31 juillet 2009
Trois familles inquiétantes de l'écologie politique
Qu'on se le dise : en politique la mode est au vert. Pour vous préparer à affronter la rentrée, Marianne2 a dégoté ce texte hilarant de Remi Metriau sur le côté obscur de l'écologie. Il nous présente trois familles de ce courant politique : le néodruidisme, le véganisme et les décroissants.
Gonflés à bloc suite à leur succès aux élections européennes, les Verts semblent plus que jamais unis devant l’échauffement climatique, la protection des bêtes et la dénomination des imbéciles. Façade. Le parti écolo a toujours été un agglomérat de courants aussi difficiles à lier qu’une pâte à pain sans farine. L’occasion de nous pencher sur les quelques associations, groupes ou courants, aux idées parfois farfelues qui aiment Dame Nature.
Le Néodruidisme
A ne pas confondre avec le druidisme (fondements de la religion du peuple celte), le néodruidisme est né en 1717 sous la faux de John Toland. En 1781, Henry Hurle fonde un second mouvement et en 1792 Lolo Morganwg un troisième. Même si certains le revendiquent, il n’existe pas de filiation remontant aux druides de l’antiquité.
Question. Mais quel est le rapport avec l’écologie ? Justement. D’inspiration maçonnique, les nouveaux Panoramix, qui n’ont ni inventé le fil à couper le beurre ni la potion magique, prônent l’harmonie avec la nature. Sacrée la terre, sacrée la nature. Esotérisme et écologie ont souvent fricoté, les communautés des années 60-70 le prouvent.
Agoravox a récemment consacré un article à John Michael Greer, président de L’Ancient Order of Druids in America (AODA), le qualifiant d’anti-prophète de la décroissance. Dans son livre, How Civilizations Fall : A Theory of Catabolic Collapse, Greer prédit l’épuisement des ressources et, par conséquent, un ralentissement puis une chute de la croissance à l’échelle mondiale.
Lire la suite de l'article sur le site fluctuat.net
Jeudi 30 Juillet 2009
Remi Metreau - fluctuat.net
http://www.marianne2.fr29 juillet 2009
Le projet de loi sur La Poste examiné en conseil des ministres
Article publié dans le Monde du 29 juillet 2009
C'est ce mercredi que le conseil des ministres doit examiner le projet de loi concernant le changement de statut de La Poste, avant un débat au Parlement à la rentrée, "qui interviendra selon toute vraisemblance dans la première quinzaine d'octobre au Sénat, puis en novembre à l'Assemblée nationale", soulignent Les Echos. Le 1er janvier 2010, La Poste abandonnerait son statut d'établissement public pour celui de société anonyme à capitaux publics. Ce changement de statut doit s'accompagner d'une augmentation de capital à hauteur de 2,7 milliards d'euros, souscrite par l'Etat et la Caisse des dépôts, afin que La Poste se modernise à l'approche de l'échéance de la libéralisation totale du courrier.
La plupart des syndicats de postiers s'y opposent, malgré les tentatives du ministre de l'industrie, Christian Estrosi, de les rassurer, affirmant que les capitaux seront 100 % publics et que les missions publiques de La Poste (service universel du courrier, aménagement du territoire, accessibilité bancaire et distribution de la presse) "seront confortées par la loi et dotées d'un financement pérenne et transparent".
La CGT, FO et SUD ont organisé, mardi 28 juillet, une manifestation devant le ministère de l'industrie, à Paris, qui a rassemblé environ cent cinquante personnes, selon Bernard Dupin, membre de la direction de la CGT des activités postales. Une délégation devait être reçue par un membre du cabinet du ministre Christian Estrosi. "Nous allons réaffirmer le rejet du projet de loi" qui "privatise" La Poste, a déclaré M. Dupin à l'agence Associated Press. "Par expérience, quelle que soit l'entreprise, cela finit par une privatisation comme à EDF, GDF, France Télécom."
Les syndicats s'inquiètent notamment pour les effectifs, comme Benoît Martin (CGT) qui dit "craindre que les réductions d'effectifs s'intensifient, car actuellement 70 % des dépenses concernent la masse salariale". CGT, SUD, FO et CFTC prévoient déjà "une journée nationale unitaire de grèves et de manifestations en septembre".
Le comité national contre la privatisation de La Poste, regroupant quatre-vingts organisations, syndicats, associations et partis (dont PS, PCF et Verts), a quant à lui prévu d'organiser le 3 octobre un référendum à bulletins secrets dans les mairies et devant les bureaux de poste. Mardi, le PS a jugé que le texte n'était pas "justifié" et a réitéré "sa demande d'un référendum".
Le Monde.fr avec AFP
27 juillet 2009
Priorités des Démocrates pour 2009-2014 : Contribution au mémorandum du groupe ADLE
La crise interpelle notre modèle économique et social et doit être l'occasion pour l'Union européenne de passer à un nouveau modèle de développement plus sobre, plus durable et plus juste. Pour les Démocrates, ce nouveau modèle doit être fondé sur la solidarité entre les générations : solidarité écologique, renonciation aux dettes improductives mais investissements dans d'autres formes de production et de consommation et usage pondéré des ressources collectives. (Lire la suite)
Ce modèle doit être celui de l'Europe au XXIème siècle. C'est à la Commission européenne de prendre l'initiative, et en particulier à son Président. Voici les exigences sur lesquelles doit s'engager le candidat désigné par le Conseil pour emporter le soutien des Démocrates.
Marielle de Sarnez, présidente de la délégation Mouvement Démocrate au Parlement européen
Jean-Luc Bennahmias, Sylvie Goulard, Nathalie Griesbeck, Corinne Lepage, Robert Rochefort
Retrouvez les 16 priorités démocrates en cliquant ici.
Retrouvez le Mémorandum du groupe "Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe" en cliquant ici.
22 juillet 2009
Taxe carbone : un "hold up fiscal sur le mode de la vignette"
Article publié dans L'Humanité du 22 juillet 2009.
Michel Rocard, président de la commission des experts, a indiqué le 22 juillet sa volonté de créer une taxe carbone afin d’inciter les gens à moins consommer d’énergies fossiles -gaz, pétrole, charbon- dès le 1er janvier 2010.
"En gros, il s’agit de ça" a déclaré l’ancien premier ministre Michel Rocard sur France Inter, à propos d’un article publié dans Les Echos et qui annonce l’instauration d’une taxe sur les énergies fossiles. Réunie depuis deux semaines, la commission sur la "contribution climat énergie" (CCE) présidée par Michel Rocard prône une "taxe carbone" dès l’année 2010. "On va taxer un certain nombre de comportements, principalement celui qui consiste à utiliser des énergies d’origine fossile" émettrices de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, a précisé l’ancien premier ministre.
A partir du 1er janvier 2010, les ménages vont devoir payer 32 euros pour une tonne de CO2 émise. La commission d’experts veut facturer cette tonne à 100 euros en 2030. La facture s’établira autour de 300 euros par an "pour un peu plus de la moitié des ménages", a indiqué Michel Rocard. Le gaz, le pétrole, le charbon et l’électricité sont concernés. Malgré l’insistance de l’ancien premier ministre, qui souligne que la taxe carbone n’est "pas une charge destinée à améliorer les finances de l’Etat", cet impôt nouveau n’est pas le bienvenu pour les Français. La taxe carbone rapporterait ainsi un peu plus de 8 milliards d’euros, utilisés pour dédommager les ménages et les entreprises les plus vulnérables, selon Michel Rocard.
Tout d’abord, on peut s’interroger sur le fait que le gouvernement propose de taxer les usagers, mais pas Total, qui fait pourtant d’énormes bénéfices. Selon la commission, cette entreprise est déjà taxée. Michel Rocard veut que la taxe carbone serve à modifier nos comportements. Il défend son projet en insistant sur le fait qu’ "il est largement prévu de compenser la taxe, mais en terme de pouvoir d’achat, de manière à garder intact le signal prix, l’incitation aux gens à se déplacer moins, à avoir petit à petit des voitures électriques, à mettre des doubles vitres ou à faire des économies sur le chauffage". Pour les gens obligés de prendre leur voiture tous les jours, il propose la mise en place d’une "allocation forfaitaire" en fonction de l’éloignement.
Un "hold up fiscal sur le mode de la vignette"
De nombreuses personnes aimeraient se déplacer autrement qu’en voiture, mais certains trajets deviennent deux à trois fois plus longs avec les transports en communs. Pourquoi taxer les usagers si ils n’ont pas d’autres moyens de se déplacer ? "Prenez votre vélo !" a proposé Rocard ce matin, à un auditeur de France Inter. Le vélo, pourquoi pas, mais quand on a 50 ou 100 kilomètres à faire et qu’on a 70 ans… Il regrettait juste le fait que le carburant augmentera de 7,7 centimes pour le litre de sans plomb et de 8,5 pour le diesel.
Pour l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, le projet de Contribution climat énergie (CCE), ou taxe carbone, est un "hold up fiscal sur le mode de la vignette automobile des années 1960-1970". L’association a annoncé dans un communiqué qu’elle "combattra ces propositions qui, si elles étaient adoptées par le gouvernement, constitueraient le pire des scénarios pour le pouvoir d’achat des consommateurs". "l’Etat va prélever plusieurs milliards d’euros sur les consommateurs, leur restituera une partie et gardera une part substantielle pour son budget général ou pour baisser les taxes sur les entreprises", s’inquiète-t-elle.
Pour l’UFC, "la seule voie de passage acceptable est le dispositif du chèque vert, où l’ensemble des recettes fiscales est restitué aux consommateurs, sous forme d’une allocation qui maintient une incitation idividuelle tout en tenant compte des disparités des ménages". Michel Rocard et sa commission d’experts doivent boucler mercredi leur rapport, et le remettre à Christine Lagarde, ministre de l’économie, et Jean-Louis Borloo, ministre du développement durable. L’ancien premier ministre a précisé que "c’est un avis, le gouvernement reste maître de sa décision qu’il prendra au moment de la rédaction du projet de loi de finances 2010", cet automne.
Sarah Irion
13 juillet 2009
Comment éviter que la taxe carbone pénalise les plus pauvres
Est-il possible de créer une taxe carbone écologiquement efficace et socialement acceptable ? Alors que l'idée d'introduire ce nouvel instrument dans la fiscalité française ne rencontre plus d'obstacle sur le principe, le débat se focalise désormais sur cette double interrogation.
La taxe carbone aussi appelée contribution climat énergie, vise, en renchérissant les prix de l'énergie fossile (fioul, essence, gaz...) utilisée dans les transports et les bâtiments, à faire baisser le niveau des émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Elle s'appliquerait aux entreprises et aux ménages.
Le gouvernement qui envisage de lancer cette réforme dès le projet de loi de finances 2010 a promis qui ni la compétitivité des premières, ni le pouvoir d'achat des seconds ne seraient affectés.
S'agissant des ménages, Michel Rocard, président de la conférence des experts chargée de faire des recommandations au gouvernement d'ici au 24 juillet, avait laissé filtrer sa préférence il y a quelques jours en évoquant un "chèque vert sous condition de ressources".
Les personnalités réunies pour la dernière fois autour de l'ancien premier ministre, jeudi 9 juillet, ont convergé vers cette idée d'une compensation financière accordée uniquement aux ménages les plus modestes. "Si l'on veut que le signal sur les prix de l'énergie soit efficace, il ne faut pas l'annuler pour tout le monde", explique Fabienne Keller (UMP), présidente du groupe de travail du Sénat sur la fiscalité écologique qui avait remis, la veille, un rapport favorable à la taxe carbone.
"TROUVER UN ÉQUILIBRE ACCEPTABLE SOCIALEMENT"
Jusqu'à quel niveau de revenus faudrait-il aller ? "Le curseur n'est pas arrêté mais, pour que la taxe atteigne son but, il me semblerait raisonnable de limiter les mesures de compensation au quart des Français les plus pauvres", avance Yves Martin, ancien président de la mission interministérielle sur l'effet de serre et bras droit de Michel Rocard dans cette opération.
Outre le revenu, d'autres critères pourraient être pris en compte, comme le nombre de personnes par famille, ou le fait d'habiter en milieu rural qui introduit, comme l'ont montré les études de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), une vraie inégalité face à l'impôt.
A 32 euros la tonne de CO2 en 2010, la taxe ponctionnerait 300 euros en moyenne à un ménage vivant à la campagne – tributaire de son véhicule pour se rendre à son travail et chauffant sa maison individuelle au fioul –, contre 80 euros pour un parisien résidant dans un immeuble collectif.
L'animateur Nicolas Hulot, qui porte cette proposition de taxe carbone depuis la campagne présidentielle de 2007, avait suggéré de reverser l'intégralité de l'impôt collecté auprès des ménages sous forme d'un "chèque vert" identique pour tous et correspondant à la facture énergétique moyenne d'un Français.
Jeudi, il se montrait satisfait de la tournure des débats : "Nous avions fait cette suggestion car elle permet d'effacer totalement l'impact de la hausse de l'énergie sur les foyers les plus modestes en pénalisant de plus en plus lourdement ceux qui ne font pas d'efforts pour changer leurs comportements. Mais que ce chèque ne soit pas versé à tout le monde ne nous pose pas de problème. L'important est de trouver un équilibre acceptable socialement qui permette d'enclencher dans notre société des comportements collectifs vertueux."
L'Ademe a calculé qu'avec un "chèque vert" de 160 euros, les ménages modestes seraient bénéficiaires nets de la taxe carbone. Les 10 % des ménages ruraux les plus modestes "gagneraient", par exemple, 19 euros une fois payées leurs factures de chauffage et de carburant. En milieu urbain, 50 % des ménages – c'est-à-dire ceux situés en dessous du revenu médian qui s'élevait à 27 150 euros en 2006 – resteraient encore gagnants de 15 euros.
"Nous avons travaillé très finement. Il n'est pas question d'affaiblir ceux qui ont déjà le plus de mal à s'en sortir. Ils sont locataires, n'ont pas toujours accès au crédit pour changer leurs équipements", souligne Gaël Callonnec, économiste à l'Ademe.
L'enjeu est ailleurs. "Il faut que les plus aisés qui par leur mode de vie émettent le plus de gaz à effet de serre modifient leurs habitudes. Ils en ont les moyens. Cela est d'autant plus important qu'ils structurent les désirs de consommation du reste de la population", souligne Yves Martin. Les "riches" devront montrer l'exemple sous peine d'être de plus en plus lourdement ponctionnés puisque la taxe carbone a vocation à augmenter progressivement.
PAS DE HAUSSE DU NIVEAU D'IMPOSITION
Au Centre d'analyse stratégique, où se tenait la réunion, l'idée semblait agréer le député PS Jean-Yves Le Déaut comme la sénatrice UMP Fabienne Keller. De la même façon que le bonus-malus automobile a permis d'identifier les véhicules les plus polluants, la taxe carbone doit permettre de cibler les modes de vie cohérents avec la lutte contre le réchauffement.
Quelle que soit la forme que prendra au final la compensation, il est par ailleurs acquis aux yeux des experts que la création de la taxe carbone ne doit pas entraîner une hausse du niveau actuel d'imposition et donc se traduire par la baisse d'autres prélèvements. Lesquels ? Le débat reste ouvert.
Les partisans d'une suppression de la taxe professionnelle - un temps évoqué par le président de la République - se sont trouvés isolés car "il serait particulièrement inacceptable de faire financer par les ménages la baisse d'un impôt jusqu'alors payé par les entreprises", a fait valoir Jean-Yves Le Déaut (PS).
En revanche, la nécessité de mener de front la création de la taxe carbone avec une mise à plat de l'ensemble de la fiscalité semble faire l'unanimité. "Nous sommes d'accord sur le fait que la création d'une taxe carbone marquerait le début d'un basculement ambitieux d'une fiscalité qui pénalise le travail vers une fiscalité qui protège l'environnement", se réjouit Nicolas Hulot.
Le chemin sera long. La fiscalité environnementale représente aujourd'hui 3,8 % du produit intérieur brut, soit dix fois moins que la fiscalité pesant sur le travail.
Laurence Caramel
Article paru dans l'édition du 11.07.09 du Monde
09 juillet 2009
"Caritas in Veritate" : Benoît XVI actualise la doctrine sociale de l'Eglise
Article publié dans La Croix du 07 juillet 2009.
La veille de l’ouverture du G8 à L’Aquila en Italie, Benoît XVI fait connaître ses propositions sur la crise dans la première encyclique sociale de son pontificat. En six chapitres, le pape y énumère les grands défis de la mondialisation à la lumière de l’enseignement social catholique

Benoît XVI signant sa troisième encyclique le 6 juillet 2009 au Vatican (Photo OR/AP).
Dans ce document très dense, intitulé ‘‘Caritas in veritate’’, Benoît XVI traite essentiellement des grandes questions de l’heure : crise économique et environnement, mondialisation et solidarité, travail et communications, droits et devoirs des citoyens de la planète et de leurs gouvernants… Il plante dans un premier temps le décor sur lequel il entend inscrire la doctrine sociale de l’Église catholique.
Pas d’Amour sans Parole
Dans l’introduction, Benoît XVI apporte sa touche personnelle à l’enseignement social de l’Église. À la charité, pilier traditionnel de la doctrine sociale, il ajoute celui de la vérité. Car « dépourvu de vérité, l’amour (…) devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie » au gré du relativisme ambiant…. Ainsi, « dans la vérité, l’amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique » qui est à la fois « Charité et Vérité, Amour et Parole. » L’Église n’ayant « pas de solutions techniques à offrir », sa doctrine sociale n’est autre qu’une « annonce de la vérité de l’amour du Christ dans la société ».
« Populorum progressio », quarante ans après
Cette encyclique marque le 40e anniversaire de celle de Paul VI sur le développement des peuples : « Populorum progressio », (1967). «Caritas in veritate» entreprend un bilan réaliste de ces quarante ans, avec de nombreuses continuités dans la manière dont se pose la question du développement, qui « concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions » et est à accueillir comme une « vocation », d’origine transcendante, pour tout homme et toute société.
Or, l’humanité ne répond guère à un tel appel, entretenant des « situations de sous-développement qui ne sont pas le fruit du hasard ou d’une nécessité historique » : plus que les causes matérielles, c’est le péché des hommes qui en est responsable. Parmi les nouveautés apparues depuis son prédécesseur, Benoît XVI souligne la globalisation des rapports humains, économiques et politiques.
Face à la crise, la confiance
Si le développement « a eu lieu et qu’il continue d’être un facteur positif » pour tirer des populations de la misère et émanciper des peuples », il « continue d’être obéré par des déséquilibres et par des problèmes dramatiques, mis encore davantage en relief par l’actuelle situation de crise ». Quels problèmes ? La litanie en est aussi longue que triste : « effets délétères sur l’économie réelle d’une activité financière mal utilisée », « énormes flux migratoires »… Pour Benoît XVI, il faut que la crise devienne « une occasion de discernement » et mette les hommes « en capacité d’élaborer de nouveaux projets » : « C’est dans cette optique, confiants plutôt que résignés, qu’il convient d’affronter les difficultés du moment présent. »
La gratuité et le don
« Le grand défi qui se présente à nous », affirme le pape, c’est de montrer que « dans les relations marchandes les principes de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale ». L’encyclique signale l’émergence d’un secteur placé sous autre chose que la recherche du profit, de comportement de la société civile vers une « démocratie économique », et de la prise en compte de la « responsabilité sociale de l’entreprise ».
L’économie a besoin d’éthique
« Les droits élémentaires et fondamentaux d’une grande partie de l’humanité sont violés ». Droit à la vie, à la famille, à la solidarité. Le respect de ces droits a aussi des retombées bénéfiques sur le plan économique : l’économie en général a besoin d’éthique. Le texte développe longuement le droit à une juste utilisation des ressources naturelles. On retrouve là l’intérêt de Benoît XVI pour l’écologie. L’encyclique donne quelques pistes. Par exemple, « trouver des voies institutionnelles pour réglementer l’exploitation des ressources non renouvelables ». Ou encore, instaurer la solidarité des consommateurs des pays riches.
Une autorité mondiale
Ce chapitre devrait interpeller les responsables politiques des principales puissances économiques, qui étaient réunies à L’Aquila dans le cadre du G8. « Le développement des peuples dépend de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille ». Plus solidaire : les États développés doivent consacrer une part plus importante de leur produit intérieur brut au développement, développer un tourisme responsable, et une gestion humaine de la migration, avec une collaboration entre les pays d’origine et les pays d’accueil.
Solidarité dans le travail, avec un renforcement des institutions syndicales internationales, et une éducation des consommateurs : « acheter n’est pas seulement un acte économique, mais aussi un acte moral ». Cette famille humaine requiert aussi un minimum d’organisation. Pour Benoît XVI, il est « urgent » de réformer l’Organisation des Nations unis, tout comme l’architecture économique et financière internationale.
La question sociale est anthropologique
Pour Benoît XVI, le développement implique une certaine vision de l’homme. Et l’absolutisme de la technique trouve son expression la plus forte dans la manipulation de la vie humaine : « Comment pourra-t-on s’étonner de l’indifférence devant les situations humaines de dégradation, si l’indifférence caractérise même notre attitude à l’égard de la frontière entre ce qui est humain et qui ne l’est pas ? »
En conclusion, le pape revient sur cette affirmation qui lui est chère : l’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain. « Le développement a donc besoin de chrétiens qui aient les mains tendues vers Dieu », dit-il joliment, un Dieu qui a fait don à l’homme de l’Amour, dans la Vérité.
Isabelle de GAULMYN et Michel KUBLER
Une étude décrypte le "déclassement social" en France
Les jeunes générations peuvent-elles espérer vivre mieux que leurs parents ? Existe-t-il encore des possibilités de gravir les échelons sociaux ? Le "descenseur social" a-t-il pris le pas sur "l'ascenseur social" ? Un rapport, remis jeudi 9 juillet, à la secrétaire d'Etat chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, tente d'apporter une vision globale sur les phénomènes de "déclassement social" en France.
Réalisée par une équipe de six chercheurs, pour le compte du Centre d'analyse stratégique (CAS), organisme rattaché à Matignon, l'étude montre que la France se caractérise par une angoisse importante quant aux risques de "déclassement" alors que les données existantes restent assez rassurantes.
Les phénomènes de décrochage social sont bien réels mais assez limités, indiquent les chercheurs, reprenant les conclusions d'un ouvrage publié par la sociologue Camille Peugny (Le Déclassement, éd. Grasset). Ses travaux ont montré que 22 % à 25 % des trentenaires et quadragénaires se retrouvent aujourd'hui plus bas dans l'échelle sociale que leurs parents. Cette proportion était de 18 % au début des années 1980.
"La progression du phénomène n'est pas contestable. Mais elle reste contenue entre 3,5 et 7 points de plus en vingt ans", notent les auteurs de l'étude. Le rapport pointe le décalage entre ces statistiques et le ressenti de la population.
Education et emploi. Le déclassement à l'embauche constitue une des angoisses fondamentales dans la société française : être recruté sur un poste dévalorisé par rapport à son niveau de formation. Cela est perceptible pour les bacheliers, dont le diplôme n'est plus pertinent pour accéder à des emplois de cadres, ni mêmes de professions intermédiaires. "Ils forment le groupe le plus exposé au déclassement – tant salarial que professionnel", indique l'étude.
La nouveauté est que les diplômés de l'enseignement supérieur, en dehors des grandes écoles, connaissent aussi, désormais, des difficultés d'insertion sociale. Ce "déclassement" s'observe en particulier dans la fonction publique, qualifiée de "cas d'école" par les chercheurs en raison du nombre très élevé de surdiplômés. "64 % des jeunes recrutés dans la fonction publique seraient en effet titulaires d'un diplôme supérieur – voire très supérieur – à celui normalement requis pour passer le concours."
Cette situation contribue à expliquer les doutes quant à la méritocratie scolaire – alors même, notent les chercheurs, que le diplôme demeure la meilleure garantie d'emploi et de progression sociale.
Revenus. La crainte d'une baisse du niveau de vie s'est fortement exprimée en France, en particulier depuis le début des années 2000. L'étude souligne le paradoxe d'une croissance continue du pouvoir d'achat, et d'un ressenti, par la population, très négatif. Pour la première fois, en 2009, notent les rapporteurs, les enquêtes du Credoc signalent qu'une majorité de Français considèrent que, sur dix ans, leur situation s'est dégradée.
Un sentiment exprimé plus fortement par les classes moyennes alors même que leur niveau de vie a presque doublé en une génération (+ 85 % depuis 1970). "La perception du niveau de vie est affectée par une transformation des dépenses des ménages, plus souvent contraintes ou pré-engagées", analysent les chercheurs.
Logement. "La qualité moyenne des logements n'a cessé de progresser, tant en taille qu'en confort, depuis le début des années 1970", indique le CAS. Mais l'évolution des prix, depuis 2000, a provoqué un "déclassement par érosion", amenant les Français à accroître leurs dépenses de logement – la proportion des revenus consacrés à cette dépense passant de 10 % en 1984 à 19 % en 2006.
Dans le même temps, une partie des projets de mobilité a été bloquée : les ménages les plus pauvres sont contraints de rester dans les territoires les plus disqualifiés ; les ménages moins aisés renoncent à l'accession et restent dans le locatif. "Si cela ne constitue pas un déclassement objectif, cela se traduit pour le ménage concerné par le renoncement à une ascension espérée, et donc par un déclassement ressenti", soulignent les chercheurs.
Luc Bronner
Article paru dans l'édition du 10.07.09 du Monde
02 juillet 2009
La taxe carbone, beaucoup de vent
Pendant deux jours, à partir de jeudi, une "Conférence des experts" réunit à Paris économistes, industriels, syndicalistes et représentants du monde associatif pour dessiner les contours de cette "contribution climat-énergie" (CCE), suivant la terminologie retenue lors du Grenelle de l’environnement. Problème, selon UFC-Que choisir, la hausse des prix de l’énergie ne fait baisser que très marginalement la consommation.
L’UFC-Que choisir s’est livré hier à une démonstration convaincante sur l’impact prévisible de la création d’une taxe carbone sur le niveau de consommation d’énergie. Graphiques et tableaux à l’appui, l’association de consommateurs remet en question « l’évidence » d’un lien entre hausse des prix des carburants, du fuel et du gaz et baisse de la consommation. L’étude réalisée révèle par exemple que, pour les carburants, l’augmentation de 33 % de leur prix enregistrée entre 1995 et 2000 n’a pas empêché une hausse de la consommation de 10,5 %.
Seule la période 2003-2006 fait apparaître une coïncidence entre flambée des prix (+ 28 %) et recul de la consommation (- 2,8). Mais, relève l’association, le rapport entre baisse et hausse est de 1 à 10, c’est-à-dire que, pour obtenir une chute de 10 % de la demande, il faudrait une hausse de 100 %. UFC-Que choisir estime aussi que le recul de la consommation enregistré à l’été 2008 est sans doute plus imputable à l’amorce de la récession économique qu’au record de 150 dollars enregistré par le prix du baril de pétrole.
Pour Alain Bazot, le président de l’association, la hausse des prix de l’énergie ne peut avoir qu’un effet marginal sur la consommation. « Les consommateurs sont captifs. S’ils utilisent une voiture, c’est que, dans la très grande majorité des cas, aucun autre mode alternatif ne s’offre à eux », explique-t-il. Ainsi, la dépense moyenne annuelle et par ménage en carburants est de 1 243 euros pour les ruraux contre 924 euros pour les habitants des villes moyennes et 708 euros pour les résidents de l’agglomération parisienne.
Dans ce contexte, instaurer une taxe carbone reviendrait à « pénaliser » des consommateurs qui le sont déjà par l’insuffisance des infrastructures de transports collectifs ou la faible densité de l’habitat. UFC-Que choisir, qui jusqu’à hier était écarté de la réunion des experts sur la taxe carbone, entend se mobiliser contre ce qu’elle soupçonne être « un retour de la TVA sociale ».
Pierre-Henri Lab
L'Humanité du 02 juillet 2009




