29 septembre 2009
Accidentés du travail, le scandale à venir
Scandaleuse, la volonté d’imposer les indemnités d’accidents du travail pénalise les victimes pour protéger les grandes fortunes. François Fillon dans le JDD n’écarte toujours pas la mesure.
C’est injuste, disent deux Français sur trois, interrogés dans notre sondage.
L’éditorial de l’Humanité.
Par Patrick Apel-Muller
Le jugement est sans appel. Les deux tiers des Français jugent injustifiée, selon notre sondage, l’imposition des indemnités d’accidents du travail. Ils ont été interrogés après que Nicolas Sarkozy en eut fait l’article à la télévision. Il n’a pas convaincu parce que la mesure est injuste et même, notait Bernard Thibault pour la CGT, « dans l’indécence la plus totale ». Ce sont en effet des salariés déjà brisés par le travail, par les conditions auxquelles l’entreprise les a soumis, qui ont vu leurs revenus chuter de 40 % durant les 28 premiers jours puis de 20 % ensuite (auxquels il faut ajouter les primes perdues et les heures supplémentaires envolées), qui vont subir l’attachement si particulier que le président de la République porte aux ouvriers et à la justice. Ce ne sont pas en effet dans le cercle de ses amis fortunés qu’on risque la chute sur un chantier, les doigts sectionnés par les machines, l’acier qui brûle et mord les chairs… Quand parfois un banquier tombe, un parachute doré l’accompagne pour amortir le choc ! Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit. Le chef de l’État devrait méditer cet adage.
Pourquoi ne pas imposer les indemnités de licenciement ou les dommages et intérêts obtenus en justice tant qu’on y est ? Scandaleuse, cette disposition ne rétablira pas les comptes sociaux. Tout juste rapportera-t-elle 150 millions d’euros, alors que la taxation des stock-options au même niveau que les revenus du travail rapporterait 3,2 milliards et que celle des parachutes dorés en tous genres ajouterait 3 milliards supplémentaires. Mais la droite préfère maltraiter les salariés blessés plutôt que les membres bien installés des conseils d’administration de multinationales. Ces derniers sont déjà les bénéficiaires. Les revenus financiers sont d’ailleurs soigneusement épargnés et les spéculations en tous genres ne contribuent en rien à la santé du pays, auquel le pouvoir impose d’en éponger les pertes.
Toutes les dispositions envisagées par le gouvernement portent la même marque de fabrique. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera présenté jeudi prévoit ainsi la hausse du forfait hospitalier, la baisse du taux de remboursement de certains médicaments de 35 % à 15 %, la réduction de la durée de prise en charge à 100 % pour les affections graves, la suspicion généralisée à l’égard des arrêts maladie, la diminution du nombre des transports sanitaires… Roseline Bachelot porte peut-être des crocs roses mais c’est pour faire broyer du noir aux malades.
Quand le gouvernement ne prévoit pas explicitement ces mesures de régression, il compte sur la « coproduction parlementaire » chère à Jean-François Copé pour saler l’addition. Le pouvoir juge que les mois prochains sont propices pour imposer de nouvelles mesures inégalitaires et faire payer à la population la facture de la crise économique provoquée par les multinationales. L’opposition politique leur semble faible. mais le pari est risqué. L’enquête réalisée à la demande de la FSU, et dont l’Humanité publie lundi les résultats, montre que les salariés restent disposés à s’engager dans des mouvements sociaux. Si le Parti socialiste reste englué dans ses difficultés et paralysé par le mirage Modem, un travail s’engage du côté du Front de gauche pour dessiner les axes d’une politique différente. La gauche d’ailleurs se retrouve dans son éventail pour combattre des projets gouvernementaux. La partie n’est pas jouée…
Article publié dans l'Humanité du 29 septembre 2009
26 septembre 2009
Dominique de Villepin accuse
Réforme territoriale : la grogne des conseils généraux
L'Assemblée des départements de France s'inquiète en particulier de la réforme de la fiscalité locale.
«Tout cela va finir par se dégonfler», assurait mercredi un élu UMP en contemplant la montgolfière que le conseil général du Puy-de-Dôme avait affrétée au Palais des congrès de Clermont-Ferrand, à l'occasion du 79e congrès de l'Assemblée des départements de France (ADF). «Rassure-moi, tu ne parles pas de la réforme ?» a répondu du tac au tac un collègue socialiste, hilare. Mardi et mercredi, les présidents de conseils généraux ont tous fait part, qui de leurs inquiétudes, qui de leurs récriminations, quant à cette réforme des collectivités locales préparée par Brice Hortefeux.
Dans une atmosphère houleuse, le ministre de l'Intérieur s'est défendu de toute «provocation», «mise en accusation de telle ou telle majorité politique» ou «procès de tel ou tel niveau de collectivité». Création des conseillers territoriaux, intercommunalités, métropoles seront inscrites dans le projet de loi que le gouvernement présentera d'ici un mois. La clarification des compétences devra «aboutir dans un délai de deux ans après le vote de la réforme», a-t-il dit.
De quoi apaiser les inquiétudes ? Pas vraiment. La crise et la suppression de la taxe professionnelle échauffent les esprits. Lors du débat sur le projet de loi de finances qui débute le 2 octobre, les parlementaires devront «décider», selon Hortefeux, des «nouvelles ressources de compensation» pour les collectivités territoriales.
La gauche est vent debout sur cette question. «À trois mois du vote de nos budgets, personne ne sait sur quelle base les bâtir, tonne le président PS de l'Ariège, Augustin Bonrepaux. Et en plus le gouvernement demande aux parlementaires de faire le sale boulot en nous partageant des recettes en diminution.» Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire) présage, lui, qu'«il y aura des départements en faillite». «Bientôt, nous ne pourrons plus assurer que les dépenses qui sont obligatoires. Allons-nous devenir les agents élus de l'État pour des politiques qui ne sont pas les nôtres ? Attendez-vous à des rébellions», poursuit-il. Moins volcanique, le président de l'ADF, Claudy Lebreton (Côtes-d'Armor), s'est défendu de rejeter en bloc le projet. «Mais sur deux textes de cent articles, a-t-il expliqué, vous comprendrez que nous ne nous arrêtions pas aux articles qui nous conviennent et que nous nous focalisions sur ceux, une majorité, qui heurtent profondément la majorité des présidents de conseils généraux.»
«La charrue avant les bœufs»
Ces inquiétudes trouvent un écho à droite. «On met la charrue avant les bœufs, soupire le président de Haute-Loire, Gérard Roche. Les parlementaires vont arrêter nos ressources avant que soient définies les structures et leurs compétences.» «Notre collègue de la Sarthe, Roland du Luart, déjeune aujourd'hui avec François Fillon pour lui expliquer pourquoi il ne parviendra pas à voter son budget», témoigne Anne d'Ornano (Calvados). «La seule collectivité qui perd des élus, c'est le département. C'est inacceptable», fustige Philippe Adnot (Aube). La réforme a pour finalité, «ne nous voilons pas la face, de récupérer un certain nombre de régions», dit-il . «S'il y a trop d'élus, l'effort doit être partagé», explique pour sa part son collègue de la Marne, René-Paul Savary. Les élus de droite ont également réaffirmé plusieurs principes «incontournables» sur le plan fiscal : compensation des actions sociales par l'État, autonomie fiscale des départements et mise en place d'une solidarité entre territoires. Des recommandations qu'ils ont adressées aux parlementaires de la majorité. Les élus de gauche ont signé une motion conclusive menaçant le gouvernement de ne plus apporter leur part dans les investissements cofinancés avec l'État. Certains veulent même porter l'affaire devant les Français, qui arbitreraient par référendum. À six mois des régionales, Brice Hortefeux souhaitait une «réforme simple et pragmatique, loin des querelles stériles». Elle sera, plus que jamais, politique.
Jean-Baptiste Garat.
Article publié dans Le Figaro du 24 septembre 2009
19 septembre 2009
Marielle de Sarnez invitée des 4 vérités sur France 2, vendredi 18 septembre
Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, était l'invitée, vendredi 18 septembre, de l'émission "Les 4 vérités", présentée par Michael Darmon sur France 2. (lire la suite)
Michael Darmon : Bonjour. Au centre, elle a inventé la conduite à gauche et depuis, les électeurs du Mouvement Démocrate ne savent plus quelle route emprunter. Marielle de Sarnez, bonjour. Alors on va parler stratégie politique parce que c’est vraiment la mode en cette rentrée, mais tout d’abord, il y a une crise très importante avec les producteurs de lait ; aujourd’hui encore ils vont tenir des actions spectaculaires, ils sont étranglés par la chute des prix… Comment enrayer cette crise ?
-Marielle de Sarnez : Il y a un sentiment d’abandon absolument terrible chez les producteurs de lait, et ils ont le sentiment juste d’être absolument abandonnés par les pouvoirs publics qui ont pris des décisions que vous connaissez. Il y a un an, on a dérégulé le marché, on a augmenté la production et évidemment, quand on augmente la production, les prix baissent.
Il y a une sorte de primes à la casse pour inciter les producteurs ?
-Oui, alors cette prime à la casse, c’est pour inciter les producteurs à se restructurer, ce n’est pas la question de la restructuration, c’est la question du : « comment ils peuvent vivre ? Comment on peut préserver le modèle agricole français ? ». Parce qu’on peut aller au-delà de la question des exploitants agricoles qui est une question humaine, parce qu’ils sont dans la désespérance absolue… Aujourd’hui, c’est la question : « Quel modèle agricole nous voulons en France ? ». Est-ce qu’on veut un pays qui préserve ses exploitations agricoles à taille humaine, qui sont si importantes, non pas seulement pour la production agricole mais aussi pour notre ruralité, pour l’aménagement du territoire pour le pays dans lequel on vit ?
Ou bien est-ce qu’on veut aller vers un modèle plus britannique où là-bas, il y a de grandes usines à lait, où il n’y a plus de petites ou moyennes exploitations ? Je veux préserver le modèle agricole français. Il y a une responsabilité terrible de la part des pouvoirs publics français qui ont laissé faire.
Ils reçoivent les producteurs de lait ce matin…
-…Ils ont laissé faire par une décision de la Commission, il y a de cela un an ; écoutez, il faut qu’ils y mettent fin ! Les producteurs de lait ont besoin d’être aidés, ils ont besoin que les pouvoirs publics soient enfin au rendez-vous.
Mais est ce que ça n’est pas là, la conséquence de cette Europe que vous défendez toujours hardiment ?
-Je défends l’Europe, mais j’ai envie d’une Europe humaine, non d’une Europe qui soit toujours du côté des plus gros ! Je n’ai pas envie d’une Europe qui soit toujours du côté des marchés… Il y a autre chose que le marché, il y a des valeurs qui comptent davantage, et notre modèle agricole en fait partie.
Hier à Bruxelles, les dirigeants se sont entendus à la veille du sommet du G20 à Pittsburg ; ils appellent à l’encadrement des bonus… C’est le bon combat que de se focaliser sur les bonus ? A-t-on réglé la crise quand on a encadré les bonus ?
-On a l’impression que cela fait diversion… Très bien, réglons la question des bonus ! D’ailleurs, on ne règlera pas la question des bonus sans légiférer, et sans mettre de sanction. Donc pour le moment, il y a beaucoup de « mots », mais la question est : « À quoi doivent servir les banques ? », et comment on régule le système financier… Pour la régulation, j’attends qu’on défende l’idée d’un régulateur européen. Au moins, cela changerait les choses. Pour la deuxième question, à quoi servent les banques ? Est-ce qu’elle sont là pour jouer au casino, pour payer ses traders avec des primes de plus en plus folles ? Ou est-ce qu’elles ne doivent pas plutôt être là pour soutenir l’investissement, pour soutenir les ménages pour soutenir les familles, pour soutenir les entreprises ?
Évidemment, c’est cette réflexion que j’aimerais qu’on mène. Les Américains, après la crise de 1929, avait décidé de faire une séparation entre les banques de dépôt d’un côté, et les banques d’investissement de l’autre. J’aimerais bien qu’on réfléchisse à cela en Europe…
C’est un peu d’ailleurs le cas au niveau des Français qui, on le voit, ont mieux résisté parce qu’il y a cette séparation…
-Oui on dit qu’il a mieux résisté. On a quand même injecté des milliards et des milliards dans des banques françaises qui n’ont pas toujours été là où on les attendait, c’est-à-dire dans les PME qui en ont bien besoin.
Nicolas Sarkozy défend l’idée d’une taxation sur les transactions financières ; il est devenu altermondialiste ?
-Cela me fait sourire, mais en même temps, il faut essayer en politique de sortir de la posture des discours. Il n’y a plus de crédibilité quand on dit tout et sont contraire. Alors, Nicolas Sarkozy fait semblant de défendre une taxation, que moi j’appelle la taxe Tobin sur les transactions financières, et que je défends depuis longtemps.
Il a rejoint vos idées, cela devrait vous plaire ?
-Oui, mais je crains que cela ne reste qu’au niveau des discours. Vous ne pouvez pas faire le bouclier fiscal en France, être ainsi à fond dans l’injustice fiscale, puisque toutes les charges pèsent sur les classes moyennes et de moins en moins sur les plus aisées, et en même temps parler de taxation comme celle-là ! Il y a un moment où il faut rester un peu civique…
Mais après le signal également donné sur les tests ADN, vous pensez que Nicolas Sarkozy est dans une posture à gauche ?
-Je pense qu’il est dans une posture un peu brouillonne et qu’au fond, on ne voit pas bien la vision ; on ne voit pas non plus bien où il nous emmène… Ce que je vois, par contre, ce sont les actes. Ce que je vois, c’est que les inégalités s’accroissent et augmentent, et que par exemple, sur le plan fiscal, ceux qui sont le plus aidés ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin.
Alors tout le monde se retrouve sur le terrain de la gauche, en ce moment ; d’ailleurs vous-même ! Parlons un peu de cette tractation…
-Je suis sur mon terrain du centre et vous voyez, j’en suis très heureuse. Je reste à mes convictions qui sont les miennes, depuis longtemps, et j’en suis très heureuse.
Mais lors de votre rencontre à Marseille, vous êtes allée rencontrer les socialistes et vous continuez à les rencontrer…
C’est normal, je parle avec beaucoup de monde, vous savez !
Vous avez parlé à Strasbourg avec Vincent Peillon et Daniel Cohn-Bendit, mercredi matin… Est-ce vrai ?
-Oui absolument. Mais je vais vous dire quelque chose : au Parlement européen, on se parle. Alors je parle avec Vincent Peillon et Daniel Cohn-Bendit, mais je parle avec tous les parlementaires, parce que contrairement au Parlement français, nous travaillons ensemble, et on essaye de créer des majorités. Peu importe les sensibilités politiques.
C’est vous qui avez transmis à Daniel Cohn-Bendit la lettre de François Bayrou ?
-Vous savez, il y a quelque chose qui s’appelle Internet et qui marche très bien.
Mais sur le fond, ce sont des propositions de François Bayrou sur un parlement d’alternance ; Daniel Cohn-Bendit les a reçues assez favorablement, hier… Vous trouvez que les choses se mettent en place ?
-Oui, et ce n’est pas le seul. Je pense que les choses commencent à bouger depuis Marseille, et c’est vrai qu’on s’est retrouvé là-bas pour quelque chose de différent de ce qui se fait d’habitude. Généralement, chacun reste bien chez soi, bien cloisonné, avec une pensée rigide du genre, « surtout, ne parlons pas avec les autres »… Les temps changent, j’en suis extrêmement heureuse, et c’est formidable d’essayer de faire bouger les lignes dans ce pays où on en a bien besoin.
Et vos électeurs du MoDem, eux, en sont-ils heureux ? Parce qu’ils ont l’air totalement désorienté… Ce ne sont pas tous des « bobos » de gauche comme vous…
-Je ne le crois pas. Je pense que ce qui est très important, c’est au fond de conserver les identités de ce que nous sommes. Au centre, nous sommes des démocrates ; et si nous n’existions pas, et bien tout ceci ne se ferait pas. Ensuite, il y a des gens qui sont socialistes, il y a des gens qui sont écologistes il y a des électeurs qui ne sont pas socialistes, mais qui sont démocrates… Et bien, il faut simplement qu’on se respecte, qu’on se parle, et qu’on confronte les idées, c’est-à-dire qu’enfin, dans ce pays, on nourrisse un débat intellectuel qui est assez pauvre.
Dernière question sur une pratique qui est assez peu courante en politique : Laure Manaudou arrête la natation et prend sa retraite à 22 ans ; qu’est ce que vous en pensez ?
-C’est terrible, parce que vous imaginez que toute sa vie, c’est de 17 à 23 ans ! Et maintenant, elle a sa vie réelle à construire. C’est terrible quand j’entendais le commentateur dire, « sa vie est derrière elle, ça y est elle abandonne »,… Elle a 23 ans, elle a sa vie à construire cette jeune femme… Alors je lui souhaite beaucoup de chance et plein de bonheur.
Merci Marielle de Sarnez.
11 septembre 2009
Le gouvernement biaise sur le forfait hospitalier
Intox
Dimanche dernier, le Journal du dimanche a lancé le débat en révélant un projet d’augmentation de 16 à 20 euros du forfait hospitalier, qui correspond à une prise en charge partielle des frais d’hébergement et de restauration des malades. Depuis, le gouvernement essaye de déminer les critiques. Dimanche sur Europe 1, Eric Woerth, ministre du Budget, a renvoyé les socialistes dans leur camp, affirmant : «C’est le PS qui a créé le forfait hospitalier en 1983. Et c’est le PS qui a le plus augmenté le forfait hospitalier. Il l’a augmenté sept fois, dont une fois de 38 %. Donc, qu’ils ne nous donnent pas de leçon.» Arguement repris par Jean François Copé sur France Inter mercredi, avec une variante : «c'est le PS qui a crée le forfait hospitalier, et qui l'a augmenté, je crois, 38 fois».
Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a tenté elle une autre statégie de défense, rejetant la responsabilité de la piste d'une hausse du forfait aux partenaires sociaux. Dimanche, sur France 5, elle affirmait : «Le JDD a repris un certain nombre de préconisations de l’assurance maladie qui étaient sans doute passées inaperçues dans la torpeur de l’été parce qu’elles datent du mois de juillet».
Desintox
Commençons par Eric Woerth. C’est bien le PS qui a créé, en 1983, le forfait hospitalier, qui s’élevait alors à 20 francs, soit trois euros. En revanche, Woerth a la mémoire un peu sélective lorsqu’il assure que c’est le PS qui a le plus augmenté le forfait depuis. Car droite et gauche ont mené, sur le sujet, une politique similaire, faite de hausses régulières, entrecoupées de quelques pauses et flambées ponctuelles. Entre 1983 et 1986, la gauche renchérit le forfait d’un franc par an. A partir de 1987, la droite, puis la gauche (à partir de 1989) le font croître de 2 francs par an. En 1991, avec la gauche, le forfait connaît sa première forte hausse, passant de 33 à 50 francs. La droite le fait ensuite progresser en moyenne de 5 francs par an entre 1993 et 1996. C’est sous le gouvernement Jospin qu’il connaît sa plus longue stabilité demeurant à 10,67 euros pendant cinq ans. En 2004, la droite l’augmente à 13 euros. Depuis, il a grimpé d’un euro par an entre 2005 et 2007, jusqu’à 16 euros. Montant inchangé depuis. Au total, la droite a fait croître le forfait hospitalier à huit reprises, le PS à sept reprises. La présentation de Woerth est au moins partiale… Copé, quant à lui, est totalement à côté de la plaque. L'affirmation selon laquelle le PS a augmenté 38 fois le forfait hospitalier est certes spectaculaire, mais tout à fait fantaisiste. Le chef des députés UMP (mauvaise lecture des fiches?) a probablement confondu le montant de la plus forte hausse du forfait sous les socialistes (quelque 38% en 1991) avec le nombre de hausses du forfait sous les socialistes.
Enfin, l'affirmation de Roselyne Bachelot est, elle, carrément mensongère. La hausse du forfait à 20 euros n’est pas une préconisation des partenaires sociaux de l’assurance maladie qui serait, selon la ministre de la santé, «passée inaperçue dans la torpeur de l’été». «L’augmentation du forfait ne figure absolument pas parmi les propositions remises au gouvernement en juillet par les conseils des caisses d’assurance maladie», a rectifié Michel Régereau, président (CFDT) du conseil d’administration de la CNAM. De fait, l’assurance maladie a bien rendu publiques, en juillet, 24 propositions pour 2010. Le forfait hospitalier n’y est nulle part mentionné.
CEDRIC MATHIOT
Article publié dans Libération du 10 septembre 2009.
07 septembre 2009
Université de rentrée 2009 : discours de clôture de Marielle de Sarnez
Retrouvez l'intégralité du discours de clôture de Marielle de Sarnez à l'issue de l'Université de rentrée du Mouvement Démocrate à La Grande-Motte...
Seul le prononcé fait foi
"J'ai été très heureuse que nous nous retrouvions ici, pendant trois jours, mobilisés, concentrés sur les grands enjeux. A l'écoute des très nombreuses personnalités qui sont venues s'exprimer devant nous.
Nous avons parlé de l'Etat de la France, des inquiétudes des Français. Nous avons parlé des rassemblements nouveaux que nous nous proposons d'impulser, d'initier. Car, nous le savons tous, il n'y aura pas d'alternance politique sans rassemblement. Et, il n'y aura pas d'alternative politique sans projet. C'est pourquoi le congrès programmatique qui aura lieu à Arras les 4,5 et 6 décembre est très important. (lire la suite)
Et je voudrais aujourd’hui vous dire en quelques minutes, en m’inspirant de l’actualité récente, ce qui fait notre identité, ce qui fait notre originalité. Au moment où nombreux sont ceux qui veulent donner des leçons au centre, c’est utile de faire cet exercice.
Je veux d’abord dire nos inquiétudes. Pour nous, la crise économique n’est pas derrière nous. On nous annonce un taux de chômage de 10 à 12% de la population active. Ce chômage touche d’abord les jeunes non diplômés, et même les jeunes diplômés. Je crains que nous nous installions dans une période de chômage de longue durée. C’est pourquoi nous devons réfléchir à faire du temps de chômage un temps d’acquisition de compétences. En donnant à tous une obligation de formation et de qualification. Certes cela coûtera de l’argent. Mais moins que la désespérance sociale. Voilà une avancée sociale dont nous pourrions débattre.
Notre pays manque de dialogue social. Ce n’est pas un hasard que ce soit dans les PME, chez les sous-traitants des grands groupes, où la représentation syndicale est si faible, que l’on assiste au pires accès de désespoirs, aux plus gros débordements. Pour faire entrer les syndicats dans les PME, il faut leur donner un rôle positif et pas seulement revendicatif. Pourquoi ne pas étendre le bénéfice des comités d’entreprises des grands groupes à leurs sous-traitants ? Cela permettrait aux syndicats de renouer avec le rôle d’acteur social de proximité, de tisser un lien social avec les travailleurs et aux salariés de bénéficier des avantages des grands groupes. C’est une proposition que je mets sur la table.
En période de crise, je veux dire mon désaccord avec le gouvernement sur la réduction des « avantages » familiaux, pour les retraites des mères de famille. Cela veut dire réduire des retraites déjà faibles. Alors que les femmes sont durement touchées par le travail précaire et pénible, le temps partiel, et qu’elles doivent pour une majorité d’entre elles, assurer les tâches ménagères.
Toujours sur la crise, je rejette profondément cette idée d’un emprunt franco-français pour trois raisons.
Nous empruntons tous les jours un milliard d’euros. Et notre dette va bientôt atteindre 100% du PIB. On prend de l’argent et après on met en place une commission pour réfléchir à ce que l’on va en faire ! C’est absurde.
Je suis convaincue que si emprunt il y avait, il fallait le faire au plan européen pour aider solidairement les PME, et préparer les investissements du futur. Et j’ajoute, comme le disait Guy Verhofstadt hier, que les gouvernements continuent de penser qu’en agissant isolément, ils règlent le problème de la crise, et qu’il n’y a donc pas besoin de plus d’intégration européenne. Alors que si nous voulons recréer la croissance en Europe, nous avons besoin d’une politique européenne plus intégrée, d’une harmonisation fiscale et sociale. Comme nous avons besoin d’un régulateur européen qui serait plus efficace que tous les discours.
Et j’en profite aussi pour dire que j’ai été très choquée par les propos récents du Premier Ministre qui remet en cause la contribution française au budget européen (au prétexte que nous donnons un peu plus que ce que nous recevons : 19 milliards contre 14 milliards). Mes chers amis, nous avons fait l’Europe pour cela. Pour exercer une solidarité entre les peuples qui ont plus et les peuples qui ont moins. C’est nier tout de l’esprit de la construction européenne ! Voilà une différence avec le pouvoir en place.
Autre différence sur les questions de société. Je crois depuis longtemps que, sur toutes ces questions, la société française est beaucoup plus en avance que les partis politiques. Et je veux répondre, encore une fois, au secrétaire général de l’UMP qui, il y a quelque jour, a fermé définitivement la porte au droit de vote des étrangers aux élections locales. Je suis en désaccord avec cela. Les « étrangers » qui travaillent depuis longtemps en France, qui payent des impôts, dont les enfants sont français parce que nés sur le territoire, ils se sentent comme des citoyens de seconde zone. Si l’on veut que la France favorise une intégration active, ce n’est pas acceptable. Les « étrangers » doivent avoir le droit de vote aux élections locales, comme l’ont les citoyens européens.
Un mot sur la fiscalité écologique. Nous Démocrates, sommes pour une profonde réforme fiscale. Avec deux objectifs : les réductions des inégalités (c’est-à-dire faire le contraire du bouclier fiscal qui fait que toutes les charges pèsent aujourd’hui sur les classes moyennes ! Ce qui est inacceptable.) Deuxième objectif : favoriser, par la fiscalité, le durable, le long terme sur le court terme, dans tous les domaines. C’est dire combien je regrette l’immense gâchis gouvernemental sur cette idée juste et nécessaire d’une fiscalité écologique. Il y avait besoin de pédagogie, d’explication, d’accompagnement de nos concitoyens. Ils ont fait l’inverse. Oui il faut une fiscalité écologique et il y a urgence. Mais cela ne peut marcher qu’à plusieurs conditions. La première des conditions je l’ai dit c’est la pédagogie. La deuxième, c’est qu’il faut lisser la taxe dans le temps. Je suis en désaccord avec tous ceux qui disent qu’il faut que cela soit douloureux pour que ça marche. Au contraire, il faut du temps pour que les ménages puissent adopter des changements. Enfin, l’argent ne doit pas servir pas à boucher le trou de la taxe professionnelle, mais à aider les plus démunis à mettre en place des stratégies alternatives en matière de dépenses d’énergie, et à investir dans l’économie verte pour le reste.
Et j’ajoute ceci : cela doit se faire au plan européen et au niveau mondial. Dans le cadre de Copenhague, je veux rappeler que nous européens, avons une obligation morale, pour avoir pollué, et continué de le faire (je pense à ce que nous disait notre ami hier sur la pollution due à Areva au Niger). Nous avons une obligation vis-à-vis des pays en voie de développement pour les aider à lutter contre le changement climatique en mobilisant les moyens financiers et technologiques nécessaires. C’est notre responsabilité.
Enfin je veux rappeler un dernier point important pour nous les Démocrates. Nous voulons un Etat impartial, au seul service de l’intérêt général, et non pas d’intérêts partisans, économiques ou financiers. Nous sommes contre l’exercice du pouvoir personnel ; nous voulons de nouvelles institutions. Un Parlement enfin représentatif des diversités de la France, qui légifère vraiment, qui contrôle vraiment (proportionnelle et diminution du nombre de députés). Et qui ressemble à la France. Je pense notamment à la place des femmes qui sont moins de 20% à l’Assemblée Nationale. La France est au cinquantième rang des parlements du monde. Ce n’est pas normal.
Nous voulons une justice indépendante et nous refusons la suppression du juge d’instruction. Parce que cette réforme vise exclusivement à protéger certains de tout contrôle judiciaire…D’ailleurs, le Conseil de l’Europe va demander dans un rapport qui va sortir dans quelques jours de revenir sur cette réforme.
Et puis nous, Démocrates, sommes pour une Démocratie pluraliste. Raison pour laquelle nous voulons travailler avec d’autres, faire bouger les lignes.
Voilà, mes chers amis, ce que je voulais vous dire.
Le projet sur lequel nous allons travailler ne doit pas être un énième programme. Il ne doit pas seulement viser à améliorer les politiques publiques actuelles. Il doit penser un monde nouveau, plus juste, plus solidaire, plus généreux.
Je forme le vœu que les Démocrates soient les pionniers de ce monde nouveau."
04 septembre 2009
Marielle de Sarnez : "Personne ne peut gouverner seul"
Marielle de Sarnez, première vice-présidente du Mouvement Démocrate et députée européenne, a accordé un entretien à l'hebdomadaire "L'Express", jeudi 4 septembre. Université de rentrée du Mouvement Démocrate à la Grande-Motte, dialogue avec la gauche, dossiers de la rentrée et gouvernance présidentielle sont les sujets abordés par Marielle de Sarnez.
L'Express : Comment envisagez-vous la rentrée politique du MoDem ?
Marielle de Sarnez : Notre rentrée, c'est à la Grande Motte ce week-end. Ce qui est frappant, c'est le succès d'affluence de cette université de rentrée. Au vu des inscriptions, nous serons plus de 2000. C'est la preuve d'une grande attente. (Lire la suite)
L'Express : Quels seront les dossiers que vous défendrez en premier à la rentrée ?
Marielle de Sarnez : Nous sommes très soucieux de la situation économique et sociale du pays. On nous annonce que le chômage pourrait croître jusqu'à un seuil de 10 à 12% de la population active. Les jeunes, qu'ils soient diplômés ou pas, étant les premiers concernés. Les PME ont bien grand mal à faire face à la crise et ne sont pas suffisamment aidées par les pouvoirs publics. Et les classes moyennes voient peser sur elles de plus en plus de charges, notamment fiscales, alors que les plus privilégiés s'en sortent mieux à cause du bouclier fiscal, ce qui est d'une grande injustice.
Et puis, nous sommes en train de constituer une bulle inquiétante de dettes publiques, ce qui réduit d'autant les marges de manoeuvre. Savez-vous que la France emprunte 1 milliard d'euros par jour! Au même moment, Nicolas Sarkozy lance un emprunt national –sans annoncer à quoi il va servir!- alors qu'il aurait été plus pertinent d'apporter à la crise une réponse collective européenne.
Enfin, ce qui se passe avec la suppression programmée du juge d'instruction met en cause un des fondamentaux de notre république: l'indépendance de la justice. C'est très grave. A tel point, que le Conseil de l'Europe s'apprête à demander à la France qu'elle revienne sur sa décision "pour éviter de donner l'impression que cette réforme vise à protéger la casse politique de tout contrôle judiciaire".
La question du chemin à suivre, pour la France et pour l'Europe, du modèle de société soutenable sur des décennies, de l'éducation, du travail, de l'intégration, de la place de l'argent, de ce qu'on construit ensemble, voilà pour nous la question.
L'Express : Pour les élections régionales de mars 2010, vous pensez à former des listes communes ?
Marielle de Sarnez : Nous allons débattre de la stratégie dans les mois qui viennent avec les adhérents du MoDem. Pour moi, ces élections doivent nous permettre à la fois d'affirmer notre propre identité et d'être disponibles pour des rassemblements plus larges, car personne ne peut gouverner seul. Mais tout cela ne peut se construire qu'en ayant à l'esprit ce que devra être l'avenir.
L'Express : Le rassemblement de Vincent Peillon à Marseille a-t-il changé quelque chose dans votre esprit ?
Marielle de Sarnez : Ce rassemblement démontre qu'il y a dans de nombreux courants politiques des gens qui, tout en revendiquant une identité propre, sont décidés à ne plus se regarder comme des ennemis, à se parler et à dialoguer. Au bout de ce chemin, je forme le voeu que nous réussissions enfin à faire bouger les lignes. C'est le souhait de milliers de français qui ne se retrouvent pas dans les clivages actuels, qui sont trop souvent, largement artificiels.
L'Express : Les socialistes disent : "Nous attendons de voir si François Bayrou prendra la décision de ne pas faire de liste avec l'UMP et s'il soutiendra la gauche au deuxième tour." Qu'est-ce que vous en pensez ?
Marielle de Sarnez : Construire un rassemblement suppose d'abord de se respecter, d'accepter les parcours et les identités propres de chacun et d'être de bonne foi. Je suis du centre, mais je ne regarde pas les socialistes comme des adversaires. J'attends d'eux la même attitude.
L'Express : Nicolas Sarkozy est président de la République depuis plus de deux ans. Comment jugez-vous la politique du gouvernement ?
Marielle de Sarnez : Je pense que le chef de l'Etat applique une politique souvent injuste et pas forcément cohérente. Maintenant qu'il s'est lancé dans les déficits à tout va, le choix du bouclier fiscal, par exemple, devient scandaleux. Qui va payer? Comme toujours, les classes moyennes et les plus jeunes.
Par ailleurs, l'État devient de moins en moins impartial: on le voit encore aujourd'hui avec la réforme de la justice. Et je pense qu'il y a de très nombreux problèmes qui ne sont pas réglés ou mal réglés: éducation, université, recherche, désindustrialisation de la France, indépendance des médias, justice pénale, problème carcéral...
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