19 juin 2008
Menaces sur les sciences de l'homme
Article publié dans le journal Le Monde du 19 juin 2008.
Le gouvernement et la direction du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) préparent le démembrement de l'institution en une sorte de "holding d'instituts", ce qui a soulevé de très nombreuses protestations : le conseil scientifique du CNRS (composé en majorité de personnes nommées par la ministre, dont huit étrangers) a refusé de voter le texte proposé.
Cette ultime réforme menace de faire disparaître des pans entiers de la recherche française et d'en soumettre de nombreux autres à des impératifs de court terme; en particulier les sciences de la vie et l'informatique seraient contrôlées en dehors du CNRS. Jamais un gouvernement n'avait chercher à exercer une telle autorité sur la recherche.
A cet égard, les sciences de l'homme et de la société (SHS) apparaissent particulièrement en péril et illustrent les dérives de la politique actuelle. Vues comme inutiles économiquement et comme trop critiques, la tentation est grande de les exclure du CNRS.
Rappelons d'abord que la remise en question de l'implication du CNRS dans le domaine des sciences humaines et sociales est presque aussi ancienne que le CNRS lui-même. Par chance, les responsables successifs du CNRS ont toujours su combattre ces préjugés et accorder une place croissante aux sciences humaines et sociales. Mieux, ils ont favorisé leur professionnalisation et leur internationalisation, au point que leur apport à une meilleure compréhension des transformations du monde contemporain est largement reconnu.
Depuis au moins une quinzaine d'années, il n'est ainsi pas un programme de recherche national qui n'ait intégré les SHS comme un volet indispensable à la compréhension des processus ou problèmes à étudier (sida, cancer, maladies à prion, réchauffement climatique, santé au travail…).
En donnant la priorité à l'accumulation des connaissances de long terme, en s'efforçant de préserver ou de développer des pans entiers de recherche ignorés ou délaissés par l'université (archéologie, anthropologie, études des aires culturelles non européennes…), en insufflant une culture d'évaluation et de recherche en équipe au sein de disciplines longtemps individualistes, le CNRS a donc contribué au développement des SHS dans notre pays. Une part non négligeable des meilleurs chercheurs français dans ce domaine, y compris universitaires, ont travaillé ou travaillent au sein de laboratoires soutenus par le CNRS.
Faut-il rappeler ici que des chercheurs aussi reconnus internationalement que les anthropologues Claude Lévi-Strauss et Maurice Godelier, le géographe Raoul Blanchard, les historiens André Leroi-Gourhan, Christiane Desroche-Noblecourt, Jean-Pierre Vernant et Jacques Le Goff, les économistes Maurice Allais (par ailleurs Prix Nobel d'économie) et Jean Tirole, le philosophe des sciences Georges Canguilhem, le linguiste Claude Hagège et le sociologue Pierre Bourdieu ont reçu la médaille d'or du CNRS.
IDENTIFIER AU PLUS VITE LES DOMAINES CRUCIAUX OÙ LE CNRS DOIT ACCROÎTRE SON INTERVENTION
Les nouvelles orientations données à la politique de recherche, tant au niveau européen que français, la réforme de l'université et les préjugés idéologiques du gouvernement à l'égard des sciences de l'homme mettent cette politique en péril. L'étranglement financier du CNRS au profit de l'Agence nationale de la recherche favorise ceux qui défendent cette politique à courte vue.
Ce qui manque pourtant le plus aux universitaires en SHS pour mener à bien leurs recherches, c'est du temps et du personnel technique et administratif en nombre suffisant. Confrontés à des effectifs étudiants en forte croissance ces dernières années et à l'explosion des formations professionnalisantes, ils ont plus que jamais besoin de liens avec le CNRS dans les cadres des UMR et des délégations provisoires. Le désengagement du CNRS de ces disciplines les priverait définitivement de cette possibilité.
La défense du CNRS ne saurait bien sûr se résumer à la seule défense des postes de chercheurs permanents. Ceux-ci sont néanmoins indispensables. D'abord, pour permettre de couvrir certains domaines ignorés par les universités, faute d'enseignements correspondant ou à la frontière des disciplines habituelles. Certains domaines du droit (par exemple, le droit comparé), ou certains champs interdisciplinaires (par exemple, la criminologie ou l'archéologie), sont, pour diverses raisons, négligés ou absents de l'université française.
De même, certains types d'investigations nécessitent des temps d'enquête très longs et supposent de pouvoir compter sur des chercheurs permanents, comme les recherches portant sur les aires culturelles. Comment disposer de spécialistes de la Chine ou du Moyen-Orient si ceux-ci sont contraints de rester en France neuf mois par an pour leur enseignement ?
Plutôt que de raisonner par discipline, il convient donc au plus vite d'identifier les domaines cruciaux où le CNRS doit accroître son intervention au cours des prochaines années. Mais le choix de ces domaines ne doit pas être dicté par le pouvoir politique ou par les autres scientifiques, mais émaner de la communauté des chercheurs en SHS eux-mêmes. Il faut ici prendre appui sur les nombreux travaux prospectifs réalisés au cours de ces dernières années au sein de l'organisme.
En matière démographique, un rapide examen de la pyramide des âges des chercheurs SHS montre que c'est dans ce domaine qu'existe le déséquilibre le plus flagrant : plus de 800 personnes y ont dépassé les 55ans – soit près de 44% de l'effectif total des chercheurs SHS, contre une moyenne de 26% pour les chercheurs CNRS des autres départements.
Du même coup, la question non seulement du remplacement de toutes les personnes partant à la retraite mais celle d'un plan urgent de recrutement de jeunes chercheurs est, encore plus qu'ailleurs, une question de simple survie pour l'ensemble de ce domaine scientifique. Nous ne pouvons qu'être inquiets dans ces conditions face aux annonces répétées sur le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, voire aux annonces de reversement de postes au "pot commun" du CNRS.
Plus que jamais, les SHS, comme les autres domaines scientifiques, ont besoin d'un organisme national structurant, qui fixe des priorités de long terme, fournisse les moyens matériels et humains, sous des formes sans doute renouvelées, aux laboratoires pour qu'ils développent leur programme propre.
L'invention d'une nouvelle politique nationale de recherche passe aussi par une critique de l'action passée. Le saupoudrage des moyens et leurs inégalités injustifiées entre les différentes sections, l'opacité qui en résulte, l'absence de volontarisme qui conduit à la concentration des trois quarts des personnels permanents du CNRS en Ile-de-France sont autant de symptômes d'une situation insatisfaisante, qu'il faut réformer, mais dans la concertation et en évitant la tentation de la table rase ou des solutions simplistes.
Jean-Louis Fournel, professeur à l'université Paris-VIII, porte-parole de Sauvons l'université ! (SLU); Bertrand Monthubert, professeur à l'université Paul-Sabatier, président de Sauvons la recherche (SLR); et Frédéric Sawicki, professeur à l'université Lille-II, directeur d'UMR (8026), membre du CA de SLR.
18 juin 2008
Réaction du Mouvement Démocrate au "non" des Irlandais au traité de Lisbonne
François Bayrou et Marielle de Sarnez ont réagi au "non" des Irlandais au traité de Lisbonne ce vendredi 13 juin ....
Selon
François Bayrou , ce rejet probable du traité de Lisbonne par les Irlandais
révèle le "fossé" qui "s'est creusé entre les peuples européens et leurs institutions".
"Les Irlandais ont répondu comme beaucoup d'autres peuples européens l'auraient fait" à ce
traité "encore plus incompréhensible que le texte touffu de la Constitution européenne", a déclaré
à l'AFP M. Bayrou. "On a essayé de ruser avec les peuples, et de faire comme si l'Europe était
uniquement une affaire d'initiés", a-t-il dit. Les gouvernements vont devoir "prendre le temps
nécessaire" pour rejoindre les préoccupations des citoyens "qui ont l'impression que l'Europe est
devenue uniquement une machine pour initiés purement économique et
commerciale, et qui ne les protège pas dans les difficultés des temps".
Les citoyens "ont le sentiment de n'être au courant de rien de ce qui se décide et se
discute", a-t-il ajouté. "Je suis certain qu'ils pensent dans leur grande majorité qu'il faut une
Europe dont la voix soit aussi crédible et influente que celle des Etats-Unis ou de la Chine. Mais
ils veulent que ce soit leur voix", a déclaré François Bayrou.
Il faut élaborer pour l'Europe un traité "court, simple, lisible, compréhensible par tous et
soumis à référendum", a-t-il encore indiqué, reprenant la thématique développée pendant la
campagne présidentielle.
De son côté,
Marielle de Sarnez déclare :
"C’est un événement très important qui ne peut pas être ignoré ou contourné et qui aura
des conséquences lourdes pour l’avenir immédiat.
Un fossé s’est creusé entre les peuples et l’Europe. C’est à cette question
qu’il faut répondre. On ne peut plus continuer d’ignorer ce qui est ressenti comme un
déficit démocratique.
Ceci oblige à trouver pour l’Europe des réponses nouvelles qui prennent en compte les
inquiétudes des peuples et les défis des temps."
12 juin 2008
Philippe Buchez
Philippe Joseph Benjamin Buchez, né le 31 mars 1796, à Matagne-la-Petite, village du pays wallon, mort le 11 août 1865 à Rodez, est un homme politique, historien et sociologue français, fondateur du journal L'Atelier.
Jeunesse
Buchez naît en 1796 à Matagne-la-Petite, alors dans le département des Ardennes, maintenant en Belgique, dans la province de Namur, mais ses parents habitent Paris.
Son père, qui se distingue par ses idées avancées, perd au retour des Bourbons la place qu'il avait à l'octroi. Buchez suit les cours d'histoire naturelle au Jardin des plantes, en même temps qu'il est employé à l'octroi, et étudie la médecine, alternant entre les dissections à l'amphithéâtre et les discussions politiques.
Le saint-simonisme
Descendant d’artisans wallons, Buchez est un autodidacte éclairé, il milite dans les milieux d’extrême gauche. En 1820, il est reçu à la loge maçonnique «Les amis de la vérité». En 1821, il tente de soulever les départements de l'Est, dans les Vosges, pour renverser les Bourbons, mais il est arrêté à Metz et conduit à Colmar, où il passe devant les assises. Mais le juge Goldberg qui prend plaisir à causer d'histoire et d'archéologie avec le détenu Buchez, se montre compréhensif, et il s'en sort sans trop de mal.
Après avoir lu le Nouveau christianisme de Saint-Simon en 1825, Buchez se déclare saint-simonien. Avec Saint-Amand Bazard, autre grande figure saint-simonienne, et Flottard, il figure parmi les fondateurs de la Charbonnerie française (qui compte jusqu'à 80 000 membres en 1822), dont il devient l'un des principaux animateurs en France.
Reprenant alors ses études médicales, il est reçu docteur en 1824, peu après avoir publié un Précis élémentaire d'hygiène. De même, il devient le principal rédacteur du Journal du progrès des sciences et institutions médicales, où il insère des articles sur l'organisation de la médecine.
Du saint-simonisme au socialisme chrétien
Se séparant de Bazard et des rédacteurs du Producteur, auquel il collaborait, il fonde avec Flocon, Thierry et Léon Pilet, le Club des Amis du peuple, dont les autorités font fermer les portes le 25 septembre 1830. Peu après, retournant à la foi chrétienne, il abandonne les idées saint-simoniennes, dont il n'accepte pas le panthéisme, et il devient le défenseur d'un néocatholicisme qu'il place à la base de ses théories politiques. Il publie le Journal des sciences morales et politiques (1831), qui devient bientôt L'Européen, et tente de concilier la doctrine catholique orthodoxe avec les théories les plus démocratiques. Malgré sa défiance à l'égard du gouvernement de l'Église, il est l'initiateur du mouvement social chrétien. Il tente de réaliser l'association ouvrière de production, mais, en opposition avec les tentatives communistes de Robert Owen et l'organisation saint-simonienne, les groupements qu'il fonde n'ont qu'une durée assez courte, à l'exception de celui des bijoutiers en doré qui survit jusqu'en 1873 sans avoir connu une grande extension.issance de sa notoriété Sous la monarchie de Juillet, il acquiert une grande notoriété, tant dans le monde catholique que parmi les démocrates et les républicains, avec son Introduction à la science de l'histoire, ou science du développement de l'humanité (1833), où il déclare que le fondement de la morale est une donnée théologique, c'est-à-dire un dogme, et où il attaque l'égoïsme des gouvernants qui ne cherchent que leur intérêt particulier, ou son Essai d'un traité complet de philosophie du point de vue du catholicisme et du progrès social (1830). Il publie également L'histoire parlementaire de la révolution en 40 volumes (1834-1840), compilation de débats d'assemblée, d'articles de journaux, de motions de clubs, le tout entrecoupé de commentaires à travers lesquels il expose longuement ses idées.
En septembre 1840, Buchez fonde un journal, L'Atelier, «organe des intérêts moraux et matériels des ouvriers», qui paraît jusqu'en juillet 1850. Il y développe un plan de réforme de la société fondé sur l’association ouvrière. Ces associations, qui sont des coopératives ouvrières de production formées sur la base d'un capital inaliénable et indissoluble, doivent, selon lui, en se propageant, permettre de rassembler un «capital ouvrier» global sur lequel la classe laborieuse pourra s’appuyer; leur généralisation poserait les fondements d’une rénovation de la société par l'Associationisme. Mais ce plan n'a connu qu'une application très limitée, avec la création, en 1834, de l'Association des ouvriers bijoutiers en doré.
La carrière politique
Après la révolution de février 1848, à laquelle il ne prend pas part, et l'instauration de la République, Garnier-Pagès le choisit comme adjoint à la mairie de Paris. Buchez s'occupe alors activement de la garde nationale et de la mise sur pied des Ateliers nationaux. Élu représentant de la Seine (le 17e sur 34) le 23 avril 1848, il est porté à la présidence de l'Assemblée (5 mai-6 juin). Ce qui fait de lui le premier président d'une assemblée française véritablement élue au suffrage universel. Son discours inaugural est ambitieux, mais sa présidence effective ne dure qu'une huitaine de jours, et tous les partis s'accordent à reconnaître que son passage au fauteuil présidentiel aura été peu brillant.
Pendant les journées de juin 1848, ulcéré par les luttes fratricides entre l'armée et la garde nationale, commandée par le général Cavaignac, ministre de la guerre, et les ouvriers, il refuse de porter les armes et, s'il monte sur les barricades, c'est pour soigner les blessés.
Son échec aux élections législatives de mai 1849 marque la fin de sa courte carrière d'homme politique. Opposant à Louis-Napoléon Bonaparte, il est même arrêté le 2 décembre 1851, avant d'être rapidement relâché.
La retraite
Pendant l'Empire, il retourne à ses études, se consacre notamment à la rédaction d'un Traité de politique et science sociale. Seul et oublié, il s'éteint à Rodez le soir du 11 août 1865, à 69 ans. Son corps est ramené à Paris, où il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Ayant laissé son dernier ouvrage à l'état de manuscrit, ses amis le publient en 1866.
Œuvres
Précis élémentaire d'hygiène (en collaboration avec le Dr Ulysse Trélat), Paris, Raymond, 1825, 378 p.
Considérations générales sur les fièvres intermittentes, Paris, 26 mars 1825
Introduction à la science de l'histoire ou Science du développement de l'humanité, Paris, Paulin, 1833, 568 p.
Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, précédée d'une introduction sur l'histoire de France jusqu'à la convocation des États-Généraux (en collaboration avec Pierre-Célestin Roux-Lavergne), Paris, Paulin, 1834-1838, 40 volumes
Introduction à l'étude des sciences médicales, leçons orales recueillies et rédigées par Henry Belfield Lefèvre, Paris, E. Éveillard, 1838, 254 p.
Essai d'un traité complet de philosophie, du point de vue du catholicisme et du progrès, Paris, E. Éveillard, Périsse frères, 1838-1840, 3 volumes
Théorie générale des fonctions du système nerveux, ou Démonstration de la loi de génération des phénomènes nerveux, Paris, imprimerie de J. Belin-Leprieur fils, 1843, 51 p.
Histoire de la formation de la nationalité française, Paris, imprimerie de Dubuisson, 1859, 2 volumes
Traité de politique et de science sociale, Paris, Amyot, 1866, 2 volumes
Source: Wikipédia.
11 juin 2008
François Bayrou : "Il nous revient de penser une Europe nouvelle et de la faire aimer"
"Je suis très heureux de la manière dont cette Convention a été conduite, organisée, de la remarquable qualité des travaux, de la remarquable qualité des expressions et j'y vois une promesse pour notre mouvement, car j'écoutais tous ceux qui parlaient et je mesurais que c'est parce que nous étions un mouvement nouveau que nous avions pu organiser ces rencontres avec ceux qui se sont exprimés....
Le renouvellement formidable de la démarche politique qui est la nôtre a permis que viennent
s'exprimer avec nous, certains je le crois pour un jour nous rejoindre, des esprits qui jusqu'à
maintenant, ne trouvaient pas leur place dans l'échiquier politique français.
Ils étaient dans l'insatisfaction et la recherche de quelque chose d'autre que nous avons
commencé à construire et bâtir, c'est ce qui est en marche, et c'est pourquoi j'étais très heureux
de cette rencontre. Et je remercie Marielle de Sarnez d'avoir assuré l'organisation et l'animation
de cette convention pour l'Europe et de l'avoir conclue brillamment.
J'étais hier au Liban, invité par le Président de la République, et j'ai répondu oui. Je vais
vous dire pourquoi, cela a quelque chose à voir avec le sujet européen que nous traitons
aujourd'hui. J'ai répondu oui, parce que le Président de la République ayant invité les
responsables des principales forces démocratiques françaises, j'ai retrouvé là une attitude que je
défends depuis longtemps qui est celle de l'unité nationale -je ne dis pas de l'union nationale-
mais de l'unité nationale en face d'un certain nombre de très grands enjeux.
Pour moi, chaque fois que l'on peut saisir l'occasion de montrer que bien des affrontements
politiques sont dépassables -je ne dis pas qu'ils sont sans enjeux, sans contenu, mais qu'ils sont
dépassables- je trouve que l'on fait un pas vers la construction de l'avenir de la France.
Ce que je réprouve dans la vie politique française, c'est trop souvent le face à face de deux
forces dont l'une jette sur tous sujets l'anathème sur l'autre, et dont l'autre répond que la
première est la cause de tous les maux.
Je suis pour le pluralisme et je suis pour le dialogue et la discussion et la capacité de
réunir des forces -c'est la première raison pour laquelle j'ai dit oui- la cohérence avec la
démarche politique que nous suivons ensemble depuis longtemps.
Il y a une deuxième raison pour laquelle j'ai dit oui, au-delà même des liens historiques qui
sont ceux de la France et du Liban, c'est que ce qui se joue au Liban est d'importance universelle.
D’abord, parce que ce projet national, complètement unique, complètement original qui
consiste à faire vivre ensemble, dans une région qui est profondément intolérante, des communautés
d'origine et de religions différentes, ce projet importe à l'ensemble du Proche-Orient, à la vision
universelle de la France et il importe aussi à l'ensemble de l'humanité.
Mais ce projet qui est depuis longtemps menacé par les divisions, les exclusions, les haines,
les affrontements, le terrorisme, les assassinats est, de surcroît, aujourd'hui exposé à quelque
chose qui commence, dont je vais parler avec beaucoup de prudence et dont le siècle qui vient va
être l'enjeu.
J'espère que l'on pourra éviter le développement de ce drame, mais un affrontement est en
train de naître au sein même de l'Islam -pardon de dire les choses simplement- entre l'islam
sunnite et l'islam chiite et cet affrontement, avec le rôle de l'Iran et de la Syrie est ressenti
au Liban comme étant précisément, là, à l'épicentre du tremblement de terre.
Ce qui est extrêmement frappant au Liban, c'est que, pendant très longtemps, les
affrontements, les guerres et les violences, ont été entre chrétiens et musulmans et que,
aujourd'hui, la plupart des affrontements sont entre musulmans eux-mêmes. Affrontements nocturnes,
incidents, violences sont entre musulmans eux-mêmes avec le sentiment que des forces extérieures
sont en train de s'installer au Liban et, quand on dit "ces forces extérieures" pudiquement, hier
on parlait de Syrie, aujourd'hui, on parle de beaucoup plus loin encore et, pour parler simplement,
de l'Iran.
Il m'a paru extrêmement utile, au moment où nous étions, que des responsables politiques
français soient capables de faire un geste de solidarité et de soutien dans un moment qui est un
moment crucial de l'histoire du pays, le Liban, mais aussi d'une histoire beaucoup plus large et
qui englobe, au-delà même du Proche et du Moyen Orient, l'enjeu d'une partie de l'humanité.
Comme vous le voyez, je parle de cet enjeu, de ce drame, de ce conflit brûlant, avec beaucoup
de prudence, parce que tout le monde voit les extraordinaires implications qui sont en jeu dans cet
affrontement latent.
Je souhaite naturellement que tout soit fait pour que cet affrontement soit évité. Mais en
parlant avec les responsables différents qui confiaient tous leurs inquiétudes, par exemple, sur la
manière dont la France va recevoir Bachar Al Assad les 13 et 14 juillet, il y a là beaucoup
d'interrogations qui s'expriment.Et quand j'entendais ces messages, je pensais à une chose : quand
vous êtes devant des tremblements de terre de cette ampleur, qui ne sont plus des guerres de tribu,
des guerres de groupes et pas même des guerres de nationalité, mais qui embrassent -et peut-être
menacent d'embraser la planète- alors il vous faut une voix politique capable de s'exprimer et de
se faire entendre. Et cette voix politique n'existera pas tant que l'Europe sera à l'état de
sous-développement politique qui est le sien aujourd'hui.
Je ne crois pas du tout que cela se fera par un haut représentant de ceci ou de cela, par une
apparence. Cela ne se fera pas ainsi. Cela ne se fera pas de manière technocratique.
Cela ne pourra se faire que de manière politique et j'ai beaucoup aimé ce que Jean-Luc
Domenach a dit et, peut-être, certains d'entre vous aurons-il eu l'impression de l'avoir déjà
entendu pendant la campagne présidentielle. Si nous étions conséquents, nous devrions dire ceci :
il est bien entendu illusoire de remplacer les diplomaties nationales par une diplomatie
européenne. Cela n'arrivera pas. Cela ne se fera pas ainsi et, même si nous l'avons cru dans notre
famille politique, je crois que nous nous sommes trompés.
En revanche, ce qui est objet de construction, ce n'est pas de remplacer les diplomaties
nationales par une diplomatie européenne, c'est de les additionner dans une action européenne
concertée avec chacun, ses amis, ses moyens, sa capacité d'influence et d'action, ici les Français,
là les Anglais, les Allemands ou les Italiens qui peuvent se faire entendre.
Nous avons les plus grandes diplomaties de la planète si nous acceptons de les additionner et
pas de les opposer.
Naturellement, cela suppose que l'Europe existe, qu'elle sorte de son désordre et de son
chaos, dans lequel elle est aujourd'hui, et c'est à ce propos que je veux évidemment vous confier
mon souci et vous faire partager un sentiment de détermination.
Je veux vous parler d'abord de mon souci. J'étais hier dans l'avion de retour avec le
Président de la République et tous les autres responsables, et nous nous sommes assis pour discuter
ensemble et le sujet de l'Europe est venu, à propos d'un autre sujet dont je parlerai à la fin de
ce court exposé.
Il y avait, à l'égard de l'Europe, un sentiment de réserve, d'inquiétude, de réticence qui
n'était pas autre chose que la traduction de l'opinion publique à l'égard même de l'idée
européenne, et Emmanuel Todd ce matin -dont je ne partage pas toutes les conclusions- a dit que si
on continue ainsi, pour beaucoup de personnes, l'idée européenne sera ressentie négativement, alors
qu'elle devrait être ressentie positivement.
S'il est vrai, comme je l'ai dit à propos de ce grand conflit sunnisme-chiisme, que le seul
moyen de changer le monde est d'avoir une volonté politique assez forte -et elle ne peut être que
celle des nations européennes additionnant leur influence- l'Europe devrait être une bonne nouvelle
pour les peuples.
Comment se fait-il qu'elle ait perdu ce statut ?
Elle a perdu ce statut en France et en Grande-Bretagne depuis longtemps. Peut-être, grâce aux
LibDem, reconstruira-t-elle une autre forme d'adhésion. En tout cas c'est ce que je crois depuis
toujours. S'il doit y avoir un jour construction d'une… -je vais parler en latin pour trouver
le mot juste- affectio societatis européenne, d'une volonté, d'un amour du vivre ensemble européen,
en Grande-Bretagne, c'est par les LibDem que cela passera et, rien que pour cela, notre amitié et
notre alliance avec les LibDem est juste et mérite qu'on les félicite.
C’est perdu, ou égaré, en France, perdu en Grande-Bretagne, fragile partout ailleurs.
Nous étions hier avec des amis slovaques, tchèques. Ce que l'on ressent le plus souvent,
c'est de l'euro-scepticisme et parfois même de l'euro-hostilité. Et il y aura naturellement des
conséquences de tout cela dans les résultats aléatoires du référendum irlandais, référendum qui est
en cours, qui va avoir lieu jeudi.
On a fait la paix, cela paraissait impossible et c'est devenu possible ; puis on a fait le
plus grand marché intérieur, une communauté démocratique, juridique ; on a fait une monnaie commune
et cette monnaie, en quelques années, est devenue une monnaie de référence pour la planète ; on a
fait tout cela, on a même écrit « Union européenne » sur les passeports.
Et pourtant il y a là, comment dirais-je, un risque sur le résultat très important qui
traduit qu'en fait après avoir eu cette incroyable construction, ce succès historique sans
précédent les peuples européens ne le reconnaissent plus comme leur affaire. Voilà les questions
qui sont devant nous.
Il n'y aura de proposition politique réussie dans ces élections européennes, pour ceux qui
aiment l'idée européenne, que si nous sommes dans une démarche de reconstruction profonde.
On ne peut plus se contenter de ce que l'on a vécu les années précédentes, lors des élections
précédentes (j'ai conduit une liste et vous en avez conduit d'autres et, avant nous, on peut citer
évidemment des expériences antérieures). Nous ne pouvons plus nous contenter de l'invocation de
l'idéal européen, de la défense de ce qui s'est fait. Bien sûr qu'il s'est fait quantité de choses
et bien sûr que Bruxelles n'est pas le diable que l'on croit, mais la question n'est pas celle de
savoir ce que c'est mais ce que l'on ressent, et nous devons donc mettre devant nous les questions
qui ont fait que les peuples se sont éloignés de l'Union.
C'est à ces questions-là que je propose que nous apportions une réponse, si nous voulons
aller au fond de la question et non pas nous contenter de "surfer" sur cette partie de l'opinion
qui est europhile. Car l'Europe ne doit pas être faite pour les europhiles mais pour tout le monde,
pour les citoyens européens, y compris pour les citoyens français, y compris pour ceux des citoyens
français ayant les plus grandes interrogations, car il n'y a pas d'autre réponse possible à leurs
angoisses. Encore faut-il que nous trouvions le chemin.
Je veux vous dire quatre des réponses à trouver et je vous avertis à l'avance que ces
questions sont considérables, mais je n'arrêterai pas là l'exposé du défi formidable qui est devant
nous.
Il y a quatre questions auxquelles il faut apporter une réponse.
La première est la nature de l'Union européenne, question qui a commandé le Non français au
référendum.
Je ne suis pas de ceux qui ont pensé ou qui ont dit que le Non français au référendum ou le
Non des Pays-Bas, la réponse irlandaise, que tout cela venait comme on disait à l'époque, non pas
du texte, mais du contexte.
Certains croyaient que c'était contre Chirac que l'on avait voté. Je n’ai jamais cru
une seconde à cela. Je pense que les peuples répondent aux questions qu'on leur pose et c'était sur
leur incompréhension du projet européen que portaient en réalité leurs angoisses.
Quelle est la nature du projet européen ? Pour moi, le premier enjeu, c'est que nous
défendions cette certitude : l'Europe, ce n'est pas d'abord un marché, c'est la défense de valeurs
et d'un projet de société, ce qui met au premier rang la question de la nature sociale du projet de
société européen.
Je pense que nous avons, en Europe, quelques-uns des projets ou des standards sociaux les
plus solidaires de la planète. Il faut qu'on le dise, qu'on le défende et qu'on l'affirme parce
que, excusez-moi de le dire, c'est pour cela que nous avons fait l'Europe. C'est pour que ce projet
de société ne soit pas exposé et explosé par les dumping environnementaux et sociaux de toutes
natures.
Nous avons un projet à défendre et la nature de ce projet est sociale.
Deuxième réponse : cela veut donc dire, comme voie de conséquence, que la vocation des
institutions européennes n'est pas de défendre la concurrence et encore la concurrence et
exclusivement la concurrence -rôle qui est le sien aujourd'hui- mais la nature des institutions
européennes est de définir une politique partagée.
Pardonnez-moi de le dire… nous allons vivre dans les jours qui viennent, quelque chose
qui est peut-être secondaire et sans importance, sans doute, mais à quoi je suis particulièrement
sensible car, en France, toute la filière du cheval repose sur cette organisation : nous allons,
par directive européenne, ou par abaissement devant une directive européenne infondée, laissez
entrer les bookmakers sur le territoire du pari mutuel urbain, des jeux et enjeux de toute nature
en France !
Excusez-moi de le dire comme, au fond, le plus proche héritier en ligne directe des pères
fondateurs de l'Europe -indigne sans doute- mais le plus proche en ligne directe de Schuman jusqu'à
nous, sans qu'il y ait jamais de rupture : on n'a pas fait l'Europe pour les bookmakers !... Il
devrait être de la nature du projet européen, au moins, de laisser les pays organiser comme ils le
veulent le régime des jeux chez eux…
Je pense que cela n'a rien à voir avec la nature de l'Europe, sauf si l'on considère que la
nature de l'Europe est la concurrence et encore la concurrence, débat que nous devons avoir. Mais,
pour moi, l'Europe est un projet politique partagé, fondé sur des valeurs. C’était le
deuxième point.
Troisième point, particulièrement sensible et pas seulement en France : l'Europe, ce n'est
pas le nivellement des identités, c'est la défense des identités.
L'Europe, c'est la défense de la diversité et pas le rouleau compresseur. Et si l'on disait
cela, nos amis britanniques auraient probablement de l'Europe une toute autre approche.
Si l'on comprenait que les identités ont droit de cité en Europe et que l'Europe est faite
pour cela ! « Unis dans la diversité » dit la devise qui n'a pas été inscrite dans la constitution
européenne parce qu’il n'y a pas eu de constitution européenne. Cette diversité et cette
défense des identités sont absolument précieuses.
Quatrièmement, l'Europe, ce n'est pas fait pour défendre la globalisation auprès des
Européens, mais les Européens dans la globalisation !
On peut considérer la mondialisation comme une donnée. Un jour, quand nous aurons le temps,
je vous proposerai de régler la différence entre mondialisation et globalisation.
On n'a pas le temps aujourd'hui, mais c'est un très grand sujet, car beaucoup de Français
ressentent l'Union européenne comme décidant à leur place et sans qu'ils soient informés, au nom
d'impératifs qui viennent de la mondialisation et de la globalisation.
Voulons-nous regarder les choses en face ? Si nous regardons les choses en face, je suis
obligé de dire que c'est un peu vrai, car il y a ici, dans le millier de personnes -plus de mille-
qui sont venues ce matin, quelques-uns parmi les experts les plus affûtés, les plus aigus, les plus
talentueux, les plus expérimentés de la réalité institutionnelle et politique européenne.
En dehors des parlementaires européens qui sont à la tribune, si je m'adresse à vous et que
je demande : en ce moment, de quoi est-on en train de discuter dans les instances politiques
européennes ? Quels sont les sujets débattus ? Quelles sont les idées qui se trouvent en
confrontation ? Quels sont les mouvements de pensée et leur proposition sur ces sujets ? (silence).
Il n'y en a pas un parmi vous, parmi les mille, parmi les plus expérimentés, les plus
brillants, les plus talentueux, qui savent le mieux, qui puisse dire de quoi on discute en ce
moment au sein des instances politiques de l'Union européenne !
Nous n'avons pas une démocratie ni même une amorce de démocratie quand les citoyens ne savent
pas ce dont on discute en leur nom. Et quand j'ai défendu à toutes les étapes de ma vie politique,
une idée aussi absurde, ou en tout cas aussi ténue, que de publier dans les journaux le programme
des délibérations des instances européennes pour que tout citoyen puisse savoir de quoi on parle,
et saisir ces parlementaires européens en leur demandant qu'ils portent une idée ou une conviction,
j’avais conscience de servir la vraie démocratie et pas la démocratie formelle.
Il faut que l'Europe passe d'une démocratie formelle à une démocratie réelle. Si ce sont des
gens qui discutent à votre place, sans que vous puissiez donner votre avis, même si vous les avez
élus, cela ne fait pas une démocratie, en tout cas pas au XXIe siècle où l'investissement personnel
des citoyens a tant d'importance.
Voilà quatre questions. Il y en a sûrement d'autres, mais elles me permettent de dire que
nous n'allons pas laisser l'Europe comme elle est, et notamment nous n'allons pas laisser l'Europe
comme elle est exposée aux craintes des citoyens. Ce que nous avons en charge, c'est de la repenser
et de la reconstruire, en tout cas de proposer de la repenser et de la reconstruire, et de proposer
des pistes nouvelles dans ce dessein. C'était la première partie.
La dernière partie de cet exposé est encore plus lourde que ce que je viens de dire. Elle est
encore plus lourde, pourquoi ? Parce que tout ce que nous avons à rebâtir, nous avons à le faire
dans le contexte de la plus grande crise que le monde, que l’Europe ait connue depuis des
siècles, une crise à l'échelle du millénaire.
Je le dis en deux mots. Il y a un premier chapitre qui a été abordé de manière tout à fait
remarquable ce matin : le chapitre démographique. Jamais, dans l'histoire des hommes, une puissance
vieillissante et riche n'a survécu lorsqu'elle était entourée de régions jeunes et pauvres. Cela ne
s'est jamais produit.
Quand Valéry disait : « Nous autres, civilisations, savons aujourd'hui que nous sommes
mortels. La mort des civilisations a toujours été sous cette forme : opulence, relâchement,
vieillissement, avec à côté, au sens propre, des morts de faim portant une autre vision, une autre
idéologie, souvent une autre religion ».
Ceci est une question européenne et vous voyez que déjà cela fait un pan de crise nouvelle.
Nous allons être le continent le plus vieux, si nous n'y prenons garde.
Il y a une énorme réflexion à conduire. D'abord pour que chacun des âges trouve sa place dans
le projet de société européen et ensuite pour qu'il y ait une reviviscence. C'était tout à fait
vrai ce que disait Gérard Deprez, à savoir que bien entendu, il y a l'immigration, mais il n'existe
pas non plus de peuples qui reçoivent des populations venues de l'extérieur, en nombre, sans se
trouver profondément déstabilisées dans leur manière d'être.
La xénophobie, très souvent, c’est le déséquilibre. Et il ne suffit pas de répondre que
l'on va rééquilibrer par des migrants, il faut encore que nous pensions aux conséquences qui sont
celles des migrations en termes de déséquilibre de la société.
Je l’ai souvent expliqué en prenant l'exemple mahorais -tout à l'heure notre député de
Mayotte était là- il y a des vagues de rejet de l'immigration clandestine comorienne à Mayotte. Et
ce n'est pas une question de race : ce sont les mêmes familles, pas seulement les mêmes ethnies,
mais les mêmes familles… Même chose en Guadeloupe avec les Haïtiens.
Ce sont des questions d'équilibre et un chef d'Etat, un homme d'Etat, un militant qui veut
être dans la vraie pensée politique ne peut pas penser uniquement en termes de production et de
consommation, en termes quantitatifs, et l’on va remplacer les uns par les autres. Parce
qu’à ce moment-là vous avez des tremblements de terre et de l'extrémisme, comme en Italie
temps-ci.
Il faut penser à cet équilibre. Démographie.
Mais, deuxièmement, il y a plus grave et plus important.
Si vous tenez des journaux intimes, si vous avez un agenda, cochez l’année 2008 : c'est
l'entrée dans un monde nouveau parce que comme cela a été dit ce matin à plusieurs reprises, c'est
l'entrée dans un temps que nous n'avons pas connu en Occident et sur la planète depuis deux
siècles. C'est l'entrée -ou le passage- du monde de l'énergie abondante et bon marché au monde de
l'énergie rare et chère. Et l'énergie, mes chers amis, ce n'est pas seulement l’essence où le
gasoil que vous mettez dans le réservoir de la voiture et dont le coût est pourtant douloureusement
ressenti à la fin du mois… L'énergie, c'est tout le reste.
On a très clairement expliqué que c'était les transports, l'agriculture, car les engrais eux
aussi viennent de cette matière première. L'énergie, c'est dans toutes les activités humaines sans
aucune exception, ce qui fait que nous entrons dans un temps radicalement nouveau et il n'existe
pas de substitution. Toutes les sources d'énergie sont en fait indexées les unes sur les autres. Le
gaz est indexé sur le pétrole. On va s'apercevoir que si on augmente le nombre des centrales
nucléaires, c'est l'uranium qui devient de plus en plus rare et cher. On va s'apercevoir que le
charbon ou les schistes bitumineux font des dégâts écologiques très importants.
Bref on a devant nous une question énergétique majeure qui va changer notre mode de vie et
nos projets de société.
Si le gouvernement actuel s'était rendu compte de cela, au lieu de faire une loi de
modernisation économique pour les super et les hypermarchés, il aurait réfléchi à un autre
équilibre du commerce, parce qu’il faut faire quatre fois plus de kilomètres en voiture pour
aller dans ces magasins que pour aller aux commerces de proximité. On multiplie les courses faites
à l'hypermarché dans la périphérie urbaine, avec d'immenses parkings de milliers de voitures,
autour desquels on ouvre même des cinémas. Et comme maintenant on aura la liberté d'installation
des surfaces, pour un grand nombre, on va évidemment accroître le coût des courses.
J'ajoute que je ne suis pas absolument persuadé que la question du prix soit la seule, car il
arrive -réflexion d'un autre ordre- que l'on fasse faire acheter à de pauvres gens des choses dont
ils n'ont pas besoin en leur expliquant que c'est moins cher qu'ailleurs.
Là aussi il y a une question qui tient à la société de consommation, mais en tout cas du
point de vue de l'énergie, l'inspiration de la loi de modernisation économique passe à côté de ce
changement de mode de vie que nous allons devoir vivre.
Nous ne sommes qu'au début de cette extraordinaire histoire que nous allons vivre ensemble,
l'histoire de l'énergie rare et chère porte sur tout le monde et en particulier sur le Tiers monde.
L'énergie rare et chère, cela change en profondeur les modes de vie.
Je réfléchissais pendant l'échange vif de ce débat sur le protectionnisme ou le
libre-échange, et je me disais que c'était peut-être un débat d'hier. Car si comme je le crois, le
renchérissement du carburant fait que le transport -et notamment aérien- devient trois ou quatre
fois plus cher qu'il ne l'est aujourd'hui, alors il y a un petit espoir d'assister non pas à des
délocalisations accentuées mais à des relocalisations. Et peut-être que la protection se fera
d'elle-même. Mais évidemment cela veut dire que tout va changer et notamment tout va changer pour
les pauvres dont on voit bien, avec le coût du carburant à la pompe, les structures de vie,
d'organisation de la vie, de la consommation, qu’ils sont infiniment plus fragiles à des
réponses de cet ordre.
Si je ne me trompe pas et que ce que je dis est fondé, peut-être que l'on découvrira demain
matin l'hydrogène et que tout sera réglé, mais je ne le crois pas vraiment. Il n'y aura pas de
nouvelles sources d'énergie disponibles que les économies d'énergie.
Le temps de l'énergie rare et chère est un bouleversement extraordinaire dans la vie de nos
communautés et de nos peuples et de chacune des familles.
Quand il y a des bouleversements extraordinaires, il y a inquiétude et angoisse. Quand il y a
inquiétude et angoisse, les menaces portent sur deux choses : la paix civile et la démocratie.
Parce que lorsque les peuples ont peur ils cherchent un bouc émissaire, et quand les peuples ont
peur, ils cherchent un dictateur.
C'est comme cela dans l'histoire des peuples depuis longtemps.
Nous devons avoir présent à l'esprit qu'il y a là des risques que nous devons conjurer en
prenant grand soin de nos institutions.
Voilà pourquoi le débat institutionnel est très important. Des institutions solides qui
permettent des consensus au lieu de favoriser des affrontements, des institutions solides qui
obligent à prendre en compte les sensibilités différentes d'un peuple pour que chacun trouve sa
place et que l'on fasse plutôt la paix, sous forme métaphorique, que la guerre, sous forme
métaphorique, au sein du Parlement.
Nous avons des institutions qui favorisent l'affrontement frontal en France. Le Parlement
européen, lui, favorise le dialogue et les consensus, et cela marche, curieusement.
Tant que vous avez des institutions qui favorisent les affrontements, vous avez des risques
de déchirure du tissu social et national. Si le mot révolution a jamais eu un sens, vous êtes, nous
sommes devant une révolution.
L'énergie rare est chère, à la place de l'énergie bon marché et abondante, cela oblige à
tout changer. Et comme de toute manière les impératifs climatiques obligent aussi à tout
changer, c'est une révolution absolument inéluctable.
Troisièmement et j'aurai fini, il y a là-dedans une immense dimension de déséquilibre du
monde.
J'ai commencé avec le conflit chiites/sunnites. Et tout ce que nous avons entendu ce matin
avec Marcel Mazoyer sur la misère des paysans du monde, ceux qui ont faim dans le monde, ce sont
les paysans, pauvres, et vous mesurez ce qu'il y a comme capacité explosive là-dedans. Et ce que
nous avons entendu sur la corruption, avec Eva Joly, c'est très exactement la traduction de ces
désordres-là et, enfin, la rémanence du colonialisme dans le monde.
Le colonialisme, on croyait que cela appartenait au passé, cela appartient au présent.
Quand j'étais -il y a très longtemps- au lycée, je me souviens très bien en seconde du cours
que notre professeur d'histoire et de géographie nous faisait. Il expliquait le colonialisme en
disant : c'est très facile, on va chercher des matières premières dans les pays colonisés, on les
rapatrie dans les pays colonisateurs et on leur revend des produits manufacturés. Moi, je croyais
que c'était fini !... L'élève que j'étais et qui écoutait cela croyait que cela appartenait à un
temps révolu.
Mes chers amis, tout ce que nous avons entendu ce matin sur le pillage du Tiers-monde, pas
seulement par l'Occident mais avec la complicité active de ceux qui sont parfois aux postes de
responsabilité dans la société du Tiers-monde, cela aussi a une capacité explosive extraordinaire.
Alors voilà : démographie, crise d'énergie, changement climatique et déséquilibres
internationaux. Voilà le programme pour l'Europe. Si l'Europe n'existe pas, aucune de ces immenses
crises, de ces crises à la dimension du millénaire ne pourra trouver un début de réponse.
Il nous revient de penser une Europe nouvelle et de la faire aimer.
Je vous remercie."
06 juin 2008
Ca va mal finir
« C'est un gosse qui s'émerveille de la multitude de ses jouets. C'est dimanche. C'est Noël. C'est la fête. Il est assis au pied du sapin et il hésite un instant : quel est le cadeau qu'il faut ouvrir en premier ? Celui-là, tout près, avec un beau ruban ? Il s'en empare : un gros avion envoyé par Bush, on tourne la clef et il bombarde le salon. Un autre là-bas ? C'est une centrale nucléaire, un modèle réduit pour chinois débutants. Et puis cette multitude de petits paquets qu'il découvre fébrilement : un grand Mickey en plastique, un journaliste à plat ventre, plusieurs Guaino en peluche et des bons d'achats dans un catalogue du M.E.D.E.F. : croisière sur le Nil, abonnement à T.F.1, Star'Ac à l'Elysée, petits flacons pour tests A.D.N... Il n'en finit pas de découvrir sa joie. Où sont les photographes ? Il appuie sur la multitude des boutons, noirs, rouges, bleus, offerts par le grand frère Hortefeux. Fillon arrive croyant que c'est lui qu'on appelle. Trépignements, colères : dehors ! Remaniement vite fait. Le petit garçon est aux anges... On était au matin du septième jour. Dieu vit que cela était bon et il décida de se reposer. Mais il ne s'est pas vraiment reposé ! Et cela a continué le huitième, le neuvième, le dixième jour... Sans cesse. La création du monde n'était jamais terminée. Et le public en redemandait. C'est normal. Quand on choisit de préférence le public du Crazy Horse, il ne faut pas s'étonner que la demande l'emporte sur l'offre. Dans ce domaine il y a de très beaux métiers : DJ, crooner, animateur télé, cracheur de feu, rappeur. Cela n'a rien de déshonorant. C'est même mieux que « Petit père des Peuples ». C'est surtout moins dangereux... »
