18 juin 2008
Réaction du Mouvement Démocrate au "non" des Irlandais au traité de Lisbonne
François Bayrou et Marielle de Sarnez ont réagi au "non" des Irlandais au traité de Lisbonne ce vendredi 13 juin ....
Selon
François Bayrou , ce rejet probable du traité de Lisbonne par les Irlandais
révèle le "fossé" qui "s'est creusé entre les peuples européens et leurs institutions".
"Les Irlandais ont répondu comme beaucoup d'autres peuples européens l'auraient fait" à ce
traité "encore plus incompréhensible que le texte touffu de la Constitution européenne", a déclaré
à l'AFP M. Bayrou. "On a essayé de ruser avec les peuples, et de faire comme si l'Europe était
uniquement une affaire d'initiés", a-t-il dit. Les gouvernements vont devoir "prendre le temps
nécessaire" pour rejoindre les préoccupations des citoyens "qui ont l'impression que l'Europe est
devenue uniquement une machine pour initiés purement économique et
commerciale, et qui ne les protège pas dans les difficultés des temps".
Les citoyens "ont le sentiment de n'être au courant de rien de ce qui se décide et se
discute", a-t-il ajouté. "Je suis certain qu'ils pensent dans leur grande majorité qu'il faut une
Europe dont la voix soit aussi crédible et influente que celle des Etats-Unis ou de la Chine. Mais
ils veulent que ce soit leur voix", a déclaré François Bayrou.
Il faut élaborer pour l'Europe un traité "court, simple, lisible, compréhensible par tous et
soumis à référendum", a-t-il encore indiqué, reprenant la thématique développée pendant la
campagne présidentielle.
De son côté,
Marielle de Sarnez déclare :
"C’est un événement très important qui ne peut pas être ignoré ou contourné et qui aura
des conséquences lourdes pour l’avenir immédiat.
Un fossé s’est creusé entre les peuples et l’Europe. C’est à cette question
qu’il faut répondre. On ne peut plus continuer d’ignorer ce qui est ressenti comme un
déficit démocratique.
Ceci oblige à trouver pour l’Europe des réponses nouvelles qui prennent en compte les
inquiétudes des peuples et les défis des temps."
11 juin 2008
François Bayrou : "Il nous revient de penser une Europe nouvelle et de la faire aimer"
"Je suis très heureux de la manière dont cette Convention a été conduite, organisée, de la remarquable qualité des travaux, de la remarquable qualité des expressions et j'y vois une promesse pour notre mouvement, car j'écoutais tous ceux qui parlaient et je mesurais que c'est parce que nous étions un mouvement nouveau que nous avions pu organiser ces rencontres avec ceux qui se sont exprimés....
Le renouvellement formidable de la démarche politique qui est la nôtre a permis que viennent
s'exprimer avec nous, certains je le crois pour un jour nous rejoindre, des esprits qui jusqu'à
maintenant, ne trouvaient pas leur place dans l'échiquier politique français.
Ils étaient dans l'insatisfaction et la recherche de quelque chose d'autre que nous avons
commencé à construire et bâtir, c'est ce qui est en marche, et c'est pourquoi j'étais très heureux
de cette rencontre. Et je remercie Marielle de Sarnez d'avoir assuré l'organisation et l'animation
de cette convention pour l'Europe et de l'avoir conclue brillamment.
J'étais hier au Liban, invité par le Président de la République, et j'ai répondu oui. Je vais
vous dire pourquoi, cela a quelque chose à voir avec le sujet européen que nous traitons
aujourd'hui. J'ai répondu oui, parce que le Président de la République ayant invité les
responsables des principales forces démocratiques françaises, j'ai retrouvé là une attitude que je
défends depuis longtemps qui est celle de l'unité nationale -je ne dis pas de l'union nationale-
mais de l'unité nationale en face d'un certain nombre de très grands enjeux.
Pour moi, chaque fois que l'on peut saisir l'occasion de montrer que bien des affrontements
politiques sont dépassables -je ne dis pas qu'ils sont sans enjeux, sans contenu, mais qu'ils sont
dépassables- je trouve que l'on fait un pas vers la construction de l'avenir de la France.
Ce que je réprouve dans la vie politique française, c'est trop souvent le face à face de deux
forces dont l'une jette sur tous sujets l'anathème sur l'autre, et dont l'autre répond que la
première est la cause de tous les maux.
Je suis pour le pluralisme et je suis pour le dialogue et la discussion et la capacité de
réunir des forces -c'est la première raison pour laquelle j'ai dit oui- la cohérence avec la
démarche politique que nous suivons ensemble depuis longtemps.
Il y a une deuxième raison pour laquelle j'ai dit oui, au-delà même des liens historiques qui
sont ceux de la France et du Liban, c'est que ce qui se joue au Liban est d'importance universelle.
D’abord, parce que ce projet national, complètement unique, complètement original qui
consiste à faire vivre ensemble, dans une région qui est profondément intolérante, des communautés
d'origine et de religions différentes, ce projet importe à l'ensemble du Proche-Orient, à la vision
universelle de la France et il importe aussi à l'ensemble de l'humanité.
Mais ce projet qui est depuis longtemps menacé par les divisions, les exclusions, les haines,
les affrontements, le terrorisme, les assassinats est, de surcroît, aujourd'hui exposé à quelque
chose qui commence, dont je vais parler avec beaucoup de prudence et dont le siècle qui vient va
être l'enjeu.
J'espère que l'on pourra éviter le développement de ce drame, mais un affrontement est en
train de naître au sein même de l'Islam -pardon de dire les choses simplement- entre l'islam
sunnite et l'islam chiite et cet affrontement, avec le rôle de l'Iran et de la Syrie est ressenti
au Liban comme étant précisément, là, à l'épicentre du tremblement de terre.
Ce qui est extrêmement frappant au Liban, c'est que, pendant très longtemps, les
affrontements, les guerres et les violences, ont été entre chrétiens et musulmans et que,
aujourd'hui, la plupart des affrontements sont entre musulmans eux-mêmes. Affrontements nocturnes,
incidents, violences sont entre musulmans eux-mêmes avec le sentiment que des forces extérieures
sont en train de s'installer au Liban et, quand on dit "ces forces extérieures" pudiquement, hier
on parlait de Syrie, aujourd'hui, on parle de beaucoup plus loin encore et, pour parler simplement,
de l'Iran.
Il m'a paru extrêmement utile, au moment où nous étions, que des responsables politiques
français soient capables de faire un geste de solidarité et de soutien dans un moment qui est un
moment crucial de l'histoire du pays, le Liban, mais aussi d'une histoire beaucoup plus large et
qui englobe, au-delà même du Proche et du Moyen Orient, l'enjeu d'une partie de l'humanité.
Comme vous le voyez, je parle de cet enjeu, de ce drame, de ce conflit brûlant, avec beaucoup
de prudence, parce que tout le monde voit les extraordinaires implications qui sont en jeu dans cet
affrontement latent.
Je souhaite naturellement que tout soit fait pour que cet affrontement soit évité. Mais en
parlant avec les responsables différents qui confiaient tous leurs inquiétudes, par exemple, sur la
manière dont la France va recevoir Bachar Al Assad les 13 et 14 juillet, il y a là beaucoup
d'interrogations qui s'expriment.Et quand j'entendais ces messages, je pensais à une chose : quand
vous êtes devant des tremblements de terre de cette ampleur, qui ne sont plus des guerres de tribu,
des guerres de groupes et pas même des guerres de nationalité, mais qui embrassent -et peut-être
menacent d'embraser la planète- alors il vous faut une voix politique capable de s'exprimer et de
se faire entendre. Et cette voix politique n'existera pas tant que l'Europe sera à l'état de
sous-développement politique qui est le sien aujourd'hui.
Je ne crois pas du tout que cela se fera par un haut représentant de ceci ou de cela, par une
apparence. Cela ne se fera pas ainsi. Cela ne se fera pas de manière technocratique.
Cela ne pourra se faire que de manière politique et j'ai beaucoup aimé ce que Jean-Luc
Domenach a dit et, peut-être, certains d'entre vous aurons-il eu l'impression de l'avoir déjà
entendu pendant la campagne présidentielle. Si nous étions conséquents, nous devrions dire ceci :
il est bien entendu illusoire de remplacer les diplomaties nationales par une diplomatie
européenne. Cela n'arrivera pas. Cela ne se fera pas ainsi et, même si nous l'avons cru dans notre
famille politique, je crois que nous nous sommes trompés.
En revanche, ce qui est objet de construction, ce n'est pas de remplacer les diplomaties
nationales par une diplomatie européenne, c'est de les additionner dans une action européenne
concertée avec chacun, ses amis, ses moyens, sa capacité d'influence et d'action, ici les Français,
là les Anglais, les Allemands ou les Italiens qui peuvent se faire entendre.
Nous avons les plus grandes diplomaties de la planète si nous acceptons de les additionner et
pas de les opposer.
Naturellement, cela suppose que l'Europe existe, qu'elle sorte de son désordre et de son
chaos, dans lequel elle est aujourd'hui, et c'est à ce propos que je veux évidemment vous confier
mon souci et vous faire partager un sentiment de détermination.
Je veux vous parler d'abord de mon souci. J'étais hier dans l'avion de retour avec le
Président de la République et tous les autres responsables, et nous nous sommes assis pour discuter
ensemble et le sujet de l'Europe est venu, à propos d'un autre sujet dont je parlerai à la fin de
ce court exposé.
Il y avait, à l'égard de l'Europe, un sentiment de réserve, d'inquiétude, de réticence qui
n'était pas autre chose que la traduction de l'opinion publique à l'égard même de l'idée
européenne, et Emmanuel Todd ce matin -dont je ne partage pas toutes les conclusions- a dit que si
on continue ainsi, pour beaucoup de personnes, l'idée européenne sera ressentie négativement, alors
qu'elle devrait être ressentie positivement.
S'il est vrai, comme je l'ai dit à propos de ce grand conflit sunnisme-chiisme, que le seul
moyen de changer le monde est d'avoir une volonté politique assez forte -et elle ne peut être que
celle des nations européennes additionnant leur influence- l'Europe devrait être une bonne nouvelle
pour les peuples.
Comment se fait-il qu'elle ait perdu ce statut ?
Elle a perdu ce statut en France et en Grande-Bretagne depuis longtemps. Peut-être, grâce aux
LibDem, reconstruira-t-elle une autre forme d'adhésion. En tout cas c'est ce que je crois depuis
toujours. S'il doit y avoir un jour construction d'une… -je vais parler en latin pour trouver
le mot juste- affectio societatis européenne, d'une volonté, d'un amour du vivre ensemble européen,
en Grande-Bretagne, c'est par les LibDem que cela passera et, rien que pour cela, notre amitié et
notre alliance avec les LibDem est juste et mérite qu'on les félicite.
C’est perdu, ou égaré, en France, perdu en Grande-Bretagne, fragile partout ailleurs.
Nous étions hier avec des amis slovaques, tchèques. Ce que l'on ressent le plus souvent,
c'est de l'euro-scepticisme et parfois même de l'euro-hostilité. Et il y aura naturellement des
conséquences de tout cela dans les résultats aléatoires du référendum irlandais, référendum qui est
en cours, qui va avoir lieu jeudi.
On a fait la paix, cela paraissait impossible et c'est devenu possible ; puis on a fait le
plus grand marché intérieur, une communauté démocratique, juridique ; on a fait une monnaie commune
et cette monnaie, en quelques années, est devenue une monnaie de référence pour la planète ; on a
fait tout cela, on a même écrit « Union européenne » sur les passeports.
Et pourtant il y a là, comment dirais-je, un risque sur le résultat très important qui
traduit qu'en fait après avoir eu cette incroyable construction, ce succès historique sans
précédent les peuples européens ne le reconnaissent plus comme leur affaire. Voilà les questions
qui sont devant nous.
Il n'y aura de proposition politique réussie dans ces élections européennes, pour ceux qui
aiment l'idée européenne, que si nous sommes dans une démarche de reconstruction profonde.
On ne peut plus se contenter de ce que l'on a vécu les années précédentes, lors des élections
précédentes (j'ai conduit une liste et vous en avez conduit d'autres et, avant nous, on peut citer
évidemment des expériences antérieures). Nous ne pouvons plus nous contenter de l'invocation de
l'idéal européen, de la défense de ce qui s'est fait. Bien sûr qu'il s'est fait quantité de choses
et bien sûr que Bruxelles n'est pas le diable que l'on croit, mais la question n'est pas celle de
savoir ce que c'est mais ce que l'on ressent, et nous devons donc mettre devant nous les questions
qui ont fait que les peuples se sont éloignés de l'Union.
C'est à ces questions-là que je propose que nous apportions une réponse, si nous voulons
aller au fond de la question et non pas nous contenter de "surfer" sur cette partie de l'opinion
qui est europhile. Car l'Europe ne doit pas être faite pour les europhiles mais pour tout le monde,
pour les citoyens européens, y compris pour les citoyens français, y compris pour ceux des citoyens
français ayant les plus grandes interrogations, car il n'y a pas d'autre réponse possible à leurs
angoisses. Encore faut-il que nous trouvions le chemin.
Je veux vous dire quatre des réponses à trouver et je vous avertis à l'avance que ces
questions sont considérables, mais je n'arrêterai pas là l'exposé du défi formidable qui est devant
nous.
Il y a quatre questions auxquelles il faut apporter une réponse.
La première est la nature de l'Union européenne, question qui a commandé le Non français au
référendum.
Je ne suis pas de ceux qui ont pensé ou qui ont dit que le Non français au référendum ou le
Non des Pays-Bas, la réponse irlandaise, que tout cela venait comme on disait à l'époque, non pas
du texte, mais du contexte.
Certains croyaient que c'était contre Chirac que l'on avait voté. Je n’ai jamais cru
une seconde à cela. Je pense que les peuples répondent aux questions qu'on leur pose et c'était sur
leur incompréhension du projet européen que portaient en réalité leurs angoisses.
Quelle est la nature du projet européen ? Pour moi, le premier enjeu, c'est que nous
défendions cette certitude : l'Europe, ce n'est pas d'abord un marché, c'est la défense de valeurs
et d'un projet de société, ce qui met au premier rang la question de la nature sociale du projet de
société européen.
Je pense que nous avons, en Europe, quelques-uns des projets ou des standards sociaux les
plus solidaires de la planète. Il faut qu'on le dise, qu'on le défende et qu'on l'affirme parce
que, excusez-moi de le dire, c'est pour cela que nous avons fait l'Europe. C'est pour que ce projet
de société ne soit pas exposé et explosé par les dumping environnementaux et sociaux de toutes
natures.
Nous avons un projet à défendre et la nature de ce projet est sociale.
Deuxième réponse : cela veut donc dire, comme voie de conséquence, que la vocation des
institutions européennes n'est pas de défendre la concurrence et encore la concurrence et
exclusivement la concurrence -rôle qui est le sien aujourd'hui- mais la nature des institutions
européennes est de définir une politique partagée.
Pardonnez-moi de le dire… nous allons vivre dans les jours qui viennent, quelque chose
qui est peut-être secondaire et sans importance, sans doute, mais à quoi je suis particulièrement
sensible car, en France, toute la filière du cheval repose sur cette organisation : nous allons,
par directive européenne, ou par abaissement devant une directive européenne infondée, laissez
entrer les bookmakers sur le territoire du pari mutuel urbain, des jeux et enjeux de toute nature
en France !
Excusez-moi de le dire comme, au fond, le plus proche héritier en ligne directe des pères
fondateurs de l'Europe -indigne sans doute- mais le plus proche en ligne directe de Schuman jusqu'à
nous, sans qu'il y ait jamais de rupture : on n'a pas fait l'Europe pour les bookmakers !... Il
devrait être de la nature du projet européen, au moins, de laisser les pays organiser comme ils le
veulent le régime des jeux chez eux…
Je pense que cela n'a rien à voir avec la nature de l'Europe, sauf si l'on considère que la
nature de l'Europe est la concurrence et encore la concurrence, débat que nous devons avoir. Mais,
pour moi, l'Europe est un projet politique partagé, fondé sur des valeurs. C’était le
deuxième point.
Troisième point, particulièrement sensible et pas seulement en France : l'Europe, ce n'est
pas le nivellement des identités, c'est la défense des identités.
L'Europe, c'est la défense de la diversité et pas le rouleau compresseur. Et si l'on disait
cela, nos amis britanniques auraient probablement de l'Europe une toute autre approche.
Si l'on comprenait que les identités ont droit de cité en Europe et que l'Europe est faite
pour cela ! « Unis dans la diversité » dit la devise qui n'a pas été inscrite dans la constitution
européenne parce qu’il n'y a pas eu de constitution européenne. Cette diversité et cette
défense des identités sont absolument précieuses.
Quatrièmement, l'Europe, ce n'est pas fait pour défendre la globalisation auprès des
Européens, mais les Européens dans la globalisation !
On peut considérer la mondialisation comme une donnée. Un jour, quand nous aurons le temps,
je vous proposerai de régler la différence entre mondialisation et globalisation.
On n'a pas le temps aujourd'hui, mais c'est un très grand sujet, car beaucoup de Français
ressentent l'Union européenne comme décidant à leur place et sans qu'ils soient informés, au nom
d'impératifs qui viennent de la mondialisation et de la globalisation.
Voulons-nous regarder les choses en face ? Si nous regardons les choses en face, je suis
obligé de dire que c'est un peu vrai, car il y a ici, dans le millier de personnes -plus de mille-
qui sont venues ce matin, quelques-uns parmi les experts les plus affûtés, les plus aigus, les plus
talentueux, les plus expérimentés de la réalité institutionnelle et politique européenne.
En dehors des parlementaires européens qui sont à la tribune, si je m'adresse à vous et que
je demande : en ce moment, de quoi est-on en train de discuter dans les instances politiques
européennes ? Quels sont les sujets débattus ? Quelles sont les idées qui se trouvent en
confrontation ? Quels sont les mouvements de pensée et leur proposition sur ces sujets ? (silence).
Il n'y en a pas un parmi vous, parmi les mille, parmi les plus expérimentés, les plus
brillants, les plus talentueux, qui savent le mieux, qui puisse dire de quoi on discute en ce
moment au sein des instances politiques de l'Union européenne !
Nous n'avons pas une démocratie ni même une amorce de démocratie quand les citoyens ne savent
pas ce dont on discute en leur nom. Et quand j'ai défendu à toutes les étapes de ma vie politique,
une idée aussi absurde, ou en tout cas aussi ténue, que de publier dans les journaux le programme
des délibérations des instances européennes pour que tout citoyen puisse savoir de quoi on parle,
et saisir ces parlementaires européens en leur demandant qu'ils portent une idée ou une conviction,
j’avais conscience de servir la vraie démocratie et pas la démocratie formelle.
Il faut que l'Europe passe d'une démocratie formelle à une démocratie réelle. Si ce sont des
gens qui discutent à votre place, sans que vous puissiez donner votre avis, même si vous les avez
élus, cela ne fait pas une démocratie, en tout cas pas au XXIe siècle où l'investissement personnel
des citoyens a tant d'importance.
Voilà quatre questions. Il y en a sûrement d'autres, mais elles me permettent de dire que
nous n'allons pas laisser l'Europe comme elle est, et notamment nous n'allons pas laisser l'Europe
comme elle est exposée aux craintes des citoyens. Ce que nous avons en charge, c'est de la repenser
et de la reconstruire, en tout cas de proposer de la repenser et de la reconstruire, et de proposer
des pistes nouvelles dans ce dessein. C'était la première partie.
La dernière partie de cet exposé est encore plus lourde que ce que je viens de dire. Elle est
encore plus lourde, pourquoi ? Parce que tout ce que nous avons à rebâtir, nous avons à le faire
dans le contexte de la plus grande crise que le monde, que l’Europe ait connue depuis des
siècles, une crise à l'échelle du millénaire.
Je le dis en deux mots. Il y a un premier chapitre qui a été abordé de manière tout à fait
remarquable ce matin : le chapitre démographique. Jamais, dans l'histoire des hommes, une puissance
vieillissante et riche n'a survécu lorsqu'elle était entourée de régions jeunes et pauvres. Cela ne
s'est jamais produit.
Quand Valéry disait : « Nous autres, civilisations, savons aujourd'hui que nous sommes
mortels. La mort des civilisations a toujours été sous cette forme : opulence, relâchement,
vieillissement, avec à côté, au sens propre, des morts de faim portant une autre vision, une autre
idéologie, souvent une autre religion ».
Ceci est une question européenne et vous voyez que déjà cela fait un pan de crise nouvelle.
Nous allons être le continent le plus vieux, si nous n'y prenons garde.
Il y a une énorme réflexion à conduire. D'abord pour que chacun des âges trouve sa place dans
le projet de société européen et ensuite pour qu'il y ait une reviviscence. C'était tout à fait
vrai ce que disait Gérard Deprez, à savoir que bien entendu, il y a l'immigration, mais il n'existe
pas non plus de peuples qui reçoivent des populations venues de l'extérieur, en nombre, sans se
trouver profondément déstabilisées dans leur manière d'être.
La xénophobie, très souvent, c’est le déséquilibre. Et il ne suffit pas de répondre que
l'on va rééquilibrer par des migrants, il faut encore que nous pensions aux conséquences qui sont
celles des migrations en termes de déséquilibre de la société.
Je l’ai souvent expliqué en prenant l'exemple mahorais -tout à l'heure notre député de
Mayotte était là- il y a des vagues de rejet de l'immigration clandestine comorienne à Mayotte. Et
ce n'est pas une question de race : ce sont les mêmes familles, pas seulement les mêmes ethnies,
mais les mêmes familles… Même chose en Guadeloupe avec les Haïtiens.
Ce sont des questions d'équilibre et un chef d'Etat, un homme d'Etat, un militant qui veut
être dans la vraie pensée politique ne peut pas penser uniquement en termes de production et de
consommation, en termes quantitatifs, et l’on va remplacer les uns par les autres. Parce
qu’à ce moment-là vous avez des tremblements de terre et de l'extrémisme, comme en Italie
temps-ci.
Il faut penser à cet équilibre. Démographie.
Mais, deuxièmement, il y a plus grave et plus important.
Si vous tenez des journaux intimes, si vous avez un agenda, cochez l’année 2008 : c'est
l'entrée dans un monde nouveau parce que comme cela a été dit ce matin à plusieurs reprises, c'est
l'entrée dans un temps que nous n'avons pas connu en Occident et sur la planète depuis deux
siècles. C'est l'entrée -ou le passage- du monde de l'énergie abondante et bon marché au monde de
l'énergie rare et chère. Et l'énergie, mes chers amis, ce n'est pas seulement l’essence où le
gasoil que vous mettez dans le réservoir de la voiture et dont le coût est pourtant douloureusement
ressenti à la fin du mois… L'énergie, c'est tout le reste.
On a très clairement expliqué que c'était les transports, l'agriculture, car les engrais eux
aussi viennent de cette matière première. L'énergie, c'est dans toutes les activités humaines sans
aucune exception, ce qui fait que nous entrons dans un temps radicalement nouveau et il n'existe
pas de substitution. Toutes les sources d'énergie sont en fait indexées les unes sur les autres. Le
gaz est indexé sur le pétrole. On va s'apercevoir que si on augmente le nombre des centrales
nucléaires, c'est l'uranium qui devient de plus en plus rare et cher. On va s'apercevoir que le
charbon ou les schistes bitumineux font des dégâts écologiques très importants.
Bref on a devant nous une question énergétique majeure qui va changer notre mode de vie et
nos projets de société.
Si le gouvernement actuel s'était rendu compte de cela, au lieu de faire une loi de
modernisation économique pour les super et les hypermarchés, il aurait réfléchi à un autre
équilibre du commerce, parce qu’il faut faire quatre fois plus de kilomètres en voiture pour
aller dans ces magasins que pour aller aux commerces de proximité. On multiplie les courses faites
à l'hypermarché dans la périphérie urbaine, avec d'immenses parkings de milliers de voitures,
autour desquels on ouvre même des cinémas. Et comme maintenant on aura la liberté d'installation
des surfaces, pour un grand nombre, on va évidemment accroître le coût des courses.
J'ajoute que je ne suis pas absolument persuadé que la question du prix soit la seule, car il
arrive -réflexion d'un autre ordre- que l'on fasse faire acheter à de pauvres gens des choses dont
ils n'ont pas besoin en leur expliquant que c'est moins cher qu'ailleurs.
Là aussi il y a une question qui tient à la société de consommation, mais en tout cas du
point de vue de l'énergie, l'inspiration de la loi de modernisation économique passe à côté de ce
changement de mode de vie que nous allons devoir vivre.
Nous ne sommes qu'au début de cette extraordinaire histoire que nous allons vivre ensemble,
l'histoire de l'énergie rare et chère porte sur tout le monde et en particulier sur le Tiers monde.
L'énergie rare et chère, cela change en profondeur les modes de vie.
Je réfléchissais pendant l'échange vif de ce débat sur le protectionnisme ou le
libre-échange, et je me disais que c'était peut-être un débat d'hier. Car si comme je le crois, le
renchérissement du carburant fait que le transport -et notamment aérien- devient trois ou quatre
fois plus cher qu'il ne l'est aujourd'hui, alors il y a un petit espoir d'assister non pas à des
délocalisations accentuées mais à des relocalisations. Et peut-être que la protection se fera
d'elle-même. Mais évidemment cela veut dire que tout va changer et notamment tout va changer pour
les pauvres dont on voit bien, avec le coût du carburant à la pompe, les structures de vie,
d'organisation de la vie, de la consommation, qu’ils sont infiniment plus fragiles à des
réponses de cet ordre.
Si je ne me trompe pas et que ce que je dis est fondé, peut-être que l'on découvrira demain
matin l'hydrogène et que tout sera réglé, mais je ne le crois pas vraiment. Il n'y aura pas de
nouvelles sources d'énergie disponibles que les économies d'énergie.
Le temps de l'énergie rare et chère est un bouleversement extraordinaire dans la vie de nos
communautés et de nos peuples et de chacune des familles.
Quand il y a des bouleversements extraordinaires, il y a inquiétude et angoisse. Quand il y a
inquiétude et angoisse, les menaces portent sur deux choses : la paix civile et la démocratie.
Parce que lorsque les peuples ont peur ils cherchent un bouc émissaire, et quand les peuples ont
peur, ils cherchent un dictateur.
C'est comme cela dans l'histoire des peuples depuis longtemps.
Nous devons avoir présent à l'esprit qu'il y a là des risques que nous devons conjurer en
prenant grand soin de nos institutions.
Voilà pourquoi le débat institutionnel est très important. Des institutions solides qui
permettent des consensus au lieu de favoriser des affrontements, des institutions solides qui
obligent à prendre en compte les sensibilités différentes d'un peuple pour que chacun trouve sa
place et que l'on fasse plutôt la paix, sous forme métaphorique, que la guerre, sous forme
métaphorique, au sein du Parlement.
Nous avons des institutions qui favorisent l'affrontement frontal en France. Le Parlement
européen, lui, favorise le dialogue et les consensus, et cela marche, curieusement.
Tant que vous avez des institutions qui favorisent les affrontements, vous avez des risques
de déchirure du tissu social et national. Si le mot révolution a jamais eu un sens, vous êtes, nous
sommes devant une révolution.
L'énergie rare est chère, à la place de l'énergie bon marché et abondante, cela oblige à
tout changer. Et comme de toute manière les impératifs climatiques obligent aussi à tout
changer, c'est une révolution absolument inéluctable.
Troisièmement et j'aurai fini, il y a là-dedans une immense dimension de déséquilibre du
monde.
J'ai commencé avec le conflit chiites/sunnites. Et tout ce que nous avons entendu ce matin
avec Marcel Mazoyer sur la misère des paysans du monde, ceux qui ont faim dans le monde, ce sont
les paysans, pauvres, et vous mesurez ce qu'il y a comme capacité explosive là-dedans. Et ce que
nous avons entendu sur la corruption, avec Eva Joly, c'est très exactement la traduction de ces
désordres-là et, enfin, la rémanence du colonialisme dans le monde.
Le colonialisme, on croyait que cela appartenait au passé, cela appartient au présent.
Quand j'étais -il y a très longtemps- au lycée, je me souviens très bien en seconde du cours
que notre professeur d'histoire et de géographie nous faisait. Il expliquait le colonialisme en
disant : c'est très facile, on va chercher des matières premières dans les pays colonisés, on les
rapatrie dans les pays colonisateurs et on leur revend des produits manufacturés. Moi, je croyais
que c'était fini !... L'élève que j'étais et qui écoutait cela croyait que cela appartenait à un
temps révolu.
Mes chers amis, tout ce que nous avons entendu ce matin sur le pillage du Tiers-monde, pas
seulement par l'Occident mais avec la complicité active de ceux qui sont parfois aux postes de
responsabilité dans la société du Tiers-monde, cela aussi a une capacité explosive extraordinaire.
Alors voilà : démographie, crise d'énergie, changement climatique et déséquilibres
internationaux. Voilà le programme pour l'Europe. Si l'Europe n'existe pas, aucune de ces immenses
crises, de ces crises à la dimension du millénaire ne pourra trouver un début de réponse.
Il nous revient de penser une Europe nouvelle et de la faire aimer.
Je vous remercie."
13 mai 2008
François Bayrou était l'invité de Stéphane Paoli dans l'émission "Le franc-parler" sur France inter
François Bayrou, invité de l'émission "Le franc-parler", lundi 12 mai a déclaré qu'il avait l'intention de déposer un amendement dans le cadre de la réforme des institutions pour favoriser "l'indépendance des médias". "Le problème des institutions françaises, c'est que le pouvoir se teinte d'absolutisme", a-t-il regretté. Lors de la discussion sur la réforme des institutions, à partir du 20 mai à l'Assemblée, "je déposerai un amendement qui dira que, comme les partis politiques représentent le pluralisme et concourent à son expression, de la même manière, les médias concourent à l'information pluraliste des citoyens et qu'il faut donc des règles d'indépendance", a dit M. Bayrou. Selon lui, "le poids médiatique est tel aujourd'hui qu'il faut garantir son indépendance". ...
François Bayrou a par ailleurs affirmé que "les accusations" du président Nicolas Sarkozy contre l'Agence France-presse (AFP) "n'étaient pas fondées". " L'AFP est un atout pour l'information en France. Je le dis pour l'avoir expérimenté", a affirmé M.Bayrou. Il a expliqué que, pendant la campagne en vue de de l'élection présidentielle, les candidats, "quelle que soit leur étiquette, tous ceux qui n'étaient pas favoris, trouvaient dans l'AFP un lieu de confiance".
M. Bayrou a cependant admis avoir lui-même "passé un ou deux coups de fil, dans des moments de tension", à la direction de l'AFP. La semaine dernière, lors d'une réception à huis clos des députés UMP à l'Elysée, Nicolas Sarkozy s'en était pris à plusieurs médias, et avait accusé, selon plusieurs participants, le Parisien, l'Express et l'AFP de ne pas avoir suffisamment relayé la condamnation Mme Royal, son adversaire en 2007. De son côté, l'UMP avait accusé l'AFP de "censure" pour n'avoir pas diffusé un de ses communiqués.
D'autre part, faisant allusion à la demande formulée samedi par le président Nicolas Sarkozy que "la traite des noirs, l'esclavage ainsi que leur abolition" soient inscrits dans les programmes de l'enseignement primaire dès la prochaine rentrée scolaire ou encore à la suggestion du chef de l'Etat, en février dernier, que les élèves de CM2 portent "la mémoire d'un enfant de la shoah", François Bayrou a déclaré "Ce n'est pas au président de la République, à chaque fois qu'il y a de l'émotion, de changer les programmes scolaires. Ce n'est pas de sa responsabilité".
Selon François Bayrou, le président "peut suggérer, demander, mais cette décision souveraine qui consiste à dire +à partir de la rentrée prochaine, je décide qu'on étudiera ça et ça+, pour moi, c'est de l'abus de pouvoir". "Le président de la République n'a pas tous les pouvoirs en France et en particulier, de changer les programmes (scolaires). Aujourd'hui, c'est Nicolas Sarkozy, demain ce pourrait être quelqu'un d'autre, avec de toutes autres opinions et des opinions condamnables", a-t-il fait valoir. "Dans un pays comme le nôtre, de séparation des pouvoirs, le président de la République ne peut pas décider tout seul (...) C'est le fait du prince, on fait comme si le fait du prince était normal. Eh bien, pour moi, même sur un sujet parfaitement justifié, le fait du prince n'est pas normal", a-t-il insisté.
Il a également fait remarquer que la question de l'esclavage était "dans les programmes depuis des années".
25 avril 2008
François Bayrou considère la proposition de financer le RSA par la PPE "injuste" et insoutenable"
François Bayrou a jugé vendredi "injuste" et "insoutenable" la proposition de Nicolas Sarkozy de financer une généralisation du Revenu de solidarité active (RSA) par un redéploiement partiel de la Prime pour l'emploi (PPE). "Dans l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy hier soir, il y a eu une seule proposition, celle qui concerne le Revenu de solidarité active, et cette proposition est insoutenable", a déclaré à l'AFP Fançois Bayrou, président du Mouvement Démocrate...."
Le chef de l'Etat a annoncé jeudi soir que "le RSA se fera en en maîtrisant le coût, parce qu'on va redéployer une partie du coût de la prime pour l'emploi", créée en 2001 et versée aux titulaires de bas salaires.
"C'est donc aux salariés les plus modestes, aux travailleurs pauvres, qu'on demande de financer ce geste de solidarité!", a protesté M. Bayrou. Pour lui, "le RSA est évidemment parfaitement fondé, mais la solidarité ne peut pas être mise à la charge des plus pauvres, sans qu'il soit fait appel en quoi que ce soit aux plus riches".... "Cette proposition est impossible à soutenir .... et elle ne sera pas mise en application", car "c'est tellement injuste que les Français ne l'accepteront pas", a-t-il jugé.
Le député des Pyrénées-Atlantiques a également estimé que cette proposition "va exactement dans le sens inverse de la revalorisation du travail" prônée par M. Sarkozy.
15 avril 2008
Conférence de presse du 14 avril : "Ce combat n'est pas seulement pour nous, c'est un combat pour le pluralisme en France..."
Déclaration de François Bayrou (seul le prononcé fait foi) : "Mesdames, Messieurs, Je vous remercie d'avoir accepté cette rencontre. J'ai voulu vous dire quel est, à mes yeux, l'enjeu des semaines qui viennent pour le Mouvement démocrate et de la manoeuvre qui est engagée autour de lui. Depuis quelques jours, nous savons de manière certaine que des mouvements présentés comme internes, la mise en cause de la ligne d'indépendance de notre mouvement, n'avaient en réalité pas grand chose de spontané, qu'ils étaient dirigés et agités de l'extérieur, et pour parler clairement, de l'Elysée. Je veux vous dire ma réaction lorsque j'ai lu ces documents et les échos de presse nombreux qui les précédaient et qui, tous, allaient dans le même sens. Je me suis dit qu'on attendrait du président de la République, dans une telle période de crise financière, économique, sociale, d'éducation, qu'il s'occupe de l'essentiel pour le pays, et qu'il respecte tous ses concitoyens même s'ils ne sont pas d'accord avec lui.
Je me suis dit que l’intrigue, la déloyauté, le cynisme, ce n’était pas cela qu’on attendait des gouvernants en démocratie, surtout de ceux qui articulant une promesse illusoire, une de plus, affirmaient vouloir construire une « démocratie exemplaire ».
La manœuvre qui est préparée est d’une clarté biblique, pour ne pas dire d’une assez grande naïveté. Nous en connaissons désormais les tenants et les aboutissants.
Elle consiste primo : à « cibler » un certain nombre d’élus en leur promettant portefeuilles, galons et chamarrures, et à dresser ainsi les élus contre la volonté d’indépendance des militants.
Secundo : à essayer de déstabiliser le Mouvement démocrate en prétendant qu’on pourrait dans un illusoire retour en arrière faire revivre l’UDF d’antan, contre la décision solennelle de son congrès, en en faisant de nouveau l’allié inconditionnel du parti majoritaire.
Tertio : pour s’assurer de la manœuvre, que l’UDF serait attaquée dans son patrimoine, le patrimoine dont elle est dépositaire comme association, qui a été construit au fil du temps contre tous les assauts et toutes les menaces, sous ma présidence exclusivement, avec l’arrière-pensée que l’on puisse par le même moyen priver notre famille politique du financement public obtenu par ses candidats.
Quattro, enfin : que cette manœuvre conduirait à l’éclatement du Mouvement démocrate, à un pseudo « parti du centre » de plus, un satellite de plus autour de l’UMP, pour noyer la voix originale du Mouvement démocrate dans les sables mouvants d’un centre inféodé. Le but étant d’obtenir le plus grand nombre possible de faux centres de manière à faire croire qu’il n’en existe vraiment aucun…
Cette manœuvre s’accompagne, annonce -t-on ouvertement, d’un changement du mode de scrutin pour les élections régionales, destiné, croient-ils, à nous empêcher de trouver notre place dans cette élection.
Cet ensemble de manœuvres, je ne le laisserai pas se dérouler sans réagir.
Car il y va d’un immense enjeu, d’un enjeu bien plus important que l’existence d’un parti ou le combat d’un homme ou d’une équipe.
Le but de cette manœuvre, c’est qu’il n’y ait pas en France de centre indépendant, de courant démocrate pour offrir un choix nouveau à notre pays.
Le fond de cette manœuvre, c’est de mettre un terme définitif au pluralisme dans notre pays, en éliminant ceux qui lui résistent, et d’instaurer une fois pour toutes le bipartisme à l’américaine, deux partis et deux seuls, avec quelques satellites décoratifs pour sauver les apparences.
Si cette manœuvre réussissait, cela voudrait dire que les Français seraient à l’avenir condamnés à choisir à tous coups, entre l’UMP et le PS, l’UMP et ses satellites et le PS et ses satellites.
Il n’y aurait donc plus de recours pour tous ceux qui estiment qu’il peut arriver, et qu’il arrive souvent, que l’UMP et le PS se trompent tous les deux !...
Il n’y aurait plus de solution, plus d’espoir, pour tous ceux qui pensent, qui savent, qu’un grand pays moderne, avec sa complexité, dans les temps si bouleversants , si bouleversés que nous vivons, ne peut pas avoir, pour son avenir, le choix qu’entre deux options.
Cela n'existe d'ailleurs dans aucun pays du monde.
Le combat que nous allons conduire pour sauvegarder et garantir la pleine indépendance, l’autonomie de pensée et de choix du Mouvement démocrate, ce combat n’est pas seulement pour nous, c’est un combat pour le pluralisme en France.
De ce combat, j'en suis persuadé depuis longtemps, le jour où il aura été conduit à son terme, d’autres courants politiques profiteront et ce sera un bien.
Et c’est d’autant plus important, cette défense du pluralisme, au moment de l’histoire où nous sommes, au moment où le projet qui fut porté par Nicolas Sarkozy révèle se révèle, dans son erreur de jugement, et souvent dans sa mystification.
Tout montre, je le dis avec gravité, que la France va dans le mur, avec une dégradation parallèle et accélérée de la situation économique, financière et sociale.
Un certain nombre des fondamentaux qu'a choisis Nicolas Sarkozy sont préoccupants pour notre pays.
Je veux en citer quatre exemples, de désaccords profonds :
Nous sommes en désaccord depuis le premier jour avec la politique qui a été choisie pour les finances publiques de notre pays, qui a consisté à laisser croire follement, pendant des mois, que l’équilibre se retrouverait par la distribution d’argent facile, en particulier par des avantages fiscaux pour ceux qui étaient déjà les plus favorisés. Cette politique de légèreté, en peu de mois, a conduit à un déficit de dix milliards d’euros supérieur au déficit de l’année précédente. Cette politique « keynésienne », ou pseudo-keynésienne, qui est, disons-le en passant, traditionnellement, la politique même du parti socialiste, va déboucher sur un accident économique et budgétaire sans précédent car il n’y a plus de marge de manœuvre, et il n'y a plus de soupape d'échappement.
Nous sommes en désaccord avec les fausses promesses et nous craignons la crise sociale qu’une telle déception peut entraîner. On a promis, pendant la campagne présidentielle, à des Français qui l'ont cru, tout et le contraire de tout : on a promis l’augmentation du pouvoir d’achat ; on a promis qu’on rendrait aux Français 68 Milliards d’euros ; on a promis le Revenu de solidarité active pour les plus pauvres ; on a promis des droits sociaux supplémentaires ; on a promis que l’éducation serait la priorité de la nation. Aucune de ces promesses n’a été respectée et aucune ne le sera car leur addition était en soi intenable, comme je l'ai dit pendant la campagne présidentielle. Leur addition était intenable étant donné la situation du pays. Mais on a appliqué la vieille loi qu’on enseignait dans les Hauts-de-Seine : « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent ». Cet abus de promesses a nourri le risque d’une crise sociale, la pauvreté gagnant, et les classes qu’on appelait hier moyennes étant de plus en plus exposées, aussi bien aux franchises, qu’à l’augmentation des produits de première nécessité comme le gaz, ou à un appel général aux mutuelles. Je ne sais pas quelle forme peut prendre cette crise sociale, mais à l’état endémique, cette crise sociale est le fond de l’humeur de notre pays.
Nous sommes en désaccord avec ce que Nicolas Sarkozy a choisi de faire de la fonction présidentielle. Et nous avons une tout autre idée de ce que doit être le président de la République. Pour nous, le président de la République, c’est l’homme de la nation et non pas l’homme d’un parti ou d’un clan. Il est pour nous incompatible avec l’idée de la fonction d’imaginer que le président de la République puisse, au vu et au su de tout le monde, présider au comité qui organise la majorité. Cela veut dire qu’il est le représentant de ses partisans, et non pas le représentant du pays tout entier. Or dans les mois et les années qui viennent, plus que jamais, le pays a besoin d’un président qui soit au-dessus des intérêts et des contingences des partis. Car les problèmes qui viennent ,menacent la nation tout entière, dans sa substance, dans son tissu social, dans son unité.
C’est la fonction symbolique du président de la République qui est en jeu. Je sais bien que nous sommes dans un temps où certains croient que « symbolique » signifie « de peu d’importance ». Le ministre de la Défense a récemment déclaré ainsi que vraiment le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN « était une affaire purement symbolique ». Or les peuples et les hommes, et tous les temps sont là pour le confirmer, n’ont cessé d’éprouver que le symbolique était au contraire essentiel, au sens le plus lourd du terme.
C’est pourquoi , quatrième sujet de préoccupations urgent, nous nous battrons de toutes nos forces pour persuader notre pays et l’ensemble des décideurs que cette décision de faire rentrer la France dans la structure intégrée de l’OTAN est une faute pour notre pays. C’est la perte d’un atout, symbolique et donc décisif, pour son identité, pour sa voix singulière dans le monde et en Europe. Depuis des décennies, et particulièrement durant ces dernières années, un équilibre avait été trouvé qui répondait au double intérêt de notre pays : nous étions des partenaires dans l’alliance atlantique, capables de participer chaque fois que nous l’estimions juste et nécessaire, comme on l'a vu lors de la première guerre du golfe, come on l'a vu dans les Balkans, comme on l'a vu en Afghanistan. Mais nous affirmions en même temps notre singularité, notre capacité de dire non, haut et fort, haut et clair, et le monde entier le savait, le monde entier en tout cas l’a vérifié au moment du « non » retentissant que la France de Jacques Chirac a opposé à la décision américaine d’envahir l’Irak. C’est un abandon historique qui est en train de se préparer ici et le fait que cet abandon soit, en effet, symbolique, s’entendra dans le monde entier et chacun prendra acte de ce que la France est redevenue pays comme les autres.
Et c’est grave pour le destin de l’Europe. Les choses étant aujourd’hui ce qu’elles sont, c’est l’indépendance de la France qui garantissait l’authenticité de l'indépendance de l’Europe. Différents, nous étions la quille du bateau. Rentrés dans le rang, le bateau n’aura plus de quille : nous n’aurons plus les moyens de nous opposer au conformisme de l’alignement. Il a été surabondamment montré, ces dernières années, que les alliés les plus proches, les plus anciens des Etats-Unis, les plus intimes, et Tony Blair au premier rang, n’avaient aucune capacité d’influer dans les moments cruciaux sur les décisions de la première puissance du monde. L’Europe n’a pas , pour nous, à solliciter la permission d’exister. C’est le contraire. La volonté d’exister s’affirme, mais ne se sollicite pas.
Il est donc d’importance nationale que les Français, quand ils auront constaté l’échec inéluctable de la majorité, ne soient pas contraints, obligés de se livrer au Parti socialiste comme il est aujourd’hui, et dont un certain nombre d’orientations méconnaissent et risquent d’aggraver la réalité du pays.
En tout cas, il est d’importance nationale que le moment venu, les Français aient le choix. Qu’ils se voient offrir un choix réel entre des voies de recours différentes.
Il est d’importance nationale autrement dit, qu’une alternative démocratique soit construite et présentée aux Français.
La France, dans sa démocratie, dans sa gestion, dans ses priorités, dans sa vie sociale, économique, dans sa vie internationale a besoin d’un autre projet .
Mais ce projet ne pourra être défini, porté et défendu que par un mouvement politique assuré de lui-même, décidé à résister aux menaces et aux tentations, où les élus sont en phase avec les adhérents et les militants, et où les militants eux-mêmes sont cohérents.
C’est pourquoi je conduirai sans faiblir la contre-attaque contre ces manoeuvres. Si c’est d’un combat qu’il s’agit, ce combat, nous allons le mener.
J’ai décidé d’en appeler aux adhérents, aux militants et aux sympathisants du Mouvement démocrate. C’est l’heure de la grande clarification pour échapper aux tentatives de déstabilisation et pour construire un mouvement cohérent.
Je le dis aux adhérents qui ont fait le Mouvement démocrate : c’est maintenant à vous de vous exprimer. C’est votre détermination qui fera tranquillement échec à toutes les manœuvres, d’où qu’elles viennent. Je vous appelle à exprimer votre conviction, à prendre à votre tour les choses en main.
Je vais donc soumettre au suffrage des adhérents, dans une consultation à laquelle chacun sera associé, un texte d’orientation qui ne laissera aucune place à l’ambiguïté. Et j’invite tout dirigeant qui ne serait pas d’accord avec la ligne d’indépendance que je défends à soumettre sa propre motion aux adhérents. Alors nous compterons les soutiens. C’est maintenant, devant nos adhérents et militants que tout débat doit être conduit et tranché.
Cette clarification devra être accomplie avant l’été pour que cessent les manœuvres de déstabilisation. Le 26 avril devant ceux qui ont porté nos couleurs aux élections municipales, le 14 mai devant notre conseil national, nous fixerons les conditions de cette consultation en même temps que le calendrier et les conditions de l’élection de nos instances locales.
Pour moi, les choses sont claires : je n’accepterai plus ni manœuvres internes, ni déstabilisation externe, ni le bazar. C’est vers nos adhérents que je me tourne. Il faut leur exposer clairement et nous le ferons, les données de la situation. Et il faut leur faire confiance pour trancher, pour fixer une fois pour toutes le cap et les règles, et donc le destin, de notre mouvement."
11 avril 2008
L'intégralité de la note de l'Elysée pour fragiliser le MoDem
Article publié dans Le Monde du 10 avril 2008.
Voici le contenu intégral de la note interne adressée par un de ses conseillers politiques au chef de l'Etat. Celle-ci a été rédigée avant la réunion qui s'est tenue mercredi 9 avril à l'Elysée, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, à laquelle participaient des responsables de l'UMP, du Nouveau Centre, du Parti radical, du Forum des républicains sociaux, de la Gauche moderne, des Progressistes, ainsi que Jean-Marie Cavada et Michel Mercier, en vue de constituer un "comité de liaison de la majorité présidentielle".
1) Plusieurs mouvements récents dans la famille centriste sont à noter.
Votre proposition à Michel Mercier pour appartenir officiellement à la majorité présidentielle a sans doute été un déclencheur puisque le président du groupe UC du Sénat ne s'en est pas caché.
Les ministres centristes (Hervé Morin, Valérie Létard, André Santini – Christian Blanc se tient à l'écart) ont alors redoublé d'assiduité auprès des sénateurs centristes pour leur proposer une alliance plus claire au sein du Nouveau Centre. Le petit groupe prêt à le faire atteindrait aujourd'hui le tiers de l'effectif.
Depuis le lendemain des élections municipales, Michel Mercier a fait savoir à François Bayrou et Marielle de Sarnez qu'il ne les suivrait plus dans des opérations-suicides et sectaires et que c'était là sa responsabilité de trésorier à la fois de l'UDF et du MoDem.
Jean Arthuis, dans une interview au Journal du dimanche, est venu s'aligner pratiquement mot pour mot sur la position de Michel Mercier.
Thierry Cornillet, député européen centriste, que vous avez reçu, a de son côté publié un manifeste pour le Centre qui constitue à la fois une proposition et une analyse pertinente de la situation : le Nouveau Centre ne recrutera pas plus, par contre il est possible de retravailler dans le cadre de l'UDF historique sans François Bayrou.
Dans le même temps, de nombreux élus dans le Grand Ouest, maires de petites villes (Douarnenez, Concarneau, Landerneau, Quimperlé) ne s'affilient pas au Nouveau Centre mais se réclament de l'Union centriste. Pierre Méhaignerie, comme il vous l'a d'ailleurs dit, les encourage dans ce sens. S'ils ne veulent pas venir à l'UMP, il préfère qu'ils n'aillent pas non plus au Nouveau Centre.
2) Derrière ces mouvements variés, plusieurs constantes peuvent nous permettre de continuer à compter sur l'ensemble de la famille centriste pour la recherche d'une majorité au Sénat et d'une majorité au Congrès.
Michel Mercier souhaite sincèrement être ministre et reste très intéressé par la possibilité pour un parlementaire de retrouver son siège directement, comme l'avant-projet de loi constitutionnelle le prévoit.
Jean Arthuis veut conserver la présidence de la commission des finances en septembre prochain.
Pierre Méhaignerie veut rester la référence centriste au sein de l'UMP.
Enfin, il est clair qu'à quelques semaines du versement aux partis politiques de la dotation publique de l'Etat, les sénateurs centristes et de nombreux élus locaux ne veulent plus en faire bénéficier François Bayrou et Marielle de Sarnez, sans pour autant apporter tout cela au Nouveau Centre.
En conclusion, il est possible dans les semaines qui viennent que les UDF centristes historiques récupèrent même matériellement le siège du parti et tous les actifs qui y sont, lesquels appartiennent toujours formellement à l'UDF. Nous nous retrouverions alors avec un parti centriste supplémentaire (l'ancienne UDF) entre le Nouveau Centre et le MoDem.
3) Il est clair que, depuis plusieurs semaines, cette analyse a été faite par Jean-Louis Borloo et son secrétaire général, Laurent Hénart. Le ministre d'Etat multiplie les entretiens et les déjeuners avec l'ensemble de cette mouvance et tente, en vain jusque-là, de la fédérer à son profit.
Dans ce contexte, la réunion que vous présidez [mercredi 9 avril] avec la majorité présidentielle n'en est que plus opportune.
19 mars 2008
Bayrou ne se laisse pas abattre
Article publié dans Libération le 18 mars 2008.
Malgré sa défaite à Pau et le mauvais bilan du Modem, il refuse de revoir sa stratégie.
Ni abattu, ni déprimé, toujours résolu et sûr de lui. Au lendemain de sa courte défaite à Pau (38,81 %) face à la socialiste Martine Lignières-Cassou (39,76 %), et alors que dans son propre camp, les premières critiques tombent sur «l’échec» de la stratégie du Modem, François Bayrou confie : «Je suis entêté, c’est mon défaut. Et je n’ai aucune faculté d’adaptation au reniement.» La perspective d’une traversée du désert ? Elle ne lui fait pas peur. «Ça fait déjà des années que je marche sur le sable», convaincu qu’au bout «il y a la France qui change et les démocrates qui deviennent essentiels dans le jeu politique français». Certes, «l’élection a été très dure» , admet Bayrou. Et la défaite difficile à encaisser. «Mais on a défendu nos positions. Et nous avons enregistré en moyenne 15 % des voix dans les villes où nous nous sommes présentés. Ce n’est pas mal. C’est un premier pas.»
«Autonomie». A ceux qui, depuis hier, militent déjà pour un retour dans le giron de la droite, l’ex-candidat à la présidentielle répond qu’il ne changera pas de stratégie : «C’est une offensive classique, je la connais bien, relativise-t-il. L’affrontement dure depuis des décennies entre ceux qui estiment qu’il n’y a de possibilité d’exister pour le centre qu’en étant forcément aligné, et moi et mes amis qui depuis longtemps plaidons pour l’autonomie.» Le message ne varie pas : le centre doit être «une proposition différente». Il en va même de la bonne santé démocratique, soutient Bayrou : «C’est terrible, ces coups de barre à droite et ces coups de barre à gauche. Ça donne une impression d’instabilité et d’affrontement perpétuel dans le pays. Sans compter la crise qui s’annonce à gauche avec le congrès du PS. Le spectre politique français est en mouvement, et la question du pluralisme est centrale. Je ferai tout pour qu’en France, on dépasse ces antagonismes d’un autre temps.» Et le leader centriste de se vanter : «C’est la première fois depuis cinquante ans que quelqu’un dit: "Excusez-moi, mais votre système, ça ne me va pas."» François Bayrou assure ne pas être le seul concerné. «Est-ce que vous pensez que les écologistes vont rester mille ans dans la dépendance du PS, alors qu’ils meurent un peu plus à chaque fois ?» interroge-t-il. Avant de donner lui-même la réponse : «Je suis persuadé que non.»
«Jouvence». Optimiste, toujours optimiste, le Béarnais a décidé de regarder vers l’avenir. «On va faire naître une organisation politique nouvelle, à partir d’une génération politique nouvelle. Face aux caciques, c’est formidable d’avoir ce bain de jouvence. On va les former, on va les lancer, et on va leur faire de la place.»
Alors que le parti centriste va affronter les dissensions creusées par des alliances plus ou moins digérées, et préciser sa stratégie, François Bayrou préfère parler «du travail programmatique» qui l’attend, pour «énoncer les questions qui se posent aujourd’hui à la France, définir nos réponses. Et puis, derrière arrive l’organisation. Département par département, nous allons sélectionner les personnalités qui seront demain nos acteurs locaux». Une réunion des instances exécutives du Modem devrait donc avoir lieu rapidement. Mais «le plus important pour moi, c’est le projet, la vision». Le sien. La sienne.
LAURE ESPIEU
13 mars 2008
François Bayrou refuse "d'abandonner l'indépendance que nous avons voulue pour nous faire retomber dans un camp"
François Bayrou était ce mardi 11 mars, l'invité d'Europe 1, l'occasion de réaffirmer la ligne d'indépendance qui caractérise la démarche du Mouvement Démocrate, refusant "l'idée selon laquelle, on pourrait, en raison d'une élection locale, nous faire abandonner l'indépendance que nous avons voulue pour nous faire retomber dans un camp, un accord global avec l'UMP, cela veut dire, retomber dans un camp, le camp de la droite, comme un accord avec la gauche nous ferait tomber dans le camp de la gauche. Le président du Mouvement Démocrate a déclaré "Vivre sans risques, c'est ne pas vivre. J'ai choisi, une fois pour toutes, le risque parce que nous ouvrons des chemins nouveaux qui n'avaient jamais été ouverts depuis 50 ans dans la vie politique française : les clivages qui ont été ceux du XXe siècle sont dépassés. Cela n'a plus d'intérêt de gérer une ville comme cela." Interrogé par Jean-Pierre Elkabbach sur la situation du Modem à Paris, François Bayrou a estimé mardi que Bertrand Delanoë avait "fermé la porte" à un accord électoral avec la candidate du MoDem Marielle de Sarnez à Paris avant le second tour des municipales, pour des "raisons internes au Parti socialiste". "Je suis absolument certain que les électeurs de Paris, majoritairement, avaient envie qu'il y ait cette nouvelle majorité plus ouverte. Et puis, Bertrand Delanoë, pour des raisons internes au Parti socialiste, a fermé cette porte, montrant ainsi qu'il se plaçait du côté de la fermeture" a analysé François Bayrou. "Je pense que beaucoup d'électeurs parisiens ne seront pas satisfaits de cette fermeture", a-t-il ajouté.
Jean-Pierre Elkabbach : Dès dimanche soir, vous prévoyiez une deuxième mi-temps passionnante, eh bien la deuxième mi-temps a commencé. F. Bayrou, vous êtes en direct de Pau, parce que vous restez... cette deuxième mi-temps est passionnante. Etant donné votre score de la première mi-temps, est-ce que vous ne risquez pas de perdre le match ?
François Bayrou : Monsieur Elkabbach, vivre sans risque c’est ne pas vivre. Moi j’ai choisi une fois pour toutes d’accepter les risques parce que j’ouvre des chemins nouveaux. Un chemin nouveau, qui n’avait jamais été ouvert depuis 50 ans dans la vie politique française, et qui consiste à prendre acte du fait que les clivages qui ont été ceux du XX ème siècle, avec lesquels on essaye de nous faire vivre un camp de droite contre un camp de gauche, ces clivages sont dépassés. Cela n’a plus d’intérêt de gérer une ville comme cela. Regardez, il y a neuf mois, élection présidentielle. Beaucoup d’illusions, et aujourd’hui beaucoup de désillusions, et alors, on retomberait, sans autre forme de procès, dans les bras du Parti Socialiste, qui n’a évolué et changé en rien. Il le fera, je crois qu’il le fera, mais il n’a évolué et changé en rien. Donc, qu’est- ce que ça veut dire...
Donc, un coup à gauche, et un coup à droite, eh bien c’est justement peut-être ce que vous faites. Alors, vous avez des courtisans et des flatteurs de tous les côtés, c’est vrai. Prenons le côté de l’UMP et de la majorité. Le Premier ministre, M. F. Fillon, messieurs Raffarin, Gaudin, Devedjian, ont appelé à des accords de soutien réciproque UMP-MoDem. Et il vous a même été proposé une négociation globale. Vous refusez, vous dites : « c’est un bluff ». Pourquoi est-ce un bluff ?
Parce que, l’idée selon laquelle on pourrait, en raison d’une élection locale ou de plusieurs élections locales, nous faire abandonner l’indépendance que nous avons voulue pour nous faire retomber dans un camp - un accord global avec l’UMP ça voudrait dire qu’on retombe dans un camp, le camp de la droite ; un accord global avec le PS, ça voudrait dire qu’on retombe dans le camp de la gauche.
Mais vous préférez la défaite à un accord avec la majorité présidentielle ?
Vous verrez que ça ne sera pas une défaite, parce que la ville de Pau,
qui est une ville indépendante, qui a cette grande histoire d’indépendance et de relation de conquête avec la France, avec
l’histoire, cette ville de Pau ne veut pas des gens qui plient, elle ne veut pas des gens qui courbent la tête. Elle veut des gens qui acceptent au contraire d’affirmer fièrement ce qu’est notre véritable nature, c’est-à-dire nous sommes une ville qui aime le pluralisme, aime la tolérance, c’est la vertu profonde d’une ville comme celle-ci, et elle va le montrer, en tout état de cause. Les Palois ne veulent pas d’un maire qui se renie simplement pour avoir l’Hôtel de ville. Ils veulent d’un maire qui tienne bon, et en qui ils puissent faire confiance.
Vous avez dénoncé hier encore la liste d’appareil socialo- communiste de Pau...
Si vous me permettez, cela c’est votre expression, je n’emploie pas « socialo-communiste », c’est terriblement connoté, ce ne sont pas des expressions que j’emploie.
Vous dites : « PS plus PC d’appareil »...
Voilà.
Donc « PS plus communiste ». Cela veut dire que vous comptez sur les électeurs de droite ?
Ça veut dire que les électeurs qui, en effet, ont une tradition et des valeurs de droite, ils n’ont pas du tout envie que la mairie appartienne à des appareils pendant six ans, peut-être pendant douze ans. Ils n’ont pas envie que la mairie soit verrouillée et ils ont bien raison. Une ville comme celle-ci, et c’est le cas de toutes les villes, nous le disons pour toutes les villes de France, une ville, ça ne peut plus appartenir uniquement à un camp, avec tous les pouvoirs, les réseaux qui appartiennent uniquement à ce camp ou à ce clan-là, et les autres, simplement parce qu’ils ont été minoritaires, laissés sur le bord de la route, et n’ayant aucune participation au pouvoir. Tout cela, c’est ridicule. Une ville, le sort des enfants, le commerce, la circulation, la vie dans la ville, cela doit pouvoir représenter les grandes sensibilités de la ville. On a besoin de droite et on a besoin de gauche, et on a besoin de centre. Toutes ces sensibilités-là existent. Et tant qu’on peut les réunir...
Mais vous pouvez ouvrir : peut-être un peu d’UMP, un peu de PS...
C’est exactement ce que je fais, et c’est exactement comme cela que j’ai composé ma liste. Je veux que toutes les tendances d’une ville aient des amis à l’hôtel de ville. Je ne veux pas que l’hôtel de ville appartienne uniquement à un réseau, à un appareil qui bluffe.
A. Juppé, qui compte des MoDem dans sa liste à Bordeaux, disait
hier qu’il était prêt à participer à un meeting à Pau avec vous, si vous le lui demandez. Est-ce que vous l’invitez, ce matin ?
A. Juppé a dit, et naturellement j’y suis sensible, qu’il était prêt à m’aider. C’est ce que j’ai fait pour lui-même, non pas parce qu’il était à l’UMP, mais parce qu’il était un bon maire de Bordeaux, et parce que je considérais que c’était un homme qui valait la peine qu’on lui donne un coup de main, y compris quand c’était une situation difficile, passagèrement difficile pour lui.
Vous l’invitez à Pau ?
Je ne suis pas sûr qu’il ait envie de faire un meeting, et je ne suis pas sûr que ce soit sous forme de meeting que l’aide d’A. Juppé s’exprimera le mieux. Je pense qu’il est bon et suffisant qu’il dise ce qu’il pense, lui, qui est le maire de Bordeaux, première ville d’Aquitaine. Moi, qui peux être le maire de Pau, deuxième ville d’Aquitaine. Il est bon et juste qu’A. Juppé...
Vous continuez à être optimiste, c’est cela qui est extraordinaire.
Vous continuez à être optimiste. À croire que...
Mais attendez, il y a 1 % des voix qui me sépare de la liste socialiste arrivée en tête, 1 % ! Eh bien, je suis persuadé que 1 % des voix, non seulement ça se rattrape, mais bien au-delà. Désormais, les Palois savent que le choix est entre ces deux listes-là, et donc ils vont se prononcer entre ces deux listes, et il est bien qu’ils aient le choix. Oui je suis optimiste, et oui je suis conscient, parce que c’est comme ça qu’évidemment on change la situation et le sort des villes aussi.
Vous pensez qu’ils viendront vers vous parce que vous avez la posture, comment dire, de la victime, ou peut-être du martyr, coincé entre deux grands partis ?
Je ne suis pas martyr du tout. La situation qui est la mienne je l’ai voulue. Un martyr c’est quelqu’un qui subit. Je ne suis pas quelqu’un qui subit.
Entre le martyr et le maso...
Je ne suis pas quelqu’un qui subit, je suis quelqu’un qui a pris ses responsabilités pour obtenir un changement profond de la vie politique dans son pays, parce que cette vie politique, cela fait des années et des années qu’elle est bloquée. J’ai envie de la changer.
Donc, vous maintenez toutes les critiques que vous adressez à la fois au PS et à la majorité, au président de la République, face auquel vous demandiez « la vigilance républicaine » ?
Je me suis toujours exprimé en ayant absolument conscience qu’un responsable, ça doit dire des choses lourdes et profondes, en tout cas,
qu’il ressent. Je n’ai jamais pratiqué de critiques politiciennes. Je me suis toujours exprimé en référence à des valeurs, valeurs républicaines en l’occurrence, parce que c’est normal que les responsables de la France, les élus français, défendent des valeurs qui les font vivre ensemble. C’est vraiment la moindre des choses.
Est-ce que vous êtes prêt à débattre avec vos deux compétiteurs à Pau ?
Bien sûr.
Vous dites que vous êtes prêt ?
Bien sûr.
Alors considérez que le débat aura lieu, s’ils sont d’accord, sur Europe 1.
Et bien, je serai ravi d’y participer.
Alors, vous refusez de donner des consignes générales et vous dites que vous allez examiner ville par ville, candidat par candidat...
Vous savez pourquoi ? Parce que je suis exactement comme vous et comme les électeurs, c’est- à-dire qu’il y a des maires ou des candidats que je considère comme intéressants dans les deux camps. Nous avons apporté une révolution qui est celle-ci : on peut constituer des équipes au service des villes avec des sensibilités différentes. Hier, on était obligés lorsqu’on voulait participer à la gestion d’une ville, de se rallier à un camp, et le même camp pour toute la France. Que ce soit les gens bien ou des gens qui ne valent pas la peine. Nous, nous avons apporté ce changement-là, et j’en suis très fier. Et donc, pas de consigne générale. En effet, pas de ralliement à un camp ou à un autre, et au contraire, l’affirmation d’une indépendance...
Au cas par cas, ce matin et jusqu’à 18 heures, heure limite, au cas par cas ?
Jusqu’à 18 heures. Il y a encore le temps, en effet, qu’il se passe beaucoup de choses. Comme vous le savez, les dernières heures sont généralement fructueuses.
Et à Pau, qu’est-ce qui peut se passer ? Il peut y avoir un changement ? Parce que vous pouvez vous dire, comme on le sait qu’« à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Mais à perdre avec péril, on perd sans gloire aussi.
Et bien, je ne perdrai pas, je ne veux pas perdre. Je veux, au contraire, que ce choix qui est le choix au fond du pluralisme normal, de la tolérance normale, que les grandes familles, les grandes sensibilités d’une ville elles soient toutes contentes de leur Hôtel de ville, qu’elles y aient toutes leur place, qu’elles puissent frapper à la porte - je viens de frapper sur le micro - pour dire : est-ce qu’on peut proposer une idée ou au contraire exprimer une inquiétude ? Et cela ne passera pas par des appareils de partis.
Vous dites la même chose à propos du Parti socialiste, vous n’êtes pas favorable à des discussions directes et globales avec le PS, qui est d’ailleurs divisé à votre propos ?
Oui c’est vrai que le Parti socialiste a de grandes divisions en son sein, en particulier à propos de cette ouverture que je propose. J’ai noté que S. Royal était plutôt ouverte, et que F. Hollande était plutôt fermé. Et B. Delanoë aussi...
Il vous prend au mot : ville par ville, cas par cas...
Eh bien, ceci est une bonne chose. Considérons que nous sommes fréquentables les uns pour les autres. Considérons qu’il y a des gens nombreux à droite, dans la droite républicaine française qui méritent qu’on parle avec eux, et qu’il y a des gens, nombreux dans la gauche démocratique française qui méritent qu’on parle avec eux, et c’est formidable qu’on puisse enfin entrer dans une ère où quelqu’un dise : écoutez, arrêtons de considérer qu’on a de l’autre côté de la barrière des ennemis irréductibles, lorsqu’il s’agit des villes - ce sera vrai un jour pour la France aussi - mais lorsqu’il s’agit des villes, on peut tout de même s’asseoir autour de la même table et travailler ensemble pour que tout le monde puisse faire entendre sa voix.
Cela va être le cas dans de nombreuses villes aujourd’hui. Qu’est-ce que vous êtes prêt à faire, pare exemple à Périgueux ?
A Périgueux, j’ai dit au fond la vieille amitié que j’avais pour X. Darcos, le maire de Périgueux, le ministre de l’Education nationale, j’ai dit cela depuis longtemps, il a été mon directeur de cabinet, comme vous savez, dans les temps anciens où j’étais moi-même ministre de l’Education nationale, et je me suis exprimé sur ce point, puisque nous avons en effet des candidats nombreux sur sa liste.
Il y a de nombreuses villes, etc. Mais je prends le cas de Paris. Vous risquez de n’avoir aucun élu, parce que vous avez vu que B. Delanoë se passe de M. de Sarnez et du MoDem, et qu’il leur a donné rendez-vous après le 16 mars. C’est une sorte de punition.
Je suis absolument certain que les électeurs de Paris, pas seulement les nôtres qui sont par dizaines de milliers, comme vous savez, plus de 60.000 électeurs à Paris, mais aussi les électeurs qui ont voté pour B. Delanoë, majoritairement, ils avaient envie qu’il y ait cette nouvelle majorité plus ouverte, et puis B. Delanoë, pour des raisons internes au Parti socialiste, je n’en doute pas, a fermé cette porte, montrant ainsi qu’il se plaçait du côté de la fermeture, je pense que beaucoup d’électeurs parisiens ne seront pas satisfaits de cette fermeture. Nous, en tout cas, nous en prenons acte. Nous avons fait ce qu’il fallait. M. de Sarnez, qui a fait une très belle campagne, a fait ce qu’il fallait pour dire qu’elle était prête à un partenariat nouveau. C’était la première fois à Paris qu’on proposait cela.
Il y a une nouvelle déclaration à l’instant de F. Hollande. Il dit : S. Royal fait toujours la même expérience avec F. Bayrou. F. Bayrou ne fera aucune alliance tant qu’il n’aura pas réussi ou échoué à l’élection présidentielle, et comme je pense, dit F. Hollande, qu’il échouera, alors, il vaut mieux construire un grand Parti socialiste ».
F. Hollande fait son boulot de premier secrétaire du Parti socialiste. Il n’est pas en train d’ouvrir des chemins plus intéressants pour la France. Il est sur le, comment dirais-je, dans la vieille ornière classique et traditionnelle. Je dis ceci à F. Hollande qui est entre nous plus intelligent et plus subtile que ces déclarations ne le laisseraient croire, je dis à F. Hollande que le pays dont nous allons avoir la charge, tous, chacun à sa manière, et chacun dans sa responsabilité, c’est un pays qui en situation suffisamment délicate et suffisamment difficile pour qu’on essaye de réfléchir à la meilleure manière de l’en sortir plutôt que de lancer perpétuellement des oukases et des petites insultes les uns sur les autres.
Jusqu’à présent, F. Bayrou, le peuple n’a pas donné - je veux dire les électeurs - une raclée du président de la République et à la droite. C’est le peuple qui se trompe ?
Vous vous souvenez que je suis venu à votre micro, plusieurs fois, pour dire que contrairement à ce que prétendaient l’UMP d’un côté, le PS de l’autre, l’enjeu de ces élections ne serait pas un enjeu national, pas un référendum pour ou contre le pouvoir. J’ai toujours défendu l’idée que ce serait des enjeux locaux, et que ce sont ces enjeux locaux qui l’emporteraient dans l’esprit des électeurs. Je crois que la confirmation en a été donnée une fois de plus.
On va voir, et puis il y a probablement le débat qui va être organisé, puisque vous êtes d’accord. Mais je termine avec une question plus large : le prestigieux, l’illustre S. Peres est à Paris. Lors du dîner hier soir à l’Elysée, il a dit à N. Sarkozy : « le peuple d’Israël est fier de vous compter parmi ses amis ». S. Peres est l’ami des Français. De F. Bayrou aussi ?
Oui, S. Peres est une personnalité formidable. Je l’ai rencontré pour ma part il y a plus de trente ans. Et je suis allé le voir chaque fois que je me suis rendu dans cette région du monde. C’est un homme tout à fait... c’est un pilier de la démocratie en Israël, c’est une référence pour beaucoup d’hommes et de femmes. Au-delà des idées politiques, je suis très heureux que S. Peres ait été élu dans ces fonctions à la tête d’un parti centriste.
Et qu’il soit à Paris...
...Et puis c’est son choix, et donc c’est pour moi un homme que j’estime et que j’aime, s’il le permet.
15 décembre 2007
Pour l’opinion, le MoDem ne doit pas nouer d’alliances
Article publié dans Le Figaro du 07/12/2007.
Selon OpinionWay, 64 % des Français souhaitent que Bayrou ne s’allie ni avec le PS ni avec l’UMP.
François Bayrou pourra y voir une sorte de caution apportée à sa stratégie : une très large majorité des électeurs (64 %) souhaite que le MoDem ne s’allie ni avec l’UMP ni avec le PS. Selon un sondage OpinionWay pour le Figaro et LCI, l’opinion paraît en tout cas prendre en compte le positionnement du député des Pyrénées-Atlantiques qui a déclaré la semaine dernière ne se «reconnaître ni dans le projet de société de Nicolas Sarkozy, ni dans le projet politique du PS».
Le rendez-vous manqué
Il est tout de même intéressant de noter que ceux qui souhaitent une alliance sont nettement plus nombreux à la vouloir avec le PS (22 %) plutôt qu’avec l’UMP (13 %). Il apparaît d’ailleurs qu’un rapprochement avec le PS séduirait une majorité des électeurs de Ségolène Royal, alors que ceux de Nicolas Sarkozy repoussent largement une alliance du MoDem avec l’UMP.
Il est donc logique que la plupart (80 %) de ceux qui ont voté pour Royal au premier la croient sincère dans sa relation du rendez-vous manqué avec François Bayrou entre les deux tours de la présidentielle. Sincérité à laquelle ne croient finalement qu’une petite majorité des sondés, les autres électeurs étant nettement plus réservés ou incrédules sur ce point. Et c’est à peu près dans la même proportion qu’ils croient à la sincérité de François Bayrou dans la présentation qu’il fait de ce rendez-vous.
Finalement, la révélation de cette offre faite par Royal à Bayrou, et du refus de celui-ci de laisser celle-là venir chez lui, entre les deux tours de la présidentielle, n’a pas d’impact sur ce que les gens pensent d’eux : respectivement 70 % et 71 % des sondés n’ont pas changé d’avis à leur sujet.
Olivier Pognon
01 décembre 2007
Bayrou : "Le rapport Balladur accroît la dérive des institutions"
Article publié dans Le Figaro du 2 novembre 2007.
LE FIGARO. - Que pensez-vous du rapport Balladur sur la réforme des institutions ?
François BAYROU. - J'avais placé beaucoup d'espoir dans ce comité. D'abord, parce que beaucoup de ses membres sont éminemment respectables et compétents. Ensuite, parce que les orientations données lors de l'installation du comité Balladur me paraissaient aller dans le bon sens, celui d'une clarification des rapports président-gouvernement et d'un rééquilibrage entre exécutif et législatif. Le rapport contient des idées positives, touchant notamment aux procédures parlementaires, qui rendent une part d'indépendance au Parlement dans ses délibérations comme dans sa mission de contrôle. Mais en ce qui concerne l'essentiel, le rééquilibrage n'est pas atteint. Au contraire. Les principales orientations du rapport nourrissent la confusion des rôles entre exécutif et législatif.
Qu'est-ce qui vous inquiète particulièrement ?
Le choix de principe qu'il faut faire est de libérer le Parlement de sa dépendance à l'égard de l'exécutif, pour qu'il y ait un véritable équilibre des pouvoirs. Or la proposition de coupler le premier tour des législatives avec le deuxième tour de la présidentielle accentue au contraire cette dépendance. Organiser le premier tour des législatives dans le climat passionnel du deuxième tour de la présidentielle, cela renforcerait évidemment la bipolarisation en effaçant le reste du paysage politique. Et c'est artificiel : imaginons ce qui se serait passé si, en 2002, les législatives avaient eu lieu le jour du deuxième tour Chirac-Le Pen...
L'introduction d'une dose de proportionnelle vous satisfait-elle ?
Limiter la proportionnelle à 20 sièges sur 577, cela n'a pas de sens. C'est même presque insultant. On ne cherche pas à représenter le pluralisme, on fait la charité de quelques sièges à ceux qui ont refusé de se soumettre à la bipolarisation.
Êtes-vous d'accord avec l'idée d'une présélection des candidats à la présidentielle par un collège de 100 000 élus ?
Faire voter un collège de notables plusieurs mois avant les citoyens reviendrait à organiser une démocratie à deux degrés. Avec des citoyens de plein exercice, les élus, et des citoyens de deuxième zone, les électeurs. C'est moins démocratique que le système de 500 parrainages actuel dont l'objet est seulement de garantir la légitimité des candidats. Je prends le pari que les Français n'accepteront pas cette oligarchie.
Approuvez-vous l'encadrement des nominations relevant du président ?
Pendant la campagne présidentielle, j'avais proposé que ces nominations (Conseil constitutionnel, Conseil supérieur de la magistrature, CSA) soient validées par le Parlement à la majorité qualifiée, ce qui oblige à trouver un consensus entre les grandes forces démocratiques du pays. Nicolas Sarkozy en était venu, lui aussi, à défendre cette idée. Mais ce n'est pas du tout ce que propose le comité Balladur. Il s'en tient à une simple audition devant une commission parlementaire qui est, évidemment, dominée par la majorité et par elle seule. Donc, cela ne change rien.
Partagez-vous l'avis du PS qui fait de la venue du président devant le Parlement un casus belli ?
En fait, cette adresse au Parlement ne me choque pas, à condition que les parlementaires, qui sont eux aussi des élus du peuple, puissent répondre et que le président les écoute.
En fin de compte, voterez-vous ce projet de réforme institutionnelle ?
En l'état, ce projet ne correspond pas aux attentes de ceux qui, de bonne foi, espéraient qu'on allait trouver un nouvel équilibre pour la vie politique française. Il accentue un certain nombre de dérives de nos institutions et de leur pratique. Je me battrai pour en changer l'orientation.
En revanche, approuverez-vous le traité de Lisbonne ?
On nous avait annoncé un traité simplifié. C'est en fait un traité compliqué, qui a été éclaté en des centaines d'amendements pour que les objections disparaissent. S'agissant de la mécanique institutionnelle qu'il met en place, le traité convient à peu près et c'est la raison pour laquelle je voterai la ratification. Mais pour l'âme, c'est le désert. On a enlevé tout ce qui donnait chair et espoir à l'idéal européen.
Regrettez-vous que le traité de Lisbonne ne soit pas soumis au référendum ?
Pendant ma campagne, j'avais défendu l'idée d'un référendum, en expliquant qu'il ne fallait pas avoir peur du peuple sur le grand sujet européen. Nicolas Sarkozy s'y était opposé clairement et c'est lui qui a été élu. De surcroît, le texte est devenu carrément illisible pour un citoyen normal. Mais ma crainte est que le fossé se creuse un peu plus entre l'Europe et les citoyens.
Comment se présente le double congrès de l'UDF et du MoDem, à la fin du mois ?
Ce sera un moment important. Nous allons faire naître une nouvelle famille politique. Nous allons adopter une charte éthique, une charte des valeurs et des statuts. Et surtout, une ligne politique, un projet de société, celui d'une société de justice croissante face au modèle d'inégalité croissante qui domine aujourd'hui la mondialisation. De si grands changements ne se font pas sans difficultés pour une formation politique qui, dans le passé, s'était installée dans la dépendance à droite. C'est cette dépendance que j'ai voulu rompre.
Pourtant, nombre de militants UDF rechignent à se fondre dans le Mouvement démocrate.
Je suis convaincu que tout organisme vivant, s'il ne se renouvelle pas, s'affaiblit et disparaît. Au contraire, cette transformation préserve et accomplit l'inspiration qui voulait faire naître un grand parti central dans la vie politique française. C'est une nouvelle étape de la vie politique de cette grande famille, celle de l'émancipation.
PHILIPPE GOULLIAUD