots à un association sans expérience, un temps dirigé par un cadre de l'UMP. Le ministère expliquait qu'il fallait bien mettre un peu de concurrence dans le système. Finalement, la Cimade a obtenu 3 lots, et a déposé une requête en annulation le 4 mai. A l'audience, l'avocat du ministère a lâché un bel aveu : la Cimade «comprend mal les enjeux» de la politique d'immigration... Elle les comprend parfaitement, bien au contraire.
Vendredi, Nicolas Sarkozy célébrait aussi le 8 mai 1945. Il s'est déplacé à sur la plage de Nartelle à Sainte-Maxime dans le Var. Sur place, il a célébré l'esprit de résistance, le sacrifice de «ses enfants morts pour racheter le déshonneur de la défaite, pour racheter la honte de la collaboration». Il eut de belles phrases: «Nous devons apprendre à nos enfants à ne pas être prisonniers du passé. Mais nous devons aussi apprendre à nos enfants à être fiers de leur pays, à être fiers de la France, de ce que les générations qui les ont précédés ont accompli de grand, ont accompli de noble, ont accompli de beau». Mais sur place, il n'a pas répondu aux «oubliés de la République», les représentants des «Indigènes», pour reprendre le titre du beau film de Rachid Bourabeb. 80 000 anciens combattants attendent toujours que l'Etat leur reconnaisse leur droit aux mêmes pensions de guerre que les soldats français de l'époque.
Un beau discours sur la France libre, un rapport sur l'Egalité des Chances, de belles promesses européennes, le programme officiel était bien rodé. Mais le 6 mai, on ne pouvait s'empêcher de faire le bilan de 2 ans de Sarkofrance. D'autant que la réalité s'affichait, une fois de plus, comme la meilleure contradictions aux mythes sarkozyens.
Lundi, les gardiens de prison ont commencé un mouvement de protestation, blocages des établissement à l'appui. Les forces de l'ordre sont intervenues dès mardi pour déloger certains protestataires. Rachida Dati est réapparue. Mercredi à l'Assemblée Nationale, la Garde des Sceaux a répondu aux attaques de la gauche sur le manque de moyens pénitentiaires par un effroyable mensonges : la surpopulation serait dûe à l'absence de constructions entre 1997 et 2002. Même le JT de France 3 a relevé la bourde de la ministre. C'est la droite de retour en 2002 qui a gelé pendant 3 ans tous les programme; alors qu'augmentaient les mises en détention suite aux lois Sarkozy depuis 2002.
En début de semaine, Eric Woerth a démarré, avec ses services, la préparation du budget 2010. Cette fois-ci, il aimerait réduire le nombre de fonctionnaires de 35 000. En 2008 et en 2009, le gouvernement n'avait pas tenu la promesse présidentielle de ne pas remplacer un départ en retraite sur deux. Les ministères qui devront faire des efforts particuliers l'an prochain sont l'éducation, la défense et le développement durable. Rien de bien stratégique, n'est-ce pas ? Lundi, la Commission Européenne a douché froid l'auto-satisfaction française. Elle a révisé à la baisse les prévisions de croissance économique : -3% pour 2009, et à nouveau -0,2% pour 2010. Non contente de nous prédire un déficit à 7% du PIB en 2011, la Commission a aussi engagé une procédure de sanction contre notre beau pays, pour déficit excessif. Elle enjoint la France de revenir sous la barre des 3% de PIB en 2012, année de l'élection présidentielle. Quatre points de PIB, aujourd'hui, c'est 65 milliards d'euros. Imaginez le plan de rigueur qui nous attend...
Il y a quelques jours, Brice Hortefeux expliquait d'ailleurs qu'un coup de pouce au SMIC était contreproductif. Pensez-vous ! Le ministre a rappelé qu'il n'y a que 13% des salariés français au niveau du SMIC. En fait, ce chiffre ne comptabilise ni les intérimaires, ni les agriculteurs, ni les apprentis. Vendredi, l'INSEE a publié les résultats de sa traditionnelle étude sur les salaires : 50% des salariés à temps complet gagnaient moins de 1 459 euros en 2007, soit un niveau très proche du SMIC (1 308 euros à l'époque).de son côté, Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi, veut montrer qu'il est «sur le terrain», pour «faire son job». Mardi, il est allé visiter un salon de coiffure Camille Albane dans le 8ème arrondissement de Paris (à côté des Champs Elysées). Il en a profité pour nous apprendre que l'exonération totalede cotisations patronales au niveau du Smic mises en place par le gouvernement pour toute embauche dans les petites entreprises avait permis 60 à 70 000 embauches depuis janvier. Sans blague ?!
République bananière
(carolus124-flickr-cc)
Depuis 2 ans, 16 invités du Fouquet's, à la fameuse réception de mauvais goût organisée le soir du 6 mai en l'honneur du président élu, ont été décorés de la Légion d'Honneur. Merci Président ! Il n'y a pas que «la bande du Fouquet's» à profiter de cette période exceptionnelle. En octobre, Sarkozy a placé Pierre Mariani, l'un de ses anciens directeurs de cabinet, à la tête de Dexia, à la faveur du sauvetage de la banque par les Etats belges et français. En mars, c'est au tour de François Pérol, conseiller économique du président, de prendre la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne. En mai, un autre proche trouve un poste à sa hauteur. Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, doit rejoindre France Télécom. La Commission de déontologie, pour une fois, va étudier son cas mercredi 13 mai. Regardera-t-elle avec attention les récentes et curieuses prises de position de Bercy en faveur de France Télécom ?
Cette semaine, les plans médiatiques de l'Elysée se sont aussi précisés. Les services de la présidence s'activent pour définir un code de déontologie pour la presse, et créer un «conseil de sages » dans les prochains jours pour y réfléchir. Ce code serait ensuite soumis pour approbation de manière paritaire aux représentants des éditeurs et aux syndicats de journalistes. Bizarrement, cette préoccupation ne les effleurent que rarement quand il s'agit de nommer de nommer des proches du président à la tête de grandes entreprises. Cette semaine encore, le patron de Radio France a été nommé en Conseil des Ministres. Sarkozy a choisi Jean-Luc Hees. Avez-vous entendu le Parlement débattre avec force et conviction de cette nomination ? Une petite audition devant la commission des affaires culturelles du Sénat et celle de l'Assemblée, et le tour est joué. Sarkozy nous avait bien menti, début février, quand il expliquait à la télévision que ces nominations seraient soumises au vote des parlementaires...
Mais ce n'est pas tout. Cette semaine, la Françafrique s'est aussi rappelée au bon souvenir du président. Françoise Desset, juge d'instruction, démontra l'utilité de sa fonction que Nicolas Sarkozy veut supprimer. La doyenne des juges du pôle financier de Paris avait en effet jugé recevable, mardi 5 mai 2009, la plainte avec constitution de partie civile déposée par l'association Transparence international France. Mais le parquet fit appel. On ne touche pas aux amis de la France, ses dirigeants africains si fidèles, si conciliants. le Parquet de Paris, donc, estime toujours que les plaignants ne sont lésés par cette affaire... La France entend rester un paradis fiscal (et pénal) pour dirigeants africains... Que fait Nicolas Sarkozy ?
Ami sarkozyste, où es-tu ?
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10 mai 2009
Jean-François Kahn: Convention thématique Metz
Jean-François Kahn: Convention thématique Metz
Vidéo envoyée par mouvementdemocrate





