12 juin 2008
Philippe Buchez
Philippe Joseph Benjamin Buchez, né le 31 mars 1796, à Matagne-la-Petite, village du pays wallon, mort le 11 août 1865 à Rodez, est un homme politique, historien et sociologue français, fondateur du journal L'Atelier.
Jeunesse
Buchez naît en 1796 à Matagne-la-Petite, alors dans le département des Ardennes, maintenant en Belgique, dans la province de Namur, mais ses parents habitent Paris.
Son père, qui se distingue par ses idées avancées, perd au retour des Bourbons la place qu'il avait à l'octroi. Buchez suit les cours d'histoire naturelle au Jardin des plantes, en même temps qu'il est employé à l'octroi, et étudie la médecine, alternant entre les dissections à l'amphithéâtre et les discussions politiques.
Le saint-simonisme
Descendant d’artisans wallons, Buchez est un autodidacte éclairé, il milite dans les milieux d’extrême gauche. En 1820, il est reçu à la loge maçonnique «Les amis de la vérité». En 1821, il tente de soulever les départements de l'Est, dans les Vosges, pour renverser les Bourbons, mais il est arrêté à Metz et conduit à Colmar, où il passe devant les assises. Mais le juge Goldberg qui prend plaisir à causer d'histoire et d'archéologie avec le détenu Buchez, se montre compréhensif, et il s'en sort sans trop de mal.
Après avoir lu le Nouveau christianisme de Saint-Simon en 1825, Buchez se déclare saint-simonien. Avec Saint-Amand Bazard, autre grande figure saint-simonienne, et Flottard, il figure parmi les fondateurs de la Charbonnerie française (qui compte jusqu'à 80 000 membres en 1822), dont il devient l'un des principaux animateurs en France.
Reprenant alors ses études médicales, il est reçu docteur en 1824, peu après avoir publié un Précis élémentaire d'hygiène. De même, il devient le principal rédacteur du Journal du progrès des sciences et institutions médicales, où il insère des articles sur l'organisation de la médecine.
Du saint-simonisme au socialisme chrétien
Se séparant de Bazard et des rédacteurs du Producteur, auquel il collaborait, il fonde avec Flocon, Thierry et Léon Pilet, le Club des Amis du peuple, dont les autorités font fermer les portes le 25 septembre 1830. Peu après, retournant à la foi chrétienne, il abandonne les idées saint-simoniennes, dont il n'accepte pas le panthéisme, et il devient le défenseur d'un néocatholicisme qu'il place à la base de ses théories politiques. Il publie le Journal des sciences morales et politiques (1831), qui devient bientôt L'Européen, et tente de concilier la doctrine catholique orthodoxe avec les théories les plus démocratiques. Malgré sa défiance à l'égard du gouvernement de l'Église, il est l'initiateur du mouvement social chrétien. Il tente de réaliser l'association ouvrière de production, mais, en opposition avec les tentatives communistes de Robert Owen et l'organisation saint-simonienne, les groupements qu'il fonde n'ont qu'une durée assez courte, à l'exception de celui des bijoutiers en doré qui survit jusqu'en 1873 sans avoir connu une grande extension.issance de sa notoriété Sous la monarchie de Juillet, il acquiert une grande notoriété, tant dans le monde catholique que parmi les démocrates et les républicains, avec son Introduction à la science de l'histoire, ou science du développement de l'humanité (1833), où il déclare que le fondement de la morale est une donnée théologique, c'est-à-dire un dogme, et où il attaque l'égoïsme des gouvernants qui ne cherchent que leur intérêt particulier, ou son Essai d'un traité complet de philosophie du point de vue du catholicisme et du progrès social (1830). Il publie également L'histoire parlementaire de la révolution en 40 volumes (1834-1840), compilation de débats d'assemblée, d'articles de journaux, de motions de clubs, le tout entrecoupé de commentaires à travers lesquels il expose longuement ses idées.
En septembre 1840, Buchez fonde un journal, L'Atelier, «organe des intérêts moraux et matériels des ouvriers», qui paraît jusqu'en juillet 1850. Il y développe un plan de réforme de la société fondé sur l’association ouvrière. Ces associations, qui sont des coopératives ouvrières de production formées sur la base d'un capital inaliénable et indissoluble, doivent, selon lui, en se propageant, permettre de rassembler un «capital ouvrier» global sur lequel la classe laborieuse pourra s’appuyer; leur généralisation poserait les fondements d’une rénovation de la société par l'Associationisme. Mais ce plan n'a connu qu'une application très limitée, avec la création, en 1834, de l'Association des ouvriers bijoutiers en doré.
La carrière politique
Après la révolution de février 1848, à laquelle il ne prend pas part, et l'instauration de la République, Garnier-Pagès le choisit comme adjoint à la mairie de Paris. Buchez s'occupe alors activement de la garde nationale et de la mise sur pied des Ateliers nationaux. Élu représentant de la Seine (le 17e sur 34) le 23 avril 1848, il est porté à la présidence de l'Assemblée (5 mai-6 juin). Ce qui fait de lui le premier président d'une assemblée française véritablement élue au suffrage universel. Son discours inaugural est ambitieux, mais sa présidence effective ne dure qu'une huitaine de jours, et tous les partis s'accordent à reconnaître que son passage au fauteuil présidentiel aura été peu brillant.
Pendant les journées de juin 1848, ulcéré par les luttes fratricides entre l'armée et la garde nationale, commandée par le général Cavaignac, ministre de la guerre, et les ouvriers, il refuse de porter les armes et, s'il monte sur les barricades, c'est pour soigner les blessés.
Son échec aux élections législatives de mai 1849 marque la fin de sa courte carrière d'homme politique. Opposant à Louis-Napoléon Bonaparte, il est même arrêté le 2 décembre 1851, avant d'être rapidement relâché.
La retraite
Pendant l'Empire, il retourne à ses études, se consacre notamment à la rédaction d'un Traité de politique et science sociale. Seul et oublié, il s'éteint à Rodez le soir du 11 août 1865, à 69 ans. Son corps est ramené à Paris, où il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Ayant laissé son dernier ouvrage à l'état de manuscrit, ses amis le publient en 1866.
Œuvres
Précis élémentaire d'hygiène (en collaboration avec le Dr Ulysse Trélat), Paris, Raymond, 1825, 378 p.
Considérations générales sur les fièvres intermittentes, Paris, 26 mars 1825
Introduction à la science de l'histoire ou Science du développement de l'humanité, Paris, Paulin, 1833, 568 p.
Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, précédée d'une introduction sur l'histoire de France jusqu'à la convocation des États-Généraux (en collaboration avec Pierre-Célestin Roux-Lavergne), Paris, Paulin, 1834-1838, 40 volumes
Introduction à l'étude des sciences médicales, leçons orales recueillies et rédigées par Henry Belfield Lefèvre, Paris, E. Éveillard, 1838, 254 p.
Essai d'un traité complet de philosophie, du point de vue du catholicisme et du progrès, Paris, E. Éveillard, Périsse frères, 1838-1840, 3 volumes
Théorie générale des fonctions du système nerveux, ou Démonstration de la loi de génération des phénomènes nerveux, Paris, imprimerie de J. Belin-Leprieur fils, 1843, 51 p.
Histoire de la formation de la nationalité française, Paris, imprimerie de Dubuisson, 1859, 2 volumes
Traité de politique et de science sociale, Paris, Amyot, 1866, 2 volumes
Source: Wikipédia.
04 avril 2008
Hugues-Félicité Robert de Lamennais
Hugues-Félicité Robert de Lamennais, né à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) en 1782 et décédé à Paris en 1854, était un écrivain et philosophe français. Son nom de famille est Robert et c'est en s'inspirant du lieu-dit « la Mennais » où son grand-père possédait une métairie qu'il se nomma ainsi.
Issu d'une famille pieuse de petite noblesse récente, il fut ordonné prêtre en 1816. Philosophe chrétien, connu pour être un personnage ultramontain, Lamennais peut être considéré comme le précurseur du catholicisme libéral, du catholicisme social, ainsi que de la démocratie chrétienne.
Il commença par traduire L'Imitation de Jésus-Christ, célèbre œuvre de dévotion de Thomas a Kempis. Dans son livre Essai sur l'indifférence en matière de religion, écrit de 1817 à 1823, il critiqua l'université napoléonienne et le gallicanisme. Il fut dit de cet ouvrage qu'il « réveillerait un mort » et ce fut un immense succès de librairie.
En 1825, il publia De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. Il rencontra Auguste Comte cette même année.
En 1828, il fonda la Congrégation de Saint-Pierre, destinée à former un clergé savant, capable de répondre aux attaques des philosophes, de mieux comprendre son temps et de rétablir l'autorité du pape en France. En 1829, il publia Les progrès de la révolution et de la guerre contre l'église. En 1830, il fonda, avec Montalembert et Lacordaire, le journal l'Avenir, dans lequel il réclama la liberté de conscience, de presse et de religion, et dans lequel les chrétiens libéraux pouvaient développer leur idée de séparation de l'Église et l'État. Ce sont les idées de Lammenais que la Belgique devenue indépendante en 1830 adopte et il faut le signaler dans une histoire de la monarchie belge qui pour une monarchie d'un pays catholique commence paradoxalement (à deux niveaux): * par une élection * et par l'élection d'un Prince Luthérien Léopold Ier.
En 1831, révolté par la condamnation du soulèvement de la Pologne, il s'opposa au pape Grégoire XVI. Il considérait que le pape voulait défendre davantage les princes que le peuple. Le pape condamna son journal en 1832 par l'encyclique Mirari vos.
En 1834, il publia ses Paroles d'un croyant, ouvrage lyrique, rempli de violence et de plaintes, qui marqua sa rupture avec l'Église (encyclique Singulari nos). Dans cet ouvrage, il constatait et déplorait le « désenchantement » du monde, et lançait un appel pressant et prophétique à la liberté de l'Église, à partir duquel, il commença à développer les tendances socialistes et démocratiques du message évangélique. En 1835, il vit ses anciens amis peu à peu le quitter, mais le 9 avril 1835, ses amis Fleury, Arago et Liszt l'amenèrent à rencontrer George Sand. Son salon devint un véritable cénacle républicain. Lamennais lui restera très lié. Il sera effaré par les idées de Georges Sand sur la liberté sociale et le divorce, mais sera son mentor, avec Michel de Bourges, sur les voies du socialisme politique. George Sand lui déclara un jour : « Nous vous comptons parmi nos saints... vous êtes le père de notre Église nouvelle ».
En 1837, il publia le Livre du peuple, véritable livre de combat. Il se liera d'amité avec le patriote canadien Louis-Joseph Papineau lors du voyage de celui-ci en France. Il continua de prendre le parti du peuple, et en 1841, après avoir attaqué le gouvernement royal, il fut condamné à un an de prison. Par la suite, après avoir fondé le journal Le Peuple, il continua à professer un libéralisme populaire. Entre 1841 et 1846 il écrivit Esquisse d'une philosophie, dans lequel il développa sa conception d'un christianisme sans Église, capable de regrouper les masses pour les conduire au progrès par la charité. En 1848, il se fit élire député à l'Assemblée constituante de 1848, mais après le 2 décembre et le coup d'État, se retira dans sa propriété de la Chesnaie en Bretagne.
Il posa les questions de la nécessaire alliance entre l'Église et les idées de liberté, et de l'exigence d'une véritable doctrine sociale de l'Église, en tant que priorité historique avec la Restauration, et entendit démontrer que la République nécessite un pouvoir spirituel, une religion civile. Pour cela il proposa un projet de Constitution, dans lequel la religion et le politique étaient intrinsèquement liés.
Il fut l'ami de Pierre Leroux. Ses idées socialistes influencèrent fortement Charles Augustin Sainte-Beuve et son unique roman Volupté.
Il avait une résidence à Saint-Prix, dans l'ancienne seigneurie de Montmorency.
Son frère Jean-Marie de la Mennais fonda un ordre religieux, les Frères de l'Instruction Chrétienne de Ploërmel .
Un timbre français de 1957 rend hommage à Lamennais.
Source : Wikipédia.
06 février 2008
La Ligue de la Jeune République
La Ligue de la Jeune République est un parti politique français créé en 1912 par Marc Sangnier, dans le prolongement du Sillon, son mouvement social chrétien, après que ce dernier ait été désavoué par le pape Pie X.
La Jeune République prônait un socialisme "personnaliste" dans la mouvance d'Emmanuel Mounier. Elle représentait un courant catholique social, opposé à celui du Parti démocrate populaire, davantage vers le centre-droit. La Jeune République ne dépasse jamais 2 ou 3% des voix lors des élections législatives, avec seulement quelques députés. En 1936, elle soutient le Front populaire, et le député de Meurthe-et-Moselle Philippe Serre sera secrétaire d'Etat des gouvernements Chautemps et Blum.
Après-guerre la Jeune République connait un court regain après-guerre, notamment en Savoie autour du député Lucien Rose, avant d'être enserré entre le MRP et les différents partis de gauche (SFIO et PCF). L'abbé Pierre en fut membre brièvement après avoir quitté le MRP.
La Jeune République finira par se fondre dans l'UDSR, point de rencontre de réformistes et de chrétiens.
Source : Wikipédia.
18 octobre 2007
Marc Sangnier
Né dans un milieu bourgeois parisien, il reçoit une éducation profondément chrétienne. Il est élève au collège Stanislas de 1879 à 1894. C'est un brillant élève, et décroche un prix de philosophie en 1891 au concours général. Bachelier, il réussit ensuite en 1895 le concours d'entrée à l'École polytechnique avant d'obtenir une licence en droit en 1898.
Encore jeune étudiant en 1894, il anime un journal philosophique, Le Sillon, journal du mouvement pour un christianisme démocratique et social, fondé par son ami Paul Renaudin. Il travaille à cette publication avec des camarades du Collège Stanislas de Paris, et en fait un lieu de réflexion politique, dans l'esprit du "Ralliement" des catholiques au régime républicain prôné par le pape Léon XIII et de son encyclique Rerum novarum.
Militant pour un catholicisme progressiste
En 1899, Le Sillon devient l'organe d'un vaste mouvement d'éducation populaire qui réunit la jeunesse ouvrière et les fils de notables afin de réconcilier les classes laborieuses avec l'Église et la République. En s'appuyant sur les patronages catholiques, Sangnier crée en 1901 des Instituts Populaires qui donnent bientôt des cours et des conférences publiques. Lors du congrès national de 1905, près de mille cercles venus de la France entière sont ainsi représentés.
«Le Sillon a pour but de réaliser en France la république démocratique. Ce n'est donc pas un mouvement catholique, en ce sens que ce n'est pas une œuvre dont le but particulier est de se mettre à la disposition des évêques et des curés pour les aider dans leur ministère propre. Le Sillon est donc un mouvement laïque, ce qui n'empêche pas qu'il soit aussi un mouvement profondément religieux.» (extrait d'un article de Marc Sangnier dans La Croix, en 1905).
Cependant, le mouvement doit combattre l'opposition de l'extrême gauche marxiste qui parfois perturbe les réunions organisées par Le Sillon ou la presse de l'Action Française monarchiste qui l'attaque à partir de 1906 en raison de ses positions démocratiques et sa politique de ralliement. Charles Maurras entame alors une violente polémique avec Sangnier, publiant coup sur coup articles et pamphlets pour la défense d'un catholicisme traditionnel (débat stratégique car Maurras se dit lui-même agnostique, mais la plupart des sympathisants de l'Action française sont foncièrement antimodernistes).
Le vote en 1905 de la Loi de séparation des Églises et de l'État constitue un nouveau tournant qui va créer un conflit entre les idées libérales du Sillon et l'épiscopat français. En 1910, dans son encyclique Notre Charge Apostolique, le pape Pie X condamne les idées des sillonistes, la « fausse doctrine du Sillon » qui prône le nivellement des classes, la triple émancipation politique, économique et intellectuelle. Il déplore qu'un trop grand nombre de prêtres se fassent les apôtres de ces erreurs et les invite à se replacer désormais sous l'autorité du clergé. Marc Sangnier se soumet à la directive mais décide peu après d'abandonner l'action religieuse pour la politique.
L'historien Jacques Prévotat indique que quelques années plus tard, en 1914, le même pape Pie X condamne la doctrine de l'Action française de Charles Maurras par une encyclique qui ne sera pas publiée. Elle sera officiellement condamnée par le Vatican en 1926.
Militant social et pacifique
Marc Sangnier fonde un quotidien, La Démocratie, puis, en 1912, la Ligue de la Jeune République. Il milite pour l'égalité civique pour les femmes, le scrutin proportionnel et ébauche un véritable système avant-gardiste de législation sociale.
À la déclaration de guerre en 1914, il est mobilisé. Avec le grade de lieutenant, il sert pendant dix-huit mois sur le front est décoré de la Croix de Guerre avant d'obtenir la Légion d'honneur. La paix revenue, il se présente aux élections législatives et est élu député à la Chambre « bleu horizon ». Réactivant son mouvement Jeune République, il défend l'idée d'une véritable réconciliation franco-allemande, mais ses idées pacifistes le mènent à un échec aux élections de 1929 et il décide d'abandonner la politique.
Il se consacre alors pleinement à la cause pacifiste. Après une rencontre avec Richard Schirrmann qui a initié les premières auberges de jeunesse en Allemagne, il reprend l'idée et ouvre la première Auberge de jeunesse en France, baptisée l'Épi d'Or, elle est construite en 1929 à Boissy-la-Rivière (Essonne) L'année suivante est fondée à son initiative la Ligue française pour les Auberges de la Jeunesse.
Marc Sangnier crée un nouveau périodique, L'Éveil des Peuples, afin de faire connaître ses idées. Des personnalités comme Pierre Cot et René Cassin signent à l'occasion quelques articles dans son journal. Durant l'occupation, après la défaite de 1940, il met l'imprimerie de son journal au service de la Résistance ce qui lui vaut d'être arrêté par la Gestapo et incarcéré pendant quelques semaines à la prison de Fresnes. À la Libération, il est élu député de Paris sous l'étiquette du MRP (Mouvement républicain populaire), Il décède le 28 mai 1950. De nombreuses écoles et collèges portent son nom en France ainsi qu'une rue de Paris.
Œuvres
Discours (10 tomes):
Tome I - 1891-1906
Tome II - 1906-1909
Tome III - 1910-1913
Tome IV - 1912-1913
Tome V - 1913-1919
Tome VI - 1919-1922
Tome VII - 1922-1923
Tome VIII - 1923-1925
Tome IX - 1925-1929
Tome X - 1930-1937
L'Education sociale du Peuple, Paris, Rondelet, 1899.
Le Sillon, esprit et méthodes,Paris, Au Sillon, 1905.
L'Esprit démocratique, Paris, Perrin, 1905.
Par la mort, Paris, Au Sillon, 1905.
Une méthode d'éducation démocratique, Paris, Au Sillon, 1906.
Au lendemain des élections (sous le pseudonyme de François Lespinat), Paris, Au Sillon, 1906.
La Vie profonde, Paris, Perrin, 1906.
Le Plus Grand Sillon, Paris, Au Sillon, 1907.
La Trouée, Paris, Au Sillon, 1908.
Devant l'affiche, Paris, Au Sillon, 1908.
Chez les fous, Paris, Au Sillon, 1908.
La lutte pour la démocratie, Paris, Perrin, 1908.
Dans l'attente et le silence, Paris, Au Sillon, s.d. Aux sources de l'éloquence, Paris, Bloud et Gay, 1908.
Conférences aux soldats sur le front, Paris, Bloud et Gay, 1918.
Ce que savent les jeunes Français d'aujourd'hui, La Démocratie, 1918.
Le Val noir, La Démocratie, 1919.
L'Âme commune, 1920-1921.
L'Anniversaire, La Démocratie, 1928.
Albert de Mun, Paris, Alcan, 1932.
Autrefois, Paris, Bloud et Gay, 1933.
Le Pacifisme d'action, Paris, Foyer de la Paix, 1936.
Le Combat pour la Paix, Paris, Foyer de la Paix, 1937.
Histoire des Auberges de la Jeunesse, édité par " Les Auberges ", 1946.
Source : Wikipédia.
02 septembre 2007
Le catholicisme social
1 PRÉSENTATION
Expression datant de la fin du XIXe siècle et désignant le courant de pensée né au sein du catholicisme qui a tenté d’améliorer le sort de la classe ouvrière en se fondant sur les principes tirés de l’Évangile.
2 LES PRÉCURSEURS
Le catholicisme social, comme le courant démocrate-chrétien, naît en France dans le sillage des idées de Lamennais et cherche, à l’origine, à lier ensemble démocratie et christianisme. Dès 1820, face à l’essor de la révolution industrielle et l’apparition du prolétariat, des catholiques libéraux, tel Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, réclament des solutions non plus simplement charitables, mais également légales au problème de la condition ouvrière. Les précurseurs du catholicisme social sont souvent des socialistes chrétiens, dont Philippe Buchez, issu du mouvement saint-simonien, et les écrivains réunis autour du journal l’Atelier (1840-1850) sont les meilleurs exemples.
La révolution de 1848 donne un nouvel essor au catholicisme social, grâce à l’équipe de l’Ère nouvelle, dirigée par Lacordaire. Mais la répression des émeutes de juin 1848 sonne le glas de cette espérance, la majorité des catholiques rejoignant le parti de l’ordre. Se développe alors un mouvement légitimiste conservateur, qui se démarque du courant libéral ou socialiste par son antimodernisme et son antidémocratisme, inspiré par Armand de Melun, qui crée à la même époque de nombreuses sociétés charitables et de secours dans le but d’endiguer la misère et la déchristianisation des masses ouvrières. Il contribue à l’adoption en 1850-1851 de lois charitables.
Dans le même temps, en Allemagne, l’évêque de Mayence, Mgr Ketteler, formule le programme du Zentrum (« Centre catholique »), parti qui réclame la promulgation d’une législation sociale. Durant la période du second Empire, le catholicisme social se limite à un paternalisme qui se traduit par l’essor du patronage et des sociétés charitables.
3 DES CERCLES CATHOLIQUES AUX SEMAINES SOCIALES
Le traumatisme de la Commune relance le mouvement, avec la fondation en 1871 par Albert de Mun et René de La Tour du Pin des cercles catholiques d’ouvriers, sorte de syndicats mixtes regroupant ouvriers et patrons. En 1876, l’industriel Léon Harmel, qui a fondé pour ses ouvriers un système d’aides sociales, publie un ouvrage intitulé Manuel d’une corporation chrétienne. Les travaux nés de ces différentes initiatives inspirent largement le pape Léon XIII qui, dans l’encyclique Rerum novarum (1891), encourage la réconciliation des classes et donc les mouvements catholiques et sociaux.
Dès lors, les initiatives se multiplient. En 1894, Marc Sangnier fonde le Sillon, mouvement social d’inspiration chrétienne, qui est à l’origine d’œuvres d’enseignement, d’assistance et d’entraide. En 1902 naît l’Union d’études des catholiques sociaux, sous la présidence d’Henri Lorin, et en 1903 se crée à Reims, sous l’impulsion du père jésuite Leroy puis sous celle de son adjoint le père Desbuquois, l’Action populaire. Ce mouvement reprend bientôt la vieille revue de l’œuvre des cercles sous le titre le Mouvement social.
Ces mouvements entreprennent alors de se coordonner. En 1904 se tiennent à Lyon les premières Semaines sociales, et des secrétariats sociaux entreprennent de renseigner dans tous les diocèses sur l’orientation du mouvement social de l’Église. Le succès de ces initiatives, et particulièrement des Semaines sociales, tient à l’extraordinaire confiance suscitée chez nombre de catholiques par le sentiment d’apporter une réelle contribution à la résolution des problèmes contemporains. Même la condamnation du Sillon, jugé trop « socialiste » et sommé par la papauté de choisir entre le domaine religieux et le domaine politique (1910), n’altère pas cet enthousiasme.
4 DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES À NOS JOURS
Ces initiatives, qui sont à l’origine du courant démocrate chrétien, trouvent leur prolongement au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec la création en 1919 de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), premier syndicat chrétien, et celle de mouvements catholiques spécialisés, tels que la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) en 1925, la Jeunesse agricole chrétienne (JAC) en 1929, et la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), la même année.
L’Église s’efforce aussi de préciser sa doctrine sociale, notamment dans les encycliques Quadragesimo anno (1931), Mater et magistra (1961) et Octogesima adveniens (1971).
En crise dans les années soixante-dix, le catholicisme social connaît avec Jean-Paul II un certain regain, comme en témoignent les encycliques Sollicitudo rei socialis (1987) et Centesimus annus (1991), en raison en particulier de l’effondrement du communisme en Europe de l’Est et de la progressive mondialisation de l’économie.
Source : Encyclopédie Microsoft Encarta 2004.
14 août 2007
Le Sillon
Mouvement catholique (1894-1910) groupant des cercles d’action sociale.
En 1893, quelques années après le ralliement de l’Église à la IIIe République, un groupe de réflexion, « la Crypte », se constitue au lycée Stanislas de Paris autour de Marc Sangnier. On y discute du christianisme social de l’encyclique Rerum novarum, parue en 1891. Parallèlement, Paul Renaudin fonde une revue, le Sillon, dont le premier numéro paraît le 10 janvier 1894. Le titre évoque la parabole du grain qui veille sous le sillon d’hiver, comme la jeunesse qui sera la moisson de demain.
La revue de 200 abonnés prend de l’ampleur. Sangnier, qui y collabore depuis le premier numéro, en devient actionnaire, puis président (1899). Elle fusionne alors avec le Bulletin de la Crypte de Sangnier, et se double en 1904 d’un hebdomadaire, l’Éveil démocratique, tiré à 50 000 exemplaires.
Autour de la revue se constituent des cercles d’étude, où des ouvriers côtoient des étudiants et des prêtres. Les sillonnistes prônent l’instruction du peuple, organisent des visites éducatives, des congrès, des instituts populaires, des pèlerinages et favorisent la formation de prêtres ouvriers. Ils se rapprochent de la démocratie chrétienne. L’épiscopat français et Pie X accueillent favorablement ce renouveau militant de la jeunesse. À sa dissolution, le mouvement compte un demi-million de membres.
Mais le mouvement se politise à partir de 1907. La « jeune garde », en uniforme, sert de service d’ordre aux manifestations du mouvement et en assure la propagande. Les prises de position (contre l’exploitation professionnelle des femmes, etc.), les polémiques avec la gauche laïque comme avec la droite nationaliste, isolent le Sillon. Ce mouvement chrétien dirigé par un laïc dérange. Sur ordre de leur évêque, de nombreux prêtres se retirent des cercles. Le 25 août 1910, une lettre de Pie X condamne le Sillon, qui s’est ouvert à des non-chrétiens et qui échappe au contrôle des autorités ecclésiastiques. Le mouvement est alors dissous.
Première tentative d’ériger en formation militante l’idée du catholicisme social, le Sillon est à l’origine des mouvements démocrates-chrétiens français.
Source : Encyclopédie Microsoft Encarta 2004.
11 août 2007
La démocratie chrétienne
PRÉSENTATION
Courant politique de droite modérée qui est apparu vers la fin du XIXe siècle en Europe. Les partis se réclamant du christianisme entendent alors fonder un régime où le pouvoir appartient au peuple, et s’inspire des principes empruntés à l’Évangile. Leur influence a été très grande dans l’histoire politique européenne surtout après 1945, notamment en Italie, en Belgique et en Allemagne.
CHRISTIANISER LA DÉMOCRATIE...
Les origines de la démocratie chrétienne remontent à la première moitié du XIXe siècle. À cette époque, en effet, le choc de la Révolution française et la question sociale naissante amènent certains penseurs catholiques à se faire les partisans d’idées progressistes, tout en insistant sur le rôle fondamental des valeurs traditionnelles comme la famille ou l’Église. Ce mouvement se développe en France à partir de la fin de la monarchie de Juillet, et surtout au moment de la Révolution de 1848 et sous la IIe République, avec Lamennais, Lacordaire et Philippe Buchez, s’appuyant sur des journaux tels l’Avenir, l’Atelier ou encore l’Ère nouvelle dirigée par Frédéric Ozanam et l’abbé Maret. Il s’agit, tout d’abord, de fournir aux catholiques, jusqu’alors cantonnés dans le domaine spirituel ou par trop liés au parti ultra qui prône un pur et simple retour à l’Ancien Régime, une doctrine politique qui tienne compte de l’évolution de la société depuis 1789, et notamment des idées démocratiques qui triomphent un peu partout en Europe à cette époque. Dans leur volonté de voir les catholiques jouer un rôle politique plus important, ces penseurs s’inspirent d’une vision de l’Évangile qui met l’accent sur sa dimension humaine et, plus encore, d’amour et de fraternité, permettant de résoudre les problèmes sociaux posés par le développement du capitalisme et la difficile condition du prolétariat.
Toutefois, leur pensée, mêlée par trop de romantisme et d’esprit prophétique, n’a que peu de prise sur la société, et les différentes tendances se réclamant de la démocratie chrétienne demeurent trop éparses, voire opposées, pour parvenir à jouer un véritable rôle politique. Il faut attendre, en fait, l’encyclique Rerum novarum (1891) de Léon XIII, sur la condition ouvrière, pour voir le mouvement réellement s’organiser et connaître un élan décisif. En Italie, une fraction importante des membres de l’Œuvre des Congrès, apparue à la fin du XIXe siècle, ainsi qu’en Belgique ceux du Parti catholique, se revendiquent démocrates chrétiens.
En France, où le « ralliement » des catholiques à la République est soutenu par le pape, un groupe d’« abbés démocrates », tels l’abbé Trochu qui crée l’Ouest-Éclair, l’abbé Dabry, fondateur de la Vie catholique, ou bien encore l’abbé Lemire, devenu député d’Hazebrouck, se lance activement dans la politique et fait de la démocratie une sorte d’aboutissement logique et, plus encore, nécessaire de l’enseignement du Christ. Mais ce faisant, il se heurte à la majorité des milieux catholiques profondément conservateurs, comme en témoigne leur soutien massif à la cause antidreyfusarde, hostile à la République comme à la démocratie.
L’intensité des polémiques entre le courant libéral et le courant conservateur, au sein des catholiques, incite le pape Léon XIII à intervenir dans le débat et à définir la position officielle de l’Église. L’encyclique Graves de Communi (1901) consacre certes l’expression « démocratie chrétienne » mais, comme l’explique le pape, « il ne faut l’employer qu’en lui ôtant tout sens politique et en ne lui attachant aucune autre signification que celle d’une bienfaisante action chrétienne à l’égard du peuple ». Léon XIII entend limiter la démocratie chrétienne au seul catholicisme social et condamne ainsi les tendances les plus progressistes qui pouvaient glisser vers un socialisme chrétien.
3 …ET DÉMOCRATISER L’ÉGLISE
En condamnant l’idée que l’instauration de la démocratie peut seule permettre l’accomplissement complet du message évangélique, en rejetant toute action qui soit à la fois catholique et politique, la papauté s’oppose ainsi à un mouvement, laïc pour l’essentiel, dont elle redoute qu’il ne transpose le principe démocratique à l’intérieur même de l’Église. En effet, dans leur volonté de rompre avec l’alliance traditionnelle du trône et de l’autel, comme c’était le cas sous l’Ancien Régime, et tout au long du XIXe siècle, les partisans de la démocratie chrétienne prônent une remise en cause de la structure hiérarchique telle qu’elle existe dans l’Église catholique. La réforme de l’institution qui s’accompagne d’une place plus grande accordée aux laïcs en son sein, revendication formulée notamment en Italie par le dirigeant de l’Œuvre des Congrès, Romolo Murri, est aux yeux des démocrates chrétiens l’une des conditions nécessaires pour permettre à l’Église de s’adapter à la modernité et de continuer à jouer un rôle dans la société au-delà de la seule dimension religieuse. En ce sens, la démocratie chrétienne semble rejoindre le courant moderniste, qui se développe au même moment parmi certains clercs, tel Alfred Loisy, en France et en Italie, réclamant une relecture du message évangélique adapté à la société et à la science modernes. Cependant, le successeur de Léon XIII, Pie X, rejette dans le même temps les modernistes et le courant démocrate chrétien en excommuniant Loisy en 1906, en prononçant la dissolution de l’Œuvre des Congrès en 1905, puis en condamnant les journaux démocrates chrétiens français en 1908 et surtout, en 1910, le mouvement du Sillon, fondé par Marc Sangnier, qui tente de lier République, aspirations sociales et catholicisme. Si la plupart d’entre eux se plient aux injonctions du pape, cette double condamnation entraîne, cependant, le départ de l’Église de certains abbés démocrates en France, ainsi que de Romolo Murri en Italie, et de modernistes tels Loisy ou Minocchi.
4 L’ESSOR DE LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE DURANT L’ENTRE-DEUX-GUERRES
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la chute des empires chrétiens en Autriche-Hongrie et en Russie, l’avènement de nouveaux États aux principes démocratiques, ainsi que la peur de l’essor du communisme incitent la papauté à changer de position et à encourager les catholiques à s’engager dans l’action politique et à s’organiser en partis. Dans l’esprit du Saint-Siège, il ne s’agit pas tant d’afficher une étiquette confessionnelle que de défendre les principes chrétiens dans le débat politique. Cette impulsion venue de Rome favorise alors le développement du mouvement démocrate chrétien.
En Italie, don Sturzo fonde le Parti populaire italien qui prône un programme social assez vaste, et rencontre un large écho dans la population obtenant, dès 1919, près de 100 députés à l’Assemblée. En Belgique, le Parti catholique belge se rallie aux thèses démocrates chrétiennes défendues notamment par Carton De Wiart et fait adopter au Parlement d’importantes lois sociales concernant le droit de grève ou la réduction du temps de travail. En Allemagne, le parti catholique, le Zentrum (« Centre catholique »), déjà puissant sous le règne de Guillaume II, devient l’une des principales formations de la République de Weimar et prend part à des gouvernements de coalition. Dans le même temps, des ecclésiastiques tels Mgr Seipel en Autriche, Mgr Nolens aux Pays-Bas, Mgr Sramek en Tchécoslovaquie prennent la tête de partis démocrates chrétiens appelés à jouer un rôle très important sur la scène politique de leurs pays. Ailleurs en Europe, ce sont des laïcs qui s’organisent, notamment en Suisse, en Roumanie, en Lituanie et en Pologne, tandis qu’un Secrétariat international des partis démocrates chrétiens voit le jour en 1928, afin de renforcer les liaisons au niveau européen.
En France, malgré la défiance d’une large partie de l’électorat envers les influences cléricales, un parti démocrate-populaire est fondé par Auguste Champetier de Ribes qui regroupe les membres de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et du Sillon notamment. Même si son nombre de députés demeure limité (une dizaine au maximum), il exerce cependant une influence certaine, à laquelle s’ajoute également celle du parti de Marc Sangnier, la Jeune République. Toutefois, la condamnation de l’Action française par la papauté en 1926, qui détache de l’extrême droite une partie importante des électeurs catholiques, et le ralliement des journaux tel la Croix, aux thèses démocrates chrétiennes, contribuent à renforcer l’audience de ce mouvement.
5 DU SUCCÈS À LA REMISE EN CAUSE
Ce n’est cependant qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les démocrates chrétiens acquièrent véritablement une assise politique très large auprès des masses catholiques. En Italie, le Partido della Democrazia cristiana (DC) fondé en 1944 a, jusqu’en 1993, assumé la direction du pouvoir ou participé à des gouvernements, sous l’impulsion de leaders tels qu’Alcide De Gasperi, Aldo Moro, Amintore Fanfani, Giulio Andreotti ou Ciriaco De Mita. En Allemagne, la Christlich-Demokratische Union (CDU), née en 1945, a gouverné sans interruption depuis 1949, à l’exception d’une courte période (1969-1982). De même en Belgique, le Parti social chrétien (PSC/CVP), héritier du Parti catholique belge, joue un rôle de tout premier plan dans la vie politique du pays, tandis qu’en France, le Mouvement républicain populaire (MRP) devient l’un des pivots de la IVe République, aussi bien lors du tripartisme (avec les socialistes et les communistes) que lors de la constitution de la Troisième Force (avec les socialistes, les radicaux et plusieurs partis de droite modérée).
Ce succès s’explique d’une part par le rôle joué par les démocrates chrétiens dans la résistance au nazisme et au fascisme et, d’autre part, par l’écroulement de la droite qui, bien souvent, avait collaboré durant la guerre avec l’occupant nazi. Ainsi, nombre d’électeurs de droite se reportent sur les partis démocrates chrétiens, notamment en France, afin de faire barrage aux socialistes et aux communistes. La peur du communisme, ainsi que le soutien électoral de la droite entraînent principalement deux conséquences :
— Sur le plan extérieur, cela permet aux démocrates chrétiens de jeter les bases de la construction européenne. Déjà durant l’entre-deux-guerres, ils avaient œuvré pour la réconciliation des peuples, soutenant notamment les initiatives d’Aristide Briand et d’Heinrich Brüning pour mettre un terme à l’hostilité franco-allemande. L’Italien Alcide De Gasperi, l’Allemand Konrad Adenauer et le Français Georges Bidault sont ainsi les grands artisans de l’unité économique et politique de l’Europe de l’Ouest, face à l’Europe de l’Est communiste, par l’intermédiaire notamment du plan Schuman et la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1952, puis par la signature du traité de Rome en 1957.
— Sur le plan intérieur, cela amène les démocrates chrétiens à modérer considérablement leur programme social, bien que celui du MRP, de la CDU et surtout de la DC soit assez important et ouvert, en particulier, à la planification et à l’idée d’une nécessaire intervention de l’État pour corriger les défauts de l’économie de marché. L’abandon par les démocrates chrétiens d’une grande partie de leur programme social leur aliène une partie de l’électorat catholique, tandis qu’en France le MRP décline, en raison de la reconstitution progressive de la droite. Le courant démocrate chrétien perdure, cependant, à travers le Centre des démocrates sociaux (CDS), sous l’impulsion de Jean Lecanuet, qui rejoint l’Union pour la démocratie française (UDF) à sa création en 1978, et se transforme en 1995 en Force démocrate, dirigée par François Bayrou.
En Italie comme en Allemagne, le parti démocrate chrétien s’ancre encore plus nettement à droite pour conserver sa prééminence électorale. Ainsi, la CDU et son aile bavaroise, la CSU, s’engagent dans un programme ouvertement néolibéral, offrant un mélange pragmatique de libéralisme démocratique et de conservatisme et prônant une économie de marché « sociale ». Cependant, avec le discrédit rapide de l’idéologie communiste et de ses formes de gouvernement dès la fin des années quatre-vingt, puis son brutal écroulement en 1990-1992, la démocratie chrétienne, en perdant son principal adversaire politique, voit également disparaître une de ses principales raisons d’être.
Ainsi en Italie, la fin de la menace communiste et le ralliement du Parti communiste italien (PCI) à la social-démocratie bouleversent la situation politique. Le lancement de l’opération « mains propres » et les nombreuses révélations sur les liens entre les partis politiques, les industries et la Mafia jettent le discrédit sur le système de partitocratie dont la DC était la principale bénéficiaire. Celle-ci connaît un déclin électoral aggravé par de nombreuses dissensions, tandis qu’à droite, de nouveaux partis se forment dont Forza Italia dirigée par Silvio Berlusconi et l’Alliance nationale de Gianfranco Fini. La DC finit par éclater en 1994 et les nombreuses formations issues de son éclatement ne parviennent plus à jouer un rôle important, coincées entre le pôle de l’Olivier à gauche, et le pôle des libertés à droite.
En Allemagne, la CDU enregistre un nouvel élan au lendemain de la chute du mur de Berlin, son dirigeant, Helmut Kohl, apparaissant comme le principal artisan de la réunification. Cependant, la profonde récession qui aboutit à la remise en cause du modèle d’économie de marché « sociale » affaiblit la CDU qui essuie, en 1998, plusieurs revers électoraux au cours de scrutins régionaux et doit faire face à la remontée de l’opposition social-démocrate.
Aux Pays-Bas également, l’influence des chrétiens démocrates s’érode et, pour la première fois en 1993, un gouvernement ne comprenant aucun de leurs membres a vu le jour.
Présente aussi en Amérique latine où de nombreux partis se réclamant de son idéologie sont au gouvernement, comme au Chili, la démocratie chrétienne connaît un déclin général en Europe dans la mesure où la démocratie n’est plus l’objet de débats au sein des catholiques et où la laïcisation des sociétés contribue à réduire l’influence de partis se réclamant d’une étiquette confessionnelle.
Source : Encyclopédie Microsoft Encarta 2004.
10 juillet 2007
Le Centre
1 PRÉSENTATION
Centre (politique), terme générique désignant les mouvements politiques refusant le conservatisme des partis de droite et les bouleversements proposés par les partis de gauche, et favorables à un changement progressif et modéré des structures sociales.
2 L’INCERTAINE EXISTENCE DU CENTRE
C’est en France qu’apparaît pour la première fois le centre en tant que réalité politique. En effet, la transformation des États généraux en Assemblée nationale constituante, en 1789, laisse — entre un bloc de droite monarchiste et un bloc de gauche, partisan de substituer au principe monarchique celui de souveraineté nationale — la place à un ensemble politique, composite et majoritaire, situé au centre, appelé le Marais ou la Plaine.
Cependant si l’existence du centre paraît conditionnée à la mise en place d’un régime parlementaire, il ne saurait s’agir d’une condition suffisante comme le démontre son absence en Grande-Bretagne où il existe pourtant, dès le XVIIIe siècle, un système parlementaire, mais où le bipartisme occupe tout l’espace politique.
En fait, le centre est lié à la conception latine de la politique. Alors qu’on trouve des partis se réclamant du centre en Italie, en Espagne, au Portugal et en France, ces derniers n’existent pas dans les pays anglo-saxons. Le bipartisme très prégnant chez ces derniers explique en grande partie cette situation, et lorsqu’il arrive qu’un parti se baptise centriste, comme le Zentrum (« Centre catholique ») en Allemagne, il est en réalité une formation regroupant des intérêts conservateurs, voire réactionnaires, le situant de fait à droite.
Cependant, la question d’un centre irréductible aux pôles de la droite et de la gauche s’est toujours posée. Le politologue Maurice Duverger estime que le centre n’existe pas en politique : « On appelle “ centre ” le lieu géométrique où se rassemblent les modérés des tendances opposées : modérés de droite et modérés de gauche. » En revanche, Georges Burdeau pense que le centre a toujours existé et qu’il a été représenté dans la vie politique française, souvent par une partie de la droite, celle qui refuse les extrêmes : la droite orléaniste.
En effet, si l’absence de programme idéologique du Marais, qui pourrait se résumer par la seule volonté de survivre aux différentes évolutions de la Révolution française, et si le ralliement de la plupart de ses membres à l’Empire puis à la Restauration semble obérer toute esquisse de définition précise, la politique menée sous la monarchie de Juillet par Guizot et ses partisans, issus de la droite orléaniste, constitue une sorte d’étape préliminaire à la formation d’un centre, conçu comme le « juste milieu », repoussant les excès des ultras comme de la gauche.
De même l’attitude à la fin du XIXe siècle des républicains « opportunistes », par leur volonté d’asseoir à la fois définitivement les acquis de la Révolution française, dont la laïcité et la république, et de limiter la question sociale à quelques lois d’inspiration libérale, détermine un espace politique défini comme une voie médiane, ni monarchiste, ni nationaliste, ni socialiste.
Mais si le centre joue un rôle majeur dans la vie politique française, depuis la fin du XVIIIe siècle, il semble qu’il ne soit jamais parvenu à se doter d’une doctrine bien définie, ni même à transformer sa majorité arithmétique, le plus souvent bien réelle, en un parti, et plus largement en un rapport de forces politique favorable à ses propres intérêts.
3 LES PARTIS CENTRISTES EN FRANCE
3.1 Jusqu’en 1945
Si le terme de « centriste » n’apparaît qu’à partir de 1922, et celui de « centrisme » qu’en 1936 seulement, il est en revanche indéniable que les représentants du centrisme se sont retrouvés nombreux au sein du Parti radical et radical-socialiste et, dont ils ont ainsi contribué à faire évoluer la ligne politique. Mais durant toute cette période, ils ont dû se définir alternativement contre la droite ou contre la gauche, et chercher dans chacun des deux camps, à tour de rôle, des alliés afin de former des gouvernements de coalition, tantôt de centre-droit, tantôt de centre-gauche. Une nouvelle fois, durant l’entre-deux-guerres, sa seule délimitation ne peut que se trouver négativement, par le rejet des communistes et des ligues d’extrême droite.
3.2 Sous la IVe République
Durant la période suivante, les hommes du centre, comprenant les radicaux et les membres du Mouvement républicain populaire (MRP), sont parmi les principaux animateurs de la IVe République, régime qui exclut communistes et gaullistes. Leur faiblesse numérique en revanche les contraint à pratiquer de perpétuelles oscillations et à se livrer à des combinaisons parlementaires instables. Les centristes rallient les socialistes sur la question de l’Europe, et la droite modérée sur la question de l’enseignement privé, ce qui contribue à donner une image négative de la IVe République qui, à l’instar de la IIIe République, semble livrée au seul jeu politicien, et à favoriser ainsi la chute du régime.
3.3 Sous la Ve République
Sous la Ve République, de 1958 à 1974, l’espace du centre voit cependant se constituer véritablement deux formations centristes, issues des deux partis ayant des traditions centristes, à savoir le MRP et le Parti radical. Le Centre démocrate, première appellation de ce type, est fondé le 2 février 1966, sous la présidence de Jean Lecanuet, prenant la suite de la formation démocrate chrétienne du MRP, dont il constitue un élargissement et un dépassement doctrinal (absence de références explicites à la doctrine chrétienne).
Dans le même temps une scission s’opère parmi les radicaux (voir Radical et radical-socialiste, Parti). L’aile gauche, sous l’impulsion de Maurice Faure, fonde le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et rejoint le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF) au sein de l’Union de la gauche, tandis que le Parti radical, qui regroupe notamment les partisans de J. J. Servan-Schreiber et de son Mouvement des réformateurs, se rallie au nouveau président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974.
En 1976, un nouveau parti politique, le Centre des démocrates sociaux (CDS) naît de la fusion du Centre démocrate, du Centre démocratie et progrès et de divers clubs et associations. Il se définit comme hostile à la bipolarisation de la vie politique française et se montre favorable à l’unité européenne et au renforcement de la communauté atlantique, à une économie libérale et à une certaine participation des citoyens.
Il participe aux gouvernements élaborés sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Le septennat de celui-ci marque véritablement la tentative d’une mise en place d’un projet centriste qui mêle réforme des mœurs (loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse en 1975, abaissement de l’âge de la majorité, etc.) et libéralisme à caractère populaire.
Le CDS devient, ainsi que le Parti radical, l’un des membres fondateurs de l’Union pour la démocratie française (UDF) et constitue l’une des principales composantes de ce parti.
Mais le CDS ne parvient pas à rallier une majorité d’électeurs, qu’un programme modéré ne séduit guère, alors même que les centristes, qui se constituent en groupe indépendant à l’Assemblée nationale de 1988 à 1993, peinent à se trouver un véritable leader comme en témoignent les échecs de Raymond Barre à l’élection présidentielle de 1988 et de Simone Veil aux élections européennes de 1989. Cependant, un temps courtisés par les socialistes qui cherchent l’ouverture au centre, plusieurs des membres les plus influents du CDS participent de 1993 à 1995 au gouvernement d’Édouard Balladur, dont la défaite à l’élection présidentielle de 1995 marque la fin d’une stratégie visant à rassembler au centre au-delà du clivage gauche-droite. La présence de centristes, notamment celle de François Bayrou et de Jacques Barrot dans le gouvernement d’Alain Juppé, témoigne de leur rôle de force d’appoint indispensable à la droite. Toutefois, l’échec de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 1997 et la faiblesse de l’UDF dont certains de ses membres acceptent, dans le cadre des conseils régionaux, de s’allier, en 1998, avec le Front national, relancent à nouveau chez certains leaders du CDS, devenu Force démocrate en 1995, la volonté de créer un grand parti centriste, qui se démarquerait des familles gaulliste et libérale à droite et se rapprocherait du Parti radical à gauche.
Si le centre constitue depuis deux cents ans une référence politique forte, les centristes ont jusqu’à présent toujours échoué à se doter d’une formation politique puissante, à la différence des différents courants de gauche et de droite, sans doute en grande partie en raison de la fluidité de ses marges, et plus encore de l’absence d’une identité programmatique forte, la principale caractéristique du centre étant justement le refus de tout carcan idéologique et un pragmatisme confinant parfois au jeu politicien.
Source : encyclopédie Microsoft Encarta 2004.