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Invité au micro de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 mercredi 16 avril, François Bayrou a rappelé que la famille centriste défendait "une démarche politique nouvelle" et avait, notamment sur l’Europe, "un projet clair".

François Bayrou, vous êtes à Paris exceptionnellement pour les obsèques de Dominique Baudis, votre ami et votre voisin depuis 40 ans. Bienvenue à Europe 1 et bonjour ! Vous retrouvez donc la parole nationale. François Hollande a-t-il eu raison de choisir pour Matignon Manuel Valls ?

En tout cas, c’était le meilleur choix qu’il avait devant lui et les débuts de Manuel Valls sont réussis. Je pense que son discours de politique générale a été bien reçu. Évidemment cela ne veut pas dire qu’il a les solutions – et à mon avis de très loin -, mais il faut au moins le laisser travailler. Il y a un moment où lorsqu’un travail gouvernemental est en cours et qu’il est en tout cas décidé, orienté, il faut laisser travailler Manuel Valls, lui apporter du soutien si les solutions qu’il propose sont justes, et en tout cas ne pas mettre des bâtons dans les roues dès le premier moment.

Donc vous estimez qu’il a bien commencé et que François Hollande a eu raison de le choisir quels que soient les risques pour l’avenir ?

Qu’est-ce que vous voulez dire comme risques ?

Au milieu de la pluie de sondages, il y a celui d’OpinionWay : François Hollande serait absent d’un deuxième tour éventuel à la présidentielle si c’était demain ou après-demain…

Franchement, les sondages en avril 2014 sur avril 2017 n’ont aucun sens.

Est-ce que vous êtes prêt à accompagner Manuel Valls, même pour un bout de chemin ?

Non. Je suis prêt à avoir une attitude politique positive, constructive. Je ne suis pas prêt à des compromissions. La France a besoin d’une démarche politique et d’un parti politique non sectaires. Et nous, ce que nous faisons au centre, c’est bâtir ce mouvement politique qui refuse les attitudes sectaires. Tout le monde voit bien l’extrême difficulté de la situation, elle a été aggravée ces deux dernières années mais elle n’a pas été créée par ces deux dernières années. Cela fait longtemps, peut-être 15 ans que l’on n’arrive pas à prendre de face les problèmes qui se posent au pays. On n’arrive pas à porter les réponses concrètes nécessaires.

Pas de compromission, mais peut-être des majorités d’idées ? Par exemple, la réforme des régions ! Vous qui venez d’être élu maire de Pau et qui venez de ravir à la gauche la présidence de 14 communes de l’agglomération Pau-Pyrénées - et vous l’avez fait en plus avec une large majorité -, que pensez-vous de la réforme des régions ?

La réforme des régions est nécessaire. La simplification des collectivités locales est nécessaire. Je plaide pour une fusion des départements et des régions depuis longtemps. C’est évident que les compétences des départements vont être désormais beaucoup entre les mains de ces grandes collectivités que sont les intercommunalités.

Donc là vous pourriez vous entendre ?

Oui !

Par exemple Michel Mercier, que vous connaissez bien, il est du centre…

Oui, c’est un de mes amis.

Il a prévenu Manuel Valls qu’il était prêt à remplacer les départements du Rhône etc. par l’intercommunalité et il demandait la possibilité ou l’autorisation d’expérimenter. Est-ce que vous pensez que c’est un bon chemin ?

C’est une très bonne idée, c’est un très bon chemin. En bâtissant le parti politique non sectaire que la France a besoin, nous choisissons que des majorités d’idées soient possibles. Cela ne veut pas dire que pour autant on fait des marchandages, que l’on se livre à toutes les manœuvres politiques que l’on a trop connues par le passé.

La mode, François Bayrou, est aujourd’hui de s’en prendre au SMIC. Pierre Gattaz vient de proposer un « SMIC – Gattaz », un salaire transitoire inférieur au SMIC pour encourager l’embauche des jeunes.

On voit bien que ce n’est pas de leurs enfants dont il s’agit. Le fait que l’on propose à des jeunes ou à des plus âgés de travailler pour moins de 1 000 euros par mois – le SMIC c’est 1 120 euros, quelque chose comme ça – franchement, ce n’est pas raisonnable et ce n’est pas respectueux. Et donc on a le devoir de dire non ! Si on veut aider à ce que des jeunes ou des moins jeunes se réinsèrent dans l’entreprise, alors il faut aider les entreprises ! Je vous rappelle que je propose depuis longtemps l’idée que toutes les entreprises françaises puissent créer - quel que soit le niveau de cet emploi - deux emplois sans charge. Songez aux artisans, songez aux commerçants !

Michel Sapin ne veut pas entendre parler des petits boulots. Il veut des vrais boulots. Il le disait ici. Mais, à droite comme à gauche, les syndicats rejettent le « SMIC Gattaz ». Il n’aura pas d’avenir et même sa prédécesseur Laurence Parisot lui trouve des accents esclavagistes.

C’est un peu la même idée même si le mot est plus fort.

Est-ce que vous êtes toujours le grand convaincu et défenseur de l’Europe ?

Oui.

Au nom de l’Europe et avant le 25 mai, est-ce qu’il faut tout entreprendre pour une évaluation plus juste donc à la baisse de l’euro ?

D’abord, personne n’a la possibilité de décider qu’on baisse l’euro. Les taux d’intérêt de la Banque Centrale Européenne sont à près de 0 % donc quand vous apportez de l’argent à un système économique et aux banques de ce système économique à près de 0 %, il est très difficile d’aller au-dessous, n’est-ce pas ? Puisque c’est 0,25 %, je crois, une fois qu’on a dit ça, il faut comprendre que les difficultés économiques que nous rencontrons, elles ne sont pas dues à l’euro puisque la très grande majorité de nos échanges se font avec les pays voisins qui ont aussi l’euro comme monnaie. Deuxièmement, le jour où l’euro baisse, naturellement vos exportations sont plus compétitives et c’est bien mais vos importations - en particulier l’énergie, le pétrole et le gaz - sont plus chères. Donc je ne partage pas le sentiment qu’il y a une baguette magique dans une baisse de l’Euro.

Pour redresser les comptes publics, est-ce qu’il y a une alternative au pacte de responsabilité qui, pour la première fois, équilibre à la fois le profit que peuvent en tirer les entreprises et les salariés ?

Je vous le dirai le jour où je connaitrai le pacte de responsabilité en détail, précisément. Pour l’instant, ni vous ni moi ne savons exactement ce qu’il y a mais je peux dire une chose : il n’y aura pas de rééquilibrage des comptes publics tant qu’il n’y aura pas une reconstruction de l’État, des collectivités locales et de la Sécurité Sociale. Croire qu’on le peut à la serpette avec un sécateur couper les branches qui dépassent - économiser suffisamment d’argent pour y arriver - je ne le crois pas mais ça fait partie de cette expérimentation.

Vous ne croyez pas au 50 milliards. Vous vous dites qu’il va en falloir davantage ?

C’est même 75 milliards et je ne vois pas pour l’instant l’addition qui permet d’arriver à ces 75 milliards.

Vous avez des nouvelles de Jean-Louis Borloo ?

Je l’ai eu au téléphone il n’y a pas longtemps.

Mais vous ne l’avez pas vu ?

Je ne l’ai pas vu parce qu’il se repose, je crois à l’extérieur de Paris.

Est-ce que vous vous sentez comme l’héritier de Borloo et l’incarnation du centrisme avec toutes les responsabilités que cela veut dire ?

Mes responsabilités au sein de la famille du centre sont réelles – famille qui défend une démarche politique nouvelle et qui notamment sur l’Europe a un projet clair - ce qui n’est pas le cas des autres familles politiques. Mais pour Jean-Louis Borloo, j‘ai trouvé qu’il avait une bonne voix et donc je suis optimiste pour son état de santé. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti en parlant avec lui. Je l’ai trouvé dynamique le jour où j’ai eu cette conversation.

Vous voilà, comme votre ami Alain Juppé à Bordeaux, le chouchou bien-aimé des Palois, je pense que cela se savoure ! Est-ce que c’est de votre royaume de Navarre que vous allez mener vos batailles politiques nationales, parce qu’apparemment vous ne cessez pas ?

Je trouve que le monde politique est trop enfermé dans le bocal à poissons rouges qui est celui qui existe dans les quelques centaines de mètres qui entourent Europe 1 et la salle de Quatre-Colonnes. J’ai donc l’intention de m’exprimer à partir de Pau parce qu’on a besoin d’ancrer dans le réel – ce qu’Alain Juppé a fait à Bordeaux et ce que d’autres, Martine Aubry, fait à Lille -. On a besoin de s’ancrer dans la réalité de la vie des gens et de ne pas trop enfermer, dans les quelques centaines de mètres strictement parisiens.

Il avait annoncé sa retraite, la légende de la natation Michael Phelps, revient à la compétition. Est-ce que c’est un modèle pour François Bayrou pour les Jeux Olympiques de 2017 ?

Je n’ai jamais annoncé ma retraite et je n’ai aucune intention de le faire…

Vous ne voulez pas aller aux Jeux Olympiques de 2017 ?

Et je ne nage pas suffisamment, notamment en eaux troubles. J’essaye de nager en eaux claires !