11 novembre 2009
Ces villages morts pour la France
C'étaient, au début du XXe siècle, neuf villages français comme tant d'autres. Bâtis sur une côte, dans une gorge, au fond d'une vallée boisée, ils étaient traversés par un ruisseau et la grande rue que bordaient une église, une mairie-école et un lavoir. A l'époque, ils comptaient entre 130 et 718 habitants.
Verdun en 1916 (AFP/OFF)
Aujourd'hui, ils ne diffèrent guère de milliers de communes rurales. Ils ont un code postal. Ils ont des édiles auxquels leurs voisins donnent du monsieur ou madame le maire, et qui siègent à la communauté de communes, votent le budget, reçoivent des subventions. Lors de cérémonies, ils portent écharpe tricolore. A l'occasion, ils célèbrent des mariages.
Rien de plus banal. Ces villages de la Meuse possèdent toutefois une particularité : ils n'ont plus d'habitants ni même d'habitations. Anéantis en février ou mars 1916, ils ont été, trois ans plus tard, déclarés "villages morts pour la France", martyrs récipiendaires de la croix de guerre. Pour administrer ces lopins de terre, entretenir monuments aux morts, plaques commémoratives et ce qu'ils appellent une "âme", des individus tiennent des registres d'état civil où il n'y a rien ou presque à signaler.
Cette exception juridique tire son origine de la loi du 18 octobre 1919. Elle prévoyait, afin de perpétuer le souvenir des morts, que, dans certaines communes, une commission de trois membres dont l'un exerçant les fonctions de président de la commission municipale, maire et disposant des mêmes attributions que les élus, hormis le vote aux sénatoriales, soit nommée par le préfet. Depuis quatre-vingt-dix ans, il a bien été question d'abroger cette loi et de rattacher ces villages fantômes à d'autres collectivités.
Tel fut le cas en 1950 de certains villages de la Marne, mais dans la Meuse, département qui a payé le plus lourd tribut pendant la première guerre mondiale, pays de sépultures, de mémoriaux et de tranchées, les oppositions à pareille initiative ont été fortes. Ne serait-ce qu'en raison de la dangerosité des sites situés au coeur de la "zone rouge", en référence au trait de couleur tracé par les cartographes chargés, après guerre, de délimiter le territoire impropre au retour de la population. Evacués en raison de l'imminence des combats, les villageois furent donc expropriés et les terres reboisées : 6 953 propriétaires reçurent des indemnités tandis que 13 404 hectares passèrent sous tutelle de l'Office national des forêts (ONF). Au fil du temps, seulement trois des neuf villages ont reçu l'autorisation de réinstaller quelques habitants, moins d'une vingtaine, dans des zones sécurisées.
Hormis des flancs de montagne dans les Vosges et les Alpes italiennes, ces champs de bataille, demeurés en l'état, où gisent encore des corps et des tonnes de munitions, constituent un cas unique. Les experts estiment qu'il faudra encore deux cents ans pour nettoyer le site. La mousse ou l'herbe ont juste verdi le sol violemment bosselé par les cratères et trous d'obus. Un paysage hérissé, çà et là, d'arbres ; des lieux doux et paisibles. Dans les années 1930, des chapelles-abris ont été érigées sur les vestiges des églises.
Jean Laparra, 87 ans, aime arpenter son territoire de Bezonvaux. Il observe le sol afin de repérer d'éventuels objets remontant à la surface. Depuis huit ans, il a collecté un petit butin. Dans le béton, il a fait sceller l'huisserie de volets et de portes, un bidon de lait percé par la mitraille, un compas de brancard, un caisson à munitions, une portion de voie ferrée et les a disposés à ciel ouvert. D'anciens détenus en chantier de réinsertion ont débroussaillé les lieux. "On a recréé la grand-rue, explique le maire, nommé en 2001. J'ai fait installer quatre bornes de renseignements relatant la vie de ce village vieux de cinq cents ans." En 1914 vivaient ici des aubergistes et des apiculteurs. Le buraliste côtoyait le charpentier. Les agriculteurs voisinaient avec les marchands de porcs et de vaches, les notables avec les rentiers, tandis qu'une châtelaine coulait des jours heureux.
Tous sont les "administrés" de Jean Laparra. Son credo : "Faire connaître le village et la guerre qui l'a détruit." A la fin du XIXe siècle, son grand-père, cadre dans la construction, a édifié les forts de Vaux et Douaumont et le réseau routier autour de Verdun. Avec sa femme, ils ont vécu à Fleury, au nord-est de Verdun. Un coin stratégique. Les Allemands conquirent le village le 23 juin 1916, les Français le reprirent puis, de nouveau, les Allemands. Cela, seize fois en deux mois. Le père et l'oncle de Jean Laparra se battirent dans les tranchées. Aujourd'hui, son fils, Jean-Pierre, administre Fleury, autre commune fantôme.
Histoires de filiation et de transmission. Marie-Claude Minmeister, 61 ans, a succédé à son père à la mairie de Douaumont, l'un des neuf villages détruits, ainsi qu'à la direction de l'ossuaire. Dans la petite chapelle de sa commune, elle a marié son fils. "Aux gens de passage, on explique le pourquoi, les ruines, les stigmates, cette forêt. Le Douaumont de mon enfance n'est plus le même qu'aujourd'hui. Le respect et la solennité n'existent plus."
Jean Laparra invite les visiteurs de Bezonvaux à laisser des mots sur le livre d'or. Ce retraité des télécoms mène un méticuleux travail d'historien, conduit, en partie, grâce aux témoignages de descendants, petits-fils d'habitants et de poilus passés par ici. "Mon souci est d'en retrouver le maximum, dit le vieil homme. Je les cherche par relations et par généalogie." Une cinquantaine a fait le déplacement le jour de la Saint-Gilles en octobre, date retenue chaque année pour un repas du souvenir, tandis que le rituel des retrouvailles a lieu à Haumont, le troisième dimanche de septembre.
Ici un concert, là un banquet. Chaque village a inventé sa propre animation, en dehors de l'entretien des monuments aux morts et des chapelles-abris. Autant de dépenses budgétaires payées par les contributions de l'ONF et les associations patriotiques tel le Comité national du souvenir de Verdun. Livres illustrés, sites Internet, future numérisation et mise en ligne des fiches des recensements communaux de 1911, tout est bon pour maintenir la flamme et veiller sur le legs des anciens. "Les touristes ne sont plus les pèlerins. Pour les jeunes, 14-18, c'est comme la guerre de Cent Ans", constate, sans amertume, François-Xavier Long.
Originaire de Provence, ce chirurgien de la face, réputé, s'est intéressé à la Grande Guerre par les gueules cassées. En 2003, il s'est porté, par lettre, candidat pour administrer Louvemont. Un jour, au cours d'une tournée d'inspection, il a croisé deux cyclistes égarés, leur a brossé l'histoire des lieux, montré l'emplacement d'une tranchée. Avant de les quitter, il a décliné son nom et sa fonction, à savoir qu'il gérait, en qualité de maire, ces 8,25 km2 de verdure."Ils ont pensé que je sortais de l'asile." En 2011, Louvemont, son village d'adoption, sera jumelé avec Grimaud, sa ville natale.
Depuis 2002, les villages disparus appartiennent à la communauté de communes (codecom) de Charny. Soit le mariage de la carpe et du lapin, l'étude du ramassage scolaire et du tri des ordures, mêlée aux soucis patrimoniaux. A écouter MM. Long et Laparra, ils ont peu de chose à partager avec les communes en bâti et des spécificités à faire valoir. Raison pour laquelle ils envisagent de se regrouper en association. Tous, bien entendu, sont sans étiquette et s'amusent d'avoir été sollicités pour apporter leur parrainage à un candidat potentiel à l'élection présidentielle. Sans façon. "La seule politique valable, c'est la mémoire", disent-ils en choeur.
Tel était l'objectif défendu mordicus par Léon Rodier. De 1972 à 2008, année de son décès, ce colonel à l'accent pied-noir et au caractère trempé a veillé sur les mânes tutélaires de Fleury et dirigé le Mémorial de Verdun. Cet ancien combattant - 1939-1945, Indochine, Algérie - fut un fervent artisan de la réconciliation franco-allemande. "Sa grande oeuvre demeure la sauvegarde et la valorisation des sites des champs de bataille, raconte Antoine Rodriguez, chef adjoint de la mission histoire au conseil général de la Meuse, y compris ceux perdus au plus profond de la forêt. Si le patrimoine de Verdun est aujourd'hui dans un état de conservation très satisfaisant, c'est en grande part grâce à lui."
Cet héritage pourrait s'avérer la grande chance d'un département sinistré, victime d'un important exode. Le conseil général a voté à l'unanimité, début juillet 2008, un rapport de Serge Barcellini, contrôleur général des armées et directeur de la mission histoire, afin de relever le "défi du centenaire de la Grande Guerre. 2014-2018". L'enjeu est mémoriel autant qu'économique. Faire inscrire au Patrimoine mondial de l'humanité les champs de bataille de Verdun, le Saillant de Saint-Mihiel, l'Argonne et l'arrière-front français, là où se sont affrontés par noria six millions d'hommes (deux millions de Français et de coloniaux, la même proportion d'Allemands, d'Autrichiens, de Polonais, autant d'Américains, et des milliers d'Italiens et d'Anglais), tel est l'objectif le plus audacieux.
Rénover, moderniser, baliser, animer ce vaste musée à ciel ouvert, où les institutions sont vieillottes, où les panneaux manquent de pédagogie, pour attirer touristes du monde entier et écoliers européens... Avec la mort, l'an passé, de Lazare Ponticelli, le dernier poilu, une page s'est tournée. Reste à trouver d'autres passeurs d'histoire. Les maires des villages détruits entendent être de ceux-là.
Macha Séry
Article paru dans l'édition du 11.11.09 du Monde
17 octobre 2009
Paroles d'agriculteurs : "Ca ne peut plus durer, on est au bord de la falaise".
Les agriculteurs français ont manifesté dans tout le pays, vendredi 16 octobre. En manque de trésorerie, ils demandent au gouvernement une aide d'urgence pour les aider à sortir de la crise que leur secteur traverse. Selon le ministre de l'agriculture, leurs revenus auraient baissé de 10 % à 20 % en 2009. Déjà lourdement endettés, confrontés à la chute des cours, la plupart doivent en outre se mettre en conformité avec les normes européennes.
François Perrin, 42 ans, est père de trois enfants. Il est à la tête, avec deux associés, d'une exploitation de 230 hectares en Vendée qui compte 183 vaches allaitantes et 160 mères truies. Il travaille douze heures par jour, deux week-ends sur trois, et s'autorise deux semaines de vacances par an pour un salaire mensuel de 1 100 euros.
Malgré son rythme de travail, son entreprise est aujourd'hui endettée à hauteur de 48 %. Et depuis 2007, il travaille à perte en raison de la hausse des prix des aliments et de l'effondrement du cours du porc. "La production d'un kilo de porc me coûte 1,25 euro, mais je ne le vends que 1,01 euro. Je perds 24 centimes par kilo", résume-t-il. Depuis trois ans, François Perrin est obligé de décapitaliser peu à peu pour nourrir sa famille. "Je refuse que mes enfants souffrent de la situation. Je continue de prélever chaque mois 1 100 euros pour subvenir à nos besoins", admet-il, presque gêné. Face aux difficultés qui s'accumulent, les trois associés se sont résolus au printemps à profiter du plan Barnier : ils ont emprunté 60 000 euros. Mais François ignore comment il va pouvoir rembourser ses dettes et réclame l'aide de l'Etat.
Son fils aîné, aujourd'hui en bac pro, envisage de le rejoindre à la ferme. Et malgré la dureté de son métier, François n'a pas l'intention de l'en empêcher : "Je ferais tout pour que mon fils garde l'exploitation. Il ne faut pas décourager les jeunes. Je suis optimiste. On aura toujours besoin d'agriculteurs, mais nous avons besoin d'aide..."
Emmanuelle Rivière a 24 ans. Pour elle, "ça ne peut plus durer, on est au bord de la falaise". Elle a rejoint en 2007 l'exploitation familiale fondée par son grand-père en Vendée. Elle y produit des céréales, des produits laitiers et des lapins. Lors de son installation, elle a dû emprunter 110 000 euros à l'Etat pour mettre les bâtiments en conformité avec les normes européennes, "toutes ces petites choses qui s'accumulent et nous étouffent".
Deux ans plus tard, elle n'arrive déjà plus à faire face : "Les prix de vente ne couvrent pas les charges, explique-t-elle. Je rembourse mon emprunt à hauteur de 900 euros par mois. Et je sors la même chose pour vivre. Un smic pour la dette et un smic pour moi."
Emmanuelle travaille en moyenne 70 heures par semaine et peut prendre jusqu'à 15 jours de vacances par an, "parce qu'on est cinq" sur l'exploitation. "Mais je ne regrette rien, j'ai toujours voulu faire ce métier, j'en connaissais les contraintes. Je ne fais pas ça pour l'argent, c'est un projet de vie. Avant, on avait une certaine lisibilité, mais aujourd'hui, je ne suis pas certaine de pouvoir continuer jusqu'à la fin de ma carrière..."
Thomas Lapie a 37 ans. Il dirige avec son frère et un associé une exploitation de 150 mères truies et de grande culture dans la Marne. Il s'autorise une semaine de vacances par an et quelques week-ends. Depuis l'an dernier, lui aussi travaille à perte. Si les cours du porc ne remontent pas, il prévoit un déficit de 40 000 euros cette année. "Actuellement, je me rémunère au smic. Je prélève 1 000 euros sur les pertes de l'exploitation. Faut bien faire vivre sa famille", déplore-t-il.
Thomas et ses associés n'ont pas encore fini de rembourser un emprunt de 480 000 euros contracté en 2 000 pour la mise à neuf de leurs bâtiments. Il y a quelques semaines, ils ont pourtant dû se résoudre à emprunter de nouveau 60 000 euros à la banque, cette fois-ci pour renflouer leur trésorerie. "Si les banques ne suivent pas, c'est la clé sous la porte. On est à bout", souffle-t-il. Et ce n'est pas fini : en 2013, il devra se conformer aux nouvelles normes européennes. "Toutes ces normes nous étranglent. On n'a pas le choix. Ce n'est plus viable. On est en train de mourir, soupire-t-il, avant de dénoncer les marges des grandes surfaces, "qui décident seules des prix". "Ce soir, je me coucherai moins riche que ce matin. C'est sûr que toutes ces dettes m'angoissent, mais j'ai bon espoir de vivre un jour de mon métier. Mon fils de 7 ans m'accompagne déjà nourrir les cochons..."
Propos recueillis par Soren Seelow
LEMONDE.FR 16.10.09
29 septembre 2009
Accidentés du travail, le scandale à venir
Scandaleuse, la volonté d’imposer les indemnités d’accidents du travail pénalise les victimes pour protéger les grandes fortunes. François Fillon dans le JDD n’écarte toujours pas la mesure.
C’est injuste, disent deux Français sur trois, interrogés dans notre sondage.
L’éditorial de l’Humanité.
Par Patrick Apel-Muller
Le jugement est sans appel. Les deux tiers des Français jugent injustifiée, selon notre sondage, l’imposition des indemnités d’accidents du travail. Ils ont été interrogés après que Nicolas Sarkozy en eut fait l’article à la télévision. Il n’a pas convaincu parce que la mesure est injuste et même, notait Bernard Thibault pour la CGT, « dans l’indécence la plus totale ». Ce sont en effet des salariés déjà brisés par le travail, par les conditions auxquelles l’entreprise les a soumis, qui ont vu leurs revenus chuter de 40 % durant les 28 premiers jours puis de 20 % ensuite (auxquels il faut ajouter les primes perdues et les heures supplémentaires envolées), qui vont subir l’attachement si particulier que le président de la République porte aux ouvriers et à la justice. Ce ne sont pas en effet dans le cercle de ses amis fortunés qu’on risque la chute sur un chantier, les doigts sectionnés par les machines, l’acier qui brûle et mord les chairs… Quand parfois un banquier tombe, un parachute doré l’accompagne pour amortir le choc ! Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit. Le chef de l’État devrait méditer cet adage.
Pourquoi ne pas imposer les indemnités de licenciement ou les dommages et intérêts obtenus en justice tant qu’on y est ? Scandaleuse, cette disposition ne rétablira pas les comptes sociaux. Tout juste rapportera-t-elle 150 millions d’euros, alors que la taxation des stock-options au même niveau que les revenus du travail rapporterait 3,2 milliards et que celle des parachutes dorés en tous genres ajouterait 3 milliards supplémentaires. Mais la droite préfère maltraiter les salariés blessés plutôt que les membres bien installés des conseils d’administration de multinationales. Ces derniers sont déjà les bénéficiaires. Les revenus financiers sont d’ailleurs soigneusement épargnés et les spéculations en tous genres ne contribuent en rien à la santé du pays, auquel le pouvoir impose d’en éponger les pertes.
Toutes les dispositions envisagées par le gouvernement portent la même marque de fabrique. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera présenté jeudi prévoit ainsi la hausse du forfait hospitalier, la baisse du taux de remboursement de certains médicaments de 35 % à 15 %, la réduction de la durée de prise en charge à 100 % pour les affections graves, la suspicion généralisée à l’égard des arrêts maladie, la diminution du nombre des transports sanitaires… Roseline Bachelot porte peut-être des crocs roses mais c’est pour faire broyer du noir aux malades.
Quand le gouvernement ne prévoit pas explicitement ces mesures de régression, il compte sur la « coproduction parlementaire » chère à Jean-François Copé pour saler l’addition. Le pouvoir juge que les mois prochains sont propices pour imposer de nouvelles mesures inégalitaires et faire payer à la population la facture de la crise économique provoquée par les multinationales. L’opposition politique leur semble faible. mais le pari est risqué. L’enquête réalisée à la demande de la FSU, et dont l’Humanité publie lundi les résultats, montre que les salariés restent disposés à s’engager dans des mouvements sociaux. Si le Parti socialiste reste englué dans ses difficultés et paralysé par le mirage Modem, un travail s’engage du côté du Front de gauche pour dessiner les axes d’une politique différente. La gauche d’ailleurs se retrouve dans son éventail pour combattre des projets gouvernementaux. La partie n’est pas jouée…
Article publié dans l'Humanité du 29 septembre 2009
26 septembre 2009
Dominique de Villepin accuse
Réforme territoriale : la grogne des conseils généraux
L'Assemblée des départements de France s'inquiète en particulier de la réforme de la fiscalité locale.
«Tout cela va finir par se dégonfler», assurait mercredi un élu UMP en contemplant la montgolfière que le conseil général du Puy-de-Dôme avait affrétée au Palais des congrès de Clermont-Ferrand, à l'occasion du 79e congrès de l'Assemblée des départements de France (ADF). «Rassure-moi, tu ne parles pas de la réforme ?» a répondu du tac au tac un collègue socialiste, hilare. Mardi et mercredi, les présidents de conseils généraux ont tous fait part, qui de leurs inquiétudes, qui de leurs récriminations, quant à cette réforme des collectivités locales préparée par Brice Hortefeux.
Dans une atmosphère houleuse, le ministre de l'Intérieur s'est défendu de toute «provocation», «mise en accusation de telle ou telle majorité politique» ou «procès de tel ou tel niveau de collectivité». Création des conseillers territoriaux, intercommunalités, métropoles seront inscrites dans le projet de loi que le gouvernement présentera d'ici un mois. La clarification des compétences devra «aboutir dans un délai de deux ans après le vote de la réforme», a-t-il dit.
De quoi apaiser les inquiétudes ? Pas vraiment. La crise et la suppression de la taxe professionnelle échauffent les esprits. Lors du débat sur le projet de loi de finances qui débute le 2 octobre, les parlementaires devront «décider», selon Hortefeux, des «nouvelles ressources de compensation» pour les collectivités territoriales.
La gauche est vent debout sur cette question. «À trois mois du vote de nos budgets, personne ne sait sur quelle base les bâtir, tonne le président PS de l'Ariège, Augustin Bonrepaux. Et en plus le gouvernement demande aux parlementaires de faire le sale boulot en nous partageant des recettes en diminution.» Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire) présage, lui, qu'«il y aura des départements en faillite». «Bientôt, nous ne pourrons plus assurer que les dépenses qui sont obligatoires. Allons-nous devenir les agents élus de l'État pour des politiques qui ne sont pas les nôtres ? Attendez-vous à des rébellions», poursuit-il. Moins volcanique, le président de l'ADF, Claudy Lebreton (Côtes-d'Armor), s'est défendu de rejeter en bloc le projet. «Mais sur deux textes de cent articles, a-t-il expliqué, vous comprendrez que nous ne nous arrêtions pas aux articles qui nous conviennent et que nous nous focalisions sur ceux, une majorité, qui heurtent profondément la majorité des présidents de conseils généraux.»
«La charrue avant les bœufs»
Ces inquiétudes trouvent un écho à droite. «On met la charrue avant les bœufs, soupire le président de Haute-Loire, Gérard Roche. Les parlementaires vont arrêter nos ressources avant que soient définies les structures et leurs compétences.» «Notre collègue de la Sarthe, Roland du Luart, déjeune aujourd'hui avec François Fillon pour lui expliquer pourquoi il ne parviendra pas à voter son budget», témoigne Anne d'Ornano (Calvados). «La seule collectivité qui perd des élus, c'est le département. C'est inacceptable», fustige Philippe Adnot (Aube). La réforme a pour finalité, «ne nous voilons pas la face, de récupérer un certain nombre de régions», dit-il . «S'il y a trop d'élus, l'effort doit être partagé», explique pour sa part son collègue de la Marne, René-Paul Savary. Les élus de droite ont également réaffirmé plusieurs principes «incontournables» sur le plan fiscal : compensation des actions sociales par l'État, autonomie fiscale des départements et mise en place d'une solidarité entre territoires. Des recommandations qu'ils ont adressées aux parlementaires de la majorité. Les élus de gauche ont signé une motion conclusive menaçant le gouvernement de ne plus apporter leur part dans les investissements cofinancés avec l'État. Certains veulent même porter l'affaire devant les Français, qui arbitreraient par référendum. À six mois des régionales, Brice Hortefeux souhaitait une «réforme simple et pragmatique, loin des querelles stériles». Elle sera, plus que jamais, politique.
Jean-Baptiste Garat.
Article publié dans Le Figaro du 24 septembre 2009
11 septembre 2009
Le gouvernement biaise sur le forfait hospitalier
Intox
Dimanche dernier, le Journal du dimanche a lancé le débat en révélant un projet d’augmentation de 16 à 20 euros du forfait hospitalier, qui correspond à une prise en charge partielle des frais d’hébergement et de restauration des malades. Depuis, le gouvernement essaye de déminer les critiques. Dimanche sur Europe 1, Eric Woerth, ministre du Budget, a renvoyé les socialistes dans leur camp, affirmant : «C’est le PS qui a créé le forfait hospitalier en 1983. Et c’est le PS qui a le plus augmenté le forfait hospitalier. Il l’a augmenté sept fois, dont une fois de 38 %. Donc, qu’ils ne nous donnent pas de leçon.» Arguement repris par Jean François Copé sur France Inter mercredi, avec une variante : «c'est le PS qui a crée le forfait hospitalier, et qui l'a augmenté, je crois, 38 fois».
Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a tenté elle une autre statégie de défense, rejetant la responsabilité de la piste d'une hausse du forfait aux partenaires sociaux. Dimanche, sur France 5, elle affirmait : «Le JDD a repris un certain nombre de préconisations de l’assurance maladie qui étaient sans doute passées inaperçues dans la torpeur de l’été parce qu’elles datent du mois de juillet».
Desintox
Commençons par Eric Woerth. C’est bien le PS qui a créé, en 1983, le forfait hospitalier, qui s’élevait alors à 20 francs, soit trois euros. En revanche, Woerth a la mémoire un peu sélective lorsqu’il assure que c’est le PS qui a le plus augmenté le forfait depuis. Car droite et gauche ont mené, sur le sujet, une politique similaire, faite de hausses régulières, entrecoupées de quelques pauses et flambées ponctuelles. Entre 1983 et 1986, la gauche renchérit le forfait d’un franc par an. A partir de 1987, la droite, puis la gauche (à partir de 1989) le font croître de 2 francs par an. En 1991, avec la gauche, le forfait connaît sa première forte hausse, passant de 33 à 50 francs. La droite le fait ensuite progresser en moyenne de 5 francs par an entre 1993 et 1996. C’est sous le gouvernement Jospin qu’il connaît sa plus longue stabilité demeurant à 10,67 euros pendant cinq ans. En 2004, la droite l’augmente à 13 euros. Depuis, il a grimpé d’un euro par an entre 2005 et 2007, jusqu’à 16 euros. Montant inchangé depuis. Au total, la droite a fait croître le forfait hospitalier à huit reprises, le PS à sept reprises. La présentation de Woerth est au moins partiale… Copé, quant à lui, est totalement à côté de la plaque. L'affirmation selon laquelle le PS a augmenté 38 fois le forfait hospitalier est certes spectaculaire, mais tout à fait fantaisiste. Le chef des députés UMP (mauvaise lecture des fiches?) a probablement confondu le montant de la plus forte hausse du forfait sous les socialistes (quelque 38% en 1991) avec le nombre de hausses du forfait sous les socialistes.
Enfin, l'affirmation de Roselyne Bachelot est, elle, carrément mensongère. La hausse du forfait à 20 euros n’est pas une préconisation des partenaires sociaux de l’assurance maladie qui serait, selon la ministre de la santé, «passée inaperçue dans la torpeur de l’été». «L’augmentation du forfait ne figure absolument pas parmi les propositions remises au gouvernement en juillet par les conseils des caisses d’assurance maladie», a rectifié Michel Régereau, président (CFDT) du conseil d’administration de la CNAM. De fait, l’assurance maladie a bien rendu publiques, en juillet, 24 propositions pour 2010. Le forfait hospitalier n’y est nulle part mentionné.
CEDRIC MATHIOT
Article publié dans Libération du 10 septembre 2009.
10 août 2009
Les bénéfices très incertains du travail dominical
Après des mois et des mois de bataille, le texte autorisant plus largement le travail dominical pour les commerçants, validé jeudi 6 août, par le Conseil constitutionnel, entrera en vigueur dans les semaines à venir.
Une "bonne nouvelle pour l'économie", assure-t-on au ministère du travail. Dans un contexte de crise, les retombées attendues sur la croissance, via un rebond de la consommation, le surcroît de chiffre d'affaires des distributeurs, et des gains d'emplois sont une aubaine. Dans le détail, les bienfaits économique et social de la loi semblent plus ambigus.
Pour certains, à l'image de Claude Boulle, président de l'Union du grand commerce de centre-ville (UCV) qui regroupe les enseignes Printemps, Galeries Lafayette, BHV, Habitat..., "le texte aura un impact positif sur l'économie, la démonstration est imparable". M. Boulle estime que le gain de chiffre d'affaires des commerçants dans une zone passante ou touristique se situerait entre 10 % et 20 %. En terme d'emplois, "les grands magasins du Boulevard Haussmann à Paris, les Galeries Lafayette et le Printemps, jugent qu'ouvrir le dimanche leur permettrait d'embaucher 500 personnes à temps plein."
La plupart des magasins déjà autorisés à ouvrir le dimanche appuient cette démonstration. Le distributeur de meubles Ikea, dont les magasins sont ouverts le dimanche en Ile-de-France, réalise 20 % de son chiffre d'affaires ce jour-là. N'ouvrir que six jours sur sept reviendrait à mettre en péril "entre 600 et 700 emplois", indique le porte-parole.
Les magasins Conforama (meuble, décoration et électroménager) réalisent eux 23 % de leurs ventes le dimanche quand ils sont ouverts ce jour-là. Autrement dit, ouvrir les magasins un jour de plus incite à consommer plus.
"Pour les distributeurs cela permettra d'absorber certains coûts fixes grâce au chiffre d'affaires supplémentaire", ajoute Guillaume Dalibot, analyste spécialiste du secteur de la distribution chez Alken.
Le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) est lui plus nuancé sur les répercussions positives de la loi. Une enquête réalisée fin 2008, révèle que 81 % des consommateurs qui projettent d'acheter le dimanche déclarent que cela ne les conduirait pas à augmenter leur dépense, "pour aucune catégorie de produits étudiés".
"L'ouverture dominicale ne devrait donc avoir qu'un effet modéré sur le montant de la consommation commercialisable", conclut l'organisme. Et sur le plan social le Credoc calcule qu'ouvrir des magasins le dimanche pourrait même détruire des emplois (de 6 800 à 16 200 dans le commerce alimentaire).
"L'aspect positif on n'y croit pas, juge aussi Claudette Montoya, délégué CGT chez Carrefour. Elle redoute que les salariés "travaillent plus et gagnent moins" et soient soumis à plus de pression.
Risque de hausse des prix
De fait, les bénéfices d'une ouverture le dimanche semblent circonscrits, réservés à certains types de commerce et à certaines zones. Pour les experts, inutile d'ouvrir le dimanche si les flux touristiques et de population ne sont pas suffisants. "La consommation le dimanche c'est une flânerie et concerne des achats que l'on fait en famille", indique l'un d'entre eux.
Ainsi dans le commerce alimentaire, ouvrir le dimanche, ne serait pas opportun. Le consommateur étalerait ses dépenses sans consommer plus. Si certaines enseignes ouvrent ce jour-là, au-delà de 13 heures comme elles y ont droit, la plupart n'étaient pas demandeuses d'une modification de la loi. Ces dernières sont d'ailleurs exclues du texte de loi.
"Le surcroît de chiffre d'affaires ne compenserait pas le surcoût salarial et les charges", explique Michel-Edouard Leclerc, patron de l'enseigne du même nom. Pour lui généraliser l'ouverture du dimanche, en pénalisant les marges des professionnels, pourrait conduire à une hausse des prix.
Le texte de loi autorisant plus largement les ouvertures dominicales est aussi réservé à certaines zones touristiques ou à certains quartiers de grandes villes. In fine, "ses effets restent difficiles à évaluer, admet Richard Mallié, député UMP auteur du texte, mais il s'agissait surtout de légaliser certaines ouvertures déjà effectives pour ne pas risquer de voir disparaître plus d'un millier d'emplois dans certaines zones comme à Plan-de-Campagne" (Bouches-du-Rhône).
Claire Gatinois
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Les principes de la loi Mallié
Les nouvelles dispositions du texte maintiennent à cinq dimanches par an le nombre d'autorisations délivrées par les maires.
Zones touristiques Des dérogations seront accordées dans les "zones et communes d'intérêt touristique et thermal", sous réserve du respect d'un repos hebdomadaire et de compensations salariales négociées.
Zones commerciales d'agglomérations La loi institue également des "périmètres d'usage de consommation exceptionnelle" (PUCE) dans les zones commerciales d'agglomérations de plus d'un million d'habitants, à Paris, à Lille, ainsi que pour la conurbation Aix-Marseille.
Article paru dans l'édition du 09.08.09 du Monde
31 juillet 2009
Trois familles inquiétantes de l'écologie politique
Qu'on se le dise : en politique la mode est au vert. Pour vous préparer à affronter la rentrée, Marianne2 a dégoté ce texte hilarant de Remi Metriau sur le côté obscur de l'écologie. Il nous présente trois familles de ce courant politique : le néodruidisme, le véganisme et les décroissants.
Gonflés à bloc suite à leur succès aux élections européennes, les Verts semblent plus que jamais unis devant l’échauffement climatique, la protection des bêtes et la dénomination des imbéciles. Façade. Le parti écolo a toujours été un agglomérat de courants aussi difficiles à lier qu’une pâte à pain sans farine. L’occasion de nous pencher sur les quelques associations, groupes ou courants, aux idées parfois farfelues qui aiment Dame Nature.
Le Néodruidisme
A ne pas confondre avec le druidisme (fondements de la religion du peuple celte), le néodruidisme est né en 1717 sous la faux de John Toland. En 1781, Henry Hurle fonde un second mouvement et en 1792 Lolo Morganwg un troisième. Même si certains le revendiquent, il n’existe pas de filiation remontant aux druides de l’antiquité.
Question. Mais quel est le rapport avec l’écologie ? Justement. D’inspiration maçonnique, les nouveaux Panoramix, qui n’ont ni inventé le fil à couper le beurre ni la potion magique, prônent l’harmonie avec la nature. Sacrée la terre, sacrée la nature. Esotérisme et écologie ont souvent fricoté, les communautés des années 60-70 le prouvent.
Agoravox a récemment consacré un article à John Michael Greer, président de L’Ancient Order of Druids in America (AODA), le qualifiant d’anti-prophète de la décroissance. Dans son livre, How Civilizations Fall : A Theory of Catabolic Collapse, Greer prédit l’épuisement des ressources et, par conséquent, un ralentissement puis une chute de la croissance à l’échelle mondiale.
Lire la suite de l'article sur le site fluctuat.net
Jeudi 30 Juillet 2009
Remi Metreau - fluctuat.net
http://www.marianne2.fr29 juillet 2009
Le projet de loi sur La Poste examiné en conseil des ministres
Article publié dans le Monde du 29 juillet 2009
C'est ce mercredi que le conseil des ministres doit examiner le projet de loi concernant le changement de statut de La Poste, avant un débat au Parlement à la rentrée, "qui interviendra selon toute vraisemblance dans la première quinzaine d'octobre au Sénat, puis en novembre à l'Assemblée nationale", soulignent Les Echos. Le 1er janvier 2010, La Poste abandonnerait son statut d'établissement public pour celui de société anonyme à capitaux publics. Ce changement de statut doit s'accompagner d'une augmentation de capital à hauteur de 2,7 milliards d'euros, souscrite par l'Etat et la Caisse des dépôts, afin que La Poste se modernise à l'approche de l'échéance de la libéralisation totale du courrier.
La plupart des syndicats de postiers s'y opposent, malgré les tentatives du ministre de l'industrie, Christian Estrosi, de les rassurer, affirmant que les capitaux seront 100 % publics et que les missions publiques de La Poste (service universel du courrier, aménagement du territoire, accessibilité bancaire et distribution de la presse) "seront confortées par la loi et dotées d'un financement pérenne et transparent".
La CGT, FO et SUD ont organisé, mardi 28 juillet, une manifestation devant le ministère de l'industrie, à Paris, qui a rassemblé environ cent cinquante personnes, selon Bernard Dupin, membre de la direction de la CGT des activités postales. Une délégation devait être reçue par un membre du cabinet du ministre Christian Estrosi. "Nous allons réaffirmer le rejet du projet de loi" qui "privatise" La Poste, a déclaré M. Dupin à l'agence Associated Press. "Par expérience, quelle que soit l'entreprise, cela finit par une privatisation comme à EDF, GDF, France Télécom."
Les syndicats s'inquiètent notamment pour les effectifs, comme Benoît Martin (CGT) qui dit "craindre que les réductions d'effectifs s'intensifient, car actuellement 70 % des dépenses concernent la masse salariale". CGT, SUD, FO et CFTC prévoient déjà "une journée nationale unitaire de grèves et de manifestations en septembre".
Le comité national contre la privatisation de La Poste, regroupant quatre-vingts organisations, syndicats, associations et partis (dont PS, PCF et Verts), a quant à lui prévu d'organiser le 3 octobre un référendum à bulletins secrets dans les mairies et devant les bureaux de poste. Mardi, le PS a jugé que le texte n'était pas "justifié" et a réitéré "sa demande d'un référendum".
Le Monde.fr avec AFP
22 juillet 2009
Taxe carbone : un "hold up fiscal sur le mode de la vignette"
Article publié dans L'Humanité du 22 juillet 2009.
Michel Rocard, président de la commission des experts, a indiqué le 22 juillet sa volonté de créer une taxe carbone afin d’inciter les gens à moins consommer d’énergies fossiles -gaz, pétrole, charbon- dès le 1er janvier 2010.
"En gros, il s’agit de ça" a déclaré l’ancien premier ministre Michel Rocard sur France Inter, à propos d’un article publié dans Les Echos et qui annonce l’instauration d’une taxe sur les énergies fossiles. Réunie depuis deux semaines, la commission sur la "contribution climat énergie" (CCE) présidée par Michel Rocard prône une "taxe carbone" dès l’année 2010. "On va taxer un certain nombre de comportements, principalement celui qui consiste à utiliser des énergies d’origine fossile" émettrices de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, a précisé l’ancien premier ministre.
A partir du 1er janvier 2010, les ménages vont devoir payer 32 euros pour une tonne de CO2 émise. La commission d’experts veut facturer cette tonne à 100 euros en 2030. La facture s’établira autour de 300 euros par an "pour un peu plus de la moitié des ménages", a indiqué Michel Rocard. Le gaz, le pétrole, le charbon et l’électricité sont concernés. Malgré l’insistance de l’ancien premier ministre, qui souligne que la taxe carbone n’est "pas une charge destinée à améliorer les finances de l’Etat", cet impôt nouveau n’est pas le bienvenu pour les Français. La taxe carbone rapporterait ainsi un peu plus de 8 milliards d’euros, utilisés pour dédommager les ménages et les entreprises les plus vulnérables, selon Michel Rocard.
Tout d’abord, on peut s’interroger sur le fait que le gouvernement propose de taxer les usagers, mais pas Total, qui fait pourtant d’énormes bénéfices. Selon la commission, cette entreprise est déjà taxée. Michel Rocard veut que la taxe carbone serve à modifier nos comportements. Il défend son projet en insistant sur le fait qu’ "il est largement prévu de compenser la taxe, mais en terme de pouvoir d’achat, de manière à garder intact le signal prix, l’incitation aux gens à se déplacer moins, à avoir petit à petit des voitures électriques, à mettre des doubles vitres ou à faire des économies sur le chauffage". Pour les gens obligés de prendre leur voiture tous les jours, il propose la mise en place d’une "allocation forfaitaire" en fonction de l’éloignement.
Un "hold up fiscal sur le mode de la vignette"
De nombreuses personnes aimeraient se déplacer autrement qu’en voiture, mais certains trajets deviennent deux à trois fois plus longs avec les transports en communs. Pourquoi taxer les usagers si ils n’ont pas d’autres moyens de se déplacer ? "Prenez votre vélo !" a proposé Rocard ce matin, à un auditeur de France Inter. Le vélo, pourquoi pas, mais quand on a 50 ou 100 kilomètres à faire et qu’on a 70 ans… Il regrettait juste le fait que le carburant augmentera de 7,7 centimes pour le litre de sans plomb et de 8,5 pour le diesel.
Pour l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, le projet de Contribution climat énergie (CCE), ou taxe carbone, est un "hold up fiscal sur le mode de la vignette automobile des années 1960-1970". L’association a annoncé dans un communiqué qu’elle "combattra ces propositions qui, si elles étaient adoptées par le gouvernement, constitueraient le pire des scénarios pour le pouvoir d’achat des consommateurs". "l’Etat va prélever plusieurs milliards d’euros sur les consommateurs, leur restituera une partie et gardera une part substantielle pour son budget général ou pour baisser les taxes sur les entreprises", s’inquiète-t-elle.
Pour l’UFC, "la seule voie de passage acceptable est le dispositif du chèque vert, où l’ensemble des recettes fiscales est restitué aux consommateurs, sous forme d’une allocation qui maintient une incitation idividuelle tout en tenant compte des disparités des ménages". Michel Rocard et sa commission d’experts doivent boucler mercredi leur rapport, et le remettre à Christine Lagarde, ministre de l’économie, et Jean-Louis Borloo, ministre du développement durable. L’ancien premier ministre a précisé que "c’est un avis, le gouvernement reste maître de sa décision qu’il prendra au moment de la rédaction du projet de loi de finances 2010", cet automne.
Sarah Irion






